‹ Le prétexte; comédie en un acte, en proseChapitre 20 sur 25 · SCENE DIXIÈME · texte numérisé non relu

SCENE DIXIÈME

DES RIEUX

C'est vrai, c'est vrai...

MADAME DE LORANCEL.

Eh bien ! c'est là l'image du bonheur dans le mariage. Il est fait de milliers de petits soins, de petites prévenances, de petits dévouements, de petites joies, de petites tristesses ; hélas ! aussi de grandes douleurs, partagées en commun, et tout cela rattaché, réuni, relié ensemble par deux ouvriers habiles qui sont le mari et la femme !

DES RIEUX

Peut-être avez-vous raison !

MADAME DE LORANCEL.

Vous appelez cela faire de la mosaïque... J'appelle cela faire le bonheur et l'honneur du mariage!

DES RIEUX

Vous finiriez par me convaincre.

MADAME DE LORANCEL.

Non, mais je suis furieuse quand je vois un homme d'esprit... et de cœur au besoin... se faire l'écho de toutes ces billevesées sur le mariai^e!... (Se levant.) Là, ma conférence est terminée. Mais nous voici bien loin de l'achat de l'hôtel. Voulez-vous y revenir et me permettre de visiter votre immeuble, comme disent les notaires?

Elle se dirige du côté de la fenêtre, et regarde dans la rue.

Je suis à vos ordres, madame! (Bas.) Quelle adorable créature! Et fine, et intelligente, et distinguée!

MADAME DE LORANCEL, bas.

Ce d'Ormusson qui ne s'en va pas, je le déteste! (Elle se

regarde dans le miroir accroché près de la fenêtre.) — (Haut.) Ah!

mon Dieu !

DES RIEUX

Quoi donc?

MADAME DE LORANCEL.

Ea plume dn mon chapeau p.st défaite... Allons, il faut

que je l'ùte à présent!... (Elle défait les brides puis, regardant des Rioux, elle les renoue aussitôt.) Mais non, C'est impossi-

l)le ..

DES RIEL'X, l'invitant A ftter son chapeau.

Je VOUS en prie, madame.

MADAME DE LORANCEL, se décidant à l'enlever.

Je suis confuse, mais vraiment je ne pouvais aller ainsi dans la rue.

DES RI EUX, admirant les cheveux de madame de Lorancel.

Oh! splenJides!

MADAME DE LORANCEL, riant.

Je vous en supplie... Trêve de compliments faciles et obligatoires ! Ne vou.s faites pas l'écho banal de ce que me dit tous les jours mon miroir !

DES RIErX.

Mais, madame...

MADAME DE LORANCEL.

Vous n'auriez pas une ou deux épingles à me prêter?... Ce serait invraisemblable qu il n'y en eût pas ici!

DES RI EUX, cherchant de tous les côtés.

C'est une fatalité : je n'en trouve pas ! (ii sonne. — a Jean qui paraît.) Allcz Chercher des épingles!

JEAN, prenant une épingle au revers de son habit, et la remettant à des Rieux.

En voici, monsieur! (Ras.) Je sais tout prévoir!

MADAME DE LORANCEL, assise sur le canapé, et rattachant la

plume de son chapeau.

Ah ! je me suis piquée !

DES RIEUX

Permettez qu'avec votre mouchoir! (ii prend le mouchoir

de madame de Lorancel qu'elle avait laissé sur la table.) Ce Croissant et cette flèche brodés au coin?

MADAME DE LORANCEL.

C'est mon chiffre... je m'appelle Diane... Vous com-

Page 1