‹ Le premier prix, ou, Les deux artistesChapitre 5 sur 17 · SCENE IV, LE COMTE, ALFREDA · texte numérisé non relu

SCENE IV, LE COMTE, ALFREDA

Eh bien! ma fdle .. en effet, Timoléon n'avait pas tort de te trouver pensive . . . D'où vient donc ton chagrin i*

ALFREDA.

Mon père.. .

LE COMTE

Pourquoi ce trouble et que signifient ces yeux baissés?

ALFREDA.

C'est que... Tinjushce que va éprouver monsieur Armand.

LE COMTE

Achève . ...

ALFREDA.

N 'allez pas croire au moins . . .

LE COMTE

Non , sans doute , non , je ne crois pas que ton cœur soit pour quelque chose dans l'intérêt que tu lui portes... cependant... j'ai remarqué certaines circonstances qui m'avaient fait soupçonner.. . Hier, par exemple, au cercle du ministre, on vint à parler de lui, de son tableau...

avec quel plaisir tu écoutais tous les éloges qu'on lui adressait. . et quelle conlrariélé lu parus éprouver, lorsqu'on cita le tableau de Courville comme Tun des plus remarquables de l'exposition . Tu pâlis et lu rougis tour à lour... et lorsque tu t'aperçus que je te regardais , tu détournas la l

tête pour me cacber ton émotion.

ALFREDA , trouhlée. Ce n'était pas là le motif...

LE COMTE

Alfreda... tu me cacbes quelque cbose... aurais-je donc perdu ta confiance . . •

ALFREDA.

Mon père , je n'ose.. .

LE COMTE

Allons , parle . . parle sans crainte . . .

ALFREDA.

Eb bien ! . . .

Air de l'Ignorante ( de Romagnesi. )

Je rougis, je soupire

Lorsque je l'aperçoi ;

A peine je respire

Quand il est près de moi ;

Je reconnais d'avance

Jusqu'au bruit de ses pas ;

Je tremble en sa pre'sence ,

Et je crains son absence ;

Pourtant.... je n'aime pas. [bïs. )

Même air.

Un jour loin , de la France,

S'il faut me marier ,

Et par obéissance

Jurer de l'oublier ,

Je pourrais sans murmure

Obéir , mais bêlas !

Malgré moi , j'en suis sfire ,

Je deviendrais parjure ;

Pourtant je n'aime pas. {bis.)

LE COMTE , à part.

Bon ... je sais à quoi m'en tenir.

SCRNE V.

AUMAiND, LE COMTE, ALFREDA.

ARMAND , sans les voir.

C^en est donc fait... je n'aurai pas le premier prix., tout le monde est contre moi... tout le monde . . jusqu'à mon professeur lui-même, qui n'a pas craint de me déprécier aux yeux de Tlnslitut.

ALFREDA , has au Comtc.

Comme il a l'air triste! mon père, essayons de le consoler.

ARMAND

O rêve du bonheur.. . te voilà donc évanoui ! je ne serai pas couronné... je n'irai pas à Rome... je devais m'y attendre... sans protecteurs , sans amis.

ALFREDA , haut.

Monsieur Armand, vous nous avez donc oubliés?

Ah! pardon mademoiselle .. Monsieur le Comte, je ne vous voyais pas.

LE COMTE

Ne perdez pas encore tout espoir,

ARMAND

Hélas ! il ne m'en reste plus.

AXFREDA.

Aussi vous n'avez peut être pas fait assez de démarches..* si vous aviez su vaincre votre caractère.

LE COMTE

Oui , si vous aviez voulu consentir à m'accompagner chez plusieurs membres de l'Inslilut, sans doute nous aurions pu... vous savez quel est l'intérêt que je vous porte... quelle est mon estime , mon amitié pour vous . . et surtout combien il me tarde de m'acquitter de toute la reconnaissance que je vous dois • . •

ARMAND

Vous, monsieur le Comle .. de la reconnaissance envers moi.

LE COMTE

Oui , Armand.

Air : Faut V oublier.

Jadis, au milieu des alarmes, J'allais périr quand votre bras Sut à de farouches soldats Soustraire un ennemi sans armes ; En ce jour je vous ]urai bien Que contre le sort implacable , Pour vous , je serais un soutien ; Et cjuand le malheur vous accable ,

Je m'en souvlen. ( bis. )

ARMAND

Même air.

Cet instant pour moi fait renaître Un souvenir plein de douceur; Tous deux alors au champ d'hounenj , Nous apprîmes à nous connaître; Ce tems heureux, je le sens bien , Dut se graver dans ma mémoire , Et dans un cœur tel (jue le mien , Car c'était un jour de victoire , Je m'en souvier..

LE COMTE

Du courage , mon ami... tôt ou tard il faudra Lien qu'ils rendent justice à voire mérile.

ARMAND

Je n'y compte plus, et, dès aujourd'hui, je quitte cet hôtel.

ALFREDA.

Quoi , avant nore départ ?

ARMAND

Oui, mademoiselle, la nécessité m'y force...

LE COMTE

Armand, je vous devine .. mais pronieilez-nioi (ju'avant de nous quitter, je pourrai vous voir seul ici . . - j'ai quelque chose à vous proposer.

ALFREDA , à part.

Que veut-il lui direi*

11 suffit, monsieur le Comte, je m'y trouverai... croyez que je n'oublierai jamais le souvenir de toutes vos hontes.

Tiuo de Doche.

Loin de ces limix jo. vais pcnsfii" à vous.

LK COiyiTK KT ADFRKDA.

Pensez, pensez toujours à nous.

ARMAND

Page 1