UN OSSEMENT DE J.-J. ROUSSEAU DANS LE MONUMENT D'ERMENONVILLE
On sait que, le 18 octobre 1908, un monument en l'honneur de Rousseau fut inauguré sur une place publique d'Ermenonville. C'est un monument très beau, en pierre, œuvre du sculpteur Henri Gréber, né à Beauvais. M. Henri Bazaud, un fidèle de Jean-Jacques, en fut l'architecte, comme il fut celui de la tombe de Thérèse Levasseur, au Plessis-Belleville. Rousseau est représenté assis et méditant.
Un petit fait, qui a son importance, et que peu de personnes connaissent, précéda l'inauguration. Le samedi 10 octobre, avant que la statue du philosophe ne fût installée, divers souvenirs furent déposés et scellés dans une petite excavation du piédestal. On y mit une liste des souscripteurs, quelques médailles, et, relique 'précieuse, un ossement même de Jean-Jacques Rousseau.
Cet ossement avait été dérobé le 18 décembre 1897, au Panthéon, lors de l'ouverture du cercueil du grand homme. L'auteur de ce pieux larcin s'était laissé entraîner par son zèle : il conserva fidèlement la relique jusqu'au jour où, trouvant l'occasion de réparer son acte, il la confia au socle de la statue d'Ermenonville. Nous ne pouvons que l'approuver pour cette réparation.
Je fus mis sur la piste de ce fait par le passage suivant d'un journal de Crépy-en- Valois, Viicho Républicain du 18 octobre 1908 :
(( Il est bien regrettable que la brièveté et la sécheresse d'un
LE PRESTIGE DE J.-J. ROUSSEAU
compte rendu de journal nous obligent à être discrets et à écourter; mais nous pouvons assurer les souscripteurs du monument que celui-ci renferme leurs noms à l'intérieur. Nous pouvons même ajouter que, si le mausolée de l'île des Peupliers n'occupe plus que la place où reposa le corps du grand homme, le monument qui est érigé au cœur même d'Ermenonville contient quelques souvenirs palpables et précieux qui appellent le salut de tout citoyen qui passe. »
J'allai aux informations : j'appris que, bien qu'il fût question d'un monument élevé par souscription publique, un procès-verbal, resté mystérieux et caché, avait été rédigé; et, non sans peine, je finis par savoir ce qui s'était passé en secret le 10 octobre, à Ermenonville, c'est-à-dire qu'un ossement de Rousseau, dérobé jadis dans le cercueil du Panthéon, avait été déposé dans le piédestal du monument, inauguré le 18, en grande solennité.
La devise du maître : Vitam impendere vero, sera toujours notre lumière et notre guide.