X AVANT-PROPOS
Diderot par sa science, Voltaire par son bon sens et son esprit. Seul, Rousseau nous conquiert par les crisde son cœur aimant.
Rappelez-vous le tête-à-tête fameux avec M™^ d'Houdetot, dans le parc d'Eaubonne : ce Un soir, après avoir soupé, nous allâmes nous promener au jardin, par un très beau clair de lune. Au fond de ce jardin était un assez grand taillis par où nous fûmes chercher un joli bosquet, orné d'une cascade dont je lui avais donné ridée, et qu'elle avait fait exécuter. Souvenir immortel d'innocence et de jouissance ! Ce fut dans ce bosquet qu'assis près d'elle, sur un banc de gazon, sous un acacia tout chargé de fleurs, je trouvai, pour rendre les mouvements de mon cœur, un langage vraiment digne d'eux!... Dans un transport involontaire, elle s'écria : « Non, jamais homme ne fut si aimable, et (( jamais amant n'aima comme vous ! »
Dans une lettre admirable au prince Beloselski, en date du 27 mai 1775, le philosophe, évoquant ses jeunes années, s'écrie : « 0 lac sur les bords duquel j'ai passé les douces heures de mon enfance ! charmants paysages où j'ai vu pour la première fois le majestueux et touchant lever du soleil, où j'ai senti les premières émotions du cœur, les premiers élans d'un génie devenu depuis trop impérieux et trop célèbre ; hélas ! je ne vous verrai plus ! Ces clochers qui s'élèvent au milieu des chênes et des sapins, ces troupeaux bêlants, ces ateliers, ces fabriques, bizarrement épars sur des torrents, dans des précipices, au haut des rochers; ces arbres vénérables, ces sources, ces prairies^