SCÈNE CINQUIÈME
FRIDA, GOTLIEB.
GOTLIEB.
Enfin ! nous sommes seuls !
FRIDA, émue.
Gotlieb I...
Que crains-tu? (il la conduit sous l’arceau.) Vois, il ny a que le ciel avec son azur, les arbres avec leur silence, les fleurs avec leurs parfums ! C’est devant cette belle et calme nature, c’est devant le berceau paisible de mon enfance, que je veux dire.... « Tu es à moi ! »
FRIDA, la tête sur l’épaule de Gotlieb.
Il me semble que c’est un rêve!
GOTLIEB.
Non. (n lui prend la main.) Voilà l’anneau qui nous unit à jamais! (iis descendent en scène.) Tu es ma femme! Ah! que ce mot est doux à prononcer! Ma femme ! c’est à dire celle qui sera l’ange de mon foyer, la gardienne de mon honneur, la compagne de ma vie!... Celle que j’aime, puisque je lui ai donné mon cœur; celle que j’estime, puisque je lui ai donné mon nom; celle enfin
que je protégerai jusqu’à mon dernier souffle, puisque je l’ai juré à Dieu !
FRIDA
Oh! mon Gotlieb, ton amour.... c’est ma vie!... Si tu ne m’aimais plus, je n’aurais qu’à mourir!
GOTLIEB, tressaillant eu regardant l’horloge.
Déjà deux heures !
FRIDA
Qu’as-tu?
* GOTLIEB.
J’attends mon ami, mon camarade d’enfance.... et il ne vient pas!...
FRIDA
Il n’est donc pas à Lausanne?
GOTLIEB.
Non. Après avoir fait tous deux nos études à Genève, nous nous sommes séparés.... Il est parti pour Paris, je suis venu à Rose-Bois.... Mais aujourd’hui, son absence m’afflige plus que je ne peux le dire....
FRIDA
Pourtant, tu lui as écrit?...
GOTLIEB.
Sans doute; mais voilà plusieurs mois qu’il est en Italie. Sa dernière lettre me parlait d’un voyage en Sicile, et je crains qu’il n’ait pas reçu à temps la nouvelle de mon mariage.... Chacun adans le cœur une superstition.... La mienne c’est de croire que je ne saurais être heureux, si, dans ce jour solennel, jene peux serrer la main de mon meilleur ami!...
FRIDA
La journée n’est pas finie, Gotlieb. Ton ami peut encore venir.