ACTE 111, SCÈNE XL
Et d'ailleurs, est-ce qu'il a le moyen de faire des voyages d'agrément, lui?
BIENVENU
Si ce n'est que ça... on lui payera...
PÈRE VALENTIN, en colère.
Payer? Qu'appelez-vous payer! Pour qui nous prenez-vous?..
(Repoussant Valentin qui veut l'emmener.) LaiSSC-moi tranquille , tOi ! Il
faut que tu sois devenu fou pour te sacrifier toujours à ces gens-là qui n'ont ni cœur ni raison, et qui veulent mettre tout le monde sous leurs pieds 1
BIENVENU
C'est vous qui n'avez ni raison , ni cœur, de venir me faire une scène dans un pareil moment ! et de dire du mal de mon fils, quand c'est lui qui se sacrifie 1
PÈRE VALENTIN
A qui donc , s'il vous plaît?
BIENVENU
Dam . à... ( Regardant Plantier qui tient la main de Suzanne, à gauche.) à...
ma foi , je ne sais plus, moi ! Je n'y comprends plus rien. J'en ai la fièvre, de tout ce qui m'arrive aujourd'hui 1 Et vous êtes là à m'assassiner avec votre méchante langue... Tenez, allez-vousen ; on s'entendra quand vous n'y serez plus ! C'est vous qui mettez tout sens dessus dessous. Vous êtes la peste des familles !
PÈRE VALENTIN
Plus souvent que je vas vous laisser faire! Vous vous en moquez bien , vous , de perdre votre fils '. Vous avez du monde pour vous soigner, de la fortune pour voas enfler ! Vous boirez, vous mangerez, vous ferez vos embarras... Mais moi (pieurant fi querellant à la fois.), moi qui n'ai que cet enfant-là au monde, moi seul, moi triste, moi pauvre, un enfant si bon, si aimant... qui vaut dix fois le vôtre !
BIENVENU , attirant Valentin flls entre eux ileux. <
Ah ça, est-ce que j'en dis du mal, moi , de votre garçon? Est-ce que je ne l'aime pas... comme s'il était à moi? C'est pa^ sa faute, s'il est votre fils! Pauvre Valentin, va! ( n s'atten.irit. ^ Si vous croyez que ça me réjouit de le perdre aussi , celui-là!
PÈRE VALENTIN
Et qu'est-ce que nous allons devenir tous les deux, je vous le
demande? rUs se donnent la main sans s'en apercevoir.) Quand nOUS SeronS
là à nous arracher les yeux...
BIENVENU
Pardié ! je le sais bien que ça ne les fera pas revenir ! (Aiiant à son fils.) Voyons, il faut empêcher ça, que diable !
VALENTIN , à son père.
Mon père, écoutez-moi. Je vais chercher ailleurs un bon établissement pour nous deux.
REINE , défaillante.
Ainsi, vous... Valentin... c'est pour toujours?
BIENVENU , courant la retenir dans ses bras avec Noël.
Eh bien ! eh bien! qu'est-ce qu'elle a donc, cette enfant-là?
s U Z A N N E , qui était remontée, prenant Pierre à part, (a droite. )
Tu vois, Pierre, elle en mourra !... Et lui ! celui que tu aimais tant, regarde-le !... Tout cela parce qu'au lieu de résister à ton orgueil, j'ai eu peur de te dire la vérité. Eh bien ? la voilà la vérité ! Te rend-elle bien fier? est-ce un beau triomphe ? '
PIERRE, après un moment de lutte et d'hésitation.
Mon père! ne comprenez-vous pas?... Le secret de Reine lui échappe enfin ! Voici celui qu'elle aime ! (Montrant vaientm et lui pre-
nant la main.) Cclui qui doit TeStCT ! (Avec enthousiasme.) Et qui rCStCra ! . . (Respirant comme avec soulagement.) Merci , maSOBUr!
1 . Noël , Suzanne, Reine, Bienvenu, Valentin fil* , Valentin père, Pierre, à droite.
Lui?...