‹ Le Président Wilson et l'évolution de la politique étrangère des États-UnisChapitre 41 sur 49 · MESSAGE A LA RUSSIE · texte numérisé non relu

MESSAGE A LA RUSSIE

rangement qui terminera la guerre doit être conçue et observée pour obtenir ces résultats. Il faut dabord que les dommages soient réparés et ensuite qu'on crée des garanties efficaces pour en interdire à jamais le renouvellement. Il faut trouver des remèdes et il faut aussi proclamerdesprincipesqui agréeront aux consciences et trouveront en elles un écho. Des questions pratiques ne peuvent être résolues que par des moyens pratiques. Des phrases ne suffiront pas. Des remaniements effectifs seront requis et, quels qu'ils soient, il faudra de toute nécessité les réaliser.

Mais ils doivent s inspirer d'un principe, et ce principe est clair. Aucun peuple ne peut être contraint de vivre sous une souveraineté qu'il répudie. Aucun territoire ne peut changer de mains, si ce n'est pour assurer à ceux qui 1 habitent leur part équitable de bien-être et de liberté. Aucune contribution de guerre ne doit être réclamée en dehors de celles qui constituent le paiement de dommages incontestables. Aucun remaniement de pouvoirs ne doit être réalisé, si ce n'est ceux qui assureront la future paix du monde, la future prospérité et le bonheur des peuples.

Alors les peuples enfin libres s'associeront en une ligue et organiseront une coopération, sincère et pratique, pour constituer une force collective capable d'assurer la paix et la justice dans les relations internationales. La fraternité humaine deviendra autre chose qu'une expression, belle mais creuse. Il faut en faire une réalité vivante et forte. Les nations doivent prendre conscience de la solidarité qui les unit et collaborer efficacement pour mettre ces intérêts vitaux communs à l'abri des agressions de l'autocratie et du despotisme.

C est pour ces choses que nous consentons à verser notre sang, à sacrifier nos richesses. Car ce sont là des choses que toujours nous avons désirées. Et si pour elles maintenant nous ne versions pas notre sang et nos

richesses, si nous ne luttions jusqu'au triomphe, jamais peut-être loccasion ne nous serait offerte à nouveau de nous unir et d'affirmer notre force victorieuse en défendant la grande cause de la liberté humaine. Le jour est venu de vaincre ou d être vaincu. Si les forces de l'autocratie réussissent à nous diviser, nous serons écrasés ; si nous restons unis, la victoire est certaine, et de cette victoire la liberté est le prix. Alors nous pourrons nous permettre d'être généreux ; mais, même alors, pas plus que maintenant, nous ne pourrons nous permettre d'être faibles, d omettre une seule des garanties nécessaires à la justice et à la paix du monde. ^

Réponse des États-Unis

à la Note du Pape du 15 août 1917.

(30 août 1917.)

En accusant réception de la communication de Sa Sainteté le Pape aux peuples belligérants, le Président des Etats-Unis a prié le Secrétaire d'Etat d'y faire la réponse suivante : « Tout cœur qui n a pas été aveuglé ou endurci par cette terrible guerre a dû être touché par 1 émouvant appel de Sa Sainteté le Pape, sentir la dignité et la force des motifs humains et généreux qui l'ont dicté et doit avec ardeur désirer que nous puissions suivre le chemin de la paix qu'il indique avec tant de persuasion. Mais ce serait folie de nous engager sur ce chemin, s il ne devait pas conduire par le fait au but cherché.

« Notre réponse doit reposer sur des faits et rien que sur des faits. Il ne s agit pas d une simple cessation des hostilités, mais d une paix stable et permanente. Ce fléau actuel ne doit pas se répéter, et ce qui nous assurera contre sa répétition doit former la matière d une étude très sobre.

« La proposition de Sa Sainteté se résume dans une invitation à revenir au status qiio ante bellum ; il y aurait alors condonation, désarmement et un concert des nations basé sur l'acceptation du principe de l'arbitrage ; par ce concert la liberté des mers serait établie ;

les réclamations territoriales ^e la France et de l'Italie, la question complexe des Etats balkaniques et la restitution de la Pologne seraient réglées selon des arrangements que le nouvel esprit de paix rendrait possibles, et sous réserve de prendre en considération les aspirations des peuples dont le sort politique et les affiliations sont en jeu.

« Il est évident qu aucune partie de ce programme ne peut être réalisée qu'à condition que ce status qiio ante fournisse une base solide et satisfaisante à cette fin.

« Le but de cette guerre est d'affranchir les peuples libres de la menace et de la puissance effective d un militarisme formidable, mis au service d un gouvernement irresponsable, qui, après avoir secrètement projeté de dominer le monde, n a reculé, pour réaliser son plan ni devant le respect dû aux obligations solennelles des traités, ni devant les principes séculaires du droit international et de 1 honneur, reconnus parles nations civilisées. Ce gouvernement, uniquement animé de la volonté d accomplir son sinistre dessein, a choisi son heure et s'est mis alors à frapper férocement et sans merci. Il ne s est laissé arrêter par aucune considération de justice ou de pitié, il a franchi toutes les barrières morales qui pouvaient se dresser devant lui et, crevant les digues de sa barbarie, il a déversé des flots de sang sur tout un continent, non seulement les flots du sang des soldats, mais encore ceux du sang des femmes, des enfants, des êtres sans défense.

« Aujourd hui, lennêmi des quatre cinquièmes du genre humain est déçu et immobilisé, mais sa puissance n est pas encore détruite. Cet ennemi n est pas le peuple allemand. C est le gouvernement implacable du peuple allemand. Nous n'avons rien à faire avec les raisons qui ont amené la soumission du peuple allemand à sa domination temporaire. Notre affaire est d assurer que le reste du globe n'y soit plus exposé.

RÉPONSE DES ÉTATS-fJNIS A LA NOTE DU PAPE 281

« Traiter avec ce gouvernement, conformément aux suggestions du plan proposé par Sa Sainteté le Pape, ce serait lui donner un renouveau de force, une sorte de consécration, et ce serait mettre les Alliés dans la nécessité de constituer nne ligue permanente des nations contre le peuple allemand. Ce serait abandonner le peuple russe, récemment émancipé, à la réaction, aux influences néfastes et aux tendances efî'royables pour Ihumanité, dont le gouvernement allemand nous donne si souvent la preuve.

« La paix peut elle être fondée sur une restitution du pouvoir ou sur la parole d un tel gouvernement ?

« Les hommes d Etat responsables partout doivent maintenant avoir aperçu, s ils ne 1 ont pas déjà fait, qu'aucune paix ne peut être solidement établie sur des restrictions politiques ou économiques ayant pour objet le profit de certaines nations et le préjudice d autres, ou motivés par le désir d exercer une vengeance quelconque ,

«Le peuple américain a éprouvé les dommages les plus intolérables du fait du gouvernement allemand. Pourtant, les Etats-Unis ne songent pas à exercer de représailles sur le peuple allemand lui même, car le peuple allemand lui-même a souff'ert de cette guerre dont il n est pas responsable. Les Américains estiment que la paix future devra reposer non pas sur le droit des gouvernements, mais sur le droit des peuples. Petits ou grands, ils doivent jouir sans distinction de la liberté et de la sécurité la plus absolue. Personne ne doit leur contester le pouvoir de se gouverner eux-mêmes.

«Il faut aussi que soit reconnu à ces peuples le droit de participer selon des conditions acceptables dans lactif économique du globe, et ce droit, nul ne songe à le contester au peuple allemand lui-même, s il se résigne à accepter le régime de légalité et s il ne cherche pas à dominer.

«Telle est la base essentielle de tout projet de paix :

elle doit reposer sur la bonfle foi de tous les peuples intéressés et non sur la parole d un gouvernement ambitieux ou intrigant, d un côté, et d un groupe de peuples libres, de 1 autre.

« Les visées des Etats-Unis sont connues de tous les peuples chez lesquels on permet à la vérité de pénétrer.

{(Nous ne cherchons aucun avantage matériel, jetiens à le proclamer une fois de plus. Nous estimons que les torts insupportables qu a causés lesprit brutal de domination du gouvernement allemand doivent être réparés, mais nous n entendons pas qu ils le soient au détriment de la souveraineté d aucun peuple, au contraire qu ils doivent plutôt 1 être en revendication de la souveraineté des Etats faibles, qui ont autant de droits que des Etats puissants.

« Des indemnités pénales, le démembrement des empires, rétablissement de ligues égoïstes et exclusives nous paraissent peu recommandables et dans la suite plus qu inutiles ; ces moyens ne constituent pas une base convenable pour une paix quelconque. Surtout ils ne conviennent pas à une paix durable.

« La paix durable que nous voulons doit être fondée sur la justice, la loyauté et le respect commun des droits de 1 humanité.

« Nous ne pouvons regarder la parole de ceux qui gouvernent aujourd hui 1 Allemagne comme nous oflrant une garantie sufhsante pour un état de choses durable. Il faudrait, pour que nous y ayons foi, qu'elle soit appuyée par une manifestation, si évidente de la volonté et des desseins du peuple allemand, qu elle puisse légitimer la confiance sans réserves des autres peuples.

« Sans de pareilles garanties, nul homme, nulle nation ne pourraient accorder leur confiance à des traités conclus avec le gouvernement allemand, soit pour régler le désarmement, soit pour substituer larbitrage à la force

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