LE COMTE, ARMAND
ARMAND, à part.
Comment lui cacher l'agitation où je suis ?
LE COMTE, de même.
Il vient de trahir son secret.. . ma-intenant je sais tout.. . Tâchons de profiter de son émotion.
ARMAND , haut.
Monsieur le Comte , il y a quelques instans vous m'avez fait promettre de me trouver ici • . seul . . je suis prêt à vous écouter.
LE COMTE
Ijicn , mon cher Armand. . . vous me voyez très-aflligé du ma4heur qui vous arrive , de l'injustice dont vous allez cire la victime, car je ne dois pas vous cacher que les nouveaux renseignemens que je viens de recevoir de flnstilul , m'aimoncent encore une nouvelle opiniâtreté à vous refuser le prix.
ARMAND
Je le sais. . . aussi , quoique pénible , le sacrifice en est déjii fait.
Et volrc cœur iresl pas iiKlif^né (1(î celle décision cpil va vous ravir peul-ciro pour jamais loutes vos espérances i'
ARMAND
Oue puis-je opposer à la voix de mes juges ï
LE COMTE
Rien. . . je ne l'ignore pas, et je partage votre douleur... mais pourtant s'il était \u\ moyen de réparer ce malheur.
ARMAND
Que voulez-voxis dire ?
tE COMTii.
Qu'il ne lient qu'à vous d'acquérir une gloire à laquelle il vous était si doux de prétendre.
ARMAND
Eh quoi ! . . .
LE COMTE
Oui, si votre patrie est ingrate envers tous. •• si elle vous refuse la récompense que votre mérite et la Justice réclament. . . écoutez la voix d'un ami qui vous chérit tendrement, qui ne désire que votre bonheur. . . dans quelques instans, vous le savez , nous allons retourner en Russie. . . consentez à nous y suivre. . . consentez à consacrer votre talent à notre pays, et je me charge de votre sort. . . là , les artistes , moins nombreux , sont plus recherchés . . . mieux appréciés. . . la fortune et la gloire vous souriront de toutes parts., votre nom sera bientôt cité de bouche en bouche... enfin , vous obtiendrez en peu de temps une réputation et des honneurs qui sont si dignes de vous . . .
ARMAND
Ah ! M. le Comte . . . que me proposez-vous . . . moi fuir le pays qui m'a vu naître ...
Vous le devez . . . s'il est injuste envers vous.
ARMAND
Et qui prouve encore que la couronne à laquelle je prétendais m'ait été ravie par injustice- . . si je me suis permis quelques murmures sur l'arrêt de l'Institut. . . c'est que sans doute alors j'étais guidé par le premier mouvement d'un
faux orgueil, el peut-être me plaignais-je à îort d'un jugement dicté par l'équité seule. • . d'ailleurs. . en fuyanl mon pays. . . n'esl-ce pas moi que je punirais.
LE COMTE
Armand. . • malgré moi j'admire 'votre noble caracîère , votre désintéressement.. . mais songez donc au bonheur qui nous attend, si nous partons ensemble. . . combien il serait doux pour nous de ne plus nous séparer.
ARMÂTsr.
Eh ! quoi , je pourrais rester toujours auprès de vous-^* (à pai't^ Ne jamais la quitter. . .
LE COMTE
Oui... el une fois réunis dans notre patrie... la fortune ne sera peut-être pas le seul bien que je vous destine. . . je connais votre cœur. . . vous devez m' entendre. . .
ARMAND
Ah I M. le Comte. . . n'abusez pas de ma crédulité . . • moi... je pourrais encore entrevoirie bonheur... mais qoe dis-je. . . quitter la France, quitter. . . oh 1 non. . . jamais. . . je serai malheureux. . . mais du moins je le serai dans mon pays. . . j'y veux mourir.
Air ; de la Stniînelle.
Vous le savez naguère enfant de INIars , De mon pays j'embrassai la défense , Et maintenant élève des beaux-arts, Je dois encor mes travaMX à la France.
LE COITTE.
Fils des climats que vous aurex choisis Pour y porter votre génie , Partout vous aurez des amis , L'artiste est de tous les pays , Et l'univers est sa patrie.
ARMAND
Non , je ne puis consentir. . .
LE COMTE
Ainsi donc , M. Armand. . . vous me. . . refusez. . . je ne devais pas m'allendre à tant de j>crsévérancc de votre part.
ARMAND
Ah ! croyez que je sais apprécier. . .
LE COMTE
On vient. . . ce sont eux. . . nous allons partir. . . nous séparer pour jamais ... ne me le reprochez pas . . . c'est vous qui l'aurez voulu.