‹ Le Président Wilson et l'évolution de la politique étrangère des États-UnisChapitre 12 sur 49 · L\ POLITIQUE COLONIALE · texte numérisé non relu

L\ POLITIQUE COLONIALE

Quel que fût le caractère distinct de leurs habitants à l'époque de l'occupation, il ne devait pas tarder à disparaître sous l'afflux d'une population américaine semblable à celle des Ltats plus anciens. Un gouvernement militaire ou même « territorial » n'était donc qu'une mesure temporaire, adoptée pour une période de transition ; ces annexions récentes devaient bientôt se trouver sur le même pied que les plus vieux territoires de rUnion. La seule exception à ce principe fut faite pour l'Alaska, que son climat inhospitalier empêchait, et empêchera peut-être toujours, d'avoir une population suffisante pour former un Etat indépendant. Mais lorsqu'une possession n est privée de l'autonomie que par linsuffîsance du chiffre de sa population, on n est pas en présence de redoutables problèmes politiques. Il en est tout autrement quand il s'agit de pays déjà peuplés par des groupes denses d'indigènes, étrangers aux Américains par leur langue et leur civilisation : on ne peut plus s'attendre à un triomphe rapide des idées anglosaxonnes, ou à une métamorphose de la population par une immigration suffisante d'Américains . Si ces peuples vivent sous les tropiques et appartiennent à des races qui pendant des siècles resteront incapables de se gouverner et de respecter Tordre, il sera vain d appliquer le vieux système; il échouera.

« Dans le passé le peuple américain sest rendu compte de cette distinction, et s'y est conformé. Plus d'une fois il a montré de la répugnance à posséder des dépendances étrangères.

« Que l'on prenne, par exemple, 1 histoire de ses rapports avec Libéria : en 1820. une bande de nègres envoyés par la Société américaine de colonisation s établit sur la côte occidentale de l'Afrique ; les Etats-Unis ne s'occupèrent pas officiellement de l'affaire, sauf quand le gouvernement expédia à ses frais des approvisionnements aux colons pour les empêcher de mourir de

faim. Or, en 1837, ces nègres se formèrent en république, et dix ans plus tard prirent le titre d'Etat souverain, mais les Etats-Unis, par suite de 1 hostilité du Sud. contre les nègres affranchis, ne reconnurent pas cet Etat jusqu'en 1862, après le début de la guerre de Sécession. On aurait pu s'attendre avoir les Américains maintenir une sorte de protectorat sur la petite république noire. Ils eurent à intervenir en sa faveur auprès de certaines puissances dans une de ces occasions en 1884, le secrétaire d'Etat Frelinghuysen parla même d « une parenté quasi paternelle » ; mais le code international ne reconnaît pas cette espèce de parenté. On ne saurait dire que les Américains verraient avec indifférence une annexion forcée de Libéria par une puissance européenne, mais il nest pas probable qu ils s'opposeraient à ce qu on fît, sans eux, un arrangement à l'amiable; et dans ces dernières années ils ne se sont pas montrés disposés à se mêler aux affaires d'Afrique. De même le Sénat refusa de ratifier les traités qui annexaient Saint-Thomas (1867) et Saint-Domingue (1870), et le président Cleveland retira le traité d'annexion dHawaï (1893).

« Dès le début de la guerre avec l'Espagne, ces choses changèrent. Hawaï fut annexé en 1898 ; à la fin de Tannée, la paix de Paris assurait aux Etats-Unis Porto- Rico, les Philippines et Guam dans les îles Mariannes. En 1890. à la suite d un traité conclu avec lAUemagne et la Grande-Bretagne, les Américains acquirent l'île de Tutuila et ses dépendances (dans les îles Samoa) pour en faire une station navale. En 1902 il conclurent un arrangement pour l'achat des Antilles danoises, mais ce traité ne fut pas ratifié par le Sénat du Danemark. En 1903 ils obtinrent de la république toute nouvelle de Panama la possession de fait d une bande de territoire de chaque côté du futur canal de l'isthme. En 1906, le Gouvernement de Cuba ayant sombré dans une insur-

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