ACTE II. SCÈNE X
BIENVENU
Il nous quitte Pierre; voilà! il m’abandonne!
SUZANNE
Il nous quitte?
VALENTIN
~ Comment!
BIENVENU
Son parti est pris. 11 veut se mettre seul à son ménage et habiter la maison qu’il tient de sa défunte mère. C’est une idée qu’il a ! Fâcheuse idée ! Que va-t-on penser de moi dans la paroisse? On dira que je suis un mauvais père, puisque mon fils est las de ma compagnie! Que sais-je? quand on a tant d’envieux autour de soi !.. Et puis, ne plus se voir à toute heure, ne plus manger à la même table ! Avoir tout le village à traverser pour se dire un mot , ne plus s’endormir et se réveiller sous le même toit ! — Et quand ma fille sera mariée , je vivrai donc tout seul , moi ici? De quoi me servira d’avoir une belle maison, de l’opulence, du mobilier!... A propos, Suzanne, fais-lui porter des meubles, beaucoup de meubles... du linge, tout ce que nous avons de mieux , puisque monsieur veut être chez lui , à présent.
SUZANNE
Eh mon Dieu, pourquoi cela? quand je venais de le laisser si
tranquille! ( Heine Tient sur la porte et écoute.)
BIENVENU
H ne t’a rien dit , n’est-ce pas? Eh bien , il est entré dans le bâtiment où je faisais tout préparer pour la cérémonie de l’inauguration de mon pressoir... Ça me fait penser que je viens vous chercher pour ça.... Mais je n’y ai plus la tète ! — Mon père, qu'il a dit , s’il vous plaît , deux mots sur la porte. — Et alors : Adieu, mon père, il faut que je quitte vbtre maison; j’y souffrirais trop ; j’y serais ridicule. J’y reviendrai quand... cette jeune fille n’y sera plus.
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VALENTIN
Reine? mais où donc pense-t-il qu’elle puisse aller?
BIEN VENU
Il pense... il pense... je ne sais plus, moi. Soyez aussi courageux que moi, mon père, a-t-il dit : ou plutôt, donnez-moi l’exemple de la générosité, comme vous avez toujours fait. Mariez cette jeune fille à son idée... Je l’oublierai plus vite en ne la voyant plus si souvent!
SUZANNE, gêneuse et réfléchie pendant ce couplet.
Je vas le trouver, je saurai ce qu’il lui faut pour s’installer et
le lui ferai porter. ( Elle va vers le fond pendant que Bienvenu va s'asseoir sur le banc. ) ' • ■»
VALENTIN '
Mais non, Suzanne, j’y vais avec vous! Il ne faut pas le laisser...
SUZANNE
N’y venez pas, Valentin. Il faut que je sois seule avec lui. Il a raison, peut-être!
BIENVENU
Tu dis que... Ah ! tu penses qu’il le faut?
SUZANNE
Oui, mon père, crovez-moi, nous nous repentirions peut-être de l’avoir retenu. Je le connais!... Il prend le bon parti. Dieu lui en tiendra compte et nous le ramènera plus sage, (a noji.) Conduisez-moi jusque-là. Vous m’attendrez sans vous faire voir. Allons, mon père, delà raison, du courage !
(Elle l'embrasse, et tort avec Noël par le fond.)
I . Bienvenu assis, Suianae, Noël au second plan, Valentin flis, Valentin pfre.