LA PREPARATION MILITAIRE
la même occasion, se sont montrés les tristes alliés et les instruments du mal triomphant), feraient bien d'admettre ce fait élémentaire, que le seul moyen nous permettant de vivre en paix avec les autres nations est de développer notre force de façon à pouvoir défendre nos propres droits. Par-dessus tout, ils devraient constater qu'une démocratie, plus que tout autre gouvernement humain, a besoin de se préparer d'avance à la guerre, si elle veut la paix. Quand il s'agit pour une nation de se défendre, l'entraînement militaire universel, et, en cas de besoin, le service militaire universel, représentent la plus haute manifestation de l'idéal démocratique dans un gouvernement.
« Notre président Jefferson avait déclaré jadis que « la paix était sa passion », et son refus d'autoriser le pays à se préparer en vue de la guerre nous a valu des fruits bien amers pendant la guerre de 1812. Mais du moins il a su tirer profit de la leçon qui lui était ainsi donnée. En 1813, il écrivait à Monroe : « Nous devons entraî- « ner et enrôler la totalité de nos citoyens mâles, et faire (( entrer d'une façon régulière l'instruction militaire (( dans 1 éducation des collèges. Nous ne serons jamais « en sûreté tant que cette réforme ne sera pas accom- « plie. »
« En 1814, il alla plus loin encore. « Je pense, dit-il, (( qu'il est maintenant évident que nous ne pouvons (( nous défendre qu'en faisant de chaque citoyen un sol- « dat. »
« Le président Monroe, dans son discours au Congrès du 3 décembre 1822 ^il y a juste quatre-vingt-treize ans) s'est servi d'expressions qui, sans en changer un seul mot, pourraient s appliquer aux besoins, beaucoup plus urgents, d'aujourd'hui. Il disait :
(( L histoire des dernières guerres en Europe démontre « qu'aucun système de conduite, si correct soit-il en « principe, ne peut protéger les puissances neutres
(( contre les injustices des belligérants ; que la vue d'une « nation sans défense et trop éprise de paix est une a invitation très instante à la guerre, et qu il n'y a aucun i< moyen d'éviter cette guerre si ce n est d'être toujours « prêts à lafiVonter. Mais sil est, sur la terre, un (( peuple qui doive être de tout temps spécialement pré- « paré à défendre les droits dont il jouit, ce peuple est, « sans aucun doute, celui des Etats-Unis. »
« A 1 heure présente, la question la plus importante pour notre nation est celle de la préparation. Et, tout dabord, nous devons nous préparer contre la guerre. Naturellement cette préparation contre la guerre doit s'accompagner d'une préparation appropriée de nos forces sociales et industrielles en temps de paix. L Allemagne, qui est, pour les autres nations, le modèle type en ce qui concerne les choses pratiques, nous la montré. De plus, il ne peut y avoir aucune préparation matérielle, en temps de paix ou de guerre, qui ne sappuie sur une préparation morale et spirituelle. Il faut d abord préparer lame et 1 esprit afin de préparer le corps, car la culture corporelle ne forme ni lesprit ni Tâme. J ajouterai que ces différentes sortes de préparations agissent réciproquement 1 une sur 1 autre dans la vie des peuples aussi bien que dans celle des individus. » {Le Devoir de l Amérique en face de la guerre. Paris, 1917, p. 71 et suiv.).
Ces observations de M. Roosevelt ont été publiées pendant la guerre actuelle. M. Roosevelt n"a pas donné des détails sur la préparation morale et spirituelle qu il envisage, se bornant à invoquer lexemple de lAllemagne.
NOTE
sur la question des Philippines.
Hésitations d'opinion dans le pa^ti Républicain.
Sur la question des Philippines 1 opinion des hommes réfléchis aux Etats-Unis est très divisée. M. Elihu Root, un des hommes les plus écoutés et qui méritent de lêtre, s'est exprimé sur les devoirs des Américains visà-vis des Philippins dans un sens qui semble représenter en thèse générale la tendance du parti Républicain.
« Rien, dit-il, n est plus susceptible d égarer qu'un principe mal appliqué... La doctrine que le Gouvernement dérive ses pouvoirs légitimes du consentement des gouvernés était applicable aux conditions pour lesquelles Jeff'erson la écrite et au peuple auquel elle s'appliquait. Elle est vraie où le peuple est capable et désire maintenir le gouvernement légitime... »
M. Root se sert du mot just, mais il n explique pas ce qu'il entend par ce mot, ni qui a le droit de déterminer ce qui est jiist contre les autres qui ne seraient pas du même avis. Je le traduis par légitime. Un terme comme lautre préjuge la question. Il ajoute, il est vrai, « et qui peut et désire rendre une décision libre, intelligente et efficace quant à ceux qui devraient gouverner ».
(( Le Gouvern-ement », affirme M. Root, et par cela il veut dire sans doute le droit de gouverner, « ne dépend pas du consentement. Les droits immuables de justice et
d'humanité exigent que les peuples aient un gouvernement, que les faibles soient protégés, que la cruauté et limmoralité (lust) soient restreintes, qu'il y ait ou non consentement ».
Quand il réfléchit sur les millions d êtres humains qui ont vécu sous le régime de la force, ignorants de tout autre sort, ne connaissant la vie que comme la connaissent les bêtes apprivoisées, sans aucun sens du progrès, sans initiative ou capacité de s élever, acceptant avec soumission linjustice, la cruauté et Tignorance et la brutalité, il ne peut penser que le remplacement d un gouvernement d'oppression brutale par un régime extérieur d'ordre et de liberté individuelle, un règlement qui les mènera sur la voie du progrès politique et sociale, constitue une violation du principe de Jefferson ou se trouve en contradiction avec les exigences de la liberté ou de Ihumanité. (Military and Colonial Policy ofthe United States. Harvard University Press.)
11 faut conclure que M. Root ne ferait pas partie de ceux qui veulent tout simplement abandonner les Philippines.
Sans examiner la question qu'envisage M. Root, M. Roosevelt conclut au contraire à labandon pur et simple.
« Le Gouvernement actuel, dit-il, fut élu sur sa promesse de rendre la liberté aux îles Philippines. Nous devons tenir cette promesse. Durant les cent dernières années aucun peuple n a rendu à un autre peuple un service plus important que celui que nous avons rendu aux Philippines, et ensuite à Cuba. En février 1909, lorsque notre flotte revenait de son voyage autour du monde, les Etats-Unis étaient, au point de vue militaire, et surtout au point de vue naval, assez fort pour qu'aucune Puissance n osât s aventurer à nous léser. Dans telles circonstances nous pouvions garder les îles