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Le prêtre dans la littérature du XIXe siècle

L'excellente revue le Recrutement sacerdotal a cru devoir, à plusieurs reprises déjà, notamment en juin et décembre 1901, appeler l'attention de ses lecteurs sur a le tort que fait à l'Œuvre des vocations sacerdotales « la littérature impie ou mondaine » et sur « la nécessité d'atténuer par des réfutations incessantes » le mal immense qui résulte, pour le prêtre, pour son ministère surnaturel et divin, des idées fausses, des calomnies stupides ou perfides, que répandent dans tous les milieux nos romanciers et nos dramaturges contemporains.

Combien de personnes, en effet, dans les villes et même aujourd'hui dans les campagnes, qui ont le mépris, la haine, l'horreur du prêtre, sans autre raison plausible que le rôle absurde, ridicule ou odieux, qu'ils ont vu jouer par les ministres de l'Église dans les romans et les pièces à la mode ? Les dires et les théories les plus étranges sur cette vie sacerdotale, qu'ignorent totalement les feuilletonistes et les auteurs de drames modernes, sont acceptés presque partout comme paroles d'Évangile, et le moindre inconvénient qui en découle pour le prêtre, c'est de passer pour un Tartuffe, un Basile, un Rodin, un satyre ensoutané, comme l'abbé Jules d'Octave Mirbeau.

Il faut donc protester énergiquement contre les sectaires, qui,

(1) Voir Georges Pellissier dans la Revue des Revues, 1899 : Le Prêtre dans le roman français contemporain ; — Jules Lemaitre : Les Contemporains, vi et vu : Lamartine, Coppèe, etc. ; — Brunetière : Le Roman naturaliste >,;— Edmond Biré : Honoré de Balzac, 1897 ; Alfred Nettement, 1901 ; — Paul Franche : Le Prêtre dans le roman, 1902. — L'étude qu'on va lire est d'une composition antérieure à celle de M. l'abbé Franche, quoique je n'y ai mis la dernière main que dans ces derniers temps, comme on le verra. Elle est, d'ailleurs, plus large et plus étendue, puisqu'elle parle du théâtre et de ta poésie, aussi bien que du roman, où le prêtre joue un rôle.

sous prétexte « d'analyse expérimentale », de « documentation humaine », présentent comme un écho de la réalité les pires inventions de leur cerveau et de leur imagination haineuse. Il faut protester d'autant plus vigoureusement que ces publications malsaines a se multiplient, se propagent, s'introduisent, à la faveur de quelque valeur littéraire, jusqu'en des foyers honnêtes et vaguement chrétiens, et y tuent en germe toute vocation sacerdotale ».

Le prêtre dans notre ancienne littérature.

Sans doute, c'est une vieille habitude, gauloise et française, de fronder le clergé, les moines et les curés, parfois même les évêques, et le lioman de Henart, le Roman de la liosc, les Fabliaux, les Farces, les Moralités et les Soties, contiennent contre les ministres de l'Eglise des satires violentes, licencieuses, ordurières. — Mais on se faisait alors de la perfection ecclésiastique un très haut idéal, auquel la réalité n'était pas toujours conforme ; de là, des critiques extrêmement âpres et mordantes contre ceux qui

Affublaient leur renardie Du manteau de papelardie.

D'ailleurs, ces critiques n'étaient aucunement inspirées par l'irréligion,ou par une hostilité générale contre le clergé (1), puisqu'elles avaient le plus souvent pour objet de réformer les abus existants et pour auteurs des membres du clergé séculier ou régulier, comme Pierre de Saint-Cloud et le clerc de Troyes, auteurs du vieux Henart et de Henart le Contrefait, comme Jean de Meung, Clopinel, auteur de la seconde partie du lioman delà Rose.

Les Fabliaux sont cyniques et orduriers, beaucoup plus qu'impies ou irréligieux.

Dans le Roman de Renart, on sait que Bernart, l'âne, est archiprêtre. Priraaut, le loup, ivre, revêt l'étole et chante l'office à tuetête. Rosnel, le mâtin, machine un miracle pour ressuscite.- au bon moment et happer le parjure. Tout le service funèbre de Renart,

(1) Seuls, les Albigeois, au xme siècle, faisaient aux prêtres une guerre acharnée et allaient jusqu à les enterrer vivants.

qui d'ailleurs n'est pas mort, passe sous nos yeux, chant des matines, messe, oraison funèbre par Bernart l'archiprêtre, qui la termine en polissonnerie. Ailleurs, Musart, le chameau, légat du Pape, prononce une harangue burlesque. Mais c'est de la farce grossière, et non pas de la satire haineuse.

De même, dans la seconde partie du Roman de la Rose, Jean de Meung, s? terrible pour les moines mendiants, Jacobins et Cordeliers, qui se substituaient dans le ministère paroissial aux curés, désertés et affamés, et montaient en intrus dans les chaires de l'Université, admet et loue les Templiers, l'Hôpital, les chanoines de Saint-Augustin et l'Ordre de Saint-Benoit, si antique et si vénéré.

Les Farces, il est vrai, sont plus méchantes contre les gens d'Eglise, clercs et moines, auxquels elles prêtent un rôle immoral, surtout la tarée du frère Guillebert, la Farce des Brus, première ébauche de Tartuffe. Mais ces Farces sont du xve siècle, du bas Moyen âge, et la Farce des théologastres contre la Soi bonne, que doit guérir le Mercure d'Allemagne, date de 1523.

Ce n'est qu'au xvi6 siècle, avec les Soties dirigées contre le Pape Jules II (1), avec Calvin et les Calvinistes, beaucoup plus qu'avec Rabelais et son épopée bouffonne, — où sont, pourtant, si étrangement caricaturés les cagots, matagots, moinegaux, prêtregaux, évesgaux, cardingaux, papegaux et autres habitants de l'isle sonnante, — que la satire contre le clergé devient antireligieuse et sectaire, jusqu'à provoquer contrôles prêtres des violences aussi cruelles, aussi sanglantes que celles qui avaient marqué le triomphe des Albigeois : conséquence regrettable, mais fatale, de livres comme le Cymbalum mundi de Bonaventure des Périers, de la Farce des théologastres, de Y Apologie pour Hérodote d'Henri Etienne, des Aventures du baron de Féncsle, d'autres pamphlets analysés par Lenient dans la Satire au XVIe siècle, avec les Proses contre les Ligueurs et la Satyre Ménippéc, si dure pour l'archevêque de Lyon, d'Epinac, pour le Légat du Pape et autres ecclésiastiques ou prélats.

Le xvne siècle se vit imposer la retenue et la décence par HeniilV d'abord, puis par Richelieu et Louis XIV. Le sort de Théophile de

(1) il y a la Sotie du prince des Sots, par Gringore, le Vieux Monde et le Nouveau Monde, par Jean Bouchet. Mère Eglise paraît costumée en Mère sotte et Père saint, le Pape, est odieusement caricaturé.

Viau rendit sages les « libertins ». Le Tartuffe ne put être joué avec le « petit collet » des gens d'Eglise. Seul, La Fontaine, dans ses Contes crapuleux, qui déplaisaient à Louis XIV et dont l'auteur devait faire pénitence sous le cilice, prenait plaisir à mettre en scène licencieusement curés, moines et « nonnains », comme il appelle les religieuses.

Le philosophisme et l'Encyclopédie, qui avaient pour devise : « Ecrasons l'infâme! » jetèrent à pleines mains le ridicule, le sarcasme et l'ordure sur les prêtres, les religieux et les religieuses. Il suffît de rappeler les romans et les Contes de Voltaire, le livre immonde de Diderot, la Religieuse, et la Profession de foi du Vicaire savoyard, où Rousseau a si étrangement calomnié un prêtre dont il se disait l'ami. Tout le monde sait quelles furent les conséquences de ces diatribes forcenées contre les apôtres du « fanatisme » : la Révolution cria d'abord : « Les curés à la lanterne ! » Puis, elle proscrivit tous les membres du clergé séculier et régulier; elle les massacra aux Carmes, à l'Abbaye, à Saint-Firmin ; elle les envoya à l'échafaud « regarder dans la lucarne », « éternuer dans le sac », comme parlaient « les tricoteuses de Robespierre ».ElIe en vint, après le 18 fructidor, à les faire périr à Cayenne, sur les pontons de l'Ile de Ré, par « la guillotine sèche », qui fit plus de victimes que la guillotine sanglante: 20 à 25.000 ! Les auteurs responsables de ces crimes, ce n'étaient pas seulement les scélérats qui les commettaient ; c'étaient encore tous les écrivains de « la tourbe philosophesque », qui avaient excité des haines féroces contre le clergé séculier et régulier.

Le xix8 siècle, inauguré par le grand acte réparateur du Concordat, 15 juillet 1801-18 avril 1802, n'a pas connu de telles horreurs, quoique, sous la Restauration, on ait maintes fois crié : a A bas les Jésuites, les Jésuitesses ! » quoique le sac de l'archevêché de Paris ait douloureusement marqué le régime de Juillet, en 1831; quoique les journées de juin 1848 aient vu couler le sang généreux de Mgr Affre ; quoiqu'enfin la Commune de 1871 ait impitoyablement fusillé les otages, Mgr Darboy, l'abbé Deguerrey, cinq Jésuites, quatre Dominicains et l'abbé Paul Seigneret.Si,à l'heure actuelle, il n'y a pas d'émeute où l'on ne crie : a A bas la calotte ! Conspuez la calotte ! hou ! hou ! » c'est, sans doute, la faute au Gouvernement

lp: PRÊTRE DANS LA LITTERATURE DU XIX SU 7

maçonnique dont nous sommes affligés et dont les lois, comme les sentiments bien connus, excitent à la persécution religieuse ; mais c'est aussi la faute à tous « les malfaiteurs de plume », qui, dans leurs feuilletons, leurs romans ou leurs drames, décadents et grossiers, dénaturent sans vergogne la vie, les sentiments, les mœurs du clergé français, « le premier du monde », de l'aveu de tous les observateurs impartiaux. Il faut donc flétrir ces malfaiteurs. »'

C'est un chapitre de l'histoire littéraire du xixe siècle qu'il s'agit d'écrire, en passant en revue les principaux ouvrages qui ont mis des prêtres en scène. Un verra que la lecture de la plupart d'entre eux peut être plus ou moins pernicieuse pour les âmes, aussi bien que pour les vocations ecclésiastiques et le recrutement sacerdotal.

Le prêtre dans la littérature au début du XIXe siècle: Atala. — Les Martyrs.

Le xixe siècle venait à peine de naître, lorsque, en avril 1801, parut Atala, cette pathétique élégie qui précéda le Génie du Christianisme, « comme un ballon d'essai lancé par précaution pour interroger les vents et pressentir les courants de l'atmosphère ». On sait que les applaudissements enthousiastes des femmes, des jeunes gens, des critiques, sauf l'abbé Morellet et la Décade, accueillirent cette œuvre de poète, en qui toute une génération saluait l'aurore d'une renaissance merveilleuse. Elisa Bacciochi, la sœur aînée du Premier Consul, lui présenta le petit volume : a Encore un roman en A, dit-il brusquement. J'ai vraiment bien le temps de lire toutes vos niaiseries ! » Il lut cependant Atala, dont l'auteur conquit son estime.

Sans doute, c'était une étrange prétention, qui peint bien Chateaubriand et son époque, que celle de faire servir à l'apologie du christianisme une aventure d'amour, une élégie passionnée et voluptueuse, comme celle qui nous peint le Natchez Chactas, fait prisonnier par les Muscogulges, destiné à mourir sur un bûcher et sauvé par une jeune Indienne, Atala, devenue amoureuse de lui. Tous deux s'enfoncent dans le désert, arrivent à la mission du P. Aubry, qui va les marier, lorsque Atala s'empoisonne : chrétienne et vouée

par sa mère à la virginité, elle n'a cru pouvoir ni violer ce vœu ni sacrifier son amour.

Malgré bien des invraisemblances et le danger que présentent toujours, sous la plume du « magicien », de «l'enchanteur » qu'est Chateaubriand, les descriptions passionnées d'Atala, ce livre fait époque et marque une date de l'histoire littéraire: il inaugure la réhabilitation du sentiment religieux et du prêtre catholique dans notre littérature.

Quelle dramatique et ravissante apparition que celle du saint missionnaire au plus fort de la tempête qui gronde, terrible et menaçante, sur Ghactas et Atala, prêts à succomber à leur passion ! a Tout à coup un impétueux éclair, suivi d'un éclat de la foudre, sillonne l'épaisseur des ombres, remplit la forêt de soufre et de lumière, et brise un arbre à nos pieds. Nous fuyons. 0 surprise ! . . dans le silence qui succède nous entendons le son d'une cloche ! Tous deux, interdits, nous prêtons l'oreille à ce bruit, si étrange dans un désert. A l'instant, un chien aboie dans le lointain ; il approche, il redouble ses cris, il arrive, il hurle de joie à nos pieds ; un vieux solitaire portant une lanterne le suit à travers les ténèbres de la forêt. « La Providence soit bénie! » s'écria-t-il aussitôt qu'il nous aperçut. — « Ma fille, dit-il à Atala en la relevant de ses genoux où elle s'était jetée, nous sonnons ordinairement la cloche de la mission pendant la nuit et pendant les tempêtes, pour appeler les étrangers, et, à l'exemple de nos frères des Alpes et du Liban, nous avons appris à notre chien à découvrir les voyageurs égarés. » — « Mais sais-tu, lui dit Chactas, que je ne suis pas chrétien? » — « Jeune homme, répondit l'ermite, vous ai-je demandé votre religion ? Jésus-Christ n'a pas dit : Mon sang lavera celui-ci, et non celui-là. Il est mort pour le Juif et le Gentil, et il n'a vu dans tous les hommes que des frères et des infortunés. Ce que je fais ici pour vous est fort peu de chose, et vous trouveriez ailleurs bien d'autres secours ; mais la gloire n'en doit point retomber sur les prêtres. » Cette modestie couronne admirablement la charité évangélique, dont le P. Aubry est l'incarnation vivante.

Aussi voyez quelle impression il fait sur le jeune sauvage : « Il y a des justes dont la conscience est si tranquille, qu'on ne peut approcher d'eux sans participer à la paix qui s'exhale, pour ainsi

dire, de leur cœur et de leurs discours. A mesure que le solitaire parlait, je sentais les passions s'apaiser dans mon sein, et l'orage môme du ciel semblait s'éloigner à sa voix. . . Il se délournait souvent pour nous regarder, contemplant avec pitié nos malheurs et notre jeunesse. Un livre était suspendu à son cou ; il s'appuyait sur un bâton blanc. Sa taille était élevée; sa figure pâle et maigre ; sa physionomie, simple et sincère. II n'avait pas les traits morts et effacés de l'homme né sans passions ; on voyait que ses jours avaient été mauvais, et les rides de son front montraient les belles cicatrices des passions guéries par la vertu et par l'amour de Dieu et des hommes... Quand il nous parlait debout et immobile, sa longue barbe, ses yeux modestement baissés, le son affectueux de sa voix, tout en lui avait quelque chose de calme et de sublime. Quiconque a vu, comme moi, le Père Aubry cheminant seul avec un bâton et son bréviaire dans le désert, a une invincible idée du voyageur chrétien sur la terre. »

Ce qui achève d'idéaliser aux yeux de Chactas cette figure de missionnaire, c'est que le Père Aubry, mutilé par les sauvages, leur a rendu le bien pour le mal, en fondant une petite société, où règne la charité de l'Évangile. Et puis, il dit la sainte Messe au pied d'une grande croix, dans un décor splendide : « L'aurore, paraissant derrière les montagnes, enflammait l'orient. Tout était d'or et de rose dans la solitude. L'astre annoncé par tant de splendeur sortit enfin d'un abîme de lumière, et son premier rayon rencontra l'hostie consacrée, que le prêtre en ce moment même élevait dans les airs. 0 charme de la religion ! 0 magnificence du culte chrétien ! Pour sacrificateur un vieil ermite, pour autel un rocher, pour église un désert, pour assistance d'innocents sauvages ! Non, je ne doute point qu'au moment où nous nous prosternâmes, le grand mystère ne s'accomplit, et que Dieu ne descendit sur la terre; car je le sentais descendre dans mon cœur. »

De tels accents, au lendemain de la fête de la déesse Raison, des mascarades des théophilanthropes et des grossières injures des Jacobins contre « les hochets de la superstition et du fanatisme », devaient émouvoir et émurent profondément les âmes,

Après la messe du P. Aubry, il y a un baptême, un mariage en plein air, l'extrême-onction, la communion en viatique, les paroles du

missionnaire arrêtant les blasphèmes de la passion et jetant le baume des consolations divines sur les plaies profondes du cœur : tout cela parut aussi nouveau que poétique et touchant.

Le rôle du prêtre, si vilipendé par Voltaire et les Encyclopédistes, était magnifiquement relevé par l'auteur A'Alala. Aussi peut-on lui pardonner, au nom de ses intentions excellentes, d'avoir fait du P. Aubry, o l'homme des anciens jours, l'homme du rocher », qui n'a pas subi sans dommage les plaisanteries de la Décade et des philosophes sur son nez aquilin et sur sa longue barbe, qui avaient je ne sais quoi de « sublime (! !) dans leur quiétude (?) ». Toutefois, il faut savoir reconnaître, avec le P. Longhaye, Dix-neuvième siède, 1, p. 56, que le discours du P. Aubry à Cbactas qui blasphème, discours refait sur les avis de Fontanes et approuvé par lui dans sa forme actuelle, reste froid, peu habile, peu sacerdotal, et, çà et là, par endroits, bien voisin du ridicule. Fût-i! parfait, il ne combattrait que faiblement l'impression de l'ensemble impression plus voluptueuse que chrétienne (1).

Après Alain, qui formait en 1802 un livre du Génie du Christianisme, faut-il parler ici des Martyrs, 1809. poème ou roman composé pour « appuyer une théorie », comme le dit Chateaubriand luimême? « J'ai avancé dans un premier ouvrage, que la religion chrétienne me paraissait plus favorable que le paganisme au développement des caractères et au jeu des passions dans l'épopée ; j'ai dit encore que le merveilleux de cette religion pouvait peut-être lutter contre le merveilleux emprunté de la mythologie : ce sont ces opinions, plus ou moins combattues, que je cherche à appuyer par un exemple.- » — Outre qu'on ne fait pas une Iliade ou une Enéide, aà l'appui » d'une doctrine, l'opposition du « merveilleux » chrétien au « merveilleux » païen ne se soutient pas sans un continuel artifice, et on ne lutte point en prose avec Homère et Virgile. « C'est

(1) On ne parle que pour mémoire îu Père Souël, qui est loin d'être, dans lie né, le pendant du P. Aubry dans Atala. « D'un coeur compatissant », mais d'un caractère inflexible, il rappelle à l'ordre le vieux Chactas et le jeune René : ■< La so'itude est mauvaise à celui qui n'y vit pas avec Dieu : elle redouble les puissances de l'âme, en même temps qu'elle leur ôte tout sujet pour s'exercer. Quiconque a reçu des forces doit les consacrer au service de ses samblables; s'il les laisse inuliles, il en esl d'abord puni par une secrète misère, et tôt ou tard le ciel lui envoie un châtiment effroyable. »

comme si (Chateaubriand), dit M. Brunetière (1), avait fait la gageure d'assembler et de joindre ensemble, pour les fortifier les unes par les autres, toutes les raisons d'échouer. L'admirable, dans ces conditions, est que les Martyrs soient encore tout ce qu'ils sont », un merveilleux effort d'invention et de poésie, avec le très vif sentiment de l'antiquité, la peinture saisissante du monde païen et homérique, du monde chrétien, du monde grec et romain, du monde gaulois et druidique, du monde franc et barbare.

Rien de plus touchant que l'assemblée des fidèles à Rome, racontée par Eudore. L'évêque Cyrille et ses prêtres, qui assistent aux fiançailles d'Eudore et de Cymodocée, dans l'église bâtie « près du Lesché et non loin des tombeaux des rois Agides », réalisent à nos yeux la sublime simplicité de ce clergé catholique, dont la quatrième partie du Génie du Christianisme a glorifié les vertus. La pénitence publique d'Eudore et le pardon qui lui est accordé relèvent singulièrement la morale évangélique, la confession, la pénitence et le dogme de la rémission des péchés, si bafoués par la « philosophaillerie (2) » du xvme siècle.

Pourquoi faut-il que nous ayons à faire aux Martyrs les mêmes reproches qu'à Alala? Chateaubriand défend mal, par l'exemple d'Eueharis et de Télémaque, qui n'est pas du tout à imiter, l'épisode tant célébré de Velléda. Eudore s'accuse, sans doute, et se repent ; mais quel est le prêtre, le confesseur qui le laisserait s'attarder avec tant de complaisance sur des souvenirs dangereux et caresser du pinceau un récit, un tableau, qui ne ressemble en rien aux Confessions de saint Augustin? Le grand évêque indique en rougissant ses défaillances : il n'y insiste pas, et surtout il ne les poétise pas, comme le fait Chateaubriand, converti à la foi : « J'ai pleuré et j'ai cru », mais non pas à la pratique du christianisme, puisqu'il est indéniable (3), quoi qu'en disent le distingué M. l'abbé Beitrin, dans la Sincérité religieuse de Chateaubriand , et le P. Longhaye, dans son Dix-neuvième siècle, i, p. 73, que l'auteur des Martyrs avait porté en Orient et sur la tombe même du Christ

(1) Extraits de Chateaubriand.

(1) Le mot est de Chateaubriand, dans ses Mémoires d'outre-tombe. (3) Voir René Dournic, Etudes sur la littérature française, II, la Critique admirative. et Victor Giraud, Chateaubriand, Etud s littéraires, 1904.

une préoccupation fort peu chrétienne, celle d'un rendez-vous galant qui l'attendait au retour, en Espagne, à PAlhambra : la duchesse de Mouchy, plus coupable que l'antique Velléda, hantait beaucoup trop les souvenirs et l'imagination voluptueuse de Chateaubriand, même lorsqu'il écrivait la scène un peu trop romanesque et sensuelle du martyre d'Eudore et de Cymodocée.

Mais plût à Dieu que la littérature du xixe siècle, dont Chateaubriand était le grand initiateur, en « relevant la croix sur toutes les avenues de l'intelligence humaine où elle avait été abattue » et en renouvelant la poésie, l'histoire, l'éloquence, la critique, le roman, l'art tout entier, n'eût pas été plus loin que les scènes peu chrétiennes ou mal inspirées à'Atala et des Martyrs / Hélas ! nous avons bien d'autres reproches à lui adresser que ceux auxquels n'échappe pas Chateaubriand.

Le prêtre dans indrê Chénier, les premiers vers de Lamartine (1) et Alfred de Vigny.

En 1819, paraissaient les Poésies d'André Chénier, publiées par

Henri de La Touche, et qui, quoique incomplètes, révélaient aux

contemporains le plus grand poète du xvme siècle, le dernier de

nos classiques et la grande âme patriotique do l'infortunée victime

de la Terreur. « Athée avec délices », comme l'a dit Chénedollé,

l'auteur de ['Hermès disait dans son incrédulité tranquille :

Je ne veux point, couvert d'un funèbre linceul, Que les Pontifes saints autour de mon cercueil, Appelés aux accents de l'airain lent et sombre, /)." leur chant lamentable accompagnent mon ombre, El sous des murs sacrés aillent ensevelir Ma vie et ma dépouille et tout mon souvenir.

C'est là l'écho de tout le xviii* siècle impie et sectaire, quoique André Chénier soit très dur pour Voltaire et ses contemporains (2). Il y a, d'ailleurs, dans l'œuvre de Chénier, en dehors des ïambes, « une veine de sensualité », qui révèle « le pur païen » et même

(1) On nous pardonnera de couper en deux notre étude sur Lamartine, parce qu'il y a comme deux Lamartine : le poète chrétien des Méditations et des Harmonies, et le poète d'après 1830.

(2) Voir André Chénier d'après les dernières publications, par l'abbé Delmont. 1903.

l'épicurien ; l'auteur de IM/7 d'aimer, de VHermès, des Idylles, des Bucoliques, dos Elégies, dus Poèmes, des Hymnes, ne sent guère dans la nature, qu'il écrit avec un art à la fois antique et nouveau :

Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques, « que l'initiatrice de la volupté » :

L'amour aime hs champs et les champs l'ont vu naître.

Tout autre est Lamartine, notre « Chateaubriand en vers », dans les Méditations, 1820, les Nouvelles Méditations, 1823, et les Harmonies poétiques et religieuses, 1830. Je ne saurais souscrire aux sévérités qu'a pour ce grand poète le P. Longhaye, lorsqu'il dit dans son Dix-Neuvième Siècle, i, p. 388 : « Moins chrétienne assurément qu'elle ne pense et veut l'être, son inspiration s'en tient le plus souvent au Déisme ; nous lui en avons reconnu le droit, quand elle naît de la seule contemplation de la nature. Où ce Déisme devient fâcheux et capable de nuire, c'est quand il se dissimule inconsciemment sous une étiquette chrétienne ; quand, mêlé aux souvenirs d'une religion plus positive, il les défigure et les affadit. » — Qu'il y ait une « note voluptueuse » dans ces élégies enchanteresses, le Lac, le Premier regret; qu'ontrouve même des accents qui sonnent faux dans le Désespoir, l'Homme, Y Hymne du soir dans les Temples (1), La Lampe du sanctuaire, je veux bien l'accorder, tout en reconnaissant que Lamartine a beaucoup plus spiritualisé et par là même christianisé l'amour que ne l'avait fait Chateaubriand. Mais n'est-ce pas une inspiration chrétienne que celle qui a dicté, dans les Premières Méditations, le Chrétien mourant, la Foi, la Prière, la Semaine Sainte, écartée dédaigneusement par le P. Longhaye, p. 390, comme une « pièce de commande ou de complaisance »,mais où l'on peut lire :

Que ma raison se taise et que mon cœur adore ! La croix à mes regards révèle un nouveau jour ; Aux pieds d'un Dieu mourant Jpuis-je douter encore? Non : l'amour m'explique l'amour.

(1) Cette pièce, que le P. Longhaye condamne comme déiste, commence par ces mots très chrétiens et catholiques :

Salut, ô sacrés tabernacles, Où lu descends, Seigneur, à la voix d'un mortel !

Salut, mystérieux autel, Où la foi vient chercher et son pain immortel Et tes silencieux oracles.

Il serait facile de prouver au P. Longhaye qu'il a tort de dire « combien rarement l'inspiration chrétienne, exacte, franche et pure » se trouve dans les Méditations et les Harmonies; elle est dans Pensée des morts, Hymne au Christ, Hymne au Saint-Esprit, etc. Mais comme ce n'est pas notre sujet, tenons-nous-en au rôle du prêtre dans ces poèmes. Il nous apparaît délicieux dans le Crucifix (1).

Les saints flambeaux jetaient une dernière flamme ; Le prêtre murmurait ces doux chants de la mort, Pareils aux chants plaintifs que murmure une femme A l'enfant qui s'endort.

Quand Elvire est morte, le poète craint d'approcher du cadavre,

Comme si du trépas la majesté muette L'eût déjà consacré.

Je n'osais ! . . . Mais le prêtre entendit mon silence, Et, de ses doigts glacés prenant le crucifix : « Voilà le souvenir, et voilà l'espérance ; Emportez-les, mon fils ! »

Nous nous garderons bien de déflorer par un commentaire ces prières, ces paroles et cette attitude vraiment sacerdotale du ministre de l'Eglise au chevet d'une mourante.

N'était-il pas « chrétien », catholique même, le poète qui, en 1829, écrivait .1 un curé de village ces vers superbes des Nouvelles Méditations :

Doux pasteur du troupeau des âmes,

Qui conduis aux sources de Dieu

Ces petits enfants et ces femmes,

Penchés aux coupes du saint lieu ;

Semeur des célestes paroles,

Qui sèmes la gerbe du Christ,

Ce sénevé des paraboles

Dont le grain lève dans l'esprit ;

Médecin d intime souSrance,

Qui les retourne et les endort,

Qui guérit avec l'espérance

Et vivifie avec la mort ;

Barde de la lyre infinie,

Qui, pour chanter dans le grand chœur,

N'a pas besoin d'autre génie

Que des battements de ton cœur:

(1) Le P. Longhaye trouve, même dans cette pièce, « une note voluptueuse imperceptible pour la foule ». —J'avoue être de « la foule »,et non pas un critique prévenu.

LE PRÊTRE DANS LA LITTÉK A II |;| hl \ | \ SIÈCLE 13

Hé quoi ! tu craindrais que ma porte

A tes accents ne s'ouvrit pas,

Avec les anges pour escorte

Et les prophètes sur tes pas ?

Ah ! viens, si ma route est ta voie,

De ton bâton de peuplier,

Au nom de celui qui t'envoie,

Passer mon sol hospitalier.

Mes chiens, qui devinent leur maître,

D'eux mêmes iront lécher tes doigts ;

Les colombes de ma fenêtre

Ne s'envoleront pas aux toits.

Mes oiseaux même ont l'habitude

De voir monter par le chemin

Ces anges de la solitude ;

Ht le marteau connaît leur main.

Fils des champs, j'aimai de bonne heure

Ces laboureurs vêtus de deuil,

Dont on voit la pauvre demeure

Entre l'église et le cercueil.

Le jardin qui rit à leur porte,

Dans un buisson de noisetiers ;

Leur seuil couvert de feuille morte,

Où le pauvre a fait des sentiers ;

La voix de leur cloche souore

Qui dit aux vains enfants du bruit

Que le Seigneur est dans l'aurore,

Que le Seigneur est dans la nuit;

Les longs bords de leur robe blanche,

Par des troupes d'enfants suivis,

Qu'on voit balayer le dimanche

La poussière des vieux parvis;

Cette odeur de myrrhe et de roses

Qui s'exhale autour de leurs pas,

Et leur voix qui parle de chosas

Que l'œil des hommes ne voit pas !

Quand le sillon courbe le reste,

Eux seuls travaillent de leur main

A l'œuvre du Père céleste,

t'our un autre prix que du pain !

L'onde qu'ils versent désaltère D'autres soifs que celle des sens Et de tous les dons de la terre Ils ne moissonnent que l'encens.

Viens donc, détachant ta ceinture, Au foyer des bardes t'asseoir :

Ils sont les voix de la nature, Et vous en êtes l'encensoir.

Nous avons assez de reproches à faire à Lamartine pour ne pas

lui marchander en ce moment l'admiration que méritent ces vers

exquis sur le ministère simple et sublime « du curé de village ».

Il faudrait parler aussi du rôle que le poète fait jouer dans le

Chant du sacre, 1824, à l'archevêque de Reims, qui dit à Charles X :

Au nom du seul puissant, du seul saint, du seul sage, Dont l'espace et le temps sont le vaste héritage, Dont le regard s'étend à tout siècle, à tout lieu, Sois sacré! Tu deviens par ce royal mystère,

Le maître de la terre,

Le serviteur de Dieu I

Règne ! juge ! combats ! venge ! punis ! pardonne ! Conduis! règle ! soutiens! commande ! impose! ordonne ! Par la vertu d'en haut, sois couronné ! sois roi! Ta main, dès cet instant, peut frapper, peut absoudre.

Ton regard est la foudre,

Ta parole est la loi !

On peut rapprocher ces vers, dont nous ne citons que les strophes

religieuses, de ceux de Victor Hugo, qui, dans le troisième livre

de ses Odes, fait dire aux évoques :

0 Dieu ! prenez pitié du Roi !

Car vous êtes plus grand que la grandeur des hommes ! . . . Vous êtes Sabaolh, le dieu de la victoire ! . . .

On verra que le poète des Méditations a une âme autrement chrétienne que celle de l'auteur des Odes et que celle de l'auteur de Moïse, du Trappiste et surtout de Cinq-Mars.

Dans Moïse, 1822-1826, Alfred de Vigny nous peint la mélancolie de la toute-puissance, la tristesse d'une supériorité surhumaine et l'isolement superbe d'un législateur, d'un prêtre, détesté de ceux auxquels il commande. Moïse dit à Jéhovah :

Sitôt que votre souffle a rempli le berger, Les hommes se sont dit : Il nous est étranger; Et leurs yeux se baissaient devant mes yeux de flamme ; Car ils venaient, hélas ! d'y voir plus que mon âme. Aussi, loin de m' aimer, voilà qu'ils tremblent tous, Et quand j'ouvre les bras, on tombe à mes genoux. 0 Seigneur, j'ai vécu puissant et solitaire ; Laissez moi m'eudormir du sommeil de la terre.

Il se peut que Mo'ise ne soit qu'un symbole, une première ébauche et la Préface de Chatterton. Mais c'est défigurer, c'est calomnier le Moïse de la Bible que d'en faire un désespéré, se plaignant du poids fatal de son génie, qui l'isole et le fait détester des hommes. D'abord, « Moïse était le plus doux des hommes qui vivaient alors sur la terre;

LK PRÊTRE DANS LA LITTÉRATURE Itl \iv SIECLE 17

Eratenim Hoyses vir milissimus super omnes homines qui morabantur in terra (Livre des Sombres, xn, 3), el l'Ecriture nous dit ailleurs que le Seigneur « l'a sanctifié pour sa foi et sa douceur, sa bénignité : In jhlr et lenitale ipsius sanclum fecit illum (Ecclésiastique, xlv, 4). De plus, Moïse mourant entonne un cantique.non de désespérance, mais d'allégresse enthousiaste cl reconnaissante envers Dieu : Audiie, cœli, quœ loquor; audiat terra verba oris mei. Concrescat utpluvia doclrina mea ; flvat ni ros eloquium meum, etc. (Deuléronome, xxxn).— Enfin, les Hébreux aimaient tant Moïse que, lorsqu'il fut mort sur le mont Nébo, ils le pleurèrent pendant trente jours : Fleverunlque eum filii Israël in campestribus Moab triginta diebus.

Le Trappiste, 1822, est une fantaisie composée par le futur auteur des Destinées, à l'occasion de la révolution d'Espagne, dont Ferdinand VII était la victime. On y voit des souvenirs de la guerre de l'indépendance espagnole contre Napoléon :

Est-ce un guerrier farouche? Est-ce un pieux apôtre".' Sous la robe de l'un, il a les traits de l'autre : // est prêtre, et, pourtant, promptement irrité, 11 est soldat aussi, mais plein d'austérité. Son front est triste et pâle, et son œil intrépide ; Son bras frappe et bénit ; son langage est rapide ; Il passe dans la foule et ne s'y mêle pas ; Un pain noir et grossier compose ses repas 11 parle, on obéit ; on tremble, s'il commande, Et nul sur son destin ne tente une demande. Le Trappiste est son nom : ce terrible inconnu, Sorti jadis du monde, au monde est revenu. . . Il reparut au jour, dans une main la croix, Dans l'autre, secouant, au nom des anciens rois, Ce fouet dont Jésus-Christ, de son bras pacifique, . . Renversa les vendeurs qui souillaient le saint mur... Soit que la main de Dieu le couvre ou se retire, Le condamne à la gloire ou l'élève au martyre, S'il vit, il reviendra sans plainte et sans orgueil, D'un bras sanglant encore achever son cercueil. . . Tel un mort, évoqué par de magiques voix, Envoyé du sépulcre, apparaît pour les rois, Marche, prédit, menace et retourne à sa tombe, Dont la pierre éternelle en gémissant retombe. . .

Il dit la messe pour les montagnards, lorsqu'un des gardes du

corps de Ferdinand VII vient annoncer qu'ils ont en vain essayé de

délivrer leur roi : il n'a pas répondu à leur appel et n'a salué que

la foule hurlante, dont il était le prisonnier.

Le trappiste s'écrie alors :

Frères, il faut mourir ; qu'importe le moment? Et si de notre mort le fatal instrument Est cette main des rois, qui, jadis salutaire, Touchait, pour les guérir, les peuples de la terre,. . Seriez-vous étonnés et vos fidèles bras Seraient ils moins ardents à servir les ingrats ? Vous seriez vous flattés qu'on trouvât sur la terre La palme réservée au martyr volontaire?. . . Gémissons en secret sur les fronts couronnés ; Mais servons-les pour Dieu, qui nous les a donnés. . . Je donne cette nuit à vos dernières larmes. Demain, nous chercherons à la pointe des armes, Pour le roi la couronne et des tombeaux pour nous.

Il n'y a rien à dire sur ce poème, d'une inspiration royaliste et chrétienne, que n'aura plus jamais Alfred de Vigny.

Cinq-Mars, 1826, qui a la prétention d'être un roman historique, fausse et dénature complètement les personnages qu'il met en scène : c'est Louis XIII, dont il fait un fantôme imbécile ; c'est Richelieu, « le grand cardinal », disait Bossuet, et qui devient un tyran de mélodrame, hypocrite et féroce, faux et vil ; c'est le P. Joseph du Tremblay, que Vigny représente comme un monstre de fantaisie, alors que le livre de M. l'abbé Doutreleux, des Facultés catholiques d'Angers, vient de montrer en ce moine un poète, un orateur, un écrivain, tout à fait digne de comprendre et de servir le grand homme d'Etat qui se l'était attaché ; c'est enfin Urbain Grandier, qui sera un héros, un martyr, pour Vigny, après avoir commencé par être un mauvais prêtre. Cinq-)lars, malgré tout le talent de l'auteur, est une œuvre détestable, une caricature malsaine de l'histoire, et Sainte- Beuve en 1826, Mole à l'Académie française en 1846, avaient raison de se montrer durs et sévères pour cette œuvre, audacieusement menteuse, du poète pessimiste et blasphémateur.

Le prêtre dans les œuvres de Victor Hugo.

Un roman, plus célèbre que Cinq-Mars, mais bien pire au point de vue qui nous occupe, c'est Notre-Dame de t'aris, par Victor Hugo, en 1831. Que le cadre en soit superbe, que l'imagination du poète ait ressuscité magnifiquement le Paris du bas Moyen

âge, le Paris de Louis XI, avec ses rues, ses places, sis écoliers, ses bourgeois, ses archers et truands, et surtout sa vieille cathédrale, animée et vivante d'une vie quasi personnelle, la critique la plus sévère no saurait le nier.

Mais quel tableau le poète a-t-il placé dans ce cadre? Quels personnages dans ce drame épique? Au fond, toute l'aventure se ramène à ceci : un prêtre, un archidiacre, Claude Frollo, dont le portrait se résume en ces deux mots, gravés par lui-même sur les murs de sa cellule : Impureté, Nécessité, se laisse aller à une passion brutale, mais fatale, pour la Esmeralda, une bohémienne qui aime le capitaine Phœbus. Claude Frollo, n'ayant pu séduire la jeune fille, la fait pendre au gibet, au pied duquel expire Paquette la Chantefleurie, mère de la morte, en attendant que le borgne et sourd-muet Quasimodo précipite le prêtre du haut des tours de Notre-Dame et aille mourir à Montfaucon, près du cadavre de la victime qu'il a vengée, de cette Esmeralda, qu'il adorait, lui aussi.

Laissons parler des laïques qui, comme tels, auront plus d'autorité qu'un prêtre pour stigmatiser le prétendu chef-d'œuvre de Victor Hugo. Montalembert, après avoir flétri, dans Y Avenir, l'immoralité de Notre-Dame de Paris, ajoutait : a C'est là plus qu'un défaut pour M. Victor Hugo : c'est un crime. » M. Edmond Biré dit, dans Victor Hugo après 1830, i, p. 16 : « Il prend Notre-Dame pour héroïne, l'antique et vénérable église,

Où, depuis sept cents ans, avaient déjà passé Et prié bien des àmea ;

il s'indigne contre ceux qui ont osé porter sur elle une main sacrilège, briser une de ses statues, gratter une de ses pierres ; et il ne craint pas, à l'heure même où il célèbre ses merveilles, de lui faire une blessure pire que toutes les autres. Il ne veut pas que l'on touche à son vêtement de sculptures et de ciselures, et il profane le sanctuaire, il joue avec les vases de l'autel. Il bafoue le prêtre ; il livre à la risée et au mépris la religion, qui est l'âme même de la vieille église et qui fait sa vraie grandeur. Claude Frollo est l'archidiacre de Notre-Dame ; il a la science, la piété, l'austérité ; il est entouré d'admiration et de respect. De ce prêtre qui vit à l'ombre du cloître, en qui la cathédrale a versé sa paix, sa lumière et sa pureté, Victor Hugo fait un impudique et un assassin. Mais Claude Frollo

impudique, Claude Frollo assassin, c'est Noire-Dame souillée, déshonorée, marquée au front des stigmates du mensonge et de l'erreur ! Et alors que me font, ô poète, vos hymnes en l'honneur du a vénérable monument », de la « majestueuse et sublime cathédrale » ? Vous vous prosternez devant les pierres ; mais vous renversez l'édifice. Les véritables vandales, ce ne sont pas les ignorants qui ont gratté les piliers ou badigeonné les voûtes ; ce ne sont pas les brutes qui, en 93, ont mutilé les statues des rois qui décoraient la façade de Notre-Dame : ce sont ceux qui ont converti l'église de Maurice de Sully en temple de la Raison, — en attendant le jour où vous graveriez sur ses murailles, veuves de Jésus-Christ, ce mot païen : Fatalité.

« Victor Hugo songeait à Notre-Dame, lorsqu'il disait, dans le prologue des Feuilles d'automne :

S'il me plaît de cacher l'amour et la douleur Dans le coin d'un roman ironique et railleur. . .

a Ce n'est pas l'ironie seulement qui est au fond du livre ; c'est le désespoir, un désespoir farouche et sombre. »

L'Eglise a donc eu raison de proscrire par l'Index ce livre coupable, criminel, qui a fait tant de mal, en persuadant à ses lecteurs que les prêtres les meilleurs sont des Claude Frollo, aussi scélérats, mais plus habiles que celui de Notre-Dame de Paris.

C'est dans ses drames que, de 1830 à 1840, Victor Hugo, de plus en plus incroyant et impie, va mener campagne contre l'Église et les prêtres.

Ne parlons pas d'Hernani, 1830, dont la morale, pourtant, laisse tant à désirer, avec la fatalité de la passion et la vengeance homicide du « vieillard stupide », Dom Ruy Gomez.

Voici le jugement que portait en 1836, sur le drame de Horion Delorme, joué le 11 août 1831, après avoir été interdit en 1829, un écrivain ami de Victor Hugo, Jules Jamin(l) : c Marion Delorme, c'est la réhabilitation de la courtisane ! Tous les personnages principaux, Richelieu, le terrible cardinal, Louis XIII, le roi si brave et de tant d'esprit (2), tous les seigneurs de cette Cour élégante qui

(1) Dictionnaire de la Conversation, 65* livraison, p. 197.

(2) Victor Hugo en fait une caricature de roi, gouverné par un prêtre et ne pens;>nt qu'à la chasse.

allait être bientôt la Coup du grand roi, sont sacrifiés, devinez à qui? A Marion de Lormc, la courtisane! Elle seule, dans tout ce drame, elle a de l'esprit, elle a du dévouement, elle a du courage, elle a du cœur. Toute cette époque de l'histoire de France est misérablement sacrifiée à cette vile fille de joie. »

Citons encore un laïque, M. Edmond Biré, — dont le nom est désormais inséparable de celui de Victor Hugo, tant il l'a consciencieusement étudié, — à propos du drame de Lucrèce Borgia, 2 février 1833. On sait que Victor Hugo y bave sur celle que le vertueux et naïf historien « du chevalier sans peur et sans reproche », te Loyal serviteur, appelle « la bonne duchesse,... belle, bonne, doulce et courtoise à toutes gens, » et que le protestant William Roscoe {Vie cl Pontificat de Léon X, 1808), le protestant Gregorovius (Lucrèce Borgia, 1875), ont déchargée des crimes que lui avaient imputés ses ennemis : « Le poète a « charge d'âmes » ; il se sait « responsable » ; il sait qu'il a une « mission nationale, une mission sociale, une mission humaine (1) » ; et pour remplir cette triple mission, il écrit Lucrèce Borgia ! Il dénonce l'Eglise à la haine et au mépris de la foule !... Il éta.e sous ses yeux, pendant trois heures, les crimes les plus exécrables, le vol, l'inceste, l'empoisonnement, l'assassinat, et montrant au « peuple » cet amas de hontes et de scélératesses, il lui dit : « Voilà l'Eglise romaine ! Voilà le Saint- Père ! Voilà le Pape, et ses fils et sa fille ! »... Si le poète bafoue ainsi la religion, en un moment où l'agitation est dans les esprits, où les croix abattues ne sont pas encore relevées, où les églises saccagées sont encore en deuil, s'il fait cela, le poète fait une lâche action ! »

Il en commit une autre, lorsqu'en 1836 il fit jouer, à l'Opéra/le libretto d' Esméralda, mis en musique par Mlle Bertin. Ce fut un échec bien mérité. Louis Blanc disait, dans le Bon sens : « La censure, si scrupuleuse au sujet des auteurs dramatiques, a permis à M. Victor Hugo de mettre sur la scène un prêtre amoureux ; et quel amour, et quel prêtre, grand Dieu ! un prêtre qui, lorsque Quasimodo lui demande pardon, ose répondre : Non ! je suis prêtre ! comme si la qualité de prêtre excluait le pardon ! un prêtre hideux

(1) Paroles de Victor Hugo en tête de Lucrèce Borgia,

d'impureté! » — La revue protestante, !e Semeur, terminait ainsi son article : « Ce qui nous touche plus encore, c'est la blessure qui est faite à la religion. Montrez à des Français, fort ignorants pour la plupart sur les vérités du christianisme, n'ayant jamais ouvert les saintes Ecritures et toujours enclins à accuser la doctrine des torts de ceux qui l'enseignent ; montrez-leur Claude Frollo, et pénétrez ensuite, s'il vous est possible, dans la conscience des spectateurs. Voyez comme ils s'enracinent dans leur indifférence, comme ils s'enfoncent dans leur incrédulité, et quel dédain ils éprouvent pour les esprits faibles et crédules qui vont écouter encore les instructions d'un prêtre 1 » — « La pièce de M. Victor Hugo, disait la Gazette de France, est la plus grave atteinte qui ait été portée à la religion, aux mœurs, aux principes d'ordre, aux croyances, aux idées de justice de toute une nation.... On a vu paraître sur la scène les bannières, les cierges, un confesseur, des enfants de chœur, les pénitents noirs, et tout le clergé de Notre-Dame, en surplis et en aumusse, son dignitaire en tête avec la robe violette. » M. Edmond Biré n'a plus qu'à ajouter : « L'art et le style de Notre-Dame de l'a ris ayant disparu dans Esméralda, il ne restait qu'une action puérile, des truands qui faisaient rire, un amoureux, Phœbus de Chàteaupers, qui faisait pitié, un autre amoureux, Quasimodo, qui faisait peur, un troisième amoureux, Claude Frollo, qui faisait horreur. Rapprochés du spectateur, étalés sur la scène, dépouillés de la sombre et tragique éloquence dont le puissant écrivain les avait su revêtir dans son livre, les transports lubriques de l'archidiacre étaient hideux. »

Un mot du drame les Jumeaux, laissé inachevé en 1839 et publié seulement en 1889. Au troisième acte, paraît le cardinal Mazarin. Anne d'Autriche se répand en injures contre lui et il la paie de la même monnaie : invraisemblance grotesque, que rachète, pourtant, l'exposé magistral de l'état de la France et de l'Europe en 1661 fait par un « homme pâle avec un linceul rouge », Mazarin, toussant, malade, à demi-mort.

Le jour devait venir où Victor Hugo, nommé pair de France, en 1845, par la grâce de Louis-Philippe, dont on dit à ce propos : « Le Roi s'amuse », faisait ainsi l'éloge de Pie IX : « Si Pie IX veut, il sera le souverain le plus puissant de l'Europe. On ne sait

pas ce que peut être un pape. Un pape qui marcherait avec son temps devrait dominer et pourrait soulever le monde. Il a un levier si énorme, — la foi, la conscience, l'esprit ! — Toutes les Ames sont des mines toujours chargées pour l'étincelle qui jaillirait d'un pareil pape. Quel incendie, s'il lui plaît ! Quel rayonnement, s'il le veut ! » Ces paroles de Choses rues doivent être complétées par l'éloge de Pie IX à la Chambre des pairs, 14 janvier 1848 : « Pie IX enseigne la route bonne et sûre aux rois, aux peuples, aux hommes d'Etat, aux philosophes, à tous. Grâces lui en soient rendues !.. Messieurs, je ne parlerai jamais de l'ancienne papauté, de l'antique papauté, qu'avec vénération et respect; mais je dis cependant que l'apparition d'un tel pape est un événement immense. »

Hélas ! on va voir comment Victor Hugo désavouera ces nobles paroles, en écrivant des horreurs contre le pape Pie IX et la papauté.

Dès le 19 octobre 1849, il disait à l'Assemblée Législative :« Vous avez devant vous, d'un côté, le Président de la République (Louis- Napoléon) réclamant la liberté du peuple romain, au nom de la grande nation qui, depuis trois siècles, répand à flots la lumière et la pensée sur le monde civilisé ; vous avez, de l'autre, le cardinal Antonelli, refusant au nom du gouvernement clérical. Choisissez. » Comme les bravos de la gauche avaient salué Victor Hugo descendant de la tribune, Montalembert, qui lui succéda, débuta par ces paroles : « Messieurs, le discours' que vous venez d'entendre a déjà reçu le châtiment qu'il méritait dans les applaudissements qui l'ont accueilli. »

Depuis ce jour et celui surtout où, nommé par le prince Louis- Napoléon ministre de l'Instruction publique, il vit tous les autres membres du Cabinet menacer le Président de leur démission, si le poète restait avec eux, Victor Hugo devint radical et anticlérical farouche. De même qu'il allait traîner dans la boue le Président, dont il avait dit en octobre 1848, dans Y Événement: a Prince, la Providence se doit à elle-même de sauvegarder la gloire (de votre nom). Ce n'est pas seulement M. Louis Bonaparte qui est engagé à le conserver grand, c'est Dieu! », de même il insulte grossièrement l'Église, que, d'ailleurs, il n'avait jamais aimée.

Le 15 janvier 1850, il dit aux membres de la droite, à propos de

2i LE PRETRE DANS LA LITTÉRATURE DU XIXe SIÈCLE

la loi de Falloux, — de Parieu : « Vous èles les parasites de l'Eglise ; vous êtes la maladie de l'Eglise. Ignace est l'ennemi de Jésus. Vous êtes, non des croyants, mais les sectaires d'une religion que vous ne comprenez pas. Vous êtes les metteurs en scène de la sainteté.» Il cite Galilée, l'Inquisition, Torquémada, les Jésuites ; il accuse la majorité d'avoir pour idéal « la sacristie souveraine, la liberté trahie, l'intelligence vaincue et liée, les livres déchirés, le prône remplaçant la presse, la huit faite dans les esprits par l'ombre des soutanes, et les génies matés par les bedeaux ! (1) »

Le 21 mai 1850, à propos delà réforme électorale, il dit : « Si Voltaire vivait, comme le présent système... ferait certainement condamner Voltaire pour offense à la morale politique et religieuse, Voltaire tomberait sous votre loi et vous auriez sur vos listes d'exclus et d'indignes le repris de justice Voltaire, ce qui ferait grand plaisir à Loyola .'. . . Cette loi (de la liberté d'enseignement) je ne dirai pas, à Dieu ne plaise ! que c'est Tartuffe qui l'a faite ; mais j'affirme que c'est Escobar qui l'a baptisée.» Montalembert lui répond en rappelant « toutes les causes qu'il a chantées, toutes les causes qu'il a flattées, toutes les causes qu'il a ^reniées. » (Longs bravos à droite).

Cette réplique ne se trouve pas dans Actes et paroles, où Victor Hugo donne, comme « improvisés » des discours qu'il « récitait ou lisait ».

« Il faut sauver Victor Hugo, dit M. de Morny à Arsène Houssaye, après le coup d'Etat du 2 décembre 1851. Je suis de ceux qui le voulaient ministre, et non révolté. Il ne sera proscrit que s'il se proscrit lui-même. »

Il« se proscrivit, en effet, lui-même »,le 11 décembre, et désormais ses ouvrages en vers et en prose ne seront guère que de virulentes et grossières invectives contre

Ces deux moitiés de Dieu, le Pape et l'Empereur (2).

Vapolêon le Petit, 1852, représente le clergé « doté, doré, crosse, chape, mîtré », sous les couleurs les plus odieuses. Les prêtres, les

(1) Edmond Biré prouve que, dans Actes et paroles, Victor Hugo a maintes fois falsifié le Moniteur, en supprimant les imprebations et s'octroyant des applaudissements.

(2j Hernani,

LI<: PHÊTRE DANS LA LITTÉRATURE DU XIX" sii'.ci i 23

évoques, ne sont plus que des scribes et des pharisiens, « crucifiant, en présence du genre humain, le Christ des peuples, le peuple fran çais ». L'auteur bafoue « MM. les cardinaux, MM. les évoques, MM. les chanoines, MM. les curés, MM. les vicaires, MM. les archidiacres, diacres et sous-diacres, MM. les prébendiers, MM. les marguilliers, MM. les sacristains, MM. les bedeaux, MM. les suisses de paroisse et les hommes « religieux », comme on dit ».

Après la prose de Napoléon le Petit, voici les vers des Châtiments, 1853, où, malgré des pièces splendides, il nous est impossible de voir, avec M. Faguet et M. Edmond Biré, le chef-d'œuvre de Victor Hugo, tant la haine y déborde, délirante ; tant « ces fureurs haletantes », qui « s'achèvent en pâmoison », sont exprimées en un langage que M. Gaston Deschamps lui-même a pu appeler " le Bottin de la diffamation », et « la caricature forcenée ». Les prêtres y sont accusés de a vendre » le Christ « pour boire du bon vin ».

Ils. . . Crachent leurs Te Deum à la face de Dieu. . .

Ils livrent au bandit, pour quelques sacs sordides, L'Evangile, la loi, l'autel épouvanté, Et la justice aux yeux sévères et candides, Et l'étoile du cœur humain, la vérité (1).

Les évêques sont cloués au pilori, et le poète adresse ces vers à l'un d'eux :

Ton diacre est trahison et ton sous-diacre est vol ;

Vends ton Dieu ; vends ton âme!

Allons, coiffe ta mitre ; allons, mets ton licol ;

Chante, vieux prêtre infâme !

Le meurtre à tes côtés suit l'office divin,

Criant: Feu sur qui bouge !

Satan tient la burette, et ce n'est pas de viu

Que ton ciboire est rouge (2; !

Pie IX, jadis encensé, est encore plus odieusement traité :

Le Pape Mastaï fusille ses ouailles.

11 pose là l'hostie et commande le feu. . . Saint-Père, sur les mains laisse tomber tes manches ! Saint-Père, on voit du sang à tes sandales blanches! Borgia te sourit, le Pape empoisonneur!

Combien sont morts ? Combien mourront ? Qui sait le nombre ? Ce qui mène aujourd'hui votre troupeau dans l'ombre. Ce n'est pas le berger, c'est le boucher, Seigneur (3) !

(1) Livre I, vin.

(2) Livre I, vi.

(3) Livre I, xn.

Laissons d'autres grossièretés révoltantes sur les Jésuites et leurs récents collèges, sur Veuillot, insulté dans sa mère, appelé Simple Jésuite et triple gueux ;

sur M. de Parieu, « caméléon », mangeant des glands sous le chêne impérial (1) ; sur

Rouher, cette catin, Troplong, cette servante ;

sur a Montalembert, Sibour »,

Les Rianceys marmitons, les Nisard gàte-savices ; sur Jésus-Christ enfin, travesti en rationaliste, accolé sacrilègement à Voltaire, à Jean Huss:

Le Sacré-Cœur mourrait de sa mort naturelle (2).

Admire qui pourra cette satire lyrique, dont « la strophe

... se dresse, et pour cingler Baroche Se taille un fouet sanglant dans Kouher écorché!

Pour nous, rien n'excuse ces imprécations ordurières et blasphématrices.

Voulez-vous savoir ce qu'il faut penser de la guerre d'Orient en 1853-55? Lisez Pendant l'exil.

Tout d'abord, c'est « le crime » du czar Nicolas: a Oubliant toute dignité, toute pudeur, tout respect de lui-même etd'autrui, il a montré brusquement à l'Europe les plus cyniques nuditésde l'ambition. » Mais voici que Napoléon III intervient en faveur de la Turquie : « La guerre d'Orient est un crime, dit aussitôt l'exilé de Jersey, changeant son fusil d'épaule; mais ce n'est point le crime de Nicolas . Ne prêtons pas à ce riche. Rétablissons la vérité.

« Citoyens, le 2 décembre 1851, M. Bonaparte fait ce que vous savez. Il commet un crime, érige ce crime en trône et s'assied dessus. Schinderhannes (3) se déclare César. Mais à César il faut Pierre . . . Bonaparte le Grand avait été sacré. Bonaparte le Petit voulut l'être. . . Le Pape fit le dégoûté. Embarras de M. Bonaparte. Que faire? De quelle manière s'y prendre pour décider Pie IX? Comment décide-t-on une fille? Comment décide-t-on un pape? Par un cadeau. Cela est l'histoire.

(1) Livre VI, 13.

(2)Aro.r.,iv.

(3) Un bandit du commencement du xïx" siècle.

Un proscrit (le citoyen Bianchi) : Ce sont les mœurs sacerdotales. Victor Hugo ^'interrompant : Vous avez raison, Il y a longtemps

que Jérémie a crié à Jérusalem et que Luther a crié à Rome : Prostituée 1 (Reprenant). M. Bonaparte résolut de faire un cadeau à M. Mastaï.

a Quel cadeau ?

« Ceci est toute l'aventure actuelle.

« L'agent de M. Bonaparte à Constantinople, M. de La Valette, a demandé de la part de son maître au Sultan la clef du tombeau de Jésus pour le Pape de Rome. Le Sultan, faible, troublé, a lâché prise et donné la clef. Bonaparte a remercié. Nicolas s'est fâché. . . La guerre d'Orient a éclaté. — La prétention de M. Bonaparte à être sacré a tout fait.))

Victor Hugo, dans son délire grotesque et antipatriotique,appelle l'alliance de la France avec l'Angleterre une « catastrophe » pour celle-ci. « Oui, s'écrie-t-il, ce sang, tout ce sang ruisselle en Crimée ; oui, ces veuves pleurent; oui, ces mères se tordent les bras, parce qu'il a pris fantaisie à M. Bonaparte, l'assassin de Paris, de se faire bénir et sacrer par M. Mastaï, Yélouffcur de Rome. »

Au mois d'avril 1855, alors que nos soldats, nos prêtres, nos sœurs de charité rivalisent d'héroïsme sous les murs de Sébastopol, Victor Hugo écrit ce qui suit à Louis Bonaparte : « Cette persécution ne nous fera pas perdre de vue votre gouvernement du lendemain du coup d'Etat, ce banquet catholique et soldatesque, ce festin de autres et deshakos, celte mêlée du séminaire et de la caserne dans une orgie, ce tohubohu d'uniformes débraillés et de soutanes ivres, celle ripaille d'évêques et de caporaux, où personne ne sait plus ce qu'il fait, où Sibour (1) jure et où Magnan prie, où le prêtre coupe son pain avec le sabre et où le soldat boit dans le ciboire. » Et dire qu'on a osé vanter de telles horreurs!

Les Contemplations, qui marquent en 1856 l'apogée de la puissance l}Trique du poète, mais aussi le début de cette troisième manière que M. Brunetière appelle « apocalyptique ^contiennent deux pièces intéressantes au point de vue qui nous occupe et ne nous permet pas de nous attarder à flétrir les poésies lubriques de l'Âme

(1) Archevêque de Paris.

en [leur, si voisines des poèmes inspirés par la mort de la fille du poète, Vauca meœ.— Ce que dit la Bouche d'ombre, c'est la vieille métempsycose de Pythagore et des Druides ; l'ange devenant homme, 'homme animal (ïimour un chacal, Borgia un porc), l'animal végétal, le végétal minéral. Cette échelle que nos fautes nous font descendre, nous la remonterons un jour : le roc deviendra chêne, le chêne tigre, le tigre homme d'esprit. Tous les damnés entreront au ciel, Bélial en tête. Jésus embrassera le Maudit.

Tous deux seront si beaux que Dieu, dont l'œil flamboie, Xe pourra distinguer, père ébloui de joie, Bélial de Jésus !

« Trait sublime et touchant », ose écrire M. Renouvier,dans Victor Hugo le philosophe : blasphème inepte, intolérable, pensera tout chrétien. — Dans les Mages, le poète ne dépense pas moins de 70 strophes pour nous persuader que. dans l'avenir, dont il a déjà dit que « la lune serait l'hostie énorme, que l'olficiant divin élèverait chaque soir », les poètes, les génies doivent être les prêtres du culte nouveau :

Pourquoi donc faites-tous des prêtres,

Quand vous en avez parmi vous "?

Singulier prêtre, ou « mage » que l'auteur des fanfaronnades rationalistes de la pièce Ibo, déclarée « admirable » par M. Faguet (Eludes sur le XIX" siècle : p. 161). Elle peut l'être pour la facture, mais non pas pour les idées.

Pendant que « la bouche du clairon noir » se recueillait, Hauteville-House s'élevait à Guernesey avec cette devise :

Crosse de bois, évèque d'or.

Crosse d'or, évèque de bois.

La première Légende des siècles, \Sd§,— que la critique des Faguet, des Rigal, des Dupuy, des Mabilleau, des Renouvier, voudrait nous faire accepter comme la véritable épopée de la France, et qui ne l'esl pas plus que celle a de l'humanité à travers les siècles », dans son « immense mouvement d'ascension vers la lumière », — la première Légende des siècles nous présente, parmi les « empreintes successives du profil humain », des rois qui ne sont que des monstres, des bandits, des tigres, des vampires, des poux sur une souquenille immonde, et des prêtres qui ne valent pas mieux. Lisez les Raisons

LE PB ÊTRE DANS LA LITTÉRATURE Dl' \i\ BIÈCLE 20

du Mamolombo, « colosse chauve et nu » de l'Amérique du Sud : il n'aimait guère l'ancien culte et son

Temple, sépulcre orné d'un pontife bourreau,

où son Dieu mangeait de la chair humaine. Mais quelque horreur qu'il eût « de l'ancien prêtre », quand il a vu

Comment travaille le nouveau ;

quand il a vu

Flamboyer, ciel juste ! à son niveau, Cette torche lugubre, âpre, jamais éteinte, Sombre, que nous nommons l'Inquisition mainte ;

quand il a vu

Comment Torquémada s'y prend Pour dissiper la nuit du sauvage ignorant ; Tommentil civilise, et de quelle manière Le Saint-Office enseigne et fait de la lumière ;

quand il a vu

Dans Lima d'affreux géants d'osier,

Pleins d'enfants, pétiller sur un large brasier,

El le feu dévorer la vie, et les fumées

Se tordre sur les reins des femmes allumées ;

quand il s'est

Senti parfois presque étouffé

Par l'acre odeur quPsort de votre autodafé,

le Momotombo s'est dit que ce n'était pas la peine de changer le prêtre païen pour le prêtre catholique.

Le Crapaud nous montre un « âne harassé, boiteux et lamentable » épar gnant la bête agonisante et faisant quelques pas de plus

Pour ne pas écraser un crapaud dans la fange,

tandis

Qu'un homme qui passait vit la bête hideuse, Et, frémissant, lui mit son talon sur.la tète : C'était un prêtre, ayant un livre qu'il lisait.

Pendant que les dix infants d'Asturie trament la mort du Petit roi de Gallice, le prêtre qui est dans leur suite,

Le prêtre mange avec les prières d'usage.

Il y a partout des prêtres pour approuver et bénir les jeux de princes, qui sont d'odieux assassinats.

Dans la seconde Légende des siècles, 1877, Y Elégie des Fléaux dénonce avec indignation nos dogmes funèbres et les prêtres assembleurs de ténèbres, qui osent soutenir que les inondations peuvent être un châtiment du ciel : c'est blasphémer Dieu que de lui attribuer un pareil désastre. Tout le Passé cl tout V Avenir n'est qu'un cri de guerre à l'Eglise et de malédiction sur le prêtre :

Les Parthénons font boire au juste la ciguë. La cathédrale, avec sa double tour aiguë

Devant le jour qui fuit, Ignore, et, sans savoir, affirme, absout, condamne. Dieu voit avec pitié ce* deux oreilles d'àne

Se dresser dans la vaste nuit.

Pour en finir avec ces Petites Epopées de la Légende des siècles, avec « ces empreintes moulées», non pas sur le masque des siècles, mais plutôt sur les haines féroces du « Père La Rancune », comme l'appelle M. Edmond Biré, un mot de la troisième Légende, 1883. Si les rois paraissent « hideux », les Papes sont pires. La Vision de Dante est là pour l'établir. Réveillé pour finir son poème, après avoir dormi cinq cents ans, le grand poète aperçoit un ange, qui porte sur son front le nom de Justice en lettres de diamant et qui, faisant sonner les clairons du ciel aux quatre vents, voit se lever du tombeau les martyrs, les victimes. Il leur demande quels sont leurs meurtriers. « Les soldats », répondent-ils. Et voici que monte de l'abîme le groupe des soldats, des hommes bardés de fer : « Malheur aux assassins ! » crie l'ange. — Ce n'est pas nous, répliquent-ils ; ce sont les capitaines. » Les capitaines paraissent comme des fantômes d'or : ils se défendent d'être égorgeurs :

Ce n'est pas nous, Seigneur! Seigneur, ce sont les juges.

Les juges, vêtus d'hermine et de simarres, se défendent en disant : « Ce sont les princes ! » Les princes évoqués à leur tour, frémissants et livides, s'écrient :

— Ce n'est pas nous !

— Et qui donc ?

— C'est le Pape. . .

Cet homme interrompait la messe à l'offertoire ; Ce prêtre rejetait la gorgée au ciboire, Seigneur, pour faire sigue au bourreau de frapper Et lui montrer du doigt les têtes à couper. Sa ceinture servait de corde à nos potences. Il liait de ses mains l'agneau sous nos sentences.

Et quand on nous criait : Grâce ! il nous criait : l'eu ! Seigneur, nous n'avons fait que suivre ses leçons: Seigneur, nous n'avons fait que suivre son exemple. Nos forfaits sous ses pieds sont nés dans votre temple. Il nous a mis l'enfer dans 1 âme au lieu du ciel. Lui seul porte le poids du crime universel.

L'ange fit venir cet homme, et aussitôt victimes, soldats, capi taines, juges, princes, crièrent : « C'est lui ! »

Et pendant qu'ils criaient, sa robe devint rouge. Ecrasé sous le poids de ses crimes, condamné par Dieu, Pie TX tombe au gouffre éternel : « Mon Dante, dit le Très-Haut, prends ce

Pape,

Mets-le dans ton enfer; je le mets dans le mien.

Cette sauvage et sacrilège Vision est de 1853.

Comment expliquer, dès lors, que, dans les Misérables, 1862, il y ait un portrait si beau de Mgr Bienvenu ou Mgr Myriel (1), évoque de Digne, de Mlle Baptistine et de Sœur Simplice? C'est que cette première partie des Misérables était écrite en 1847 et que Victor Hugo ne l'a retouchée 15 ans plus tard que pour l'adapter à ses idées nouvelles. — Ainsi, Mgr Myriel, qui a été marié et a fait beaucoup parler de lui, ne semble pas croire à tous les mystères et à tous les dogmes catholiques ; il est en train de devenir adepte de la métempsycose. Il va un jour dans la montagne et y rencontre un vieux conventionnel à l'article de la mort. Quoique mourant, il fait à l'évêque de longs discours pour innocenter 92 et 93, Robespierre, Danton et Marat, Fouquier-Tinville, Carrier, le P. Duchesne et Jourdan Coupe-têtes. Devant ce déluge d'insanités, Mgr Myriel perd la tête : touché des paroles de cet homme, qui a fait mourir au Temple Louis XVII et sur l'échafaud Marie-Antoinette, il s'agenouille devant lui. « Qu'est-ce que vous venez me demander? » murmure le conventionnel. — « Votre bénédiction », dit l'évêque.

Le neveu de Mgr de Miollis protesta dans les journaux contre ces sacrilèges inconvenances.

En cette même année 1862, Victor Hugo prêtait à Grégoire XVI, a un pape. . . ennemi de son siècle, ce qui est un peu le malheur des papes », une définition dé la presse « en latin de moine camaldule » : il la comparait à la locomotive du progrès qui passe à tra-

(1) En réalité, Mgr de Miollis.

vers le tunnel « dos superstitions, des préjugés et des tyrannies ». Prosper Mérimée disait qu'il y avait là « de la poésie, » mais « pas l'ombre de bon sens » ni « de sens commun ».

William Shakespeare, 1864, qui devrait avoir pour titre Victor Hugo célébré par lui-même et faisant suite à Victor Hwjo raconté par lui-même, 1863, nous présente les quatorze grands génies littéraires, « les quatorze géants de l'esprit humain» : Homère, Job, Eschyle, Isaïe, Ezéchiel, qui « crie au Temple : Pas de prêtre ici, ni eux, ni leurs rois, ni leurs carcasses de rois », Lucrèce, Juvénal, Tacite, saint Jean, saint Paul, Dante, Cervantes, Shakespeare et Kabelais, le seul grand génie de la France, parce qu'il a « bafoué le moine, bafoué Pévêque, bafoué le pape ».

Dans les Chajisons des rue* et des bois, 1865, « Jocrisse à Pathmos », « Homais à Pathmos »,ou « Géronte à Paphos », nous dit sans rire :

Sous une pierre, un cloporte

Songeait, comme Jean à Pathmos,

ce Jean, dont il a fait un des 14 grands génies précurseurs du

soleil qu'est Victor Hugo ! Il donne Domrémy et Vaucouleurs pour

cadre à des vers comme ceux-ci :

Ris, savoure, aime, déguste, Et libres, narguons un peu Le roi, ce faux nez auyuste Que le prêtre met à Dieu.

Les Travailleurs de la mer, 1866, sont un pêle-mêle de belles inventions et de digressions énormes, de philosophie charlatanesque et de hors-d'œuvre irréligieux, où l'auteur assimile Escobar et le marquis de Sade, la bienheureuse Marie Acaloque et Messaline (M).

En 1867, parut le poème intitulé Menlana, glorification monstrueuse de Garibaldi, insulte grossière à nos soldats, accusés de « guets-apens infâmes » :

L'ordre est tout. T.e fusil Chassepot est suave. Le progrès est béni ; dans quoi ? dans le zouave !

Regardez Pie IX :

Que de sang sur ce prêtre, ô pâle Jésus-Chrisl ! . . . Vicaire de Celui qui tendait l'autre joue. A celte heure, ô semeur des pardons infinis, Ce qui plaît à ton cœur et ce que tu bénis,

Sur notre sombre terre où l'âme humaine lutte,

C'est un fusil tuant douze hommes par minute !

La papauté féroce avoue enfin l'enfer. . .

0 sinistre vieillard ! . . .

C'est fait. Les Morts sont morts. Maintenant dis la messe.

Prends dans tes doigts l'hostie en t'essuyant un peu ;

Car il ne faudrait pas mettre du sang à Dieu !

On ne saurait être plus cyniquement antipatriote et anticlérical.

Et pourtant, Victor Hugo, rentré en France en 1870, se surpassera lui-même dans l'invective irréligieuse.

L'Année Terrible, 1872, contient des pièces sectaires, comme Philosophie des sacres el couronnements, où les prêtres et les évoques sont accusés de « jeter Jéhovah sous les pieds d'un monarque, infirme, catharreux », qui

Claque des dents avec la fièvre entre deux draps ;

et comme les Pamphlétaires d'Eglise, les prédicateurs chrétiens :

Ils nous apportent Dieu dans une diatribe ; Ils jettent au hasard et devant eux l'affront, Comme le goupillon jette l'eau bénite.

On les entend crier au bourreau : Fainéant !

Quel rôle exécrable, prêté aux ministres de Dieu !

Dans Quatre-vingt-treize, 1874, l'abbé Gimourdain, prêtre apostat, s'est lancé à corps perdu dans le mouvement révolutionnaire : représentant du peuple à la Convention, envoyé en mission en Vendée, il s'est fait suivre de la guillotine, et il condamne à mort son ancien élève Gauvain, commandant des troupes républicaines, parce que, remué jusqu'au fond de l'âme par l'héroïsme du vieux chef vendéen, son oncle, le marquis de Lantenac, sauveur de trois enfants, Gauvain a favorisé son évasion et l'a remplacé dans son cachot. Au moment où la tête de Gauvain roule dans le panier, Gimourdain saisit un des pistolets suspendus à sa ceinture et se perce le cœur d'une balle. Le monstre se fait justice à lui-même par un nouveau crime. Dans la pensée du poète, il n'y a que le sacerdoce pour produire de tels scélérats !

D'ailleurs, le livre tout entier est consacré à glorifier la Convention, « la plus haute cime de l'histoire » : ('Jamais rien de plus haut n'est apparu sur l'horizon des hommes. Il y a l'Himalaya et il y a la Convention. » « La Vendée, dit Victor Hugo, c'est la révolteprêtre. Cette révolte a eu pour auxiliaire la forêt. Les ténèbres

."H LE PRÊTRE DANS LA LITTT.nATTUF. DU XIXe SIECLE

s'entr'aident. .. (Les Vendéens) aimaient leurs rois, leurs seigneurs, leurs prêtres, leurs poux. .. On leur faisait accroire ce qu'on voulait ; les prêt' es leur montraient d'autres prêtres dont ils avaient rougi le cou avec une ficelle serrée et leur disaient : ce sont des guillotinés ressuscites. » Quatre-vingt-treize se résume dans ces mots du ci-devant vicomte Gauvain : « Supprimez le parasitisme du prêtre, le parasitisme du juge, le parasitisme du soldat. »

L'Art d'être grand-père, 1877, enseigne aux petits enfants du poète la haine de la religion et du prêtre.

Dieu, n'en déplaise au prêtre, au bonze, au caloyer,

Est capable de tout, lui qui fait balayer

Le bon goût, ce ruisseau, par Nisard, ce concierge,

« un âne qui brait

Et s'achève en hibou dans l'obscure forêt.

Il faut, dit le poète, continuer sans défaillance l'œuvre de Luther

et de Voltaire, aller au progrès avec le sang de l'hydre aux talons.

Or, l'hydre, c'est la vieille barbarie, où le prêtre faisait les hommes

dieux et les rois soleils. Le prêtre n'a-t-il pas tué Jésus ?

Jésus parait ; qui donc s'écrie : « 11 faut qu'il meure ! »

C'est le prêtre. 0 douleur ! à jamais à demeure.

Et quoi que nous fassions et quoi que nous songions,

Les Euménides sont dans les religions :

Mégère est catholique. Alectoh est chrétienne :

Clotho, nonne sanglante, accompagnait l'antienne

It'Arbuez et l'on entend dans l'Eglise sa voir.

Ces bacchantes du meurtre encourageaient Louvois,

Et les monts étaient pleins de cris de ces ménades.

Lisez encore ceci :

Corbière à la tribune et Fraymnoui en chaire Sont fort inférieurs à la bête des bois.

Quant aux Jésuites éducateurs, ils ne peuvent être mieux traités que Nisard ou que l'Immaculée Conception, horriblement blasphémée :

Loyola sait changer Jocrisse en Schindorhanne ; Car un tigre est toujours possible dans un àne.

Le Pape, avril 1878, coïncida presque avec le centenaire de Voltaire, (30 mai 1878) « un grand esprit et un immense cœur ».

Le Pape dort et il rêve. Il rêve que, foulant aux pieds ses deux couronnes, vêtu de bure, il va par le monde, errant comme Jésus, et semant comme lui la bonne parole, se montrant doux, désinté-

ressô, sublime, avec les rois, les évoques, les pauvres, une nourrice, Vombre, les peuples. Il se réveille tout à coup et s'écrie : Quel rêve affreux je viens de faire !

La Pillé suprême, 1879, tout en s' attaquant principalement aux rois, a ces impitoyable », contient les plus odieuses accusations contre « les prêtres ».

Elles sont encore plus écœurantes dans Religions et Religion, 1880.

J'abhorre ces forêts de piliers lourds et froids D'où tombent les frissons, les toux, les pleurésies ; Je ne m'expose point aux églises moisies. . .

Je me tiens Le plus loin que je peux des orateurs chrétiens. J'écris sur mon carnet : Fuis Nonotte, et je cloue A mon chevet : Ne pas aller à Bourdaloue.

Si toutes les « religions » sont grossières et abrutissantes, aucune n'est malfaisante comme le catholicisme, qui se résume dans la papauté, abrégé de tous les vices, sommaire de tous les crimes :

Toute la turpitude et tout l'orgueil humain Se donnent rendez-vous dans la Ville éternelle. Tout vient là, viol, parjure, impureté charnelle, Tous les forfaits connus et tous les inconnus, Tous les crimes masqués et tous les vices nus. Rome appelle à son lit tous ces passants infâmes. Rome, l'entermetteuse et la marchande d âmes, Rit et se prostitue, une tiare au front.

Devant les crimes des prêtres, « porteurs de rabats », le poète

s'indigne :

Et dire que la terre est tout entière en proie

Aux affirmations de ces prêtres sans joie,

Sans pitié, sans bonté, sans flambeau, sans raison.

Dont l'ombre, l'ombre, l'ombre et l'ombre est l'horizon !

Mais voici qu'au prêtre menteur succède le mage inspiré : Car l'homme fait le prêtre et Dieu seul fait le mage. Si ce « mage » c'est Victor Hugo, comme on ne peut en douter, plaignez le peuple de tomber en ses mains haineuses !

L'Ane Patience, 1880, fait à Kant un sermon en 3.000 vers, dont on peut bien dire avec le poète lui-même :

Et la grenouille idée enfle le livre bœuf (!!). . . ou bien, si vous l'aimez mieux, sans y comprendre davantage : Toujours l'idée aura pour nombril le défaut !

Pourquoi l'une Patienoo, qui sait tout, qui est une bibliothèque vivante, n'a-t-ii gagné à tant savoir

Qu'un peu d'allongement à ses oreilles tristes ? C'est que l'instruction, l'école, la science, gardent une porte de communication avec la sacristie, et

La sacristie, hélas ! fait un deleatur

Du mystérieux D qui sert de majuscule

Au mot flamboyant Dieu dans notre crépuscule.

Mais attendez : Yànc Patience nous montre l'almanach exterminant prêtres et saints :

L'almanach grimpe droit à l'azur, court, descend, Monte, ôte à saint Michel son nimbe, va chasser Saint Médard de son ciel, saint Pierre de sa loge, Extermine Turnèbe, Arnobius, Euloge, Moïse, Bossuet et l'abbé de Corbeil, Et casse Josué, le maître du soleil.

N'est-ce pas le cas d'appliquer à Victor Hugo son propre vers .

Le singe reparaît sous l'homme palimpseste !

Dans Les quatre Vents de l'esprit, i88\, la haine imbécile déborde

en torrents d'injures contre les prêtres.

Le Livre satirique nous dit d'abord :

Le vieil esprit de nuit, d'ignorance et de haine,

Des clous de Jésus-Christ forge à l'homme une chaîne...

11 tient dans ses mains l'âme humaine et la grignotte.

Il inspire Nisard, Veuillot, Planche, Nonotte,

Laisse derrière lui tout cœur mort et glacé,

Et l'herbe ne croit plus où son âne a passé.

Voulez-vous voir arrangé par Victor Hugo le vénérable Mgr de

Ségur ?

Muse, un nommé Ségur, évêque, m'est hostile, Cet homme violet me damne en mauvais style : Sa prose réjouit les hiboux dans leurs trous. . .

Au séminaire, Un jour que ce petit bonhomme plein d'ennui, Bêlait un oremus au hasard devant lui, Comme glousse l'oison, comme la vache meugle, 11 s'écria : a Mon Dieu ! je voudrais être aveugle ! » Ne trouvant pas qu'il lit assez nuit comme ça. Le bon Dieu, le faisant idiot, l'exauça. . . J'aime en ce noble abbé le style paysan. C'est poissard, c'est exquis. Bravo! Cela vous plonge Dans une vague extase où l'on sent le mensonge.

Et l'on ne sait pas trop,

Dans cette vision où le démon chuchofte, Si l'on voit un évêque ayant au dos la hotte, Ou bien un chiffonnier ayant la mître au front.

Lisez encore ces vers adressés aux Prêtres, aux Bonzes •

Le genre humain, couvert de rongeurs ténébreux, Sent s'élargir sous lui vos hordes invisibles. . . Nul répit. Vous aimez les ténèbres utiles, Et yous y rôdez, vils et vainqueurs, ù reptiles ! . . . Quelles que soient votre ombre et votre petitesse, Je devine, malgré vos soins pour vous cacher, Que vous èies sur nous et je vous sens marcher, Comme on sent remuer les mineurs dans la mine. Et je ne puis dormir, tant je hais la vermine. Vous êtes ce qui hait, ce qui mord, ce qui ment. Vous êtes l'implacable et noir fourmillement, Vous êtes ce prodige affreux, l'insaisissable. Qu'on suppose vivants tous les vils grains de sable : Ce sera vous, ttien, tout. Zéro, des millions. L'horreur. Moins que des vers et plus que des lions ! ... L'insecte formidable. 0 monstrueux contraste!.. Vous êtes l'innombrable et dans l'ombre infinie, Fétides, sur nos peaux, mêlant vos petits pas, Vous vous multipliez, et je ne comprends pas Dans quel but Dieu livra les empires, le monde, Les âmes, les enfants dressant leur tète blonde, Les temples, les foyers, les vierges, les époux. L'homme, à l'épouvantable immensité des poux.

Il faudrait citer encore les pièces : Ecrit sur la première page d'un livre de Joseph de Maistre; Le bout de l'oreille ; Sur un portrait de sainte ; Aux prêtres. Mais la nausée nous prend en face de ces vers, publiés au lendemain de l'exécution des décrets du 29 mars 1880, ce qui en aggrave encore la criminelle insolence.

Un mot seulement de Torqulmada, drame en cinq actes, 1882, On y voit un horrible moine, qui, sauvé par deux enfants, les récompense plus tard en les envoyant au bûcher, à la veille de leur mariage, et en leur disant que son apparente cruauté cache une bonté infinie, un amour immense:

Ah ! sans moi, vous étiez perdus, mes bien-aimés ! La piscine de feu vous épure enflammés. Ah ! vous me maudissez pour un instant qui passe, Enfants ! mais tout à l'heure, oui, vous me rendrez grâce. Dragons, tombez en cendre ; envolez-vous, colombes ; Vous que l'enfer tenait, liberté, liberté !!

Ce monstre est bien digne du roi Ferdinand,

libertin, fourbe, oblique, Menteur, cruel, obscène, athée et catholique (1) ;

(1)11 dit

Haïr est bon. Tenir son ennemi qu'on broie

Et qu'on foule aux pieds, ah ! j'en écume de joie.

Je suis l'abîme heureux d'engloutir l'alcyon. . .

Le meurtre est mon ami ; les Gains sont mes frères.

et de ce chasseur qui parle ainsi à Toiquémada, devant saint François de Paule :

Torquémada, je te connais Va-t-en.

Retourne en ton pays ; j'ai reçu ta demande (1). Je te l'accorde. Va, fils. Ton idée est grande : J'en ris. Rentre en Espagne et fais ce que tu veux. . . Je donne tous les biens des Juifs à mes neveux. . . Fils, vous vous demandiez pourquoi l'homme est sur terre. Moi, je vais en deux mots le dire. A quoi bon taire La vérité ? Jouir, 'c'est vivre. Amis, je voi Hors de ce monde rien, et dans ce monde moi. . . Avant tout, être heureux. Je prends à mon service Ce qu'on appelle crime et ce qu'on nomme vice. L'inceste, préjugé; le crime, expédient.

J'honore le scrupule en le congédiant.

Est-ce que vous croyez que, si ma fille est belle, Je me gênerai, moi, pour être amoureux d'elle ? Ah ! çà ! mais je serais un imbécile. . ., Ayons donc de l'esprit. Profitons du temps. Rien Etant le résultat de la mort, vivons bien. La salle de bal croule et devient catacombe. L'âme du sage arrive en dansant dans la tombe. Servez-moi mon festin. S'il exige aujourd'hui Un assaisonnement de poison pour autrui, Soit. Qu'importe la mort des autres ! J'ai la vie ! Je suis une faim, vaste, ardente, inassouvie. Mort, je veux t'oublier ; Dieu, je veux t'ignorer. Oui, le monde est pour moi le fruit à dévorer. Vivant, je suis en hâte heureux ; mort, je m'échappe !

François de Paule, à Torquémada.

Qu'est-ce que ce bandit ?

Torquémada.

Mon père, c'est le Pape.

Il s'agit ici d'Alexandre VI Borgia. —Dans Toute la Lyre, publiée en 1893, Victor Hugo nous dit que la lyre, pour être complète, doit avoir sept cordes, que font vibrer {'humanité, la nature, la philosophie, l'art, les effusions intimes, Vamour, la fantaisie. La lyre de l'auteur des Châtiments est plus que complète : elle a une huitième corde, la corde d'airain. Quoi qu'il en soit, le livre s'ouvre par la Vision des Montagnes, où apparaissent et parlent successivement le Caucase, l'Ararat, le Sinaï, l'Olympe, le Calvaire:

Et je vis une colline chauve :

Le crépuseule horrible et farouche tombait. Un homme expirait là, cloué sur un gibet,

(1)11 s'agit d'être autorisé à rallumer les bûchers éteints, les autodafés.

Entre deux vagues croix où pendaient deux lantômes,

D'une ville lugubre on distinguât les dômes.

Les nuages erraient dans des rougeurs de feu ;

Et le supplicié me cria : .le suis Dieu.

J'entendis dans la nuit redoutable et sévère

Gomme un souille d'horreur qui murmurait : Calvaire !

L'obscurité faisait des plis comme un linceul.

l'aie, je contemplais, dans l'ombre où j'étais seul,

Comme on verrait tourner des pages de registres,

Ces apparitions de monlagnes sinistres.

Lorsque c'est la philosophie qui touche la corde qui lui est réservée, on peut deviner que le son, pour bruyant qu'il soit toujours, n'est pas souvent pur, juste, ni vraiment pénétrant.

Voulez-vous savoir comment est comprise, dans cette tête de penseur médiocre et dévoyé, la question de l'Eglise et de l'Etat ?

Y pensez-vous ! l'Etat à l'Eglise mêlé ! Mais par où vit l'Etat l'autel est ébranlé ! Mais de ce que l'un fait l'autre se scandalise I Ou dans l'Etat froissé vous installez l'Eglise, Ou bien vous déformez, par un autre attentat, L'Eglise en y faisant de foxe entrer l'Etat. Alors tout se confond. L'intrigue dit la messe : Alors de ses péchés au crime on se confesse, Alors je ne sais quoi de triste et de petit Entre le prêtre et Dieu sur l'autel se blottit ; C'est l'Etat, c'est-à dire un immense mélange De mille objets honteux, un tas d'or et de fange ; L'intérêt, nain hideux; la brigue, impur démon. Qui met des sens cachés dans les plis d'un sermon C'est le manteau du roi que le prêtre s'agrafe ; C'est l'Eglise prêtant sa tour au télégraphe ; C'est un ensemble vil, morne, déshonoré, Où le profane vit guindé sur le sacré; Alors, c'est le boudoir qui se fait sacristie ; C'est uu festin coupable où l'on mange l'hostie !

La Fin de Satan, publiée en 1886, est l'Apocalypse de Victor Hugo. Pour tuer Abel, Caïn s'est armé d'un clou, d'un bâton et d'une pierre. Le clou devient le glaive de Nemrod et de la guerre : Dieu le brise, pour abolir les combats. Le bâton sera la croix, Où la religion sinistre tua Dieu.

Mais le prêtre chrétien a continué le prêtre juif : 0 nuit ! ce qui sortit de Jésus, c'est Caïphe.

Mais attendez : la pierre de Caïn est devenue la Bastille : la Révolution la renverse et achève l'œuvre de Jésus, avec l'archange Liberté, né d'une plume de Satan, vivifiée par Dieu.

Pour achever le récit fidèle des hallucinations grossières de Victor Hugo, qu'on nous permette de rappeler ce qu'il a dit de Bossuet, le plus grand, après saint Vincent de Paul, de tous les prêtres français. Dans une conférence faite à Paris au Cercle catholique du Luxembourg, je résumais ainsi les outrages du poète contre M. de Meaux : « Pour Victor Hugo, Bossuet, c'est a un pontife du dieu Pan », ou plutôt de Vénus ; c'est le « restaurateur de la Montespan » ; c'est « la haine » ; c'est le prêtre « sinistre, applaudissant » les bourreaux, tous les « dogues du meurtre », les « bacchantes et les ménades » du carnage ; c'est l'orateur funèbre, versant « des larmes de crocodile » ; c'est l'homme digne d'être « exterminé » par « l'alrnanach», parce qu'il prend note « des actions bizarres » de Dieu ; parce qu'il a écrit le « livre » des horreurs de l'histoire ; parce qu'il « poussait Boufflers aux dragonnades »; parce qu'il aimait les« grands bouchers de l'autel et du trône », parce qu'il a bénissait Montrevel » : parce qu'il « jetait Jéhovah sous les pieds d'un monarque imbécile » ; parce que cet «aigle a persécuté » ses diocésains », protestants et mauvais catholiques, (ce sont d ses prouesses d'évêque ») ; parce que, s'il était « féroce contre les protestants, il était fort pleutre » devant le dieu Louis, doiit il a « dépravé » le fils, en flattant « son instinct fauve » ; parce qu'il n'a fait qu'appliquer à l'histoire, à la « légende effroyable des vieux trônes, sa vague déclamation théocratique » ; parce «qu'il a chanté le TeDeum pour les dragonnades », et qu'il est ainsi le digne pendant de Marat (1).

Et dire que notre Gouvernement a fêté avec éclat le centenaire de la naissance de cet homme, mort en « refusant l'oraison de toutes les églises » et porté au Panthéon désaffecté, laïcisé, dans une scandaleuse apothéose ! Sans doute, il faut rendre hommage au poète le plus « extraordinaire » de notre langue, à celui dont la puissante imagination et la faculté d'invention verbale n'ont pas plus été égalées que la « virtuosité » dans la facture de ses chefs-d'œuvre, ou même de ses vers en général. Mais pour des catholiques, il est impossible d'oublier que l'àme de ce poète, monstrueusement orgueilleux, haineux, sectaire, est l'une des plus viles qu'ait connues le xixe siècle. Or, comme

Le vers se sent toujours des bassesses du cœur,

(1) Voir, dans Autour de Bossuet, a, par l'abbé Delmont, la réponse à ces atroces et stupides calomnies. (Victor Hugo contre Bossuet).

il y a dans les Œuvres de Victor Hugo, à partir de 1830 et surtout de 1850, les plus insolentes et grossières diatribes ou goujateries

qu'on ait écrites contre l'Eglise et les prêtres. Voltaire, du moins, avait de l'esprit : Victor Hugo n'en a jamais eu. Il écume, il hâve, il outrage. C'est un génie malfaisant, et, comme le dit M. Bruoetière, « il aura troublé pour des siècles la limpidité de l'esprit français » : ajoutons aussi, la sereine impartialité de l'histoire, rendant justice, avec Guizot, Frédéric Ozanam et tant d'autres, à l'Eglise, mère de la civilisation moderne ; à l'Eglise, dont les moines ont été « les pères nourriciers de l'Europe », d'après Montalembert ; à l'Eglise, dont un protestant a dit que « ses évêques ont fait la France comme les abeilles leur ruche » ; à l'Eglise enfin, au nom de laquelle nous disons à Victor Hugo, en lui empruntant un de ses vers : Vous êtes ce qui hait, ce qui mord, ce qui ment.

Le prêtre dans les œuvres de Casimir Delavigne, de Bèrcmger, d'Alfred de Musset.

Aucun autre de nos poètes n'approche de la frénésie de diffamation contre le sacerdoce, qui, pendant, plus de 50 ans, semble avoir inspiré Victor Hugo en prose comme en vers.

Pourtant, il y a dans leurs œuvres bien des pages déplorables, à cause des idées qu'elles ont contribué à répandre contre le clergé catholique.

Casimir Delavigne, 1793-1813, est louable pour celle de ses Messêniennes, 1813-1818-1822-1827, qui est intitulé Le jeune diacre et la Grèce chrétienne, et pour le beau rôle qu'il fait jouer dans Louis XI, 1832, à saint François de Paule, le vieil anachorète de Calabre, entrant en scène au milieu des cantiques des villageois et se jetant aux pieds du roi, pour lui arracher la délivrance des captifs, à laquelle est attachée la fin de ses remords cuisants :

Viens donc, en essayant du pardon des injures, Viens de ton agonie apaiser Ips tortures. Un acte de bonté te rendra le sommeil Et quelques voix du moins béniront ton réveil. N'hésite pas.

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