ACTE III, SCÈNE VIII
Aujourd'hui?... Et je ne l'ai pas vu?... Je ne le connais pas? ohl il me craint, moi, alors!
NOËL
II ne te craint pas! il t'aime?
PIERRE, se déchirant presque la poitrine, à part.
Il m'aime!... Ah! j'en étais sûr, c'est lui!
NOËL
Voyons! le beau malheur que d'être refusé par une femme! Pour en avoir dix, il faut en demander cent. C'est le métier d'un galant compagnon d'être mis à la porte d'un cœur, pourvu qu'un autre cœur lui ouvre la fenêtre! Tu crois peut-être que ça ne m'est jamais arrivé, à moi, de perdre mes pas et mes soupirs? Bah ! j'ai passé par là tout comme les autres.
PIERRE, abattu et fâché.
Enfin, tu dis que c'est lui ! tu en es sûr? ils Font avoué?
NOËL
Je n'ai nommé personne. Mais là... voyons! veux-tu faire comme j'ari fait une fois?
PIERRE
Comment t'es-tu vengé ?
NOËL
Oh! oui dà! écoute! Tu sais comme Jardinet est mon ami et mon camarade? Eh bien, il en contait sous mon nez à la petite... (Avec ostentation.) Je UG veux pas la nommer ! J'y voyais que du feu. Un beau matin, l'idée me vient... Jardinet, que je lui dis, c'est pas tout ça, tu me trahis! — Bah! qu'il me répond, ça n'est pas trahir. Les cœurs, c'est pas comme l'argent, ça se dérobe entre amis; ça ne compte pas... Tu me rendras la pareille une autre fois. — Ah ! dam ! ça n'a pas manqué, et depuis lorsse, ce garçon-là donnerait son sang pour moi. Ça t'étonne? Qu'est-ce que u veux? l'amour, ça se joue à cfoix ou pile la moitié du temps :
et quand ça en vaut la peine, c'est un jeu d'adresse comme le mail, ou de calcul comme les cartes. Chacun pour soi, c'est la règle et la coutume du genre humain.
PIERRE, se contenant.
Oui , oui, je comprends ! c'est juste ! Rends-moi un service , va me chercher celui que je croyais être mon ami !
NOËL
Oh ! Il est ton ami ! Il a les atouls dans la main; mais il voit que ça te chagrine... Il te cache son jeu. Il est si gentil , si doux, ce garçon-là ! Il se dit comme ça : Pierre est mauvais joueur, ça Tenrage de perdre? Jlorsse il faut le gagner en douceur. C'est de la délicatesse , voilà ce que c'est !
PIERRE
Quand je te dis que tu as raison , Noël ! Envoye-le-moi , je t'en prie : je veux rire avec lui de tout cela !