SCENE VI. ARMAND seul, puis TIMOLEON
ARMAND
Que veut-il dire?... aurait-il deviné que malgré moi j'adore sa fille... Oh! non, j'ai su cacher à tous les yeux un amour sans espérance... et mademoiselle de Rczoff elle-mcme ignorera toujours mon fatal secret.
TIMOLEON, eu costume de voyage outré.
{^Entr nt sans voir Armand.^ Ah, là là... j'ai cru que ça n'en finirait pas ... il n'y a rien de douloureux comme une séparation , pour peu qu'on ail un peu de sensibilité... des femmes charmantes qui se désespèrent , et des amis.-. Ah! dieu, de bons amis qui ne voulaient pas me laisser aller sans que je leur payasse encore un bon déjeûner... vrai... ça fend le cœur... Dieu merci, les larmes sont versées, les malles sont faites , et me voici prêt à partir, {apercevanp Armand') Ah! ah! qu'est-ce que c'est que ça... je crois vraiment que c est mon prétendu rival... parbleu! avant de monter en chaise , je ne serai pas fâché de lui dire deux mois. {Haut.) Mon ami, (^Armand le regarde sans répondre^ c'est à vous que j'adresse la parole.
ARMAND
A moi '^
riaioLÉON, Oui , monsieur l'arlisle...
ARMAND , à pari.
Que signifie cet air de mépris ?
TIMOLÉON
Je sais que vous vous permettez de soupirer en secret pour la belle Alfreda... et je vous prie de me dire sur le champ ce qu'il en est:
On vous a mal informé ; non , monsieur, non , je ne suis point un rival pour vous.
TIMCLÉON.
Eh bien! à la bonne heure, parlez donc au moins.
ARMAND
Devenez son époux... Monsieur, maintenant mon seul désir est qu'elle fasse votre bonheur , et surtout que vous puissiez faire le sien... alors je n'aurai plus de vœux à former.
TIMOLÉON
Voilà tout ce que je désirais... A présent, le diable m'emporte si je vous en veux... c'est au point que je vous promets ma protection.
ARMAND, à pari.
Quel ton insultant !
TIMOLÉON
Oui , je sais que vous allez vous trouver réduit à faire de^ portraits, et je vous pousserai un peu... vrai, ça sera un plaisir pour moi.
ARMAND
Monsieur, auriez-vous réellement l'intention dem'offcnser?
TtMOLÉON.
Moi, du tout , mon cher... je veux vous êlre utile.
Air : Que d'Etablissemens nouveaux,.
0\ù\ je vous rcrornninnd(Mai
Vrt's de plus d'un grand peisonnago ,
Et de nia main leur écrirai .
Pour qu'ils vous donnent de l'ouvrage.
Mol-inèine , si je ne pjnlais ,
Je vous confierai^ ma figure.
Ah î c'en est Irop î
Apprenez , Monsieur, ((ue jamais ,
Je n'ai (ait de caiicaturc. (bis.)
TIMOLÉON, riant.
Ah! ah! ah! ah! c'est hleii ça... vous croyez peut-cîlre me faire (ie la peine, en m'appelant caricature., mais du tout... vous me faites plaisir... ça me prouve que je suis le nec plus ultra du bon genre . . . cependant , mon ami , si vous me disiez ça pour m'insulter, savez-vous que j'aurais le droit de me fâcher • . .
ARMAND
Et monsieur, comme il vous plaira, je n'ai pas oublié que j'ai porté l'épée, et si vous l'exigez, sortons... (// ouiyre son habit et laisse voir une croix d'honneur attachée sur une veste militaire.)
TIMOLÉON
Dutout , du tout... diable! je suis enchanté d'apprendre que vous êtes un brave... il fallait donc me dire ça... moi j'allais vous faire un mauvais parti bien innocemment, je vous jure... là réparation que vous m'avez donnée me suffit, et je suis entièrement satisfait, parce que, voyez vous, moi , si j'ai une mauvaise tête , ce n'est que par bon ton. • • du reste je ne suis pas méchant.
Air du Vaud de M. Guillaume.
On me connaît pour ma bonne méthode , Je suis ciié parmii les plus adroits. Aussi je vais , pour observer la mode , Sur le terrain cinq ou six fois par mois. {bis.)
Oui , franchement , partout on me renomme , Et les duels sont mes amusertiens ; Car je me bats , non pour tuer mon homme , Mais pour tuer le temps.
Ainsi donc , sans rancune... nous nous sommes tous deux conduits en homme d'honneur... mais je suis désolé de vous quitter. M. et mademoiselle de Rezoff m'attendent pour partir... je me rends auprès d'eux... Adieu, mon cher monsieur Armand.
ARMAND , froidement.
Je vous salué.
TIMOLÉON y rentrant chez le Comte.
Fallait donc me dire tout de suite que vous étiez un brave.