‹ Le Président du Reich AllemandChapitre 35 sur 65 · HER · texte numérisé non relu

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cune coalition. Cependant, lors de sa constitution, il fut impossible de ne pas tenir compte des forces politiques de la Haute Assemblée ».

Il résulte de ce qui précède que la formation du gouvernement s'effectue dans le Reichstag suivant les vœux des partis, ou dépend du Président, selon qu’il existe ou non des coalitions « efficaces ».

Les difficultés qui ont accompagné la formation des gouvernements, c’est-à-dire la constitution d’une coalition « efficace », viennent en partie de la très grande influence qu’ont les événements de la politique étrangère sur la politique intérieure allemande. Plusieurs gouvernements ont dû démissionnér à cause des difficultés extérieures. Mais beaucoup plus importantes que l'influence de la politique extérieure sont les difficultés tenant à l’esprit particulariste des partis allemands et à leur organisation politique imparfaite. Nous citerons à ce sujet trois auteurs dont les opinions, sinon les expressions, sont parfaitement en accord :

« Le Président du Reich ne doit pas et ne peut pas être ou plutôt rester un homme de parti, l’élu de l’Assemblée Nationale constituante allemande personnifie (Preuss écrit ces lignes sous la présidence d’Ebert, qui était élu par l’Assemblée Nationale) les principes qui doivent survivre leur auteur, la Coalition de Weimar : le principe de l’Unité Nationale, sous la forme d’une République démocratique, et le principe de la suppression de l’antagonisme social des classes entre « bourgeoisie > et « travailleurs » dans l'Unité Nationale de la Démocratie Civique. Sinon, l’existence même du Reich nouveau est remise en question.

« Le fait qu’il est impossible de former deux partis co-existant sur cette plate-forme, qui puissent alternativement prendre le gouvernement et l’opposition, est la véritable gangrène de notre situation parlementaire ».

(Preuss : Um die Reichsverfassung, p. 62).

Quelques années plus tard, P. Hefter constate encore :

«… À l’intérieur manquaient également les conditions d’une évolution prospère. L'ancien morcellement de l’Etat et le manque d’ha-

bitude de se gouverner n’ont fait sentir tout d’abord que la rupture des liens anciens, bien plus que le devoir de prendre maintenant ses propres responsabilités politiques. Cela ne pouvait changer d’un jour à l’autre. Les esprits restent encore accrochés aux intérêts restreints des professions et des classes, les partis sont très étroitement fractionnés. Le sentiment de l’unité de la Nation dépassant, non seulement le cadre des frontières des Pays allemands, mais aussi les antagonismes des classes, n’est pas assez vivant pendant toute cette période de transition pour permettre la construction, sur les principes indiscutés de l’égalité politique, d’une plate-forme ne laissant subsister qu’une division politique, sans danger pour la Nation. La formation des partis ne s’est pas effectuée seulement sur le terrain constitutionnel, mais aussi contre la Constitution. Au lieu d’avoir une opposition reconnaissant la Constitution et pouvant par conséquent prendre le pouvoir à n’importe quel moment, il n’y a en Allemagne que des oppositions extrémistes dont il ne peut être question (en vue de la formation d’un gouvernement) à cause de leur situation par rapport à la loi fondamentale de l'Etat. Cette situation devenait d’autant plus critique que les partis radicaux gagnaient en importance numérique par suite de la pression extérieure (occupation de la Ruhr) ». (J. Off. R., t. XIII).

L’application rigoureuse du système proportionnel dans le droit électoral, à laquelle venait se joindre la liste fixe et la fourniture officielle des bulletins, est le moyen technique du fractionnement des électeurs.

Plus pessimiste est encore l’appréciation de Heerfahrd (op. cit., p. 44) sur l'esprit des partis allemands :

« En Angleterre, tous les partis ont un idéal unique du type anglais. Les partis allemands, par contre, sont dominés tantôt par des divergences d'intérêt d’ordre social et économique, tantôt par des divergences de conception politique. La lutte des partis tend à exclure l’adversaire définitivement de la vie politique. Par conséquent le sentiment de solidarité vers l’extérieur est absent. En Angleterre, le parti se trouvant au pouvoir momentanément représente tout le peuple anglais, même s’il ne possède qu’une seule voix de majorité ! Tout parti politique allemand ne représente qu’une fraction de la population et en même temps la volonté de subjuguer d’une façon durable ceux qui ont une opinion différente. Chez nous toute tentative de gouverner avec la moitié du Parlement provoque chez les exclus l'impression d’être violés et, par conséquent, d’avoir le droit de se défendre par tout moyen ».

Dans cet état d’esprit les partis ont souvent prétendu participer à la formation du gouvernement. Reprenons quelques cas précis. Nous trouvons tout d’abord la lettre de M. Cuno,

du 18 novembre 1922, à laquelle nous avons déjà fait allusion plus haut :

Monsieur le Président du Reich,

Vous m'avez confié la mission de former le gouvernement du Reich. Les conversations que vous avez eues personnellement avec les chefs des Partis ont indiqué que le Bloc du Travail (Arbeitsgemeinschaft) et les socialistes démocrates se placent sur le terrain de la note du 13 courant adressée à la Commission des Réparations et m’accordent leur confiance pour la formation du nouveau cabinet. Ceci m’a décidé d’accepter la mission avec l’intention de former un cabinet de travail dont la composition réponde aux nécessités d’une direction objective des affaires, ce cabinet devant reposer sur la confiance du Reichstag. Les pourparlers engagés avec les chefs des Partis viennent de éémontrer que certains Partis ne présentent pas seulement des suggestions et des vœux, mais formulent des propositions et des prétentions concernant le nombre des membres du cabinet à choisir dans tel ou tel ou d’entre eux, la désignation de ces membres, leurs attributions, voire si un membre du cabinet précédent doit changer de ministère. Dans ees circonstances, il n’est pas possible de former un cabinet susceptible d'assurer un travail objectif. Je ne méconnais aucunement la nécessité d’assurer la collaboration entre le Parlement et le Cabinet par la composition même de ce dernier, mais je considère qu’il est d’une importance décisive que le choix des membres et l’affectation des départements soient confiés à celui qui a reçu la mission de former le Cabinet. Ce n’est pas le cas pour le moment ; je demande donc de résigner entre vos mains le mandat par lequel vous m’aviez chargé de former le Cabinet.

Je suis, Monsieur le Président du Reich, votre serviteur tout dévoué.

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