AVANT-PROPOS. IX
Michelet : « Rousseau a répandu dans l'atmosphère une ardeur secrète qui a mûri des fruits nouveaux. »
Pourquoi cette faveur, ce relief, cette résurrection ? Nous allons essayer d'en donner quelques raisons.
Il faut reconnaître, d'abord, que l'écrivain de la Nouvelle Héloîse jouit d'un privilège envié : il a gardé le charme. Ni Voltaire, ni Diderot, ni Montesquieu, ni BufTon ne nous apparaissent avec la magie de sa parole, la force de sa logique, la chaleur communicative de sa pensée, l'éclat de son génie, et surtout l'attrait de ses malheurs.
Tous sont grands : mais ils furent heureux; lui, connut l'infortune. De là un rayon de gloire qui lui est propre, et qui nous attire, nous retient, nous émeut.
M™* d'Houdetot a prononcé le vrai jugement. Agée de quatre-vingts ans, toujours souriante et bonne, elle répondit à un lettré l'interrogeant sur l'écrivain qui l'avait tant aimée en son radieux printemps : « Le talent de Jean-Jacques était dans son cœur; voilà d'où naissent Je charme et le secret de son style. »
Le cœur! c'est là, en effet, la suprême puissance. Le meilleur de notre vie est renfermé dans ce mot, et qui s'adresse à nous de ce côté nous captivera toujours davantage ; instinctivement, nous écouterons sa voix, nous en garderons l'impression, et, après mille tentatives, mille essais, nous reviendrons encore à la rive où retentit son doux écho.
Buffon nous éblouit par sa magnificence, Montesquieu nous étonne et nous confond par sa profondeur,