SCÈNE DIXIF.ME
tombée de vos yeux sur ses lèvres desséchées par la souffrance ; il m'a dit qu'il vous aimait, qu'il vous adorait, et qu'il mourait de ne plus vous voir !
MADAME DE LORANCEL, tendrement.
Non, il n'est pas mort !
DES RIEUX
Madame !
MADAME DE LORANCEL.
11 vit... et c'est vous!
DES RIEUX
Moi !
Oui... vos yeux, à défaut de votre voix, vous dénoncent.
DES RIEUX
Mes yeux!
MADAME DE LORANCEL.
Ce sont bien ces yeux-là brûlés autrefois par la fièvre... comme ils le sont encore aujourd'hui. Ne niez pas... !
DES RIEUX, tombant accablé d'émotion sur la chaise près de la
table.
Eh bien! oui, je suis l'homme que vous avez sauvé, l'homme qui vous aime et n'a jamais aimé que vous... Oui, vous êtes bien la pure apparition dont j'ai toujoui's gardé le vivant souvenir !
MADAME DE LORANCEL, bas.
Enfin, il pleure! Ah! je suis bien heureuse!... (iiaut.) Ah! mon ami... mon ami...
DES RIEUX
Pourquoi ne vous ai-je pas dit tout de suite qui j'étais?... .l'avais tenu des propos si outrageants, si bêtes, si indignes de vous!... J'avais eu à votre arrivée une attitude si indigne d'un galant homme! Pardonnez-moi, mon idole perdue et reti-onvée, mon ange gardien!
MADAME DE LOKANCEL, lui tendant les mains.
Je n'ai rien h vous pardonner. Et pourtant voici la seconde fois que nous nous rencontrons et que vous faites couler mes larmes.
Je les bénis, ces larmes saintes, car elles lavent mes fautes. Laissez-moi votre main, ma bien-aimée. (iiiui passe la bague au doigt.) Reprenez cette bague, elle est à vous depuis longtemps, et ne saurait être portée plus dignement... C'est la bague des fiançailles.
MADAME DE I.ORANCEL.
Ma chère bague! N'est-elle pas l'anneau mystérieux qui nous a ramenés l'un vers l'autre...?