SCENE VIII
REINE, VALENTIN
REINE, qtii a paru sur son petit palier, et qui est rentrée, comme pour prendre quelque chose dans sa chambre, revient dès quelle voit Pierre parti.
Vous venez déjeuner, Valentin ?
VALENTIN
Non, Reine, merci... (a. part.) Je n'ai plus faim, moi! Je ne sais que dire... Ah! mon pauvre Pierre! qu'exiges-tu là?...
(Haut , en voyant Reine courir à la cheminée et v prendre des écuelles.) AjU
bien, qu'est-ce que vous faites donc? vous voulez...
Je veux que vous mangiez. Vous devez e^i avoir grand besoin.
VALENTIN, lui étant l'écuelle des mains, à part.
Au fait ! ça me donnera une contenance, (a Reine qui lui approche une chaise à la table.) Finisscz, Reine; VOUS ne devez pas me servir"
REINE. '
Pourquoi donc ça? Est-ce que je ne sers pas tout le monde, ici? C'est mon devoir... et mon plaisir!
VALENT IN, posant l'écuelle sur un coin de la table dont ii relère la nappe.
Mais je ne suis pas d'ici, moi !
REINE
Ah ! c'est mal ce que vous dites là ! Vous en êtes aussi bien que moi, il me semble.
V A L E N T I N , descendant à gauche de la table.
Non, non ! ce n'est pas la même chose. Je suis là, moi, comme ami, comme ouvrier, comme voisin. Mais vous, vous êtes de la maison, et pour toujours.
REINE va au fond prendre la cravate sur la commjdo et vient travailler près de la table.
Oh ! tant que vivra mon parrain... je l'espère ! Mais sans lui! Suzanne va vivre avec son mari!.,, et je ne voudrais pas devoir à d'autres...
V A L E N T I N , debout, qui fait semblant de manger plutôt qu'il ne mange.
Pourquoi dites-vous''.. C'est singulier. Reine, que vous pensiez... (Très-embarrassé et avec souffrance.) C'cSt Vrai, On dirait... qUC
vous n'avez pas de confiance dans l'amitié de Pierre?
REINE
Je ne dis pas ça !
VALENTIN
Si fait ! Vous auriez bien tort!
REINE, embarrassée •
Je ne pensais point à lui.
VALENTIN
Si fait, je VOUS dis, vous y pensez beaucoup... et tenez. . (ii