‹ Le presbytèreChapitre 7 sur 45 · XXXIX · texte numérisé non relu

XXXIX

M. PREVERE A M. DERVET.

( J ! " ' De la cute.

ïrdevîtent nécessaire, mon cher confrère, que je vous mette au fait de ce qui 'se passé ici dans ce moment, afin que, connaissanl adfssî'bieh'qute moi quelle est la situation de Charles, voftiè'soyez rfiieui à hiêfmé" 'de l'éclairer de vos conseils, ou de me donlner quelque avis opportuh, si Poccasion s'en présentait. Il est en vérité des moments où la destinée de cet enfant, que je croyais désormais assurée, m'apparait comme précaire encore et encombrée d'obstacles. Pour l'heure, il s'agit d'écarter de lui toute occasion d'imprudence, tout prétexte à des démarches inconsidérées : tant M. Reybaz, sur les promesses duquel repose son avenir tout entier, est porté à le juger avec sévérité! tant il a de peine, encore à l'heure qu'il est, à prendre confiance dans les qualités de' cet enfant qu'il ti'a accepté pour gendre qu'avec répugnance, bien que •sincèrement! Mais il faut, pour ce que j'ai à vous dii'e,que'jeTeprenne les choses de plus haut.

VôuiS'fcofnnaisséz sans doute de' nomia famille de la Cour. Ce soât les seuls notables de' lûA paroisse :' ils ' habitent cette belle maiéon dotit l'avèûue s'buvte k trois ôtl quatre cents paè de la cure, 'et qu'on nomme ici le' château. Il y a huit ans que M. de la Cour y mourut, laissant un fils plu^ âgé que Charles d'environ quSftre ans. Jusqu'à cette époque, cet enfant avait vécu dans la familiarité de Charles et de Louise ; mais dès lors Ces relations cessèrent insensiblement, malgré les e£forts que" fit, pour les continuel*, Mme de la Cour, qui y trouvait une garantie contre les écueils où l'opulence, le défaut d'occupation et de frein pouvaient entraîner son fils.

Cette dame avait de bonnes intentions plutôt que la fermeté nécessaire pour les faire prévaloir; d'ailleurs, elle idolâtrait

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son fils. Ce jeune homme ne tarda pas à lui oauser les. chagrins qu'elle avait pu redouter. 11 se jeta dans la dissipation, puis dans le libertinage ; à vingt et un ans, il avait déjà séduit et perdu la fille de Tun de nos paysans les plus honorables, Élise Goiasat. Après ce scandale, il dut s'éloigner pour quelque temps. Arraché ainsi à ses compagnies ordinaires, touché de Taffliction de sa mère, ou peut-être mû par le reptentir (il était encore bien jeune !), il revint insensiblement à une vie plus régulière, et nous-mêmes, lorsqu'il reparut à la cure, heureux de le voir s'amender, nous recommençâmes à l'y accueillir de temps en temps et à fréquenter de nouveau la maison de Mme de la Cour. Dès lors (il y a de ceci un peu plus d'un an), cette dame, dans l'espérance que le mariage fixerait enfin son fils dans la voie honorable où elle le voyait entrer, lui cherchait une épouse parhii les jeunes personnes de sa condition. J'ai ouï parler d'ouvertures faites à ce sujet auprès des parents d'une jeune demoiselle dont vous avez dirigé l'instruction religieuse, Mlle Dupuech. Quoi qu'il en soit, c'est^ pendant que Mme de la Cour s'occupait de ce dessein que son fils, certain d'être contrarié par elle dans un vœu qu'il formait déjà secrètement, lui cachait avec le plus grand soin le nouvel attachement qui naissait dans son cœur.

Ce jeune homme avait perdu de vue Louise quand elle n'était encore qu'une enfant. Il la revoyait alors jeune fille, unissant aux grâces de la figure les agréments d'un esprit délicat, et ce charme d'une sensibilité pleine de pudeur et de réserve dont souvent l'attrait est plus vif et l'empire plus soudain sur un jeune homme qui a connu le vice que sur celui qui revêt uniformément toutes les femmes du manteau de sa propre pureté. 11 s'éprit d'elle, et d'autant plus profondément que, déjà obligé de se contraindre devant sa mère et redoutant aussi d'éveiller la jalousie de Charles, dont il devinait dès lors les sentiments sans redouter encore sa rivalité, il dissimulait le penchant passionné dont son âme était pleine, attendant Theure de se faire agréer de Louise et d'éblouir M. Reybaz du prestige de son rang et de son opulence. Du reste, sous l'influence de ce sentiment, il avait entièrement réformé sa vie, rompu avec ses camarades de désordres, et renoué avec les sociétés dont sa condition lui ouvrait l'accès. Occupé que je suis des soins de ma paroisse, je ne pus ou je ne sus pas alors pénétrer les projets de ce jeune homme. D'ailleurs, les miens sur Charles n'étaient encore qu'un désir,

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qa'im espoir né de Paffection qae je voyais croître entre Louise et lui ; surtout j'étais loin de m^imaginer que Punique rejeton d'une famille riche et orgueilleuse de son ancienneté pût songer jamais à s'allier à l'humble fille d'un chantre de campagne.

Les choses en étaient là lorsqu'en juin dernier, à la suite de divers entretiens que j'eus avec M. Reybaz, je pris le parti d'éloigner Charles et de vous le confier. Charles partit pour Genève un samedi. C'est le soir même de ce jour que M. Émest de la Cour, rencontrant M. Reybaz qui se promenait seul dans la campagne, l'aborda, engagea avec lui un entretien, et, soit qu'il en eût formé le projet à Tavance, soit qu'il s'y trouvât entraîné par l'occasion ou porté par le désir, il lui parla de mariage et demanda la main de Louise. M. Reybaz, sans s'arrêter seulement au rang et à la richesse de celui qui lui faisait cette demande, n'hésita pas un moment à y répondre par un refus. Il avait présents à l'esprit les désordres passés, les malheurs de la fille Goissat, et dans le cœur sa propre et droite répugnance à composer avec le dérèglement; en outre, il avait une trop haute opinion de sa fille pour croire qu'elle pût jamais mettre aucun avantage avant celui d'une «moralité sans tâche et d'un renom justement honoré. Le jeune homme ressentit de ce refus une vive humiliation. Il insista pour en connaître les motifs, et M. Reybaz, avec sa franche rudesse, ne les lui tut pas. Alors ils se séparèrent, M. Reybaz persistant dans son refus, et M. Ernest dans ses protestations d'amour pour Louise, de réforme entière pour lui-même, d'espoir dans le cours du temps et dans les réflexions de M. Reybaz.

Vous avez su, mon cher confrère, comment, dès le lendemain, obéissant au pieux appel de la charité, M. Reybaz, qui venait de refuser sa fille à M. de la Cour, la donnait généreusement à mon pauvre Charles. Nous convînmes ensemble de garder le plus entier secret sur cette alliance projetée. Plusieurs motifs nous en faisaient un devoir : la jeunesse de Charles, l'incertitude de son avenir; plus tard, la convenance d'ajourner le mariage jusqu'à ce qu'il eût été consacré ministre, d'autres encore. Mais, quelles qu'aient été nos précautions à ce sujet, quelque chose a transpiré de l'engagement de M. Reybaz, et, sans que personne dans le hameau puisse se dire instruit de ce qu'il en est, tous se doutent que Louise est promise à Charles, et les lettres dont celui^i charge chaque jour la messagère n'ont pas peu contribué à donner de la consistance à ces bruits. Ce

sont ces bruits qui, arrivés jusqu'à M. de la Qaur„ ont provoqué de Va paiila démarche toute' récente "à laquelle je fais allasion en'xîbminehçant cette lèitre',' et à l'oçcasidn, de laqujBÛè je me suis déterminé à vous ^écrire J ; ' i.

'' Après le refus qu*il kvàît essuyé, ce jeune hlomme, qpe l'obèrt;acle semblait rendre plus ardent hi plus passionné, avajit tout ôônfîé à sa mère en s'efforçâht de lui faire partager ses vœux et de la mettre dans ses iiitérêlts.. Il n,y put, réussir. Cette obscure alliance choquait trop la fierté de cette dani,e^ ses préjugés de famille, toutes les idées et les ^aj^itudes dans lesquelles elle a été élevée. Avepla fermeté de l'orgueil bljsssé, elle déclara positivement à son fils qu|il'n^ol3tiendrait jaipais son conseutement à une pareille iinioii, et celùi-çi, reljrouvai^t aussitôt l'audace tebelle dé ses jours de dérèglement, lui déclara à son tour qu'il saurait s'en passer, et qu'il n'aurait jamais d'autre épouse que Louise. Lorsque ensuite il a eu ouï dire que cette Louise était promise, qu'elle était promise à Charles, l'enfant trouvé de M. Prévère, il s'est livré à tout l'emportement de la passion déçue et humiliée ; ses paroles de fureur n'ont pas môme épargné sa mère. Résolu d'éclaircir tous ses doutes et de frapper un dernier coup, il a profité jeudi passé de ce que Louise et moi nous étions absents dé la cure pour s'y présenter et pour se faire introduire aùprèè d!e M. Reybaz.

Ce jeune hommtB s'était apparemment tracé une lig^e à suivre. Il' s'est comi)orté d'abord Wec beaucoup àe modération et d'adïesse, et c^est avec une habileté grande qu'il ^st parvenu à reproduire, d'une façon indirecte et niénagée, la môme deïijiânde au sujet de laquelle il avait reçu une première fois un refus si 'formel. M. R'eybâz a bientôt jugé à propos de l'interrompre, en disant qu^à môme requête il faisait même réponse; et ensuite il l'invitait à parler d'autre chose. Alors M. Ernest, [^'écartant du ton digne et modéré qu'il s'était d'abord, imposé, a éclaté en transports passipni^és : des larmes ont ruisselé de ses yëiixi et, descendu aux plus instantes supplications, il s'est enfin jeté aux genoux çfe M. Reybaz. Celui-ci, pans s'émouyoir, lui a ciit : a Vous remueriez plutôt un roc ; que ce mot vous suffise, irionsieur Ernest. — Jbites' plutôt, s'est écrié, le jeune homme avec un accent dé riage et de dédain, dites plutôt que vous la refusez à M. de la Cour jppur la livrer i l'^nrant trouvé de M. Prévère! ~ Possible, a répondu M. Reybaz, çt n'en suis-je pas libre, si telle s'en contente qui pe se ço.n^tenterait pas de

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place à une attitude morne ; sans ajouter un seul mot, i) s'est retiré. J'ignore s'il a renoncé franchement. à tout espoir, s'ii est irrité plus que découragé, si même il est capable de se mettre au-dessus du sentiment qu'il a nourri jusqu'ici; j'apprends seulement ce matin que Mme 'de là Cour et son fil^ disposent tout pour aller passer l'hiver à la ville, contraireVnent à Ifeur habitude. C'est cette birconstance qui fait que je vous écris ces longues explications, mon cher èonfrëre. J'ignore ce qu'ils se proposent; mais je redoute les dispositions qu'emporte avec lui ce jeune homme si rudement éconduit, aii moment où il va se trouver rapproché de Charles, et peut-être le rencontrer dans le monde.

alors je craindrais tout de isa fougue et du bouleversement de son esjprit: là jalousie, l'indignation, la terreur, ne marqueraient pas de l'égarer et d'amener peut-être entre M. Ernest et lui quelque collision dont les conséquences ne sauraient qu'être funestes, jamais, sans doute, M. Reybaz ne manquera à ses engagements, et, y manquâl-il, ce ne serait dans aucun cas en faveur de M; Ernest; mais M. Reybâz ne se croit lié avec Charles qu'autant que celui-ci, par sa conduite, non-seulement lui donnera de jour en jour plus de gages de sécurité pour l'avenir, mais encore, et surtout, qu'autant qu'il ne réveillera pas dans son esprit d'anciennes défiances, de sourdes craintes étouffées à peine, et auxquelles, à la moindre alarme, il se livrerait tout entier, sans qu'aucune considération pût l'en empêcher. C'est là, mon cher confrère; qu'est le danger, et ce danger me bouleverse moi-même toutes les fois que je songe, d'une part, à cette roîde nature de M. Reybaz, toujours droite dans ses vues, mais obstinée dans ses préventions, ouverte aux alarmes, brusque et secrète dans ses résolutions ; d'autre part, à cet enfant sans expérience, impétueux, incapable de ménagements calculés, et dont les moindres écarts rencontrent l'œil défiant d'un perd à là fois rempli de tendresse pour sa fille et de sévère exigence pour un gendre dont la naissance l'offusque et le trouble secrètement.

Veillez donc sur lui cet hiver, et surtout pendant ces premiers

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temps; veillez si>r les propos qui peuvent être tenus autour de lui, à roceasion de l'arrivée des de la Cour à Genève ; et, dès que vous vous apercevriez d'une préoccupation quelconque chBz Charles, informez-m'en aussitôt, afin qu'en Tinstruisant de ce qu'il vaudrait mieux lui tenir caché, je fasse du moins suivre mes révélations d'injonctions et d'avis. Enfin, mon cher confrère, je compte en tout temps sur les conseils que vous lui donneriez vous-même, et maintenant que je vous ai mis au fait de tout, je me repose sur votre vigilance et sur votre amitié, dont vous m'avez donné déjà tant de preuves.

Recevez, mon cher confrère, Texpresaion de mes regrets pour les soins difficiles que je vous impose, et celle de ma vive gratitude pour le repos dont je vous serai redevable .

Prévère.

LOUISE A CHARLES

De la cure.

Vos lignes m'ont rassurée, Charles, et je m'explique jusqu'à un certain point votre irrévérence. Ce n'est pas ^ur le maître qu'elle tombe, mais sur de maladroits valets. Cependant on doit toujours conserver des égards pour le sexe, et, puisque parmi tous ces messieurs il y a une dame, j'aurais aimé que votre satire eût^été plus ménagée et plus courtoise. Pourquoi, d'ailleurs, en vouloir tant à cette dame de ce qu'elle s'enquiert des choses de lessive et de savonnage? Vouliez-vous donc que ce fût M. Rapin qui examinât ces menues questions? Moi, je loue Mme Dacier; et si j'apprenais votre grec pour annoter et dire ma façon de penser, je m'en tiendrais, comme elle, aux choses de ménage, à celles qui s'étudient par la pratique des procédés domestiques et dans l'ombre de la retraite.

Je ne savais pas, du reste, que, dans ces domaines, on rencontrât des figures de femmes. Cette apparition d'une personne du sexe parmi ces graves annotateurs m'a semblé bien plus fabuleuse et plus inattendue que l'apparition d'Ulysse ne sembla aux jeunes laveuses. Mais qui est donc cett^ dame Dacier? A quel temps appartient-elle? Serait-ce au nôtre? Dois-je me la figurer jeune ou vieille? vêtue en Muse ou habillée de nos robes? ayant appris le grec par Feffet d'un naufrage en Grèce

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suivi à^xme longue captivité, ou bien par ^oût, et pour y gagner sa vie on pour y perdre la tête? Éclairez -moi sur ce point. Je suis si ignorante, que j'ai vu là comme un phénomène, comme un grand accident de la nature, dont je suis demeurée toute stupéfaite.

Pour ce qui est de Phistoire de Nausicaa, je la trouve avec vous remplie de fraîcheur et de naïveté, et je vous sais un gré infini de ce que vous avez pris la peine de in'en faire une élégante analyse. Pourquoi donc, de ces choses (Jui paraissent si simples et conçues à si peu d'effort, n'en fait- on plus aujourd'hui? Pourquoi, lorsqu'on en ferait, n'auraient-elles plus le même charme? Est-ce donc leur antiquité qui pare celles-ci? Est-ce cette circonstance, que le poète de Nansicaa paraît être aussi naïf lui-même, aussi jeune que les temps qu'il décrit? Cest l'idée que je suis portée à me faire, lorsque je remarqpie qu'avec bien plus d'esprit, d'art, de modèles, ceux de nos poètes que j'ai lus n'atteignent pas à ce goût savoureux de poésie qui se sent dans votre analyse même. J'entendis un jour M. Prévère dire à quelqu'un, en parlant d'Homère : « Cest le seul poète, supérieur à tous, et père de la plupart. » Je ne compris rien à ce propos. En lisant vos transports et votre analyse, il me semble comme si j'en pénétrais mieux le sens. Et c'est ainsi qu'avec les savants, Charles, on devient savante. Pourquoi en voulez-vous donc tant à Mme Dacier? Me voici sur sa trace, et, sans me les .dire, vous allez penser sur moi des choses irrévérencieuses.

J'aime beaucoup à m'instruire, Charles, et la seule chose qui m'empêche d'apprendre, c'est la crainte de savoir. Expliquez cela comme vous pourrez. Dès qu'une notion un peu sérieuse m'arrive, je frémis de l'accueillir ; une voix secrète me dit que ce n'est pas mon affaire, se moque de moi, me raille irrévérencieusement. C'est pourquoi je m'en tiens à filer, à suspendre les raisins au plafond, à arranger les pommes dans le fruitier et à diriger une lessive, avec plus et moins de simplicité à la fois que Nausicaa la laveuse; car, si je ne vais pas moi-même au fleuve, je n'aurais pas non plus, pour y aller, ce beau char attelé de mules. Quand je serai reine de la terre, nous verrons à nous donner cet attelage, sans toutefois faire tort à notre pauvre âne, dont vous auriez bien pu vous contenter dans vos royales tournées, au lieu d'aller déranger les juments des prairies.

ni6 LE ï>RË8BYtÈftB.

' ^ Les •viQ:s 6ont teâtrés, les ^a^es rôfent^éeis', et les àoMéb sont ' redevenues plus agréaWes. Tahdis qofe'vous'liséii Homèi^e^ nous 'lisons; noiïsv le ^Me^sixgef hnitexAx^' et depuié't^bià soirées nous -en sommes toujours' à'I'hlstôirë d'une aVailanchë, qùî roule lentement;-comme vous' voyeî?.' Mais mon pèlSe,' plusieurà encore, •veulent se rendre compte de tout, eh sorte qii'à propos d'Un fait, en voici d^autres, sails cbmptër des châtaign'eà et dû vin nouveau , qui vinrent hier faire 'diversion : c'^est mon pèhr'é qui fit cette surprise. M; Prérère Vofulut en êti-e; il désira aussi que Ton continuât Thistoire devant lui, il se mêla aufx clattsenes, et, peu à peu, il se laissa aller à nous faire les récits les plus intéressants du monde, en se mettant à la portée de tous, et de Redard aussi, qui pourtant ne comprend guère que ce qui est clair et visible comme le soleil sur les prés. Je filais en écoutant, e» jouissant, en aimant vous, M. Prévère, tout ce monde, en trouvant ces mœurs dignes de celles dont lé tableau Vous a transporté; sans rien envier à Nausicaa, la princesse des Phéaoiens, rien à ses compagnes, rien à personne.' Mais, si tbus les poètes ne sont pas des Homère:^, toutes nos soirées non plus ne sont pas charmées ï)âr les récits de M. Prévère.

Mais voici que' je vous retiens bien longtemps. Je J'attends point de lettres de vous ces jours-ci'; soyez à vos seules occupations, et croyez qUe, le jour où vous m'apprendrez qUé vous avez réussi; ce jour là je sériai payée avec usure de tous lies sacrifices que j'aurai faits. Votre affectionnée ' LotJisE.

P. S. J'oubliais de- vous annoncer la grande nouvelle du hameau. Les de la Goi2r vont passer l'hiver à la ville. Nous les avons peu vus cet été. Je ne sais s'ils viendront prendre congé. Dans tous les cas, je ne puis que leur souhaiter bon voyage.

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