LXXXVIII
CHAMPIN AU CHANTRE.
De 0«nève.
Pour le coup, Reybaz, tu en as ton compte. Ton gendre est
i. Cé troisrème livre s'ou>rre à la fin de mars, et les lettres s'y suivent sans interruption, A partir de cette époque, jusqu'à U fin de jnUlet. >
un ferrailleur, rien d'autre. Ce matin, voilà qu'on le ramène piqué entre les côtes; deux pouces plus bas, il virait Tœil sur le temps. C'est moi qui ai été quérir les drogues, de façon qu'au retour je l'ai trouvé étendu sur le lit, tous les Dervey autour, et pâle comme un mort. A ma vue, il s'est restauré pour me dire ; « Monsieur Champin! c'est moins que rien, n'en soufflez mot là-bas. Avant trois jours je serai guéri, et nous leur éviterons un chagrin. — Oui, oui, » que je lui ai fait; comme tu sens bien qu'étant malade, et par-devant les Dervey, on ne voulait pas le co&tredire. En attendant il saignait à ni. Le chirurgien dit que ce ne veut être qu'une égratignure : je lui en souhaite, le farceur ! Je n'en voudrais que deux comme ça pour être à plat dans ma bière.
Je suis ensuite allé aux enquêtes. La Jaquemay savait l'histoire dès hier au soir. C'est à une soirée chez Mme Domergue. M. Ernest tenait un propos, le tien arrive^, et puis, flac ! un soufflet : le reste s'ensuit. Les voilà quittes. Seulement, ton gendre y perd sa profession : c'est bien clair qu'ils vont reconduire de sa théologie, oti il ne fait que d'entrer.
Un bon averti en vaut deux. Finis-en là avec ton enfant trouvé. Si tu manques celle-ci, te voilà embâté tout de bon. Laisse dire ton Prévère : ce n'est pas lui qui payera l'endosse.
J'apprends que ta servante savait l'aifaire à l'avance, et aussi Mlle Sophie Dervey, qui l'a tenue secrète à son père. Et puis, fie-toi à ce gaillard qui se trouve des complices sous ton toit et sous le sien ! Finis-en là.
Champin.
P. S. M. de la Cour sort d'ici. N'osant paraître chez les Dervey , il venait savoir des nouvelles. Je lui ai redit Végratignure du docteur , et ce propos lui a ôtô un poids de vingt livres.
LE CHANTRE A CHAMPIN.
De la cure.
Remets l'incluse au jeune homme, sitôt que faire se pourra. Toutefois, pour qu'on n'en puisse rien causer contre moi, assure-toi auprès du chirurgien que le moment soit bon. Je ne le veux plus pour ma fille ; mais hors de ça, Dieu m'est té-
moin que je ne lui garde pas rancune, ni ne lui veux mal aucun. Sur le premier mot que j'ai touché de l'affaire à M. Prévère, ii est parti, et doit être maintenant auprès de Charles. De cette façon, je n'ai pu lui faire part de mon dédit. Il l'apprendra assez tôt. Reybaz.
LE CHANTRE A CHARLES
De la cure.
Je sais votre scandale. Cent fois je vous ai dit que vous finiriez mal; en voici la preuve, et votre profession manquée, par suitç de quoi je vous retire ma fîlle.
Reybaz.