‹ Le premier texte de la Rochefoucauld (Reflexions ou sentences et maximes morales) publChapitre 5 sur 33 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

près les savantes et si remarquables études de Cousin, de Sainte-Beuve, de Prévost-Paradal, et, en dernier lieu, de Louis Lacour, sur le duc de La Rochefoucauld, nous serions mal venu de dire quoi que ce soit sur le talent, les mérites et aussi les défauts de Vauteur des Maximes. Nous nous abstiendrons donc ici d*ap^ prédations déjà connues, de louanges banales, de réfutations hasardées maintes fois par la critique : nous voulons seulement dire quelques mots du texte que nous offrons aux Savants et aux Bibliophiles, car le grand nombre des éditions des Maximes pourrait faire douter de Inopportunité de celle que nous publions aujourd'hui. Elle a néanmoins un attrait nouveau^ spécial, qui est celui de reproduire fidèlelement Vébauche et pour ainsi dire le canevas de

vj Avertissement.

cette œuvre parjbi^ éminemment morale que La Rochefimcauld apQrté^^ ^n 1Q78, dans sa cinquième édition f au dernier et en même tkmps au fîus brillant degré de la perfection.

Le cardinal de Ret^, traçant dans ses Méxnoires le portrait du duc de La Rochefoucauld^ a écrit sur V auteur des Maximes cette phrase ; i^ Il a toujours eu une irrésolution habituelles mais je ne sais même à quoi attribuer cette irrésolution *, » La publication de la première édition (i665} des Réflexions ou 3eo<^ tences et Maximes morales nous montre bien frap* pante cette indécision innée dont parle de Ret^,

Cinq éditions de son livre parurent Jurant la vie de Vauteur, se suivant à de courts intervalles \ cinq années au plus; mais la première de toutes avant d^étre livrée au public passa par diverses phases intéressantes à rapporter.

Pour bien s^en rendre compte il nous faut dire en peu de mots ce quêtait au XVII^ siècle la société^ quels étaient ses goûts et ses aptitudes bien dégé'nérées de nos jours. Les salons et les ruelles d* alors fourmillaient de beaux esprits, d^experts en Vat^ de penser et d^écrire, de nobles dames de haut goût*;

1. Mémoires du cardinal de Ret{, tome I, page 218, de l'édition d'Amsterdam. Chez Frédéric Bernard, 1731.

3. « En fait de langue, il n'est femmelette du Siècle de Louis XIV qui n'en remontrât aux Rousseau et aux Buffon. m (P. L. Courier.)

Avertissement. vij

et dans les cabarets, à la Pomme de Pin ou ailleurs, les sommités littéraires les plus brillantes aimaient à se retrouver le verre en main. A la Cour ou sous les tonnelles, au théâtre ou dans les galeries, la littérature Jklsait îe plus souvent les frais de la conversation : de là cette fièvre d'écrire au sern de la société et ce besoin d'apprécier, de commenter, de disséquer le Ihre nouveau ou le manuscrit en vogue.

• Celui des Maximes, avant que de pai^aftre, passa dédains en mains et donna lieu à un échange de lettres sans fin, pleines d^ appréciations, de louanges, d'amères récriminations, de blâmes de toute nature *. Cette façon de déflorer un livre pendant son enfantentent même était très-reçue et, de plus, recommandée*^, témoin ce qi^en dit Segrais'r« Ceux qui composent pour té public doivent communiquer leurs ouvrages à des amis capables d^ en juger et les corriger avané que de les publier : c^est ta manière dont

en ont uéé tous ceux qîit aspirent à la perfection

^fonsieur de La Kùchefoucaûtt Va pratiqué ainsi à Végard de ses Mémoires et de ses Maximes, ouvrages écrits ai>ec tant de justesse: Jt m^envoyoit ce quHl

1. Voir le premier volume de l'édition Gilbert, pages 371 à 399. . ■'•'•. ^ • '

2. n L'on dt^roit aimer à lire ses ouvrages â ceux qui en sçavent assez pour les corriger et tes estmier* » (La Bruyère, i«v texte (i6ë8), éd. Jouaast, page 94.) Voir aussi, dans notre éd. àts Satires de Boiieau (Académie des Bibliophiles), la préface de l'éd de 1701, page 7, lignes 20 et suivantes.

viij AvertUseniepjt.

atfoit/ait dans le tenu quHlj^travaiUmtfelM^voMhi^ fue je gardasse ses cahiers * cinq ou six semaine:^ afin de les examiner plus exactement et que f eusse plus de tems à juger du tour de^ pensées et d£ VaF\ rangement des paroles^ etc**; » Après bietf 4^ doutes y bien des hésitations, comme on vif ni de le viùr, fauteur se décida enfin à faire imprimer Sfy% manuscrit*.

Le Privilège de la publication fut donné le 14 jan-^ vier 1664 à Claude Barbin. Achevé d* imprimer le 27 octobre de la même année ^ le livre était mis en

. I. Ces cahiers font aujourd'hui partie des archives de La Ro» cheguyon.

3. Œuvres diverses de M. de Segrais^ tome I, page 166. (Amsterdam, chez Changuion, 1723.)

3. Nous avons trouvé, à la bibliothèque de l'Arsenal, sur un exemplaire de 166$, une curieuse note manuscrite qui paraît rcmoater à la fin du XVII* siècle ; la voici : « Cette ^ition est; une des premières. Aucune n'a été avouée de La Rochefoucault, mais il y a apparence qu'il étoit au moins de CDnniyence a'ved ceux de ses amis qui jsreaoient ce soin pour sa gloire. Le Uvre;, des Maximes eut une grande vogue. L'auteur a voit été l'âme du parti des Princes, lui seul guidoit M*>* de Longuevillet et quand elle se priva de ses conseils elle perdit presque toute s^ célébrité; elle ne fit plus que languir et se réfugia enfin dans la dévotion. Le goût de l'esprit succédant ensuite chez M. de La^ Rochefoucault à celui de l'intrigue, il vécut dans la société de M»*-- de La Fayette, de M"* de Sevigné, de Segrais, et on seroit assez tenté de croire que le discours sur les réficxions est de celui-ci, car il abonde en citations latines et italiennes. C'étoit la mode alors : le Segraisiana indique que c'étoit assez le goût, de Segrais. Mais comme on cite icy un peu les saints Pèrea^ i'inclinerois à croire que ce discours est d'Esprit^ ou de Cornberville, ou plus probablement encore de Chevreau. |^ .

Avertissement. i%

vente- un cemmenc^ment 4e ranH^ MiivanieK Tpvie édItHmSi sans nom d^auteur et portant Voûtes les treii le même titrty parurent ensewphy très^ijfé-' rentes toutefois Vune de Vautre, Qfielle^ e$t la pre^ mière des trois? La question jusqu^à ce jouf^ »Vi pas été définitivement résolue. Voici la description du texte suivi par nous; nous donnerons tout à VJieure les raisons de notre préférence :

« Réflexions ou sentences et maximes morales {sans nom d^ auteur), à Paris : Che:{ Claude Barbin, vis-à-vis le portail de la Sainte Chapelle, au Signe de la Croix, i665. Avec privilège du Roy. Petit in- 12. »

Cette édition contient : i^ ^^féuHîets préliminaires nonpaginésy renfermant unfrontispiee, /'Amour de la Vérité, par Picart. Le titre décrit ei-deêsus. Un Ad^ vis. au Lecteur. Le Discoure sur les réflexions ; «^ a* i^ pages contenant 3i3 maximes numérotées en chiffres romains, plus une indépendante sur la Faus^ seté du mépris de la mo9't; «^ 3® cinq feuiUets non paginés, pour la Table et le Privilège.

Nous y avons relevé de graves et nombreuses er"

I. A la fin de février probablement. Ce qui nous le fait penser est nn article-réclame paru au commencement de mars i665 dans le Journal det Savants. Le duc de La Rochefoucauld avait alors cinquante-deux ana, il était né le 1 5 septembre ^\ 3, à deux beofva et demie après midi. <Voir but ce détail entièrement nonveau le Dietionaaire de Â. Jal^ à la page 739, colonne 3.)

x' Avertissement.

reurs JitsquUci restées inconnues*. La maxime S6 est numérotée 84, 274 Vest 269, 290 Vest 280, 291 Vest 281, 296 Vest 196. Le numéro 3o2 est répété deux fois, ce qui fait terminer Je livre a il^ maximes au lieu de 3i3. En outre, la dernière page porïe bien le chiffre i3o ; mais comme les feuillets 145 et 146 n^existent pas, il n^y a en réalité que i /fi pages*.

Le deuxième tirage diffère du précédent en ce quHl contient, outre quelques variantes, Siy maximes au lieu de Zi3» On y retrouve les mêmes erreurs que ci-dessus relativement aux numéros. Le volume finit àSiô maximes au lieu de 817 par suite du bis du numéro 3o2 ; les pages 145 et 146 y sont toutefois régulièrement paginées.

' île troisième tirage ne se distingue du second que par la différence des caractères employés ; ils sont en effet beaucoup plus petits: M. Gilbert parle d'un quatrième tirage^ paru en même temps que ies tf bis premiers, une contrefaçon bien certainement^ car il offre cette particularité qu^on y trouve sur le titre le nom de La Rochefoucauld*, ce qui, par parenthèse^

I • Les reaeeigQemeiits bibliographiques recueillis par Bruset sur les éditions des Maxime* sont d'une grande inexactitude.

3. Le fleuron en tète de la première maxime est ft reavefSf faute qui se retrouve dans tous les tirages de i665. '

Page 1