IV. — RÉSULTATS ACQUIS PAR L'INSTITUT
L,a Convention de 1905, créatrice de l'Institut, a été approuvée et signée par 40 Etats. Elle compte aujourd'hui 50 Etats adhérents. Sur la demande des Etats dont elles dépendent, les Colonies peuvent être admises à faire partie de l'Institut aux mêmes conditions que les Etats. Et les Colonies ont largement profité de cette autorisation, cherchant dans l'action exercée par l'Institut, dans les renseignements qu'il publie, dans l'émulation scientifique et pratique qu'il provoque, de nouvelles occasions de progresser et de développer leurs cultures, base essentielle de leur prospérité matérielle. L,e plus grand nombre des Colonies anglaises se trouve représenté à l'Institut : l'Australie, le Canada, l'Empire Indo-Britannique, la Nouvelle Zélande, Maurice, l'Union de l'Afrique du Sud.
Tous ces pays nouve ux ont retiré et retirent les plus grands avantages de leur adhésion à l'Institut.
Iya France a fait adhérer ses deux colonies les plus proches : la Tunisie et l'Algérie. L/Italie a donné également son adhésion pour l'Erythrée et la Somalie italienne.
L/Institut représente donc, on le voit, une force d'attraction considérable, un attrait puissant pour les Pays, et depuis à peine 3 ans, notre Institut a vu s'accroître de plus de 10 unités les adhésions nouvelles.
On peut dire, à l'heure actuelle, que l'Institut est devenu universel, car il n'est pas d'organisation internationale officielle qui comprenne un si grand nombre d'Etats adhérents.
Ce résultat a été obtenu, autant par l'action incessante exercée par les délégués, que par les services rendus directement par l'Institut.
Indépendamment de cette force d'attraction, il serait facile d'énumérer quelques exemples de l'action morale et scientifique exercée par l'Institut, comme conséquence directe de l'application de la Convention de 1905.
Afin de pouvoir répondre aux demandes de l'Institut, afin surtout de pouvoir se soumettre aux obligations dérivant du programme établi par la Convention diplomatique qui nous régit, un certain nombre d' Etats ont été amenés, soit à créer de toute pièce, soit à modifier, soit à développer leur organisation agricole.
C'est ainsi, par exemple, que certains Etats n'avaient pas encore organisé chez eux de service de statistique agricole. Or, la statistique agricole est un des services fondamentaux de l'Institut. Pour fournir les renseignements demandés par l'Institut, certains Etats ont été obligés soit de créer complètement un service nouveau de statistique, soit de modifier celui qui existait, de façon à le mettre en concordance avec l'organisation de l'Institut.
L'Italie n'a pas hésité à organiser entièrement un service officiel de statistique agricole, d'après les principes et les méthodes suivies à l'Institut international d'Agriculture. D'autres pays ont suivi cet exemple, et ont vu un élément de progrès dans la modification de leurs statistiques agricoles, pour la mettre en harmonie avec les méthodes de
l'Institut, notamment en ce qui concerne la transformation des données relatives à l'Etat des cultures.
La Bibliothèque. - Les Revues. - Loi documentation scientifique. — A coté des résultats d'ordre général que nous avons brièvement énumérés, il est juste d'indiquer ici les services spéciaux et les résultats acquis grâce au fonctionnement régulier de l'Institut.
La Bibliothèque de l'Institut est chargée de réunir et de classer tous les matériaux que les Bureaux doivent élaborer. Elle constitue donc un rouage essentiel des Travaux de l'Institut. Par la matière qu'elle accumule, elle assure l'existence et le bon fonctionnement des services techniques.
1/ Institut a décidé d'assurer la coordination de la bibliographie faite par ses soins avec le service de l'Institut International de Bibliographie de Bruxelles.
Cette méthode permet à l'Institut d'organiser une bibliographie agronomique d'une importance inconnue jusqu'à nos jours.
I^a Bibliothèque, après 3 ans de fonctionnement, contient déjà plus de 25.000 volumes relatifs à l'Agriculture de tous les pays.
Il est facile de prévoir que la Bibliothèque atteindra
prochainement des proportions qui ne sont pas sans causer
1 quelques appréhensions au Comité permanent de l'Institut.
1 II n'est pas exagéré de prévoir que la Bibliothèque de Tins-
titut atteindra rapidement le chiffre de 100.000 volumes, soit par|les^envois réguliers des Gouvernements et des corps scientifiques, soit par les achats faits sur les crédits budgétaires. Ilfy a donc dans les acquisitions actuelles et futures de la Bibliothèque un fonds de documentation scientifique, unique dans les annales de la science agricole.
La méthode adoptée pour le classement bibliographique est celle inaugurée par l'Américain Melvil Dewey, perfectionnée par l'Institut International de Bibliographie de Bruxelles, et développée dans sa partie agronomique sous la direction technique de M. Vermorel, Sénateur, directeur de la Station d'Oenologie et de Pathologie végétale de Villefr anche (Rhône).
Cette méthode est connue généralement sous le nom de méthode décimale universelle, ou de v Extended Dewey ». vSon principe consiste à exprimer par une combinaison de chiffres et de signes le titre, ou plus exactement le contenu du titre, puis à classer le livre d'après le numéro d'ordre ainsi obtenu. On devine la simplicité et l'ingéniosité de ce système. Le numéro constitue un mot qui peut être lu dans toutes les langues, condition essentielle, fondamentale, dans toute institution de caractère international.
En plus des ouvrages de la Bibliothèque, l'Institut j reçoit hebdomadairement 2000 revues. Ces revues constituent la matière d'élaboration et de travail des bureaux techniques. Chacune de ces revues passe entre les mains de chacun des services qui en extrait la matière ou l'article! qui peut lui être utile.
Au jour le jour, l'Institut procède ainsi à la confection :
i°) de fiches bibliographiques contenant l'indication des ouvrages reçus et des articles de revue examinés ;
2°) de fiches bibliographiques et analytiques pour les plus importants des livres et des articles des périodiques.
On perçoit sans peine, les heureux résultats de la publication de ces renseignements bibliographiques qui trouvent place :
i°) dans le catalogue de la Bibliothèque ;
2°) dans le Bulletin bibliographique de l'Institut publié hebdomadairement, et qui contient les ouvrages reçus par la Bibliothèque pendant la semaine, et les articles d'intérêt général pour l'Institut relevés dans les périodiques.
On voit, par ces explications, qu'une partie considérable de Y activité de l'Institut consiste en travaux de documentation. I/Institut agit comme un observatoire surveillant constamment les faits du monde agricoles pour les faire connaître et provoquer le progrès.
Dès maintenant, l'Institut peut enregistrer, au point de vue documentaire, les résultats suivants :
i°) Il peut mettre à la disposition des bibliothèques,, des écoles d'agriculture, des institutions scientifiques, des savants, des économistes, des agriculteurs une bibliographie complète des publications relatives à l'Agriculture, à la Statistique agricole, aux institutions économiques et s sociales, bibliographie qu'il serait difficile, sinon impos-
sible d'élaborer et de à tenir jour ailleurs que dans un Institut International d'Agriculture.
2°) Par la méthode bibliographique adoptée, par la publication rapide et régulière de ce bulletin, l'Institut contribue considérablement à répandre des méthodes modernes d'étude et de travail jusqu'à présent inconnues dans les milieux agricoles. Il y a dans la réalisation de cette bibliographie, de la part de l'Institut, un moyen très puissant de vulgarisation scientifique et pratique, résultat obtenu par l'application de la formule que nous avons fait adopter par l'Institut dès le début de ses travaux : la combinaison heureuse de la science et de la pratique.
La Statistique agricole. — Il n'est pas nécessaire d'être un statisticien pour connaître les lacunes considérables qui existent actuellement dans la Statistique agricole.
1/ insuffisance ou l'absence complète de Statistique agricole dans une grande partie du monde rendent l'évaluation de la production agricole mondiale délicate et difficile. Nous n'avons, par exemple, aucune connaissance statistique de la production agricole de la Chine, de l'Asie centrale et occidentale, d'une grande partie de l'Afrique, de l'Amérique centrale et de la zone intertropicale de l'Amérique du Sud.
Une autre difficulté qui diminue la valeur des évaluations mondiales réside dans le fait que des évaluations pré-
sentent entre elles de grandes différences, soit parce que les statisticiens ne puisent pas aux mêmes sources, soit parce qu'ils ne comprennent pas dans leur total les mêmes pays, soit enfin parce qu'ils appliquent dans leurs calculs des coefficients de réduction différents.
Ce n'est qu'en se plaçant au même point de vue, et en se servant de la même méthode, qu'on obtiendra des évaluations capables de donner des résultats plus satisfaisants.
\J Institut International d'Agriculture a été créé pour diminuer et supprimer ces lacunes.
Une de ses tâches essentielles, peut être la plus importante, consiste à démontrer aux Gouvernements adhérents qu'il est nécessaire d'améliorer la statistique agricole, de l'uniformiser en vue d'un but déterminé, et de la faire paraître plus régulièrement et plus rapidement.
Des résultats précieux ont déjà été acquis en ce sens. Nous avons déjà dit que l'Italie avait créé un service de statistique agricole organisé pour répondre aux fins que se propose l'Institut. D'autre pays, même parmi les mieux organisés, comme l'Allemagne, l'Autriche, la Hongrie, font des essais pour transformer leur méthode d'évaluation et de pourcentage selon les vœux adoptés par les diverses assemblées générales de l'Institut.
Nul n'ignore l'importance exceptionnelle de la statistique et son influence prépondérante sur la formation des prix.
Prenez les grands journaux qui, dans chaque pays, établissent, pour le commerce, les évaluations des super-
ficies cultivées, l'état des cultures, les récoltes, les rendements provisoires et les rendements définitifs.
Ouvrez et lisez : Le Bulletin des Halles, La Meunerie en France, le Broomhall Corn Trade News, le Dornbusch's en Angleterre ; le Daily Trade Bulletin de Chicago, tous ces bulletins, tous ces journaux, de caractère général ou spécial, cherchent à établir des statistiques qui servent de base aux opérations commerciales visant les produits agricoles.
Si sérieusement qu'elles soient établies, ces statistiques contiennent toujours des sources d'erreur. Outre que la lecture de ces renseignements est capable de mal renseigner les agriculteurs ou le Commerce, elle est susceptible aussi de favoriser les opérations commerciales qui visent plus le paiement des différences en fin de mois que les intérêts propres des producteurs ou des consommateurs.
Or, l'objet principal de l'Institut est de donner, sans conclusions, des informations promptes et régulières sur les différents facteurs qui concourent à la formation des prix des produits agricoles, et par là, de rendre de plus en plus difficile la spéculation qui, sans profit pour le consommateur, s'exerce aux dépens des producteurs.
L'Institut ne vise pas à supprimer, comme on l'a cru, l'intermédiaire, à enlever aux commerçants la légitime rémunération de leurs utiles services de distribution des produits dans l'espace et dans le temps.
Il se propose seulement de combattre, dans la mesure du possible, l'action des organisations qui, à l'aide de renseignements inexacts, provoquent artificiellement des hausses et
des baisses momentannées sur les principaux marchés du monde.
Il entend atténuer les fluctuations dans les prix des principaux produits agricoles, donner dans une certaine mesure une réponse satisfaisante aux questions du Comment Vendre et Comment acheter, par la prompte communication aux intéressés, à époques fixes et fréquentes, des données mondiales concernant les récoltes sur champs, les quantités de produits en réserve, en circulation, ainsi que les exigences probables de la consommation.
D'une façon plus générale, l'Institut a la mission de faire connaître la situation agricole mondiale au triple point de vue de la production, de la circulation, de la Consommation.
Il s'agit là d'une statistique spéciale, dont les caractères : mondial, officiel, dynamique, sont surtout à retenir.
Est-il question, pour cela, de supprimer ce que l'on est convenu d'appeler spéculation, et qui n'est que la prévision rationelle, logique presque, fatale, de la constatation des phénomènes naturels, et de l'achat ou de la vente à terme des produits déjà existants ? Nullement. Il existe ce que l'on pourrait appeler la spéculation honnête, qui tend à donner une certaine stabilité aux Cours et aux prix, parce qu'elle tient compte des faits constatés, réellement existants. Cette spéculation n'est autre chose, à nos yeux, qu'une sorte de Commerce à terme.
Mais il existe aussi, dans tous les pays, un genre de spéculation que les producteurs comme les consommateurs doivent désavouer, parce que cette spéculation essaie de
lancer dans le public des informations inexactes, intentionnellement erronées, tout en essayant de donner à ces informations un certain caractère d'authenticité, de vérité, et parfois même un caractère officiel.
Cette spéculation ne tend qu'à jeter le trouble dans les esprits, qu'à fausser les cours et les prix, par la propagation de nouvelles inexactes sur les divers facteurs qui concourent à la formation des prix.
C'est contre cette sorte de spéculateurs que les agriculteurs du monde entier doivent se liguer, parce que leur genre d'opérations affecte le caractère d'un attentat aux intérêts légitimes de la production et de la consommation générales.
Bien souvent, on m'a demandé mon avis sur le meilleur système de supprimer ce que j'appellerais la spéculation délictueuse.
A mon sens, des lois spéciales sont impuissantes pour réprimer ce genre d'opérations. I^es délinquants ont l'esprit fertile, et ils trouvent toujours le moyen de glisser entre I les mailles du filet législatif.
J'ai toujours affirmé l'efficacité d'un autre système. A mon avis, le procédé le plus pratique pour supprimer la spéculation, c'est de lui enlever ses moyens d'action. Aux informations erronées, opposez sans relâche le poids et l'autorité de renseignements précis, autenthiques, désintéressés.
Aux nouvelles tendancieuses et anonymes, opposez les
informations précises, exactes émanant d'autorités officielles et responsables.
A l'ignorance, opposez la science ; à la diffusion et à la rapidité des statistiques ou des renseignements erronés, répondez par la publication rapide, désintéressée d'informations émanant des corps constitués, des Ministères ou des administrations. Knlevez, en un mot, aux spéculateurs le moyen de faire œuvre néfaste, en vous substituant à eux, et en répandant dans le monde agricole les statistiques et les renseignements dignes de foi, parce qu'ils proviendront d'une source officielle, désintéressée et n'ayant en vue que l'intérêt général.
Telle est l'œuvre à laquelle se voue l'Institut International d'Agriculture, en s' appliquant de toutes ses forces à répandre dans les divers Etats l'idée de la nécessité absolue d'une organisation rationnelle de la statistique agricole, suivant les règles et les normes qui sont établies par les études de nos bureaux compétents.
C'est la voie dans laquelle semblent vouloir s'engager la plupart des Etats adhérents à l'Institut. Dans les Assemblées générales de 1909 et de 191 1, les délégations officielles des Etats ont reconnu, à la presque unanimité, la nécessité de modifier, en partie, certains détails de leur organisation de statistique agricole nationale, pour arriver, par étapes, à une sorte d'uniformité entre les statistiques agricoles des divers pays.
1/ Institut cherche, en outre, une méthode uni] orme, "pour exprimer l'état de culture. Après des études qui ont fait
l'objet d'un mûr examen par le Comité permanent de l'Institut, la question a été soumise récemment à l'Institut International de Statistique, dans la session qu'il a tenue à La Haye, en septembre 1911, et cette question si importante fait actuellement l'objet d'une étude approfondie de la part d'une Commission spéciale nommée à cet effet par l'Institut International de Statistique. Nous souhaitons que cette commission termine au plus tôt ses travaux, afin que ses conclusions soient transmises à l'Assemblée Générale de 1913.
Pour arriver à une uniformité plus grande des statistiques agricoles, l'Institut de Rome s'attache encore à faire adopter par les Etats, la transformation des données sur l'état des cultures en pourcentage d'un rendement moyen.
Les résultats de l'activité de l'Institut, en ce qui concerne la statistique agricole, se traduisent par plusieurs publications d'un intérêt très grand pour les agriculteurs :
i°) Par un essai d'inventaire dressé d'après les documents publiés par les Etats. Cet inventaire concerne la Statistique des superficies cultivées, de la production végétale et du bétail dans les Pays adhérents.
Cet inventaire a pour but de donner une base solide aux travaux mêmes de l'Institut et d'offrir au monde agricole et commercial une collection aussi complète que possible des faits se rapportant à l'extension et aux résultats de la production agricole mondiale.
2°) Par un bulletin mensuel de statistique agricole, qui paraît le 20 de chaque mois.
Ce bulletin donne, pays par pays, continent par continent, hémisphère par hémisphère, la statistique des superficies cultivées, la statistique de la production exprimée en quintaux, de sorte qu'il réalise indirectement et mondialement l'unification du système métrique, la statistique du rendement par hectare, pour les principaux produits agricoles : blé, seigle, orge, avoine, maïs, riz, coton, vigne, betterave, soie.
Chacune des statistiques sur la superficie ou sur la production se trouve synthétisée dans un indice unitaire qui permet de comparer entre eux les résultats obtenus dans l'année par rapport à la moyenne des rendements des 10 années précédentes, ce rendement moyen décennal étant exprimé par le chiffre ioo.
On voit la grande simplicité et la grande utilité de ce système.
Il permet de rendre intelligibles immédiatement les statistiques les plus ardues par la simple lecture du tableau où s'exprime l'indice unitaire de la superficie ou de la production.
3°) Par un bulletin de statistique commerciale, qui contient des renseignements sur :
a) l'importation et l'exportation de 7 produits agricoles (froment, seigle, orge, avoine, maïs, riz, coton).
b) Les stocks visibles de 5 produits (froment, seigle, orge, avoine et maïs).
c) les prix de 7 produits (froment, seigle, orge, avoine, maïs, riz, coton).
4°) Par un annuaire de statistique agricole, actuellement en préparation.
Cet annuaire, en sus des données sur la surface cultivée et la production des différents produits, comprendra des tableaux sur leur commerce d'importation et d'exportation.
L,es services rendus et les résultats acquis par la Statistique agricole se complètent par une série de publications et de monographies portant sur V organisation des services de statistique agricole dans les divers pays.
L,es renseignements ainsi publiés sont complétés encore par une nouvelle publication.
5°) L/ Annuaire de législation agricole qui comprend, pays par pays, le recueil des lois, décrets et règlements concernant l'agriculture des Etats adhérents.
Cette activité intellectuelle, ce travail intensif prouvent les résultats considérables déjà acquis par l'Institut de Rome pour établir sur des bases sérieuses et uniformes, un service de statistique agricole international capable de supprimer un jour les incertitudes et les effets nuisibles des statistiques non officielles.