‹ Le prétendu cirque romain d'OrangeChapitre 1 sur 2 · IMPRIMERIE NATIONALE · texte numérisé non relu

IMPRIMERIE NATIONALE

MDCCCCXVIl

Le premier auteur qui ait parlé d'un ■ cirque romain ■ à Orange est La Pise''\ en 1639. 11 n'a pas su le distinguer du théâtre, ni indiquer son emplacement exact; il a cependant signalé l'un de ses principaux éléments, la grande porte conservée' à l'extrémité du portique du théâtre , sans toutefois en reconnaître la véritable destination'^'. En i8ii, Gasparin publiait son Mémoire sur nn cirque découvert à Orange en Î809^^K Depuis lors, un nombre considérable de travaux ont paru sur les monuments romains d'Orange; la plupart parlent du ■ cirque «• Le plus important de ces travaux, celui de l'architecte Caristie***, en donne le relevé complet et les mesures d'ensemble, soit environ 4oo mètres de long sur 81 m. 65 de

'*' La Pisb, Tableaa de Fkùtoire des PrincetetPrincipaatéd^Orange... .h^naye, 1639, p. 18-38.

'•' 1 Une vieille toiir aa portique de paralle estolë que celle du cirque bfrtie à la dorique, qui estràt les ctaxeret d'où partoyent les chevaux et les chariots pour entrer en Hce ou pour descendre au combat. • H. rouusi.

'*' Notice det Trwoaax de V Académie du Gard. 1810, p. io5, et 181 >, p. 161-

<*' Auguste Caristib, Monuments antitjius à Orange, Paris, i856, gr. iibJcd., p. 78, 79; pi. I et LI; fig. 3a. — Nous avens mesuré comme largeur exacte 81 m. i4et non 81 m. 65.

2 ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. [202] large. Tous les auteurs sont d'accord pour adopter cette dénomination de « cirque » : nous la retrouvons dans les publications les plus récentes'"'.

Avant d'exposer les constatations que n ous avons faites sur ce monument et qui nous ont amené à penser que ce n'était pas un cirque, il convient de décrire ses restes. Les plans qui accompagnent ce mémoire permettront de suivre notre démonstration.

Le temple. — Au sommet de la colline contre laquelle s'adosse le monument en question, au Sud, on a découvert, en 1 9 1 1 , un temple qui se rattache sans aucun doute à l'ensemble auquel deux escaliers le relient; il est exactement placé dans l'axe générai {fg. i ).

La base mesure 7 m. 70 de large ; mais, comme il y manque le revêtement en pierre de taille à l'Ouest, elle devait atteindre 8 m. 25. La longueur dégagée est de 1 1 mètres; elle est incomplète. Du côté de l'Est, la moulure de base existe encore en place; elle comprend principalement un large talon. On a retrouvé un morceau de couronnement du soubassement, formé par un tore, un talon et un listel dont les profils ont un caractère grec très frappant.

Le soubassement est entouré d'une aire , qui mesure à l'Est et à l'Ouest i m. 70, et au Sud 2 m. 16. Des traces de fondations à l'Est et l'excavation du rocher au Sud permettent de supposer l'existence d'un portique, qui devait l'entourer sur trois côtés.

''' Pour la InMiographie détaillée TMnii romains A'Orange , PBrb,m-8°, 1908. d'Orangée, voir L. Châtelain, Les monu- p. 19 Â 4i-

On peut se faire une idée des proportions de ce temple^ si on remarque que celui du Vemègues [Bouches-du-Rh6ne}, monument de la même époque, comme nous le verrons plus loin, et du même caractère., possède sensiblement la même dimension en largeur '^^.

SOVBASSEMENT PLAN

Fig. I. — Plju du tbmflb qci domiub li honomeiit.

L'hémicycle. — Au bas de la colline que domine le temple^ s'adosse un hémicycle G RG', mesurant dans sa plus grande largeur 74 m. 3o, et dont la forme générale en U rappelle le plan du grand théâtre de Pompéi.

'" Michel Clbrc, La temple ronuiin du Venègues. Manetlle, 1908, p. 1 à 34, «vec XU pi.

û ACADEMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. [204] "Le centre est occupé par une aire, dallée en pierre et barrée en travers par un massif bas, 0, et par deux murs, P, Q. Ces derniers sont épais de o m. 60. Leur intervaUe atteint 1 m. 60 de large. Le massif est à 1 m. 80 du mur P. L'espace compris entre le mur Q et le périmètre mesure a 4 mètres sur 56 m. 4o; le passage entre l'extrémité de 0, P, Q et le périmètre, 4 m* 20. Murs et massif sont en mo^ons. Un égout traverse l'aire dallée en côtoyant le massif 0; une partie S ne parait pas dallée. Si l'on trace en entier le cercle qui limite les constructions à l'intérieur, on voit qu'il est sensiblement tangent au passage GG'.

Ces constructions ont visiblement supporté des gradins. La portion demi-circulaire est en grande partie taillée dans la colline, dont les irrégularités ont été corrigées au moyen de maçonneries de blocage : elle est donc massive. On pouvait accéder aux gradins supérieurs par l'escalier N et par^son symétrique. Les entailles R fout supposer qu'on atteignait les gradins inférieurs par d'autres escaliers qui partaient de l'aire dallée. Leur podium est élevé de plus de a mètres.

La portion droite KL est établie sur des murs : en L est une entrée; les réduits suivants étaient dios à l'extérieur, comme le montrent les rainures des seuils de leurs portes; l'un d'eux contenait vraisemblablement un escalier. Le mur de façade, en pierre de taille, porte des traces d'incendie du côté intérieur, comme si les gradins étaient en bois dans cette partie. On serait d'autant plus tenté de le croire qu'on ne peut retrouver aucun arrachement de voûtes pour les supporter. La face extérieure du mur est ornée d'arcades ouvertes ou simulées, séparées par des pilastres doriques, identiques aux arcades de la partie du théâtre qui lui fait face.

La rae et les escaliers extérieurs. — La rue MM', qui sépare du théâtre l'édifice que nous étudions* est dallée en pierre et mesure environ 7 mètres de large. Elle est parcourue par un égout M qui traverse ensuite l'hémicycle et emporte les eaux du théâtre et des parties hautes de ITiémicyde en N. Un seuii M', qui barre cette rue en avant de l'escalier N, permettait de disposer une grille pour contenir la foide; l'escalier desservait les gradins de l'hémicycle, le tem^Je et les parties supérieures du théâtre. A ce dernier point de vue, il remplissait, à l'Ouest, le même rôle que l'escalier extérieur du théâtre, à l'Est. Quant aux marches et aux paliers conduisant au temple, on en voit les arrachements contre le mur adossé à la colline, qui s'élève à plus àe 12 mètres de haut. Cette volée d'escalier se rencontre dans l'axe de l'hémicycle avec une autre volée qui lui est symétrique.

La porte principale. — A la suite de l'hémicycle, nous trouvons en G une porte monumentale en pierre de taille, décorée à VEst et â l'Ouest de deux demi-colonnes doriques, portant un fronton surmonté d'un attique. Les mesures principales de cette porte sont:

Hauteur depuis le sol romain jusqu'au sommet de l'attique 1 3 m. 6 1 .

Hauteur de l'entablement 1 m. 5^.

Hauteur delà colonne 6 m. Sy.

Laideur du passage dans les deux arcades ... 5 m. o5.

Elle donne accès à une lai^e voie dallée, traversant le monument de l'Est à l'Ouest, et qui devait aboutir à une autre porte semblable G'.

6 ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES^LETTRES. [206] Les autres restes. — Nous trouvons ensuite une série de fondations DE, FG, dont rélément H fait penser à la présence d'un escalier.

De l'autre côté du monument, en IJ, s'élève un grand mur en petits moellons appareillés et comportant quelques pierres de taille. 11 est percé de quatre portes (dont l'une livre passage à la rue de Pontillac) et décoré pour le surplus, à l'Ouest, d'arcatures aveugles que séparent des pilastres doriques, (luronnes de leur entablement. Au-dessus de cette ornementation la paroi est unie et pleine.

Le caractère de cette muraille est très différent de cdlui de la porte principale et de l'hémicycle, bien que ses profils indiquent qu'elle doit être de la même date qu* eux. Cette dififérence de caractère est si sensible que, jusqu'à Gasparin, on pensait qu'il s'agissait d'un aqueduc ''^ Les mesures principales de ce mur sont :

Longueur incomplète, environ loo mètres.

Hauteur incomplète moyenne 1 6 mètres,

Épaisseur i m. ao

Hauteur de l'entablement i m. 3y

Hauteur des pilastres 6 m. là

Lai^ur d'une arcade 3 m. ao

Largeur d'une pUe i m,

Caristiet^', en parlant des parties DEFG et IG'j nous dit : «Sur les côtés du cirque, on trouve, particulièrement sur le

*'' La Pisb, Op. cit., p, 3i-33. — L'ar- que par coniéqiieDt il ne poavail être celui

chiteote Labadie qui, en i8o6 et 1807, d'un aqueduc- H eat fort probaUe quil

desMoait et étndîait certains édifices do était enduit du oiii toamé vers TEst. Midi de la France, a remarqué que ce '*' A. Camstib, MoaanwnU anti^aes à

mur n'avait de parement qu'i l'Ouest et Orange, p. 79.

côté gauche [DËFG], au niveau du sol actuel et dans les caves des maisons, beaucoup de fragments de colonnes en granit > de o m. 68 de diamètre, provenant sans aucun doute du portique supérieur de l'édifice i . Gn en a retrouvé encore récemment, avec une base, un chapiteau corinthien orné d'acanthe chardonneuse, une corniche munie de têtes de lion d'un style magnifique, et un fragment d'exèdre. Tous ces éléments sont en pierre de Sérignan, sauf les fûts de granit. -Voici leurs mesures :

Hauteur du chapiteau o m. 63.

Hauteur de ]a base o m. 3o.

Largeur de la plinthe d'une base o m. 8li.

Hauteur de ia corniche, environ o m. 68.

M. L. Châtelain'*', qui a recherché avec soin lesparties décrites par Gasparin puis par Caristie, a constaté qu'un grand nombre d'entre elles sont détruites; mais il a recueilli un témoignage digne de foi, confirmant l'existence d'un souterrain antique et d'un chapiteau dans les caves des n*" i a et 31 de la rue Notre-Dame. Il s'agit des restes signalés par Caristie'^' et figurant sur notre plan en BB'. Il existe encore, dans les caves de la Sous-Préfecture, un mur de grand appareil, haut de 3 mètres environ, long de 6 au moins, avec une portion d'égout, large de o m. 5o, longue de 1 m. 10. Ils se rattachent au groupe DF de notre plan. Les constructions''' indiquées en A ont disparu, mais leur souvenir est conservé.

Enfin Caristie'^) note un «mur antique avec arcades, de

''' L.Chatelain, Op. cit., f. ii4. deom,3&dediamétre,engagéeaaqiiart.>

<•' A. Cabistiï, Op. cU.. pi. I, D (a). ''> Ibid.. E.

— •... an poiot a se trouve tme colonne '*' Ibid., I.

8 ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. [208] même construction que le mur du cirque • au point C de notre plan ; il ne le rattache cependant pas au cirque.

Tels sont les restes connus du prétendu cirque d'Orange qu'on doit considérer comme nettement contemporain du théâtre, c'est-à-dire comme construit à l'époque d'Auguste.

Capitale (?). — Au-dessus du temple, à une quinzaine de mètres en arrière, on remarque un énorme mur, en moellons, parallèle au péribole, et qui semble contemporain des grands édifices d'Orange. 11 est maintenu par des contreforts puissants, larges en moyenne de i m. 4o, longs de i m. 5o, hauts de plus de 8 mètres, espacés de 3 m. 35. il s'agit visiblement du mur de soutènement d'une vaste plate-forme artificielle {^g. 2).

Bien que ce mur soit de même plantation que l'édifice objet de cette étude, il ne semble pas en faire partie; cette plantation commune s'explique plutôt par le fait d'une construction simultanée.

Quelle était la destination de cette plate-forme? Nous serions tenté d'y placer le Capitole. Des fouilles y seraient assurément fort instructives, et probablement aussi très fécondes. 11 serait désirable de les étendre au surplus de la colline, où l'on remarque en plusieurs endroits des murs importants , noyés dans les décombres de la forteresse de Maurice de Nassau (i6aa); ces murs nous semblent romains. L'épaisseur des remblais a dû cacher et préserver ainsi bien des détails et bien des restes intéressants, destinés sans doute à causer de magnifiques surprises à ceux qui pourront en entreprendre la recherche et l'étude.

Nous venons de décrire les restes du prétendu cirque d'Orange. Un certain nombre de faits nous permettent de dé-

Fig.

- Cinroup). Mm di Eonrimuisii

montrer avec certitude que ce vaste édifice ne peut pas être un cirque :

1" Nous avons dit que ses vestiges indiquent qu'il était contemporain du théâtre. Son grand axe, qui passe au Sud par le temple, s'aligne au Nord avec l'arc; il est bien d'équerre avec le théâtre et avec ia plate-forme du Capitole présumé. Il s'agit nettement d'un ensemble conçu et exécuté d'un seul coup, sur un terrain libre, c'est-à-dire au moment de la fondation de

10 ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. [210] la colonie. C'est un fait qui parait incontestable. Sinon, comment, au cœur d'une cité déjà existante, aurait-on pu trouver un pareil espace disponible t*

Mais les cirques d'Aries et de Vienne, dans la même région , ne semblent pa3 être antérieurs au m' siècle, ainsique la plupart des autres cirques, dont on connaît les dates, notamment celui de Dougga construit sous Alexandre Sévère vers 2 23, celui de Maxence à Rome, élevé par cet empereur en l'honneur de son fils Bomulus mort en 809, celui de Trêves édiBé par Constantin. Les fragments de metae, retrouvés à Avignon*'',. à Bavay^'' et à Narbonne''', appartiennent bien certainement à la même époque.

A ce premier point de vue, le « cirque i d'Orange serait donc une exception.

2" Le mur occidental IJ est d'un caractère absolument différent de la porte G et de l'hémicycle GR, bien qu'il soit du même temps. On a peine à croire que ces différentes parties puissent appartenir au même édifice, surtout à un cirque, qui est d'une disposition continue et uniforme.

3° La largeur de la piste supposée mesure environ 56 m. 4o. Or à Dougga, où la piste est très petite , elle atteint cependant 77 mètres de large; à Arles elle a 83 m. 3o et à Vienne elle arrive à 101 m. 4o. H y a donc là encore une anomalie.

4° Pour établir la longueur présumée (4oo mètres environ) de l'ensemble du monument, Caristie est obUgé de considérer comme refend, sous les gradins, un mur orné de colonnes

<'' Esp^fUNDiEu , Hecaeit générai des bas- p. 3^3 et sniv., et Abécédaire on rudiment reliefs delà Gaule romaine^ Parit, 1907- «forcA^blo^ù, Caen, 1870, in-8*, Ere gallo-

1913, JD'V, 1. 1, n* 338. roDume, p. 387.

''' CiUMONT, Coars ianti^aiUs monii- ''> Espéiundibv, Qp.ctt,, t. I, n" Sgo,

mentales. Paris, i83o-i84i, in-S*. t. III, ôgS, 596, 597, 699, 601.

(BB' de Dotre plan), ce qui paraît tout à fait anormal, même pour une entrée principale : les plus luxueuses, comme celles du Colisce, comme celles des amphithéâtres d'Arles ou de Nîmes, nont que des pilastres.

5" Aucune trace de la spina et de sa décoration, aucune trace des metae ne nous est parvenue.

6" Caristie signale le grand nombre de colonnes retrouvées sur les côtés du • cirque»'''. Mais s'il existait un portique au Circus Maximus de Borne, on est fondé à le considérer comme un ouvrage de luxe exceptionnel et superflu, que seule une ville aussi riche pouvait s'offrir: les cirques de Dougga, d'Arles, devienne n'en ont pas; celui de Maxenceà Bome n'en possédait pas non plus. Un cas analogue se présente pour le portique supérieur du Colisée, qui ne se retrouve ni à l'amphithéâtre <!' Arles, ni à celui de Nîmes, cités cependant fort prospères. La présence d'un portique au « cirque ■ d'Orange serait donc AU moins surprenante.

7" Caristie dit qu'il existe , à l'Est du « cirque » , un reste qui n'en fait pas partie, mais semble s'y rattacher (C de notre plan). Son hésitation est très franchement exprimée ; mais il ne peut fournir à ce sujet aucune expUcation f^'.

8° La partie dei'arène présumée, qui s'étend depuis la porte monumentale jusqu'au fond de l'hémicycle, est dallée en pierre. Un tel dallage ne se rencontre jamais dans les cirques : aucun «heval n'aurait pu y tourner au galop.

9° L'hémicycle ne présente pas, suivant l'habitude, une porte monumentale en son milieu; en adossant cet hémicycle à la colline, l'architecte y a renoncé de propos délibéré.

10° Enfin l'hémicycle est barré tout entier, au voisinage

''' A. Camstib, Op. cit., p. 79. Voir ce -texte donné plus haut. <■' ;6W.,pl,I, t.

12 ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. [212] de soD diamètre, par deux murs P, Q et un massif 0. Ils sont perpendiculaires à la piste supposée, et ne laissent entre leurs extrémités et les gradins qu'un espace mesurant à peine 4 mètres.

Il est donc évident que l'édifice désigné sous le nom de a cirque » d'Orange ne peut pas être un cirque.

On serait tenté de penser que cet édifice pouvait être un stade.

Mais il se présente de suite des objections, qui ne rendent pas cette hypothèse plus acceptable que la première.

Tout d'abord, si on compare la largeur de la piste supposée d'Orange, soit 56 m. 4o, aux mesures suivantes, on la trouve bien difiFérente :

Stad« d'Athènes, laideur de la pist<' 33"36

Stade d'Aizani 3 1 oo

Stade d'CNympie 3o oo

Stade de Delphes a 5 6o

Stade d'Épidaure a3 o5

Le mur extérieur, dont la hauteur dépassait 1 6 mètres en IJ et Q 3 mètres à l'hémicycle , serait d'une élévation inexplicable pour un stade.

Les bâtiments sont doubles à l'Est et simples à l'Ouest. Une erreur de relevé dans l'hémicycle, bien compréhensible va la difficulté d'opérer au milieu de constructions parasites, n'a pas permis à Caristie de s'en rendre compte. Elle lui a fait croire que les hâtiments étaient doubles aussi à l'Ouest. Il a même supposé que la rue, comprise entre l'hémicycle et le théâtre, était couverte, ce qui n'a jamais eu lieu.

Or, s'il est arrivé parfois que les gradins des stades soient plus. nombreux d'un côté que de l'autre, comme à Delphes, c'est par exception et par suite de la déclivité du terrain. Mais le monument d'Orange est en terrain plat. On ne peut pas supposer davantage que la seconde épaisseur de bâtiment à l'Est soit une rue, puisque des murs la barrent en travers (H de notre plan). Enfin l'exèdre A et le mur C resteraient bien en d^ors des limites du stade supposé.

II faut donc en venir à une troisième hypothèse, celle d'un gymnase : elle paraît entièrement satisfaisante. Pour s'en convaincre, il suffit de reprendre une à une les objections soulevées plus haut.

D'abord la question de date. Vîtruve''^ en commençant à parier des gymnases , nous apprend qu'ils ne sont plus en faveur en Italie; il ajoute qu'il décrit ceux que le passé a légués et ceux que construisent les Grecs. Cela est parfaitement d'accord avec la date supposée du gymnase d'Orange et avec le caractère grec du groupe de monuments auquel il appartient.

La différence de construction du mur IJ en moellons et de l'hémicycle 'GL en pierre de taille vient de ce qu'il s'agît de deux parties bien différentes de l'ensemble: l'une contenant les xystes et les jardins, l'autre que Vitruve désigne sous le nom de staSum.

La largeur de 56 m. /Jo entre les bâtiments GG' paraît normale si on la compare à celle de 48 mètres mesurée au « stade > Palatin qui est aussi un gymnase.

I'' ViTRDTE, livre V, chap. ».

14 ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. [214] Le mur orné de colonnes 6B' est la limite entre les xystes et Tensemble de constructions que Vitruve nomme peristylium. La longueur ainsi fixée pour les xystes est d'environ un stade, soit 600 pieds. Cette longueur^ mesurée entre la ligne de départ aphesis et la ligne d'arrivée terma qui la bornent, a donné :

Stade de Ddphes 1 7 y" ô 5

Stade d'Athènes 177 60

. Stade d'Épidaure 181 08

Stade d'Olympie 19-1 27

Six cents pieds romains, deo m. 296 chacun , font ensemble 177 mètres.

Les gymnases n'ayant ni spina, ni metae, il est tout à fait naturel qu'on n'en ait pas retrouvé de traces à Orange.

Lés portiques, dont Caristie signale les nombreux restes de colonnes, sont prescrits par Vitruve sur les deux grands côtés de l'édifice : l'un doit être simple, l'autre, celui tourné vers l'Ouest, doit être double. Il est à remarquer que, sur l'emplacement du second, on a retrouvé plus de colonnes que sur celui du premier. Des traces rouges sur le mur IJ, du côté de l'intérieur, rue de Pontillac , et d'autres sur la face nord de la porte principale G, proviennent de l'incendie des charpentes de ces portiques. Vitruve'*' nous parie des portiques du stade de Tralles, voisin du théâtre'^'. Le «stade* Palatin

''I /li(f.,chap. ix. D'une fa^oD générale, thé&tre de Ootigga( Tunisie) indiqaecfa'iin

on rencontre 1« pins aoavent de vastes portiqne, des xystes et nn gymnase étaient

promenades avec portiqnes au voisinage annexés an tbéAtre de cette cité, des théâtres. Pour ne citer qae les plus <*' Une inscription du Corp. iiuer. lat,,

cabres, nons mentionnerons cdies du lll, -ji^G aigatie \a ceUacaldariagymnasii

théAtre de Dionysos i Athènes et celles Trallianoram nmrmoribns exornata. Des

des thëAtres de Rome. Une inscription du thermes faisaient donc partie du gymnase.

à Rome en possède aussi , de même que le gymnase de Mes-

sene ''

mJÉ%..,.M.,

Fig. 3. — Stii>e Pautw.

Vue dei lystes et des jardins omëi de fonlaine), avec le itadiam nu fond. Sur les c6tës sont (es

portiqnei qui bordent les murs . très âevés. Le p«rûl^liiun n'est visible que sur le plan.

Le « mur antique avec arcades de même construction que le mur du cirque ■ , signalé par Caristie à l'Est et figuré par nous en C, doit limiter les thermes annexés au peristyliam, comme le conseille Vitruve.

'" Dictionnaire des antiquités grecques et artitJe Pidatium, 6g. 5&bb; article •Sloromaines, artide Gymnasiam, fi^. 3669; £itm, fïg, 6&6i.

16 ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. [216] Le dallage de l'hémicyde, l'absence de porte monumentale en son milieu , lexisteDce des murs qui le barrent en travers sont expliqués par une disposition spéci^e de cette partie, que Vitruve appelle stadiumt et que les archéologues désignent dans les stades par le mot (ripevSàvrt : c'est en quelque sorte son aménagement en théâtre, qu'une scène moii/e peut itendre indépendant et utilisable comme Odéon ou comme salle de spectacle et de réunion. Avant la restauration du stade d'Athènes'*', on y remarquait dans l'hémicycle des constructions basses, dont les gradins étaient isolés des autres par un mur. Des dispositions analogues se voient aux stades d'Aphrodisias, d'Éphèse, d'Iassus,dePergé, etc.; à celui d'Aizani , l'hémicycle devient un vrai théâtre. Ces substructions existent aussi au «stade» Palatin, et mieux encore au gymnase de Syracuse '''. Ces deux derniers exemples sont particulièrement instructifs pour le monument que nous étudions.

EnGn la hauteur des murs extérieurs qui dépasse 16 mètres, et qui serait inexpUcable pour un cirque ou un stade, est fréquente pour les espaces clos aménagés en jardins : le • stade ■ Palatin nous en fournit un exemple [fig. 3) ainsi que l'enceinte dite du • Pœcile ■ à la ^^la d'Hadrien ^\

''' Didioiiuaire des antiqailèt grecques et ronuùius, fig. 6563.

''' On remirqne an gymnase de Syractue une corniche k denliculea et tétei de lion provenant sani doute dei portiques de* xjstes. On • retrouvé la mime an^ni' nase d'Orange.

(*) Le bàUment du • Pœcile • de la Villa d'Hadrien fait penser à la partie centrale d'nn gymnase par bien des points : sa lon-

gueur extrême de aSa métrés satisfait amplement an exigences de Vitrnve pour les systes; son aire est assa large pom- y disposer des Jartlins où on remarque des restes de bassin. Le portiqne da périmètre est ùmple sar trois càtés , et dooble sor le quatrième. If se rdie i des thermes, à un stade et à un édifice raligieui. Noos allons retrouver plus loin ces mêmes dispoùtions pour Orange.

Dans ce qui précède, nous venons de démontrer que l'édifice d'Orange n'est ni un cirque ni un stade, mais bien certainement UD gymnase. Examinons maintenant ses dispositions.

- ..- jï ,- . - ^^— .— r:S^^^

Fig. j. — Gymnase de Syiacusb.

Vue du jladiiini. La scène est très btsse, sans poiticeniiun. Le mur da pidpitnm tttorné de niches. Les parties haute*, en bois et mobiles, ont disparu; les gradins enveloppent la scène. Au fond un de* i^fsleg.

Remarquons tout d'ahordque ce type d'édifices esL intermédiaire entre les gymnases grecs et les grands thermes romains : dans les gymnases grecs, le peristyîium de Vitruve est représenté par la palestre, entourée de bâtiments fort simples, où les bains n'ont qu'une place très secondaire. En revanche, les xystes ont toute leur ampleur ainsi que le stade''^. Dans les

'') Par eiem[de à Olympie où le stade est îndépendaat et ùtné de l'autre cAté de rAllù.

18 ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. [218] gymnases romains, les dépendances du peristyliam se développent, surtout pour les bains, alors que le stade, au contraire, diminue d'importance.

Mais leur disposition, telle qu'elle est décrite par Vitnive, donne des édifices tout en longueur (comme à Orange et au • stade» Palatin), édifices dont les éléments sont, par suite, trop distants les uns des autres, et qui exigent un terrain immense. On chercha donc h y remédier.

Le gymnase de Syracuse présente une transformation très, typique : les xystes ne sont plus à la file du stadium , mais sur le côté de celui-ci, de sorte qu'ils l'enveloppent. L'édifice se raccourcit d'autant et s'élar^t; le plan se groupe mieux [fig. â). Le gymnase de Messène, plus ancien, présente une autre solution du même problème : le stade, tout en étant placé à l'extrémité des xystes, est pris dans la cour de la palestre ou péristyle; l'édifice est ainsi raccourci de toute la longueur de ce stade- Dans les grands thermes romains, comme ceux de Garacalla ou de Dioclétien, le problème, complètement remanié, atteint la solution parfaite : les bains et les dépendances acquièrent une ampleur magnifique et sont placés au centre; le stade et les xystes les enveloppent et les encadrent. On obtient ainsi des emplacements considérables, avec un plan ramassé sur luimême qui n'est nï démesuré ni disproportionné.

Les gymnases grecs sont fort anciens : ces édifices commençaient à tomber en défaveur à l'époque où écrivait Vilruve. Les grands thermes apparaissent tout à la fin du premier siècle av. J.-C. et atteignent bientôt leur apogée. Cela confirme notre hypothèse sur la date du gymnase d'Orange que nous plaçons peu de temps après la fondation de la colonie.

D'une façon générale , ce qui frappe le plus dans l'examen de cet édifice , c'est l'exactitude parfaite avec laquelle les pres-

criptions de Vitruve ont été observées. Cela permet, en s'aidant de certains vestiges conservés, ou en se reportant aux notes de Caristie, relatives aux parties disparues depuis la publication de son ouvrage, de se faire une idée tout à fait précise de ce grand monument.

Vitruve divise un gymnase en trois parties: i" Péristyle (palestre) et bains; 2" Xystes etjardins; S" Stade. Cette dernière division n'a qu'une similitude de nom avec les stades grecs : elle ne correspond plus qu'à leur sphenioné.

Examinons dans cet ordre les différents éléments du gymnase d'Orange, sur notre plan d'état actuel.

En A nous avons une partie d'exèdre, avec l'amorce du mur Nord; en 6B' la largeur du portique Sud donnant en B son alignement vers la cour centrsJe et en B' le mur séparant le péristyle des xystes. Cela nous permet de déterminer par symétrie le portique Nord avec une deuxième exèdre et l'emplacement probable de l'entrée. Le prolongement des xystes nous précise le portique Ouest qui est simple, et le portique Est qui est double. L'espace compris entre ce dernier et le mur C était occupé par les bains; le groupement prescrit par Vitruve fait supposer que le mur C appartenait aujrigidarium. Le périmètre des |x>rtiques est bien de deux stades. Le seul point sur lequel les règles ne sont pas observées est celui de l'orientation du portique double, qui regarde l'Ouest au lieu du Sud. Mais cela tient évidemment au terrible vent du Midi, si fréquent en Provence. On sait que Vitruve''' recommande instamment de tenir compte, pour l'établissement des cités et de leurs monuments, de l'orientation des vents régnants dont la violence est contraire à la santé.

''' ViTRDVB, livre 1, cbap. xi.

20 ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. [220] Les bâtiments centraux sont déterminés à l'Ouest par le mur IJ, qui nous donne ta limite occidentale et la dimension des travées. Du côté de TEst, nous avons en DE la fondation du mur extérieur, auquel s'accole en H un escalier'*', pour atteindre les terrasses des portiques. Cet escalier avait vraisemblablement son symétrique en H'. En FG sont les fondations de la rangée intérieure de colonnes. Le prolongement du stade indique l'alignement des colonnes en bordure de la cour. Cela nous permet, par symétrie , de déterminer te portique de l'Ouest puis celui du Nord. Celui de l'Ouest contient un xyste couvert. En bordure de ceux de l'Est et de l'Ouest, à ciel ouvert, sont les xystes découverts. La longueur de ces xystes est ici de 202 mètres environ. Au gymnase d'Olympie, pour le portique double elle est de 210 m. 5o.

Au milieu se placent les plantations d'arbres, probablement des platanes'^', avec des fontaines. L'égout qu'on voit encore dans une cave de la Sous-Préfecture, ainsi que celui coulant dans le portique HE vers le Sud M, sont peut-être leur décharge d'eau. Le « stade » Palatin possédait aussi des fontaines et nous î^vons rappelé qu'il existe un bassin au centre du Poecile dans la Villa d'Hadrien. Si le « stade » Palatin s'écarte à certains points de vue des règles de Vitruve , cela tient à ce qu'il n'était pas public et aussi à ce que le terrain y était très limité. Les allées desjardins situés entre les xystes comportaient des ronds-points , et des sièges. Elles étaient ornées d' œuvres d'art, de statues d'athlètes, de donateurs, de dieux protecteurs tels qu'Apollon, Eros, Esculape, Hercule, Mercure, les Muses et plus tard

'" On peut te faire une idée de ces minlMn on chaires i prêcher, noUmment vastes portiqnei munis d'escaliers en les celles do Caire ou de Kaironau. comparantà certaines mosquées avec leurs '*> ViTRure, UvTe V, chap. \i.

AntÏDoûs divinisé. Certains personnages obtenaient, comme un honneur insigne, le droit d'y être ensevelis.

La porte monumentale de TEst G, dans Taxe du portique du théâtre, donne accès à un passage dallé qui prend naissance en cet endroit et traverse Tédifice , conduisant vraisemblablement à une autre porte semblable G'. Ce passage , s'ajoutant aux nombreuses portes du bâtiment central, permettait aux habitants de circuler facilement, de sorte' que le gymnase, malgré ses 4oo mètres de long, ne coupait pas la ville.

Le stade était disposé comme la sphendoné des stades grecs. Son plan en forme de U est le même qu'aux gymnases de Messène et de Syracuse. Les salles ménagées sous les gradins de K à L servaient peut-être de ckoragia lorsqu'on faisait usage de la scène OPQ. Les gradins, d'après la mesure de ceux du théâtre, devaient être au nombre de six'^\ plus un gradin d'honneur.

Nous avons dit que, si l'on trace en entier le cercle intérieur du stade, on voit qu'il est sensiblement tangent au passage dallé GG'. Cela montre une fois de plus le caractère grec de cet édifice. En effet, les sphendonés de plusieurs stades comportent sur le sol un cercle complet; par exemple le stade d'Athènes avant sa restauration'''' et celui d'Aphrodisias'^'.

Le massif , les murs P , Q sont les substructions de la scène mobile en bois. En O, on pouvait dresser un postscenium, en P le plancher, Q servant de mur du pulpitum. En ce cas, la totalité des gradins n'était pas employée, car ceux de K à L " n'avaient pas de vue. C'est pour ce motif que ces derniers étaient peut-être en bois; du moins il est permis de le supposer.

''' On en compte un à la sphendoné du ''' Ch. Teubr, Description de FAiie

stade de Delphes. mineare. Paris, i8jg, In fol., vol. III,

' DiclîoTutaire i^t aaliqnilés grecqaet et [j. ib-j. romaiRU, article Sladium, fig. 6563.

22 ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. [222] Mais, en d'autres circonstances, notamment pour les luttes d'athlètes auxquelles Vitruve réserve ce stade, ou pour des conférences ou des concerts, la partie OPQ n'était qu'une vaste plate-forme vue de partout.

Il est à remarquer qu'au gymnase de Syracuse le mur du pulpitum est décoré de trois niches circulaires, alors qu'à celui du stade d'Orange (comme au théâtre adjacent) ces niches n'existent pas, ce qui est encore un signe de l'influence grecque.

Entre le massif et le passage dallé GG', se trouve un espace non dallé S. C'était probablement une piste de jeux : boules^ disque, javelot, paume, saut, etc.

Le temple, bâti dans l'axe du gymnase et relié au stade par un double escalier, ne présente pas une disposition exceptionnelle : tous les gymnases avaient des sanctuaires qui étaient parfois considérables. Les divinités qu'on y rencontre le plus souvent sont Apollon, Hercule et Mercure*'^

En terminant cette note sur le gymnase d'Orange, nous ferons remarquer que ce monument est uniijue en Gaule'*' et que ses similaires sont très rares dans tout l'empire romain. Il présente donc un intérêt exceptionnel; il est au moins aussi précieux que son voisin le théâtre, avec lequel il constitue l'un

'') Dictionnaire det aniiquitét grecques et les derniers vestiges fiu«at détruits à la

romaines, article Gymnannm, II, p. 1691. fin dn xix' ùède (cf. H. Baun. fitmes

'*> n se pourrait cependant qœ lemo- gt^ô-romain, i8gi, p. iio). Hais on ne

Doment qui précéda te drqae de ^^enne possède aucune donnée prédse sur ces

(Itère) [BiEOT, DécoBverle (Tuit cirque an- deux édifices. Cependant une inscription

tique à Vienne, eitrait du BnB. de ktSoc. mutilée, découverte en 1810, dans l'am-

acad. d'arckit. de I^fon; aoùt-nov. 1910 phithé&tre de Nlmee, Btentionne l'eiîs-

Annexe, p. 3o ] ait été aussi un gymnase. tence d'un xyste dans cette ville i l'époque

On peut faire une semblable hypothèse d'Auguste et par conséquent celle d'un

pour le prétendu cirque de Nimes dont gymnase, Corp. intcr, lat., XII, 3i55.

des pïas beaux ensembles monumentaux qui existent : tous ses éléments essentiels sont conservés et il date de la medleure époque.

Actuellement, on pourrait facilement déblayer la partie antérieure du temple, puis exproprier les masurea qui encombrent le stade et le dégager. Pour les théâtres d'Aries et d'Orange, ainsi que pour les amphitiiéâtres d'Aries et de Nîmes, on a fait un eflFort bien plus grand. Il serait désirable qu'on puisse agir en temps utile, avant de nouvelles destructions des parties encore conseiTées, et avant la création de constructions neuves.

Il est nécessaire de rappeler à ce propos que la portion du temple dégagée en 1911, par le hasard de travaux d'édilité, n'a pu être conservée; elle a été recouverte de béton sur lequel on a établi les réservoirs d'eau de la ville. Nous n'avons pas besoin d'ajouter combien cet événement est regrettable à tous les points de vue.

24 ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BEtUS-LETTBES. [224]

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