‹ Le prétexte; comédie en un acte, en proseChapitre 21 sur 25 · SCÈNE DIXIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE DIXIÈME

prenez l'apologue... (Des Rieux s'asseoit sur un tabouret, en face de madame de Lorancel.) Que regai'deZ-VOUS donC?

Cette bague attachée à votre chaîne... Elle paraît très curieuse!

MADAME DE LORANCEL.

Très curieuse, en eflet, et elle a son histoire. Voulezvous l'examiner de plus près ? (Elle tend la bague qu'elle détache de la chaîne. Bas.) Si c'est lui, il doit pourtant reconnaître sa bague !

DES RIEUX, examinant la bague, et à part.

On jurerait que c'est ma propre bague !

MADAME DE LORANCEL, bas.

Cette émotion... ce trouble... Ah! je saurai bien!

DES RIEUX

Un bijou de famille?

MADAME DE LOUANCEL.

Une relique de quelqu'un qui n'est plus...

DES RIEUX

Pardonnez-moi, madame, d'avoir éveillé un souvenir douloureux !

MADAME DE LORANCEL.

Douloureux, en effet!... C'était pendant la dernière insurrection en Algérie, il y a déjà cinq ans. Mon père était propriétaire de forêts de chènes-liège dans la province de Constantine. Devant les progrès des Arabes, nous quittâmes un jour la maison, sous l'escorte de guides dévoués. Le soir, nous nous arrêtions dans une auberge située entre Alibou et Sétif.

DES RIEUX, très ému.

Près de Sétif!

Et dans cette auberge, nous trouvions un jeune lieute-

nant de chasseurs blessé à mort, qui avait été recueilli

par des colons ot qui gisait sans secours et sans soin.

DES IIIELX.

Je me souviens!

MADAME DE LORANCEL.

Je le soignai.

DES RIEUX

Oui... oui !,..

MADAME DE LORANCEL.

Et je lui demandai s'il n'avait rien à faire dii'e chez lui... là-bas... Il souleva péniblement sa main et me montrant d'un regard enfiévré la bague qu'il avait au doigt : « Maman ! » murmura-t-il. C'était le dernier adieu du fils à la mère. Je retirai la bague de son doigt... a Son nom, lui dis-je, sa demeure?» Il fit un effort convulsit' pour répondre, mais un flot de sang lui monta à la gorge... Il perdit connaissance... Nous fûmes forcés de continuer en

hâte notre triste voyage. (Elle se lève, regardant fixement des

Rieux.) Ce soldat expirant, je le vois toujours devant moi, toujours !

DES RIEUX

Oh ! madame ! madame !

Comme vous me regardez ! Avez-vous connu ce pauvre officier?...

DES RIEUX

Oui! (il va chercher dans le bahut un mouchoir qu'il présente à madame de Lorancel.) Le VOici, CC mouclioir aVCC lequel VOUS

avez enveloppé sa blessure, et qui porte le croissant et les flèches de Diane.

MADAME DE LORANCEL.

Mon mouchoir!...

DES RIEUX

Le malheureux blessé m'a dit tout le charme divin de la jeune vierge qui console et qui prie, la goutte de rosée

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