SCÈNE Y III
REINE, VALENTIN
REINE, qui a paru sur son petit palier, et qui est rentrée, comme pour prendre quelque chose dans «a chambre, revient dès qu’elle voit Pierre parti .
Vous venez déjeuner, Valentin ?
VALENTIN
Non, Reine, merci... (a part.) Je n’ai plus faim, moi! Je ne sais que dire.., Ah! mon pauvre Pierre! qu’exiges-tu là?,..
(Hdut , 6n voyant Reine courir h la cheminée et y prendre des écuelies.) Eh
bien, qu’est-ce que vous faites donc? vous voulez...
REINE
Je veux que vous mangiez. Vous devez en avoir grand besoin.
VALENTIN, lui 4 tant recueils dos mains, à part.
Au fait ! ça me donnera une contenance, (a Reine qui lui approche u»» chaise à la tabi*.) Finissez, Reine ; vous ne devez pas me servir.
REINE
Pourquoi donc ça? Est-ce que je ne sors pas tout le monde, ici? C’est mon devoir... et mon plaisir!
VALENTIN, posant l'écuelle sur un coin de la table dont il rolève la nappe.
Mais je ne suis pas d’ici, moi !
REINE
Ah ! c’est mal ce que vous dites là ! Vous en êtes aussi bien que moi, il me semble.
VALENTIN, descendant à gauche do 1a table.
Non, non ! ce n’est pas la même chose. Je suis là, moi, comme ami, comme ouvrier, comme voisin. Mais vous, vous êtes de la maison, et pour toujours.
REfN E va au fond prendre la cravate sur la commode et vient travailler près de la table.
Oh ! tant que vivra mon parrain. .. je l’espère ! Mais sans lui 1 Suzanne va vivre avec son mari!... et je ne voudrais pas devoir à d’autres...
VALENTIN, debout, qui fait semblant de manger plutôt qu'il ne mange.
Pourquoi dites-vous... C’est singulier, Reine, que vous pensiez . • . (Très-embarrassé et arec souffrance.) C est v rai, on dirait... que
vous n’avez pas de confiance dans l’amitié de Pierre?
REINE
Je ne dis pas ça !
VALENTIN
Si fait! Vous auriez bien tort!
REINE, embarrassée *
Je ne pensais point à lui.
VALENTIN
Si fait, je vous dis, vous y pensez beaucoup... et tenez. . (u