‹ Le presbytèreChapitre 22 sur 45 · MARTHE A CHARLES · texte numérisé non relu

MARTHE A CHARLES

De la cure.

Ah! mon pauvre monsieur, que vous nous chagrinez tous! Ce malheureux a bien osé vous mettre à deux doigts de mourir ! Grand Dieu! je me sens frémir d'y penser. Mon pauvre Charles, encore si j'avais loisir de vous aller soigner! Je vous envoie, ciavec, des simples pour en cas. Redard dit que c'est souverain. Avec ces herbes, ii s'est guéri son coup de faux.

On sait tout ici par votre portier, qui est l'ami de M. Reybaz, mais pas le vôtre. Jusque-là j'avais tout gardé, mais le bon Dieu sait seul avec quelle peine ! M. Prévère est aussitôt parti. Dans le village, ils sont indignés contre ce misérable, et il aurait mauvais jeu à s'y faire voir- pour l'heure. Pour M. Reybaz, il s'en est pris à vous, et son air mè fait trembler. Une lettre de lui, pour le portier, part avec celle-ci.

Mais ce qui fait compassion, c'est cette chère demoiselle. Gomment lui apprendre.? Et lui cacher jusqu'au retour de M. Prévère, c'est plus malaisé encore ! Cependant M. Reybaz le veut. Déjà elle remarque qu'il y a quelque chose alentour. Que vais-je lui dire si elle me questionne? Dieu nous soit en aide!

Laissez- vous bien soigner, monsieur Charles; comme je vous connais, j'ai peur que vous soyez imprudent. Sauront-ils vous donner tout ce qu'il vous faut? Sans mademoiselle, qui peut me

238 LE PBBSBYTÈRE.

requérir d'un momfint a Tautrei, vous m'auriez yue arriver tout

courant.

Adieu, notre pauvre monsieiur, je ne vis pas tant que je ne vous-

aurai pas revu.

Marthe.

CHAMPIN A M. ERNEST DE LA COUR

De Genève.

£n tant qu^on est Tami de Reybaz et désireux de le voir retirer le pied du bourbier, on vous fait savoir qu'il reprend sa fille àM. Charles. J'en ai le billet entre les mains, écrit et signé de bonne encre.

Ceci seulement pour vous faire savoir que la place est vacante ; à la vérité rude à enlever, mais d'autres se sont vues plus imprenables, qui, avec le temps et un peu d'aide, ont ouvert leurs portes: M.Ernest n'en est pas à ignorer comment on apprivoise les pères et l'on enlace les fillettes. Bien entendu qu'on parle ici pour rendre service à Reybaz, qui finira par ouvrir les yeux, et non parce qu'on a été chargé de le faire> encore moins pour être compromis*

Champin.

M. PRivÈRE A REYBAZ.

De Oenève.

Je profite, poap vous écrire, mon cher monsieur Reybaz, des premiers loisirs que me laisse l'état de Charles, que j'ai trouvé grièvement blessé. Ce qui aggrave son mal, ce sont les inquiétudes qu'il se fait au sujet de la manière dont vous prendrez ce qui s'est passé. J'ai beau lui réitérer l'assurance que vous vous montrerez indulgent, je n'ai pu lui rendre la tranquillité d'esprit dont son état aurait besqin. Il faudrait, mon cher Reybaz, quelques mot^ de vous que je pusse lui lire.

J'ai voulu, avant dç vous la raconter, savoir au juste com* ment la chose s'est passée. Voici l'exacte vérité. Depuis le jour des annonces, ils ne s'étaient pas revus. Vous savez vous-même combien peu dès lors Charles s'est occupé de M. Ernest. Celuici, au contraire, demeuré sous l'empire de l'humiliation et de

la jalousie, n'a oublié ni Louise si Charles, et tout me porte à croire que cette eoUisiou funeste, il la voulait, il la cherchait! J'ai de ceei plusieurs preuves, mais uae surtout qui vous frappera comme moi : c'est qu'après avoir fui le monde durant tout Fhiver, tout à coup M. Ernest reparait dans le salon de Mme Do* mergue; or, c'est le seul où il ait déjà rencontré Charles, et le seul presque où il pouvait espérer de le rencontrer encore. Lorsqu'il est entré, un mouvement de surprise s'est manifesté, le nom de Louise a circulé dans l'assemblée ; plusieurs personnes, qui connaissent à la fois le caractère de- M. de la Cour et la situation de Charles, ont mal auguré des conséquences de cette rencontre, qu'elles regardaient pourtant comme fortuite, et Mlle Sophie Ûervey, avec un tact et une prudence au-dessus de son âge, a secrètement insisté près de Charles pour qu'il se retirât. Il Pavait, en effet, amenée au bal, et il pouvait trouver un prétexte plausible dans la nécessité de la reconduire. Charles n'a pas suivi ce conseil : c'est là son plus grand tort. Mais où est le jeune homme de son âge qui n'aurait pas cru, comme lui, devoir rester, non pas pour braver, pour affronter, mais pour ne pas paraître fuir timidement devant un rival dont, par cette démarche môme, il aurait inculpé l'honneur et la loyauté?

Cependant on les a bientôt perdus de vue. M. Ernest affectait un air d'aisance et de gaieté qui pouvait ôter toute inquiétude à ceux qui ne savent pas à quelle sombre et farouche humeur il s'est livré ces derniers mois; sui'tout il ne semblait pas faire à Charles la moindre attention, lorsque, par une fatalité déplorable, tous deux se sont rencontrés au même instant pour prier à danser Mlle Domergue. Celle-ci, fort émue et ce* dant à un sentiment généreux et délicat, a opté pour Charles, tout en promettant à M. Ernest la valse suivante. C'est alova que M. Ernest a dit poliment : « J'accepte avec reconnaissance ce que vous voulez bien me promettre, mademoiselle-.... i Puis regardant Charles d'un air à la fois méprisant et moqueur : «N'ai-je pas l'habitude, a-t- il ajouté, de céder devant les avantages de monsieur? 9 A cette dure parole, tous les regards se sont portés sur Charles, qui, troublé et le rouge au visage, faisait effort pour se contenir. Dans cet instant, la musique a joué; sans rien répondre, il a suivi le mouvement et s'est mêlé aux danseurs.

Mais cet incident avait attiré Pattention. Le propos de M. Ernest circulait de bouche en bouche, on commentait rallusi<m

qui y est renfermée, et le silence de Charles, interprété de différentes manières, donnait lieu aux uns de louer sa modération, aux autres de redouter quelque explosion de son ressentiment. Quand la valse fut terminée, Charles se trouva aussitôt entouré de quelques amis, tandis que M. Ernest demeurait isolé, au milieu de chuchotements qui blessaient sa fierté^ et opposant un masque de dédain aux regards qui se portaient sur lui. Peu d'instants après, il suivit quelques jeunes gens dans une salle voisine, où, n'étant plus contenu par la présence des dames, il donna cours à sa funeste rage, et fît pleuvoir sur Charles l'ironie, Toutrage et la plaisanterie amère. C'est dans ce moment que celui-ci est entré, sans que sa présence ait arrêté M. de la Cour. Au mot de bâtard^ Charles Ta frappé au visage, et les lois de rhonneur, telles que les a faites un inexorable préjugé, ont commandé le reste.

Voilà, monsieur Reybaz, l'exacte vérité. Comme vous le voyez, le pauvre Charles a été victime d'une indigne provocation, et, s'il a réprimé l'insulte avec emportement, ce n'est qu'après avoir donné une première fois l'exemple d'une modération bien rare et bien louable. Il n'y a qu'une voix sur la conduite brutale de M. Ernest, qui, honteux de sa conduite, est retourné secrètement au château avec sa mère. Deux fois on est venu de sa part chercher des nouvelles de Charles; cette tardive commisération, après une si odieuse agression, m'inspire plus de dégoût que de reconnaissance.

Hâtez-vous, mon cher Reybaz, dé rassurer Charles, et, si vous le jugez plus coupable que je ne le juge moi-même, ajournez, je vous en prie, tout reproche sévère. Ayez soin surtout de rassurer Louise sur l'état de Charles, et dites-lui que je ne le quitterai pas qu'il ne soit rétabli ou en pleine convalescence. C'est demain qu'aura lieu le premier pansement : s'il y a quelque chose de fâcheux, je vous le ferai savoir.

Votre affectionné Prévêre.

CHAMPIN AU CHANTRE.

De Genève.

iVi pris mon temps, et je l'ai remise. Il allait mieux, et d'ailleurs , n'y ayant personne auprès, il fallait profît-jr des mo-

ments. Gomme 11 s'enquéraît de vous autres et demandait des nouvelles : « J'en ai, que je lui ai fait, mais pas des bonnes; » pour le préparer, tu m'entends. Du môme temps je lui remets ta lettre, et il pâlit en reconnaissant récriture. Bientôt, ayant lu, le voilà qui se transporte, s'épouvante, se lève, et, quoi que je lai puisse dire, que le bandage de sa blessure a sauté et que le sang coale, il ne m'écoute mie, jusqu'à ce qu'il retombe sur son lit et y reste de faiblesse. Les larmes sont venues alors, et bien heureusement, sans quoi je ne savais))lus qu'en faire.

C'est à ce moment que ton Prévère est rentré, et, voyant le désordre et ta lettre, il s'est contenu; mais il t'en voulait, vois-tu bien, car cet homme -là veut te mener par le nez, et n»n pas que tu touches à tes affaires. Au lieu d'appuyer sur ton dire,' il a consolé le jeune homme, lui promettant quasiment qu'il n'en serait rien, comme qui dirait : « Reybaz a fait ça, on le défera. » Et puis se tournant vers moi : c Aviez -vous reçu Tordre de remettre cette lettre dans ce moment? — Oui, monsieur le pasteur. — Alors M. Reybaz est bien imprudent! — Ça se peut que je lui ai fait, mais M. Reybaz en est bien le maître. » Alors ton vaurien de jeune homme a tempêté contre toi, contre moi, et finalement prié M. Prévère qu'on ne me laissât pas rentrer dans sa chambre. J'ai calé à cause du pasteur, mais on se souvient du propos.

Y vois-tu clair, à présent? Ils s'entendent comme larrons en foire pourt'amener où ils veulent. Nous verrons, cette fois, si, bien averti, tu sais tenir bon. Je ne te dis pas de renouer avec l'autre; mais pour celui-ci, mets-le de côté, et bien vite. Pour le reste, fie-toi au temps qui porte conseil.

Adieu, l'ancien.

P. S. Les de la Cour sont retournés au château sans tambour ni trompette.

CHARLES JiU CHANTRE.

De Genève.

Non, monsieur Reybaz, non, vous ne pouvez pas me repousser ainsi! Non, vous ne pouvez plus m'ôter Louise!... Vous ne le voulez pas !... Retirez ce billet funeste !

£t pourquoi, monsieur RBybaz? parce que je n'ai pas supporté

rinsulte ; parce qae, repoussant l'outrage, selon mon droit le plus sacré, on me prouve ensuite que l'honneur veut que je me batte?...- Où sont mes torts? qu'ai*je cherché dans tout ceci? Avant de me punir, montrez-moi ma faute.

Suis-je donc un emporté, un ferrailleur? Moi qui ignorais ces lois barbares; moi qui, provoqué par un cartel (c'est ainsi qu'ils appellent ces défis), trouvais le plus grand embarras à savoir comment me comporter; moi qui ai dû mettre Tépée à la main pour la première fois de ma vie ! Que-si j'eusse été un ferrailleur, je ne serais pas à présent sur ce lit, d'où je ne désire plus me relever si votre menace doit s'accomplir.

Si ma profession m'est ôtée, j'en prendrai une autre tout de suite avec courage; que m'importe? pourvu que Louise me reste, pourvu que je vous contente, pourvu que je me consacre à réparer par toute ma vie les chagrins que je vous cause malgré moi. 0 monsieur Reybaz, depuis quatre jours je les expie cruellement ; appréhendant votre peine autant que votre oolère, sans nouvelles de Louise, épouvanté de la crainte de lui causer des émotions funestes.... Monsieur Reybaz! ayez pitié! pardonnez ! n'aggravez pas ce malheur, et songez que vous ne pouvez désormais me punir sans punir aussi votre adorable fille.

M. Prévère, qui me quitte demain, vous portera cette lettre. Si vous m'accordez votre pardon, hâtez-en l'annonce, et ditesmoi que je puis écrire à Louise.

Votre respectueux et affectionné.

Charles^

CHAMPIN A RETBAZ.

De Genèye. -

Ton Prévère est parti; bon voyage! Avant de partir, il a fait ses promesses au galant; car son idée, c'est que ce que tu as fait, il le défera toujours, assez. J'en sais deux mots. N'a-t-il pas voulu m'englober, me mettre avec lui contre toi? moi, Champin Jean-Marc, contre toi, Reybaz l'ancien! Néanmoins, voulant goûter le potage, je n'ai pas ren\ev9é la marmite, comme on dit, en sorte que je l'ai laissé dire.

C'est ce matin même. Il est entré dans ma chambre, et, sar ehantbien comme son vaurien m'a traité devant lui : c Je pense»

m'a-t-il dit d'abord, qne tous excuserez les emportements d'un enfant qui se trouve sous l'empire d'un sentiment si vif et dans une situation si malheureuse ; dans tous les cas, je viens vous exprimer ses regrets de vous avoir parlé avec inconvenance et brusquerie. — Monsieur le pasteur est bien bon, lui ai-je répondu ; mais, comme on n'a pas peur des mauvais propos, on ne s'y prend pas. J'ai une lettre à remettre, je la remets; on s'en prend à moi du contenu : affaire de mal élevé, voilà tout. » ( c Attrape ! » que je me suis dit en dedans.)

Alors le câlin ' : c Vous avez raison, a-t-il répondu ; mais, même sous ce rapport, cet enfant, si vous connaissiez son histoire, mérite plus d'indulgence qu'un autre. Il n'a point de parents, et quelques soins de ma part ont été été bien insuffisants pour remplacer la vigilance et les constantes sollicitudes d'un père, et surtout d'une mère. (J'aurais pu lui dire : c Justement, quand on n'est qu'un rien du tout, on ne prend pas le ton si haut; » mais il a continué.) Cette malheureuse affaire menace de le replonger dans une condition bien digne de pitié. Toutefois, je ne pense pas que la résolution de M. Reybaz soit irrévocable, et f espère encore Ven faire revenir. M. Reybaz est mon ami, il est un des hommes que j'estime le plus (hem! ce miel ! ), mais il est prompt ( brutal, entend84u !), il peut n'avoir pas tout prévu (un nigaud, entends-tu! ). J'ose compter que je le ferai revenir à ses premières intentions (qu'il te mènera par le bout du nez ; mais attends). Je serais plus sûr d'arriver à ce but, si vous, monsieur Ghampin, qui êtes lié d'amitié avec M. Reybaz, qui avez de l'influence sur son esprit (à mon tour du miel), vous me secondiez auprès de lui, en lui faisant les représentations que votre cœur ne saurait manquer de vous dicter. >

Il avait tout dit. <( Monsieur le pasteur, ai-je répondu, a ses raisons pour vouloir du bien à ce garçon : on sait de reste que monsieur Prévère est charitable. Quant à sa demande, c'est ni oui ni non; moi, je ne me mêle pas des affaires des autres. Reybaz est le maître, et, là où noonsieur le pasteur ne fera pas, ce n'est pas Ghampin qui avancera. Pour ce qui est du jeune homme, je ne lui en veux pas, mêmement que, pour le prouver à monsieur le pasteur, j'y retournerai quand môme, i

Alors (vois-tu l'espion? Ils savent tout ce que je t'écris), comme ça ne le contentait pas : « Tout au moins, m'a-t-il dit,

i. Finaud.

je pense, monsieur Ghampin, que vous répugneriez à nuire à ce jeune homme, et que vous n'emploierez pas dans un sens fâcheux pour lui rinfluence que vous avez sur M. Reybaz. Ce serait, permettez-moi de le dire, la meilleure preuve que vous n'en voulez pais à cet enfant, ainsi que vous me faites le plaisir de m'en donner l'assurance. — On remercie du conseil, » ai -je répondu. Et puis rien d'autre; c'était assez d'avoir éventé la mèche. Il s'en est allé; salut.

Tu vois, Reybaz, si je te disais vrai, et s'il s'agit de rien autre que de te pousser à en faire d'une fameuse. Et pourquoi? Lui is'ôle le fai*deâu, et, ta fille épousée, la tare du jeune homme diminue de la moitié qu'elle en portera. Pas bête. Mais toi ! toi, Reybaz, ayant bon renom et pré au soleil, t'aller embâter d'un enfant trouvé, qui n'a rien, qui se croit plus que toi, qui soufflette et ferraille, qui n'a plus de métier, et lui donner ton unique!... Va, ne te dédis pas, et tu es sauf d'un vilain bourbier. Que tu aies dit oui une première, passe encore; mais une seconde ! Chat échaudé craint l'eau froide. Tu ne feras plus cette bêtise, ou bien tu n'es plus Reybaz, la fleur des anciens.

Que ton Prévère soit bon hbmme, je veux bien : on le serait pour moins. L'État ne le nourrit point pour des prunes, etsescent louis de paye, il faut bien qu'il les gagne. La belle affaire ensuite qu'il soit charitable avec Pargent des autres, avec la fille des autres. C'est leur manière : s'il y a un véreux dans une paroisse , fis ne seront pas contents qu'ils ne l'aient mis sur le dos des honnêtes ; ils ménagent leur bourse et fouillent dans la vôtre; ils donnent votre argent, et ils en ont les honneurs. Je les connais, va.^ Avec ça que, si on les touche, ils ne se font pas prier pour mordre : le mieux est de vivre bien avec eux, mais sans s'en laisser empaumer.

Après quoi je suis remonté chez l'autre. Il s'était combiné* avec M. Prévère ; car il m'a tendu la main en se disant fâché, et que je n'avais fait que mon devoir : c Mais songez, a-t-il continué, songez* à l'état oii devait me jeter cet affreux billet!... Impossible.... impossible, monsieur Ghampin, que M. Reybaz persiste... 9 Et il s'est mis à pleurer. « N'y comptez pas trop, que je lui ai fait; Reybaz est ferme; quand Reybaz veut, il veut bien. — J y bompte, monsieur Ghampin, s'est-il écrié alors. Je n'ai pas de torts; si j'en ai, j'en demanderai pardon à M. Rey-

K Entendu.

LE HIESBYTÈRE. 245

haz... je les réparerai... Tout!... tont!... mais Louise m'étre ôtée!... Louise, Louise I » Et il s'est remis à convulsionner par son lit, songlotant des mieul et mordant ses couvertures. J'ai compris qu'il jouait sa scène, et je Tai laissé faire.

Gomme je ne disais rien : «M. Reybaz m'a promis! s'est-il écrié de nouveau... il a promis à M. Prévère... M. Reybaz n'est plus le maître de se dédire!... » Ses yeux flamboyaient, c D0U7 cernent, jeune homme, lui ai-je fait, doucement; c'est sa fille; personne n'y a rien à voir. — J'ai sa lettre, monsieur Ghampin, sa lettre où il me la donne!... — Et vous avez sa lettre aussi oii il vous l'ôte. — Ah î » s'est-il écrié ; et U a recommencé s^ scène, à tant que M. Dervey est entré.

c Ce jeune homme, lui ai-je dit, est déraisonnable, monsieur le pasteur. — Efifectivement , Gharles, a dit le noireau*. Je vous croyais plus de force, plus de retenue aussi. Qu'avez -vous à faire M. Ghampin le confident (attrape, Ghampin!) de ce qui ne devrait pas sortir de cette chambre? — Il sait tout, monsieur... il est l'ami de M. Reybaz... il peut sur lui plus que M. Prévère lui-même. — Ça n'est pas, ai-je interrompu , et Reybaz sait bien se conduire sans qu'on s'en mêle (car, vois l'idée qu'ils ont de toi). — Ne vous en mêlez donc pas, et c'est tout ce que je demande de vous; si vous me le promettez, je suis certain dès à présent du pardon de M. Reybaz. — Jeunesse ! lui ai-je dit , ce n'est pas Ghampin qui se mêlera des affaires des autres ; et, quoique ça, ce n'est pas vous qui avez rien à lui demander, ni lui à vous promettre. Ghampin va son train ; Ghampin est à son poste ; Ghampin est net et franc du collier... bien entendu qu'il n'aide personne à s'emboui*ber (attrape!). — Vous l'entendez? a-t-il dit alors en se tournant vers M. Dervey, cet homme, ce misérable... — Gharles! a dit M. Dervey... — Ge monsieur me nuit ; il me calomnie, il me perdra... parce que je suis un... Ah! monsieur Dervey! Et il afait semblant de gémir dans les bras du pasteur... Ah! misérable que je suis!... rebut des portiers même... rebut de ce qu'il y a de plus vil, de plus méchant! (Prends-en ta part; car je te v^ux, tu me vaux.) Puis m'apostrophaht : Que vous ai-je fait pour que vous me haïssiez? Qui êtes- vous .pour venir encore ajouter à ma détresse?... — Finissons, a dit M.. Dervey : vous êtes injuste, Gharles, et, dans un emportement que rien ne

Page 1