CLX XXXIV
Il y a des Héros en mal comme en bien.
Reflexions morales. 83
On peut haïr et mépriser les vices sans haïr ny mépriser les vicieux, mais on a tousjours du mespris pour ceux qui manquent de vertu.
CLXXXXVI.
Le nom de la vertu sert à l'interest aussi utilement que les vices.
CLXXXXVI I.
La santé de l'ame n'est pas plus asseurée que celle du corps, et, quoy que Ton paroisse éloigné des passions, on n'y est pas moins exposé qu'à tomber malade quand on se porte bien.
GLXXXXVIIL
Il n'appartient qu'aux grands hommes d'avoir de grands deffauts.
84 Reflexions morales.
GLXXXXIX.
La nature a prescrit à chaque homme^ dés sa naissance, des bornes pour les vertus et pour les vices.
ce.
Nous n'avouons jamais nos deffauts que par vanité.
On ne trouve point dans Thomme le bien ny le mal dans Texcés.
On pouroit dire que les vices nous attendent dans le cours de la vie, comme des hostes chez lesquels il faut successivement loger, et je doute que Pexperience nous les fist éviter s'il nous- estoit permis de faire deux fois le mesme chemin.
Reflexions morales. 85
Quand les vices nous quittent, nous voulons nous flater que c'est nous qui les quittons.
Il y a des recheutes dans les maladies de Tame comme dans ceUes du corps ; ce que nous prenons pour nostre guerison n'est, le plus souvent, qu*un relâche ou un changement de mal.
CGV.
Les deffauts del'ame sont comme les blessures du corps : quelque soin qu'on prenne de les guérir, la cicatrice paroist toujours, et elles sont à tout moment en danger de se r'ouvrir.
Ce qui nous empesche souvent de nous abandonner ^ un seul vice est que nous en avonsplusieurs.
Quand il n'y a que nous qui sçavons nos crimes, ils sont bientost oubliez.
Ceux qui sont incapables de commettre de grands crimes n'en soupçonnent pas facilement les autres.
ce IX.
Il y a des gens de qui Ton peut ne jamais croire de mal sans l'avoir vu ; mais il n'y en a point en qui il nous doive surprendre en le voyant.
Le désir de paroistre habile empesche souvent de le devenir.
La vertu n'iroit pas loing si la vanité ne luy tenoit compagnie.
Réflexions morales, 87
Celuy qui croit pouvoir trouver en soy-mesme dequoy se passer de tout le monde se trompe fort; mais celuy qui croit qu'on ne peut se passer de luy se trompe encore davantage.
La pompe des enterremens regarde plus la va* nité des vivans que l'honneur des morts.
Les faux honnestes gens sont ceux qui déguisent la coruption de leur cœur aux autres et à eux mesmes ; les vrais honnestes gens sont ceux qui la connoissent parfaitement et la confessent aux autres.
Le vray honneste homme est celuy qui ne se pique de rien.
88 Reflexions morales.
La sévérité des femmes est un ajustement et un fard qu'elles ajoutent à leur beauté; c'est un atraict fin et délicat, et une douceur déguisée.
L*honnesteté des femmes est Tamour de leur réputation et de leur repos.
C*est estre véritablement honneste homme que de vouloir estre toujours exposé à la veuë des honnestes gens.
La folie nous suit dans tous les temps de la vie. Si quelqu'un paroist sage, c'est seulement parce que ses folies sont proportionnées à son âge et à sa fortune.
Reflexions morales. 89
Il y a des gens niais qui se connoissent, et qui employent habilement leur niaiserie.
Qui vit sans folie n'est pas si sage qu'il croit.
En vieillissant, on devient plus fou et plus sage.
Il y a des gens qui ressemblent aux vaudevilles, que tout le monde chante un certain temps, quelques fades et dégoutans qu'ils soient.
La pluspart des gens ne voyent dans les
90 Reflexions morales.
hommes que la vogue qu'ils ont, ou bien le mente de leur fortune.
Quelque incertitude et quelque variété qui paroisse daQs le monde, on y remarque néantmoins un certain enchaisnement secret, et un ordre réglé de tout temps par la Providence, qui fait que chaque chose marche en son rang et suit le cours de sa destinée.
L'amour de la gloire, et plus encore la crainte de la honte, le dessein de faire fortune, le désir de rendre nostre vie commode et agréable, et l'envie d'abmsser les autres, font naistre cette valeur qui est ai célèbre parmy les hommes.
La valeur, dans les simples soldats, est un mestier périlleux qu'ils ont pris pour gaignerleur vie.
Reflexions morales. 91