‹ Le presbytèreChapitre 8 sur 45 · XLI · texte numérisé non relu

XLI

, . CH.A.RLJSS A LOUISE.

• De Genève.

Me voici étudiant; Louise; c'eàt depuis ce matin. Annoncez,

je vous prie, la chose à votre père. Je n'ai pas le courage de le

'feiire. Votre post-scrîptum me jette dans lettouble et l'anxiété.

' Ges de la Coutl... j'en détournais avec sbin ma pensée.... je

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m^.efforQai8 d'oublier ce jeune homme.... je me suis contraint longtemps avant que d'oser agiter ce sujet devant vous.... Aujourd'hui, pardonnez, Louise, si je vous laisse entrevoir mon trouille. Considérez que je vis loin de vous.... considérez que vous Ôtes pour moi tout au monde; et qu'ainsi ce sentiment avec lequel mon cœur s*agite ou tremble autour de son unique et chère possession ne vous soit pas importun!... Au surplus, sachez d'où naissent ces alarmes.

J'ai reçu , il y a quelques jours, une lettre de votre père ot se trouvaient des lignes tristes à lire. 11 m'invitait à conquérir les vertus et le bon renom, auxquels il $acrifie pour vous condition et opulence. 11 me faisait sentir ce que je ne sens déjà que trop amèrement, que je n'ai rien, que je ne suis rien; il ajoutait ces propres paroles que je n'ai pas lues sans effroi : « Si je mettais la richesse avant une vie honorable, je saurais où faire ici, près un heureux du ciel. » Ces paroles, je voulais les oublier aussi, j'y tâchais du moins, lorsque ce portier, dont l'entretien recouvre toujours une maligne curiosité, m'a parlé de bruits qui courent au sujet de M. Ernest, de démarches faites auprès de M. Reybaz.... A ce propos, il m'a montré une grosse lettre de M. Prévèra à M. Dervey, que la messagère venait de poser dans sa loge.... enfin, ce matin, votre post-scriptum m'apprend que les de la Cour viennent, contre leur habitude, passer l'hiver à la ville. Gomment dois-je interpréter ces mouvements inaccoutumés? Quelque chose de récent a-t-il provoqué cette résolution soudaine ?.. . Y aurait-il, à votre insu peut-être, Louise, à l'insu de M. Prévère, de sourdes menées pour ébranler, pour éblouir M. Reybaz, déjà si peu satisfait de moi?... Vous-même, ne disiez-vous pas, dans l'une de vos lettres récentes, que je pouvais compromettre jusqu'aux promesses qu'il m'a faites?... Ah! Louise, tirez-moi, je vous en conjure, de cette anxiété où je suis.... Ces ombres, ces lueurs, ce sont d'horribles fantômes!... Qu'un mot, qu'un signe de vous, les fasse disparaître de ma vue !

M. Ëmest de la Cour, Louise, c'est celui qui a demandé votre main!... Depuis ce jour, son nom seul me glace de crainte; je ne puis assez me persuader qu'un bonheur qui lui fut refusé puisse, par un miracle du ciel, m'étre réservé!... M. Ëmest de la Cour! oserai-je vous le dire? depuis ce jour, je le hais!... Pour n'éprouyer pa^ de trouble, il est l^esoin que j.e détourne mes yeux de lui, des lieux où il est, où il vous regrette, où il

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vous espère pe«t*ètrel!! M. Ernest de la Ck>ur«... Si, ^^ oe premier refus., il a tenté peut-être de nouvelles démarobes, alors je ressens Feutrage, le désespoir et les transports de fureur ! Pourquoi viennent- ik à la ville? Mais nonl je dis des choses insensées. Ce projet môme qui Téloigne de vous, de votre père, je dois m'en réjoaûr. Ici, je le verrai, et je ne le craindiai pas. Éenvez-moi, Louise, je vous en conjure, sams mystère, sans réticence ; que vos lignes chéries mettent un terme è œ tauiment où je demeure jusqu'à ce que je les aie luea!

Charles.

LOUISE A CHARLES

ne la cure.

Mais, C3iarles, vous me dites des fblies. Je vais ne plus vous écrire de post-scriptum« Au surplus, vous raisonnez dHine éftraoge façon. De M. Eme^ tou» vous faites un rival; jusq[aelà je n'ai rien à dire : lorsqu'on en est à imagina un roman, j'estime que c'est hien fait que d'y introduire un rival pour anijo»t la soèae et fournir aux aventures. Mais lorsque misuite ce rival quitte la place et fuit en terre étrangère, je ne comprends pdus Tien à votre désespoir; le roman se gâte, il n'y a plus ni sens commun ni vraisemïblanoe, et l'on voit trop que l'auteur rêvait quand il écrivit ces pages.

Je compte hien vous répondre sans mystère et sans rétteenee; mais n'exigez pas que je me revête de plus de sérieux qu'il n'est hesoin. Je ne sais absolument rien que vous ne sachiez aussi hien que moi^ et certes il me^semhle que, si M. Ernest avait jugé à propos de faire les démarchas que vous supposez, je serais hien, ce me semMe^ la persoone à consulter. Mais je trouve que vous £aites tort à la délicatesse de M. Ernest, tort à la droiture de mon père, tort à moi, Charités; puisque, enfin, tous ces fantômes seraient des démons réels, qu'encore devriez* vous ne vous faire d'eux ni souci ni épouvante, si vous croyez à ma tendresse, comme vous devez croire à mion discernement.

Mais je vous dirai plus, c'est que ce départ de Mme de la Cour et de son ûls me semble une chose très-convenahle, si ce n'est nécessaire. Ils ne nous voient presque plus. Ik ont dû éprouver quelque humiliation du refus de mon père. I>ans oette situation, je ne vois pas de projet si natard à former ot à exô<-

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cuterque ce projet qui vous parait si étrange, si inouï, et à propos duquel votre imagination se met en campagne par un temps si sombre et si orageux. Charles ! vos alarmes me font pleurer et sourire; je suis touchée de vos craintes, et je ris quand je découvre sur quoi elles reposent. Laissez donc chacun bouger à sa fantaisie autour de vous, laissez M. Champin recevoir des lettres dans sa loge, ou m;ôme être curieux comme le sont, dit-on, ceux de sa profession, et reveçez bien vite à cette paix que vous troublez à plaisir.

Mme de la Cour est v«)nue seule aujourd'hui pour prendre co^gé. M. Prévère n'était pas à la cure : c'est, moi qui l'ai reçue. Sa santé, m'a-t-elle dit, exige qu'elle. se rapproche pendant quelque temps de son docteur, et elle désire aussi que son fils fréquente un peu le monde. Après cela, nous avons causé de pluie, de neige, de fruits gardés, de jardinier et de serre, et enfio... d'un jeune chat, qu'elle confie à mes soins pendant son 2y[>sence. Si donc votre portier vous avait dit que Mme de la Cour est venue à la cure, sans ajouter que c'était pour me parler de l'éducation d'un jeune chat, vous n'auriez pas manqaé d'ajouter ce mouvement à tous ces mouvements inaccoutumés que TOUS avez aperçus, et d'y lire le secret de votre destinée. Voyez pourtant ce que c'est, Charles, que d'avoir affaire avec les fantômes. Rompez bien vite avec eux, et surtout, je vous en conjure, chassez ces soupçons colères et ces sentiments de défiance que vous nourrissez injustement contre M. Ëmtfst.

Au milieu de vos préoccupations, vous passez. bien légèrement sur un événement qui nous cause ici un vif plaisir : votre profliotioiL à la condition d'étudiant. J'ai annoncé la chose à mon père, mais j'éprouvais le regret de n'y pouvoir ajouter aucuns détails, quand, j'ensuis certaine, ces détails l'eussent intéressé, après m'avoir réjouie. De son côté, M. Prévère m*a fait toutes sortes de questions, et elles m'embaxrassaient d'autant plus, que je n'osais lui donner votre lettre à lire, ni lui en raconter le contenu, ainsi que je fais souvent. Une autre fois, Gharies, vous aurez égard à cette situation oti je redoute de me trouver, et vous songerez que c'est chose juste qu'une partie au moins de vetre gaieté ou de ras intéressants récits puisse être communiquée à ceux qui m'eatoureiit. C'est les réjauir en doablaot mon plaisir.

Votre Louise.

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