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II. — HISTORIQUE

Dès le début de cette étude, il est utile de rappeler la place prépondérante que l'Agriculture tenait dans les préoccupations et dans la vie de la Rome antique. L,es limites de YUrbs furent tracées par le soc d'une charrue, et les choses de la Terre, justissima tellus, continuèrent à constituer la base de toute la vie économique des premiers temps de la République.

A Rome, on ne devenait citoyen, soldat, magistrat et chevalier, qu'à condition de savoir et de pouvoir cultiver la Terre, et si l'Histoire nous a conservé l'exemple de la simplicité d'un Cincinnatus, c'est parce qu'on considérait comme une règle et un acte de noblesse le fait du Retour à la Terre avant ou après l'exercice des plus hautes fonctions de l'Etat.

Je n'ai pas besoin de rappeler l' histoire des Gracques pour vous convaincre de l'importance des lois agraires et de la place qu'elles tinrent dans les luttes politiques et économiques de Rome. L,a terre, l'agriculture était la chose dominante du plébéien, du patricien comme du Consul ou de l'Empereur. C'est elle qui inspirait les vers immortels de Virgile, de I^ucrèce, d'Horace, et dans le sentiment profond qu'ils avaient de la nature, ces poètes égalèrent aux victoires olympiques la victoire du travail des champs.

En apportant la civilisation romaine aux limites connues du Monde Ancien, les légionnaires répandirent le goût de l'agriculture et le progrès agricole, et l'état de culture dans un pays devint un signe matériel du degré de sa civilisation.

Nous assistons, de nos jours, à une sorte de reviviscence de cette période romaine. L,e retour à la terre semble devenir, non seulement le titre de très beaux livres, écrits avec le sentiment profond d'un attachement ancestral à la terre des aïeux, mais encore la formule nouvelle destinée à transformer les conditions économiques des anciens continents comme des Nouveaux. Et cette évolution se conçoit.

La terre est et sera toujours Y aima par eus, la Terre nourricière, la réserve où seront obligés de puiser tous les éléments chargés de pourvoir à l'entretien, à la conservation, au progrès du genre humain.

1/ agriculture est une nécessité comme elle constitue un besoin.

C'est un dogme du passé, comme un axiome du présent, et une formule de l'avenir.

Chaque peuple dans le passé, comme dans le présent sent la nécessité impérieuse du travail agricole, parce qu'en lui réside le principe même de vie.

L'agriculture, c'est le travail universel, le Besoin mondial se résume et s'identifie avec elle.

Comment donc se fait-il que des siècles aient passé, sans que les peuples aient reconnu la nécessité de s'unir, de s'entendre pour résoudre les problèmes qui contenaient

la source de vie des individus comme des collectivités. C'est parce que, dans son évolution historique et économique, dans son ascension vers le progrès, l'Agriculture, comme toutes les autres formes de la production, a suivi les diverses étapes qui, de l'exclusivisme et de l'individualisme des intérêts et des sentiments, devaient fatalement l'amener à l'altruisme, à la communauté des efforts, à la solidarité des sentiments, pour former un corps et une âme identiques, sous la diversité des individus, des continents, des climats.

L'application des machines à l'agriculture, l'invention des engrais, le développement des œuvres de mutualité ont conduit les agriculteurs du monde entier à considérer les problèmes dont la solution dépendait de leur activité, avec le même état d'esprit, avec le même besoin de généralisation qui distinguait déjà les industriels ou les commerçants.

La fin du XIXème siècle a vu se former une nouvelle tendance de l'activité mondiale. Cette tendance vise à généraliser, à synthétiser les problèmes qui concernent les intérêts politiques ou économiques des divers peuples.

Les individus ont commencé d'entrer dans cette voie : les Gouvernements les ont suivis. L'exclusivisme, en matière politique, tend ainsi à disparaître de plus en plus.

En Agriculture, jusqu'à ces derniers temps, l'initiative privée semblait seule avoir pris part à ce grand mouvement international.

Il m'est agréable ici de rendre un hommage particulier aux efforts tentés par l'initiative privée pour créer un lien

de solidarité, pour organiser une communauté d'efforts et d'intérêts entre les agriculteurs de tous les pays.

Il serait trop long d'énumérer les noms de tous les écrivains, de tous les hommes d'Etat, de tous les économistes qui, avec toute l'énergie de leur âme, avec toute la force de leur conviction, prêchèrent aux populations rurales, dans tous les pays, la nécessité d'une entente internationale pour défendre les intérêts communs des agriculteurs, et donner à leurs efforts la sanction pratique qui résulte de la force de l'union entre tous.

Mais il serait injuste de ne pas signaler et de ne pas rendre un hommage particulier à l'œuvre poursuivie par les Congrès nationaux et surtout par les Congrès internationaux d'agriculture. Il serait facile de tracer l'histoire du progrès agricole, en évoquant les vœux généreux, les vœux scientifiques et pratiques émis au cours de ces assises internationales par les personnalités les plus compétentes de tous les pays.

Pourquoi donc des initiatives aussi désintéressées, aussi généreuses, aussi compétentes, n'ont-elles pas procuré aux agriculteurs les avantages ou les profits qui devaient résulter de l'application des mesures proposées par leurs auteurs ? Vous en connaissez les raisons. On l'a dit bien souvent. L,es Congrès constituaient, jusqu'à ce jour, des Académies brillantes où les joutes oratoires et les discussions les plus chaudes n'aboutissaient malheureusement qu'à faire oublier des causes exposées éloquemment et dignes d'un meilleur sort. Tous les vœux des Congrès étaient signalés et recommandés

à l'attention des Gouvernements. Mais ils restaient le plus souvent lettre morte, sans effets, sans sanction pratique.

L'initiative privée agricole peut encore compter à son actif, et les marquer comme des victoires, toutes ces tentatives faites en vue de former en un seul faisceau, en un seul bloc, les forces de toutes les mutualités, de toutes les coopératives, de tous les organes de crédit.

Vous savez que c'est surtout en Allemagne, que ces associations se sont centralisées pour former la Fédération nationale d'abord, puis internationale des coopératives agricoles. Mais je suis heureux de pouvoir rendre ici un juste tribut d'hommage au Musée Social de Paris, qui a l'honneur de voir à la tête de la Fédération internationale de la Mutualité son éminent Directeur M. Mabilleau, et comme Président d'honneur, notre Illustre collègue à l'Institut, S. Exe. M. Luzzatti qui a tracé magistralement à Milan, au mois de Janvier 1912, lors du Congrès des Mutualités agricoles, le tableau éloquent de ces sociétés agricoles « qui préparent les bases solides de la rédemption morale et économique des paysans ».

Mais vous me permettrez certainement d' exprimer franchement ma pensée, en émettant l'opinion que si belles, si généreuses, si élevées que soient ces tentatives et ces manifestations de l'initiative privée, elles contiennent dans leur principe un vice originel : elles manquent de la sanction effective, pratique, que seule peut -procurer V action officielle des Gouvernements, se soumettant par avance à l'application

des mesures édictées par les Conventions diplomatiques consenties, signées et ratifiées à cet effet.

L/initiative des Gouvernements, les tentatives officiel les ont parfois essayé de corriger, dans certains cas, et pour des faits concrets, ce que les tentatives de l'initiative privée avaient d'irréalisable ou d'impraticable.

C'est ainsi que le Gouvernement français, sur les indications du Congrès international de statistique, essaya, en 1878, d'organiser une statistique agricole internationale.. Mais la tentative était prématurée.

Plus tard, dans le domaine des intérêts agricoles, furent signées par les Gouvernements, la Convention phylloxérique, la Convention pour la protection des oiseaux,, la Convention sucrier e.

Toutes ces ententes officielles s'appliquaient à une question spéciale, à un but restreint, qui limitait la portée de l'accord et les avantages qui pouvaient en découler.

I^es heureux résultats de ces mesures officielles faisaient toutefois entrevoir l'opportunité et la possibilité d'une entente plus générale, s' appliquant à un ensemble de questions et comprenant le plus grand nombre des Etats du monde.

L'Idée et l'Œuvre de David Lutrin. — Dans l'histoire économique contemporaine, dans l'histoire des relations des peuples entre eux, la Postérité retiendra certainement: 1 un nom et une idée.

Le nom est celui d'un citoyen américain, M. David Lubin.

L'idée est celle que conçut cet apôtre de la Défense mondiale des Intérêts agricoles, en se donnant pour mission d'assurer une base internationale à l'étude de toutes les questions qui intéressent l'Agriculture mondiale.

Grand Producteur dans les Etats du Far- West, au Colorado, M. David Lubin eut à subir, dans ses intérêts personnels, comme dans la défense des intérêts des agriculteurs de sa région, l'assaut des compagnies et des trusts organisés pour soumettre à leurs tarifs, à leurs prix, à leurs conditions économiques et financières, la production agricole de ces contrées. Frappé de la force irrésistible représentée par ces Compagnies ou ces trusts, M. David Lubin pensa qu'on ne pourrait lutter contre cette puissance que par une puissance semblable et plus forte. Cette force ayant : comme principe, l'intérêt collectif ; comme règle, l'emploi de moyens licites et conformes aux lois établies ; comme but, la satisfaction donnée aux efforts individuels et collectifs des agriculteurs pour procurer au producteur un bénéfice raisonnable et légitime, cette force devait avoir pour soutien et pour appui l'aide de l'Etat. Partant de cette idée, David Lubin pensa, que s'il était possible d'unir les agriculteurs isolés jusqu'à ce jour, ignorants de leur force et de leur puissance, de synthétiser leurs efforts, et de les diriger vers les voies qui mettraient en commun leurs aspirations et leurs intérêts, ce jour là, l'agriculture mondiale aurait fait un progrès immense, parce que, à l'isolement aurait fait place la pleine conscience de

la force irrésistible, représentée par les énergies individuelles concentrées en un seul tout. Mais pour réaliser cet idéal, il fallait convertir les Etats et les Chefs d'Etat. Et nouvel apôtre, à la conquête des moyens pratiques pour réaliser son idéal, David Iyubin fit le tour du monde, promenant son idée et sa personne à travers les continents, provoquant partout la curiosité, l'intérêt, jusqu'au jour où arrivant aux portes de Rome, Nouvel Apôtre d'un nouvel Evangile, économique et politique, il put et sut convertir à son idée, à son Idéal, l'Auguste Héritier des Nobles traditions romaines, qui vouaient à la terre nourricière le meilleur de leur esprit et de leurs efforts. De sorte que, on ne sait trop, devant le rappel de ces souvenirs, qui l'on doit admirer le plus de celui qui sut persuader ou de Celui qui, pénétré de la Hauteur du but à atteindre, sut se laisser convaincre et avoir la Notion claire et précise de ce qu'un avenir rapproché pourrait réaliser pour la gloire de son nom et pour le Bienfait de l'Humanité.

I/idéal poursuivi par David L,ubin s'est donc traduit, dans le Génie du Roi d'Italie, par la conception et la réalisation d'une Institution destinée à faire revivre les plus hautes aspirations du Génie Romain.

En prêtant l'oreille aux suggestions géniales d'un libre citoyen des Etats-Unis, M. David Ivubin, S. M. Victor Emmanuel III a permis de relier le Nouveau Monde à l'ancien, de rattacher la Vieille Civilisation à la Nouvelle, et de faire revivre la Rome Eternelle par la Rome Moderne.

Et ainsi se trouve expliquée la question posée par tout

interlocuteur qui, s' occupant de l'Institut International d'Agriculture, demande les raisons de sa résidence à Rome. C'est parce que la pensée, les aspirations des Temps Modernes se confondent avec les traditions agricoles du peuple romain, et se synthétisent dans l'Idéal poursuivi et réalisé par le Roi d'Italie.

Les suggestions de S. M. le Roi d'Italie four la réalisation de Vidée de David Lubin. — Il y a 7 ans, le 24 janvier 1905, S. M. le Roi d'Italie adressait à S. Exe. M. Giolitti, alors comme aujourd'hui président du Conseil des Ministres d'Italie, une lettre qui constitue un acte historique de la plus haute importance par l'esprit qui l'inspire, par les fins auxquelles il tend, par les moyens qu'il préconise.

C'est un Noble et Auguste appel au Retour à la Terre. Voici ce que disait le roi d'Italie :

« Un citoyen des Etats-Unis, M. David Lubin, m'expo- « sait avec cette chaleur qui vient des convictions sincè- « res, une idée qui me parut opportune et bonne ».

Et S. M. le Roi d'Italie traçait magistralement et largement le programme et le but que l'on devait poursuivre par la création d'un Institut International d'agriculture. Les classes agricoles isolées et désagrégées sont dans l'impossibihte de proportionner leur production à la consommation, et de protéger leurs intérêts sur un marché devenu mondial* Il s'agirait donc d'étudier les conditions générales de l'A-

griculture dans les divers pays selon les principes suivants : signaler périodiquement la quantité et la qualité des récoltes, afin d'en augmenter la production, d'en rendre le commerce plus rapide et moins coûteux, et d'obtenir une détermination plus convenables des prix.

Comme moyen, la lettre du Roi préconisait la marche d'accord avec les divers offices nationaux déjà organisés à cette fin. Comme résultats, elle indiquait la défense efficace contre les maladies des plantes et du bétail, ainsi qu'une action opportune sur le développement de la coopération rurale, des assurances et du crédit agricole. Cet Institut ainsi conçu représenterait un organe de solidarité entre tous les agriculteurs et pour cela un élément essentiel de paix.

A la suite de cette lettre, le Gouvernement royal envoyait des instructions aux agents diplomatiques de S. M. le Roi d'Italie à l'étranger, et une Conférence diplomatique était convoquée à Rome, au mois de mai 1905.

I,a Conférence inaugura ses travaux le 28 Mai 1905.

I^e 29 Mai 1905, S. Ex. M. Tittoni, Ministre des Affaires étrangères, présidait la première séance, et traçait ainsi le programme de la Conférence : Réunir en un seul faisceau les éléments agraires du monde, utiliser à l'avantage de tous les ressources inépuisables de la terre, dont des entraves artificielles arrêtent trop souvent le développement ; atténuer entre les peuples le choc des intérêts économiques opposés ; améliorer par une heureuse entente le sort du propriétaire et des ouvriers agricoles, et de cette manière, l'or-

ganisation sociale entière qui profitera de leur prospérité et de leur progrès ; telle est l'œuvre grandiose de solidarité à laquelle nous convie le jeune Souverain de l'Italie. Guidée par ces suggestions, inspirée par ces principes et par le réel désir de donner une consécration éclatante à la Noble Ambition de S. M. Le Roi d'Italie, la Conférence aboutit rapidement à établir un programme qui se trouve synthétisé dans Y acte final du 7 Juin 1905.

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