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MESSAGE DU PRÉSIDENT AU PEUPLE AMÉRICAIN (/5 AVRIL

Concitoyens,

L'entrée de notre bien-aimé pays, champion de la démocratie et des droits de l'humanité, dans la triste et terrible guerre qui ébranle le monde, crée tant de problèmes relatifs à la vie et à l'action nationales, problèmes à étudier et à résoudre sans délai, que vous me permettrez, je l'espère, de vous les signaler et de vous adresser quelques paroles d exhortation très graves.

Nous mettons rapidement notre flotte sur le pied de guerre, et nous sommes sur le point de créer et d'équiper une grande armée ; mais ce ne sont là que ^ les plus simples parties de la grande tâche à laquelle | nous nous sommes voués. Il n'y a pas un seul élément d'égoïsme, pour autant que j'en puisse juger, dans la cause pour laquelle nous combattons. Nous combattons pour ce que nous désirons et croyons être les droits de Ihumanité et pour un avenir de paix et de sécurité dans le monde.

Pour accomplir cette grande œuvre dignement et avec succès, nous devons nous consacrer à sa réalisation sans aucune considération de profits ou d avan-

tages matériels, et avec une énergie et une compréhension qui s élèvent au niveau de l'entreprise elle-même. Nous devons pleinement comprendre combien grande est latâche, combien de choses, combien d'espèces différentes de capacités, de devoirs et de sacrifices elle implique.

Voici donc les choses que, outre la lutte, il nous faut faire et bien faire — les choses sans lesquelles le combat proprement dit serait inutile :

Nous devons fournir en abondance de la nourriture, non seulement pour nous-mêmes, pour nos armées et nos marins, mais aussi pour une grande partie des populations des nations avec qui nous faisons maintenant cause commune, à l'aide desquelles et aux côtés' desquelles nous allons combattre.

Nos chantiers de construction navale doivent fournir des bâtiments par centaines pour transporter par-delà les mers, qu ils y rencontrent ou non des sous-marins, ce dont on aura besoin chaque jour là-bas ; nos champs, nos mines et nos fabriques doivent fournir ce qu'il faut non seulement pour habiller et équiper nos propres forces de terre et de mer, mais aussi pour habiller et nourrir notre peuple, pour lequel nos vaillants hommes sous les armes ne peuvent plus travailler. Il s'agit en outre de contribuer à Ihabillement et à l'équipement des armées avec lesquelles nous coopérons en Europe, et d'assurer aux ateliers et aux manufactures de là-bas les matières premières. Il faut du charbon pour la navigation sur mer et pour entretenir les fourneaux de centaines d'usines d'outre mer ; de l'acier pour faire des armes et des munitions ici et làbas ; des rails pour remplacer ceux qui sont hors de service en arrière des fronts de combat ; des locomotives et du matériel roulant pour remplacer ce qui se détériore chaque jour ; des mulets, des chevaux, du bétail pour les travaux divers et les besoins militaires ;

il nous faut fournir tout ce que les peuples d'Angleterre, de France, d Italie et de Russie ont fourni euxmêmes d'habitude, mais qu'ils ne peuvent plus demander maintenant aux hommes, à leurs ressources matérielles ou aux machines.

Il est évident pour toute personne réfléchie que notre travail dans les fermes, dans les ateliers de construction navale, dans les mines, dans les fabriques doit être intensifié et rendu plus productif que jamais, qu'il doit être conduit d'une manière plus économique et mieux adaptée aux exigences particulières de notre tâche qu'il ne l'a été jusqu'ici. Et ce que je tiens à dire, c'est que les hommes et les femmes qui consacreront leur pensée et leur énergie à ces choses serviront le pays et soutiendront la lutte pour la paix et la liberté aussi réellement et tout aussi effectivement que les soldats sur le champ de bataille ou dans les tranchées. Les forces industrielles du pays, les hommes comme les femmes, seront une grande armée nationale, et internationale, une armée illustre et honorée, engagée au service de la nation et du monde et composée des vrais amis et des sauveurs de la liberté. Des milliers, bien plus, des centaines de milliers d'hommes, qui autrement seraient astreints au service militaire, seront de droit et par nécessité dispensés de ce service et désignés pour les travaux essentiels des champs, des fabriques et des mines, et ils feront partie des grandes forces du pays au même titre que ceux qui sont au feu.

C est pourquoi je prends la liberté de dire aux agriculteurs du pays et à tous ceux qui travaillent dans les fermes : le besoin suprême de notre nation et des nations avec lesquelles nous coopérons est une abondance d'approvisionnements , particulièrement en vivres. Il est de toute importance que les approvisionnements en vivres, particulièrement pour cette année, soient suffisants Sans vivres en abondance pour les

armées et pour les peuples maintenant en guerre, toute la grande entreprise dans laquelle nous nous sommes embarqués échouera. Les réserves de vivres dans le monde sont faibles. Nous-mêmes et une grande partie des peuples européens, nous devrons compter sur les récoltes américaines, non seulement pendant la crise actuelle, mais même pendant quelque temps encore après la conclusion de la paix.

Ce sont donc les fermiers de notre pays qui, dans une large mesure, tiennent entre leurs mains le sort de la guerre et le sort des nations. La nation n'est-elle pas en droit de compter qu'ils ne négligeront aucune mesure pour augmenter la production de leurs champs et fournir la coopération la plus efficace grâce à la vente et à la répartition de leurs produits ? Le temps presse. Il est de la dernière importance que tout ce qui est possible soit fait, et fait immédiatement, pour assurer de ^grandes récoltes. Je demande à tous les hommes du pays, jeunes et vieux, et aux enfants vigoureux, d'accepter de bon cœur ce devoir et d'agir en conséquence — de se rendre en foule dans les fermes et de démontrer qu'on ne reculera devant aucun effort et aucune fatigue.

Je fais particulièrement appel aux fermiers du Sud, pour qu'ils produisent des aliments en abondance, aussi bien que du coton. Ils ne peuvent prouver leur patriotisme mieux ni d'une manière plus convaincante qu'en résistant à la grande tentation qui résulte du prix actuel du coton et qu en aidant, dans une large mesure, à alimenter la nation et les peuples qui combattent pour leur liberté et la nôtre. La variété de leurs récoltes montrera visiblement jusqu'où va leur compréhension du devoir national.

Le gouvernement fédéral et les gouvernements des différents Etats sont prêts à donner leur concours. Ils feront tout leur possible pour assurer aux fermiers les

semences nécessaires, la main d'œuvreen suffisance au moment où le besoin s'en fait le plus sentir, lors de la récolte, et les moyens de transporter des engrais, des engins agricoles, et les récoltes elles-mêmes après la moisson. Le commerce sera aussi libre d'entraves que possible et les intermédiaires entre les producteurs des subsistances de la nation et les consommateurs seront soumis à un contrôle. Une occasion s'offre à nous de montrer ce dont est capable une grande démocratie, et nous serons à la hauteur de notre tâche !

Qu'on me permette de dire aux intermédiaires de toute sorte, qu'ils s occupent de nos subsistances ou des matières premières pour les manufactures, ou des produits de nos ateliers et de nos fabriques : les yeux du pays seront tout particulièrement sur vous. Voici l'occasion pour vous de rendre un service signalé, efficace, désintéressé. Le pays attend de vous, comme de tous les autres, que vous renonciez aux profits extraordinaires, que vous organisiez et hâtiez l'expédition d'approvisionnements de toute sorte, mais surtout de vivres, en songeant au service que vous rendez et animés des mêmes sentiments que ceux qui s'enrôlent dans larmée, pour le pays, non pour eux-mêmes. Je suis sûr que vous mériterez et gagnerez la confiance de toutes les classes de la nation.

Aux cheminots du pays, qu'ils soient directeurs ou simples employés, qu on me permette de dire que les voies ferrées sont les artères de la vie nationale et que c est à eux qu'incombe l'immense responsabilité de veiller à ce que ces artères ne subissent aucune obstruction ni aucune gêne qui diminue leur rendement. Qu'on me permette de suggérer au marchand cette devise : « Petits profits et prompt service », et à l'armateur cette pensée qu il est le roi de la guerre. Les vivres et

le matériel de guerre doivent être transportés à travers les mers, quel que soit le nombre des bâtiments coulés. Ceux qui sont coulés doivent être remplacés, et remplacés immédiatement. Qu'on me permette de dire au mineur qu il en est pour lui comme pour le fermier : la tâche du monde entier réclame son travail. S'il se relâche ou fait défection, les armées et les hommes d'Etat sont réduits à limpuissance. Lui aussi est enrôlé dans la grande armée. Il n'est pas nécessaire de dire à l'industriel, j'espère, que la nation s'attend à ce qu'il active et perfectionne tous les procédés de fabrication et je désire seulement rappeler à ses employés que leurs services sont absolument indispensables et que tous les hommes qui aiment le pays et ses libertés comptent sur eux.

Je veux dire encore que quiconque crée ou cultive un jardin contribue, et contribue beaucoup, à résoudre le problème de la subsistance des nations ; et que toute ménagère qui pratique une stricte économie s'enrôle parmi les serviteurs du pays. Le moment est venu pour l'Amérique de se corriger de son gaspillage et de ses prodigalités impardonnables. Que tout homme et toute femme s impose d'être attentif et prévoyant dans lemploi des biens et dans la dépense ; c'est un devoir national, une obligation patriotique, et nul ne peut s'attendre à être excusé ou pardonné s'il la méconnaît.

Dans l'espoir que cet exposé des besoins de la nation et du monde à cette heure de crise suprême peut stimuler ceux à qui il parviendra et rappeler à tous ceux qui les oublient les devoirs solennels d'un temps comme le monde n'en a jamais vu auparavant, je prie tous les rédacteurs et éditeurs de donner à cet appel la plus grande publicité possible. Je me risque à suggérer aussi à toutes les agences de publicité qu'elles rendraient un service considérable et opportun au pays si elles voulaient le reproduire et le répandre partout. Et

T. Barclay. — Le Président Wilsou. 18

j'espère que les ministres du*culte n'en jugeront pas le thème indigne d'être commenté dans un sermon du haut de la chaire.

L'épreuve suprême est venue pour la nation. Nous devons tous parler, agir et servir ensemble.

Message du Président à ia Russie.

" En vue de la visite prochaine de la délégation américaine en Russie pour exprimer au peuple russe la profonde amitié du peuple américain et discuter les moyens les meilleurs et les plus pratiques de coopération entre les deux pays luttant jusqu'à la victoire définitive pour la liberté de tous les peuples, il me semble opportun et nécessaire de déclarer à nouveau, en songeant à cette collaboration nouvelle, les objectifs pour lesquels les Etats-Unis sont entrés en guerre. Ces objectifs ont été vraiment trop dénaturés depuis quelques semaines par des malentendus et des affirmations trompeuses. Or, les questions en jeu sont si importantes, si redoutables, dune telle signification pour l'humanité tout entière, qu'on ne saurait laisser, même un seul moment, sans rectification les fausses interprétations, les contresens, si légers qu'ils soient.

La guerre a commencé à tourner mal pour 1 Allemagne. Dans leur effort désespéré pour échapper à la défaite finale inévitable, les gouvernants allemands font flèche de tout bois. Ils n'hésitent même pas à utiliser certains groupes et partis de leur propre peuple, à l'égard desquels ils s'étaient montrés jusqu ici injustes, malhonnêtes et même oppresseurs, pour déterminer des deux côtés de l'Atlantique une propagande qui sauvera leur autorité à l'intérieur et leur pouvoir au

dehors, au plus grand détriment des hommes mêmes dont ils se servent. La position de l'Amérique dans cette guerre est si clairement définie que personne n'a le droit de la dénaturer. Elle ne recherche aucun profit matériel, aucun agrandissement d'aucune espèce. Elle ne combat pour aucun avantage, pour aucun but intéressé, elle ne vise qu à mettre tous les peuples à l'abri des agressions de tout pouvoir autocratique. Les classes dirigeantes en Allemagne ont commencé tout récemment à afficher des intentions libérales et équitables, mais c'est uniquement pour conserver le régime qu'elles ont constitué en Allemagne, les privilèges égoïstes qu'elles ont injustement conquis, et donner suite à leurs projets intéressés de domination sur tout ce qui s étend de Berlin à Bagdad et au delà de Bagdad. Sous leur influence, tous les gouvernements allemands l'un après l'autre, sans avouer aucun désir de conquête, ont été engagés dans un réseau d intrigues qui ne menace rien de n^oins que la paix et la liberté du monde. Les mailles de ce réseau doivent être brisées, mais elles ne le seront que si les dommages déjà causés sont réparés, que si des mesures appropriées sont prises pour éviter que ces intrigues ne scient renouées et reformées.

Naturellement le gouvernement impérial allemand et ceux dont il se sert pour leur plus grand mal travaillent à obtenir l'assurance que la guerre finira par la restauration du statu qiio ante. C'est précisément de ce statu quo ante qu'est sortie cette guerre inique, c'est lui qui a créé le pouvoir du gouvernement impérial allemandàrintérieurdcl'Allemagne. C'est cet état de choses qu'il faut modifier de telle façon que le monde ne puisse connaître ces hcrreurs.

Une fois de plus nous nous battons pour la liberté, pour le régime démocratique, pour le développement autonome de tous les peuples, et chaque clause de l'ar-

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