SUZANNE, PIERRE
SUZANNE, à Pierre qui promène autour de lui un regard inquiet.
Elle n’est pas ici, Pierre !
PIERRE
Qui, elle ? Je me soucie bien d’elle ! — C’est mon père que je cherchais.
SUZANNE
Notre père est aux vignes, puisque, pour surcroît d’embarras, aujourd’hui, il lui faut, comme tout le monde, surveiller ses vendanges !
PIERRE
Eh bien ! c’est heureux pour lui ; ça le distrait forcément de ses inquiétudes! J’ai envie d’aller aussi vendanger une heure ou deux.
SUZANNE
Tu as donc besoin aussi de te distraire? De quoi, je te le demande ?
PIERRE, sans l'écouter, après avoir fait un pas pour s'en aller.
Non ! Elle y est, et je ne veux pas la voir maintenant.
SUZANNE
Tu y as donc été déjà, que tu le sais?
PIERRE. Il s'assied sur le bano devant le jardin.
Non. J’étais là-bas, au pressoir... Je l’ai vue passer avec son panier. Elle baissait la tête comme une coupable. Ah 1 oui. Elle a toujours eu l’habitude d'éviter mes regards. J’ai remarqué ça... même dans le temps où elle était toute petite 1
SUZANNE
Peut-être que tu la regardes d’une manière qui lui fait peur? Est-ce sa faute?
PIERRE
Non, sans doute, pas plus que ce n’est celle de Noël Plantier, n’est-ce pas, si nous sommes joués tous les deux?
SUZANNE
Moi seule je pourrais dire qu’on m’a trompée... si c’était vrai ! Mais ça n’est pas vrai, ce qu’elle nous laisse croire, la petite rusée ! Ce n’est pas lui qu’elle a en vue, c’est un autre.
PIERRE , s'animant toujours.
Et qui donc ? Quel autre? 11 n’y en a pas !
* SUZANNE
Et Valentin?
PIERRE
Tais-toi , Suzanno, tais-toi !
SUZANNE
Pourquoi donc? Où serait le crime?
le