XXXV. — De TEurharistie ooninie Sacrement
1415. SapienJia proposait mensam suam. La sagesse a préparé sa table. (Prov. IX. 2.) — il ne suffit pas à la tendresse du père du prodigue d'accueillir son enfant quand il revient à lui ; il fait tuer le veau gras et donner un grand festin. La Sagesse éternelle, le Fils de Dieu, non seulement pardonne au fiécheur repentant, mais encore il le fait asseoir à la table eucharistique et lui donne en nourriture son corps, son sang, son Ame, sa divinité sous les apparences du pain et du vin. Jésus-Christ le Fils de Dieu fait homme, est donc tout entier dans l'Eucharistie ? .Vssurément. — Et nous ne le voyons point. — Voyez vous la parole de celui qui vous parle 1 et pourtant elle arrive à votre oreille, à votre intelligence. — Si nous ne la voyons pas sa parole, nous entendons sa voix. — Hé bien ! il est une voix plus autorisée que toll»' de l'homme, <pii vous dit mie Jésus est dans l'Eucharislie. (]'est la voix il ' l'-sus lui-mt'Mne, c'est la parole de Jésus, écoutez : Je suis le pain vivant '/'■ ' fndu du ciel ; si vous ne manqes ma chair et ne buvez mon sang, ' '"- n'aurez pas la vie en vous. Vos [tères ont mangé la manne dans le il.-..,-rt et ils sont morts ; celui qui mange du pain que je lui donnerai, ne mourra pas: mais il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c'est mon corps pour la vie du monde ; car ma chair est véritablement une nourriture, et mon sang, un breuvage.
lii(). Voilà la promesse. Dieu ne manque pas à sa parole: il a dû la tenir ; 11 l'a fait (3). \ la Cène, la veille de sa mort, il prit du pain et du vin,
(1) Dans les autres bienfaits Dieu nous donne ses biens, l'être, la vie, l'usage de ses créature.'*; en ce mysii^re ineffable lise donne lui-ménie : Quand un homme charitable l>réie V ' iiléiêl, vous dites : C'est un txcelleni homme ; vous avez
>l*'^ ><■ i)i>ur lui. Le Fils de Dieu ne se prête pais, mais il se
' ' - , — . . :. sans autre moiif que sa bonté inefl'abie;ne direi-
> il est bon f N'aurez-rous pasdes tendres.se$i, des affections pour lui Y bonutn um ; il donne un bien souverain, esseniiet, inllni; il est dune souverainemeni, es^eaiielleu.ent, inlloiment bon. (Le Ji.u:tiij.
l'î) F.n lin jour d'nîi >rritirin, on ppul dans l'ex-rdc demander pourquoi ces autels parés, I' -^ant le saint temple, comme aux Jours
' siie. (Juantum potes, tantum aude
^ui.» iniijji uiiiin 'nrjur. i, r.u r ii'ii i -mr , fii iiiii, c'csl un sacremeut, etc.
(3) Dtux femmes vinrent plaiJer devant Saiomun ; la première dit: Sei((neur, enlendet
s'il vous pin" ' : ' - ~'" ■ • ' - - '■' ' ' .i demeu*
rions ensem ma com-
pHk'ne. ayant a uns eo
ni n sein, m« dénibtiiit le miea i|ui éitiit plrin de vie. i'ardonnez-moi, dit l'aulrr, c'est \i.ni-. (|iii avez éiouflé votre enfant. Dieu quelle audace I réplii)ue la pivmii'Te: elle ne M contente pas d'avoir été meurtrière de son enfant, elle se renJ coupable de la plus noire calomnie qui se puisse imaginer. La coatestalioo da ces deux femmes eût eobarraaM
558 sfittMONS DE missions;
les bénit en disant : Ceci est mon corps, ceci est mon sang. La parole de Dieu n'est pas eoniine celle de l'hoinme : elle fait nécessairement ce qu'elle exprime ; une de ses paroles a créé l'univers et le soutient. (Juand <lonc il dit sur le pain : Ceci est mon Corps, plus de pain, mais le corps de Jésus-Christ. Kt les Apôlres se nourrissent de cet aliment divin. Mais cette faveur insigne leur est-elle réservée ? N'y am'ons-nous aucune part ? Hassurons-nous. Tout ce que Jésus-C.lirist a fait, il la fiiit pour tous les hommes. Pour tous il a vécu, pour tous il est mort. Il pensait à nous à la (]èno, il savait que nous serions faibles, il a songé à nous nourrir. Faites ceci en mémoire de moi, dit-il à SOS Apôtres. Ce que Je viens de faire, je vous donne le pouvoir de le faire vous-mêmes comme moi, vous changerez le pain en mon corps ; non seulement je vous le permets, mais je vous l'ordonne.
1417. Et après la Pentecôte les .Vpùtres consacrent, ils meurent et laissent des évoques et des prêtres qui consacrent ; et les (idoles se nourrissent de 1 "Eucharistie. C'est Dieu qui nous en assure, et l'Eglise fait écho à sa parole; et elle nous dit par la bouche de ses Docteurs, par la voix de ses conciles, qu'après la consécration, il n'y a plus de pain, ni de vin, mais le corps, le sang, l'Ame, la divinité de Jésus-Christ, sous les apparences du pain et du
et mis en peine le plus habile jurisconsulte, vu qu'il n'y avait ni écriture, ni témoin, ni autre preuve ou indice <le la vérité du fait; un rayon de la sagesse que Dieu avait communiquée à ce jeune prince éclaire son esprit sur l'heure: Qu'on apporte une épée, dit-il, cette femme dit que l'enfant qui «st en vie est à elle ; l'autre dit que c'est le sien : pour les mettre d'accord, il faut partager ce qui est en question ; qu'on le divise, et qu'on en donne la moitié à l'une et l'autre moitié à l'autre. Cet arrêt sanglant perça le cœur de celle qui était la vraie mère; non vinci metuens, sed orbari, hec jam solatio proprio consulens sed filio; Hélas! dit elle, ne le pariagez pas, donnez-le-lui plutôt tout entier : j'aime mieux voir mon fils en des mains étrangères que de le voir égorger devant mes yeiix. Non, non, dit la fausse mère, qu'on le divise, je me tiens a la parole du roi. Donner-le à la première, dit Salomon, c'est elle qui est la vraie mère. Tout le monde cria : Merveille, miracle de justice! La reine de Saba, vint d'Orient exprès pourvoir ce jeune prince, qui avait su se tirer d'une affaire si embrouillée et donner un arrêt si judicieux. Il faut que la sagesse de Jésus-Christ soit beaucoup plus grande, sans cela en effet elle ne serait pas infinie.
Quand il fut sur la fin de sa vie, deux natures plaidaient à son tribunal, la nature angélique et la natuie humaine. Les anges voulaient l'avoir dans le ciel et les hommes voulaient le retenir sur la terre ; les anges disaient: Cwlum cœli Domino ; les hommes répondaient : Terram autem dédit filiis hominum; il est filius David, fllius Abraham; les anges remontraient que lui-même a dit: Celui qui s'humiliera sera exalté; il s'est abaissé jusqu'au centre de la terre, il a donc mérité d'être élevé au plus haut des cieux; les hommes reprenaient : Il a dit que se< délices sont d'être avec les enfants des hommes; les anges disaient qu'il duil y avoir quelque proportion entre le lieu et la chose qui y est placée; le corp^ de Jé^us-Christ est immortel, impassible et glorieux, il ne doit donc pas demeurer en cette vallée de larmes, en ce séjour de misères et de souffrances; les hommes répliquaient que son corps n'est pas céleste, mais composé de terre; les anges disaient : Il est môme expédient aux hommes, pour le mérite de leur foi, qu'il se retire du monde, car s'il demeure parmi eux, leur fui, n'aura point de mérite et ne sera plus une vraie foi, puisqu'ils le verront au lieu de le croire: Heali qui non viderunt, et credide» runtl fidet est credere quod non vides, argumentum nonapparentium;\eihomvaM répliquaient: Il est fEpoux de l'Eglise, il doit demeurer avec son épouse: Quod Deus conjunxit, homo non separel. C'est Dieu son Père qui l'a uni à l'Eglise, lui qui est homme ne s'en doit pas séparer; il est le pasteur de cette bergerie, le berger doit toujours marcher en léte de ses ouailles; Ante eau vadit ; il est le père et le chef de cette famille, il doit demeurer au milieu de ses enfants; c'est lui qui dit par le prophète: Perambulabam in innocenlia cordis met, in medio domus meae. Que fait le Sauveur? Il ne dit pas comme Salomon: Dividatur ; je me partagerdi moi-même; sa sagesse infinie trouve l'invention d'accorder ces différends et de contenter les deux parties.
Vado, et venio ad ros.Les hommes disent que je dois être uni à mon épousée et demeurer parmi eux: et je ne serai pas seulement parmi eux, mais en eux; je me lierai à eux cœur à cœur, corps k corps et esprit à esprit. Les animes disent que si je demeura parmi les hommes, ils perdront le mérite de leur foi, ne croyant que ce qu'ils verront ; mais je m'y mettrai sous une telie forme, sous des apparences si faibies, que re sera une très grande fui de croire que j'y serai et en même temps je serai dans le ciel.
Agésilas, capitaine lacédémonien, étant obligé de s'éloigner pour quelque temps d'un de ses favoris qu'il aimait avec pa.<?sion, s'écna en s'en séparant: Oh I qu'il est difficile d'aimer et d'être sage tout ensemble I Oui c'est difficile aux hommes, mais en Jésus* Cbrisl tout est bonté et sagesse tout à la fois. (Le JsonE}.
L*KUCHAftl8Ttti 559
vin. 1-a sainte Iilglise assistée de Dieu déclare analhème «juiconque oserait nier celle vérilé. Kl Notre-Seigneur plusieurs fois s'est manifesté visiblement lui-ni^rnr^ i1;ins la sainte Kuoharislie.
\r lit chef saxon, ennemi de la foi et {)ersécuteur des chrétiens.
Cha, le convertit et voulut être son parrain, au jour de son bap-
tême. \ iliUiud, pour s'instruire plus à. l'aise des vérités cjitholiques, se déguisa im jour sous les haillons d'un mendiant, et vint dans cet état assister aux cérémonies de la semaine sainte. Or, pondant que le prêtre donnait la communion, il vil un bel enfant qui souriait aux uns et repoussait les autres. Il raconta cette vision à Charlemagne. qui l'instruisit du mystère de l'Kucharistie. et lui donna un prêtre, qui pût lui dire tous les jours la sainte messe, après son retour en Saxe (1). Mais quest-il besoin de ces preuves, n'en avons-nous pas de frappantes et en nous et autour de nous? Quand nous avons communié ilans do s.iintes dispositions, n'avons-nous pas senti que ce n'était pas un repas ordinaire commun que nous venions de faire, et la joie de notre cœur ne nous a-t-clle pas révélé la présence de celui qui fait les délices du ciel 1 lies remords qui bourrèlent celui qui communie indignement ne prouvent-ils pas aussi clairement la même vérité ? Autour de nous, remarquez ce qui se passe : c'est la communion qui est la source de tout le bien 'nn- m mis voyons accomplis. Quelles sont les âmes pures dans toutes les la société, dans tous les sexes, ce sont celles qui se nourrissent
de 1 I ie. Il n'y a que le Dieu de toute sainteté qui puisse les préser-
ver de la corruption du siècle. C'est lui qui se donne à elles et leur communique ses vertus.
L'autel eucharistique est pour la vie chrétienne la source intarissable, l'inextinguible foyer. Ici elle puise et s'épanche, ici lui montent à l'esprit les grandes pensées, au cœur les desseins magnanimes et la force de les accomplir. \n f<\ la sève qui fait éclore, suaves de teintes et de parfums, les fleurs de \ nt s'émaille à toute saison le jardin de l'Eglise, ici la chaleur
qui et nmrit les fruits de sainteté dont se charge chaque jour la
table <lii 'Il vin Koi.
1418. L'Kucharistie contient donc : l» Le corps de Notre-Seigneur. Ce
' rmé dans le sein virginal de Marie, qcn s'est fait voir petit enfant, à
I!. qui s'est durci au travail pendant trente ans, cette bouche, dont
1 iicMiu-iice entraînait les foules au désert, ce visage dont la beauté ravit
Madeleine, ces mains qui guérissaient les malades et répandaient des bien-
(}) {a) L'histoire a conservé le souvenir d'un miracle éclatant qu'opéra aa xui*" siècle, à Tooloose. saint Antoine de Padoue. Un tiéréiique nommé Guiald, fort renommé dans la ville par sa prétendue science, entreprit de discuter avec le saint. Confondu par lui, il chercha à échapper par un faux fuyant. « Plus de paroles, lui dit-il, venons-en aux faits : J'ai une mule, je vais la priver pendant trois jours de toute nourriture, vous vous présenterez à elle avec l'hostie, el je lui ofTiirai à manger. Si, dédaignant le foin, elle se tourne vers vous, je me onv^nirai. » Le saint accepte la proposition. Au moment venu, c'était un jour de marché, Antoine prend l'ostensuir el l'hostie consacrée entre ses mains, entouré de chrétiens qui chantaient des cantiques, et se rend au rendezvous. Guiald arrive avec sa mule afTamée, el en présence du peuple, lui présente du foin. Antoine, le visage inspiré, lui dit : « Au nom dp ton Créilpur, j»" l'tirdonne d'ado rer ' i>> porte dans mes mains, afin qu' :i
que ' eun-mémes reconnaissent la divi
Aus» . ' *" '''^■'•" le genoux el place sa u .^ \
immobile. Les igissenl et les catholiques i
se convenu uvi i famille, et lit bâtir à I'cim / i-
église en l'honneur Ue saml l'ierre.
{b) Mais sans parler des miracles de ce genre, n'est-ce pas nne merveille de chaqne jour que la pureté de ^ .. ....:,,-... ■ „
lion, savent se conse: ^
milieux ^voir la note ,
pas là un pro'iiffe perp^^uel plus écUtaiil que la n de* aiiemlrs des llamme*
de la four-iiisi- .)(' l!i'^y!'f^>« (oiir Haniel «!«#>; s? Rt puis s' nous inierro-
(,'eoiis noi: : une communion bie*
iaite, le!« i .ne sommes- nous t>as
obligésde ici.^......^...^, -,1.^ .*...^ ..^.-, — . ... ^.cv... v.-..., — o''*t« sacrement de no»
ftulels 7
^>60 SEIIMONS bE MISSIONS
faits, CCS pieds qui se sonllassés à la poursuite de la brebis ésAvèe, qui ont été IninsporiM's connue N's njains au Calvaire, sont dans l'Eucliarislie ; et ce corps divin v rsl glorieux rotnnic au jour de sa résurrection ; bien que d'une manière invisible pour nous, il a. aux yeux de la foi, l'érlat qui éblouit ceux qui furent lènioins de son Ascension : en sorte (jue l'Eucharistie est comme le résumé de tous les mystères du Sauveur.
iii!). â»> Le sanij de Jésus est dans l'Eucharistie, c'est le plus noble qui ait coulé dans les veines de l'Iunnanilé, c'est le sang des patriarches, des rois <le Juda, de la Vierge Marie, le sang qui a teint les voies douloureuses du Calvaire, qui lave les consfienccs etéteml les llammes éternelles.
1 i:20. li" L'âme de Notre-Seifjneur est dans l'Eucharistie, car Jésus-Christ ressuscité ne meurt plus, son i\me ne peut donc être séparée de son corps. Quelle i\nie (jue celle de Jésus ! (Parlez des belles âmes des petits enfants, des r/rands saints, et dire que toutes les âmes saintes ne sont que comme un filet d'eau qui descend de cette f/rande source, l'âme de Notre-Seigneur.)
{{•i\. 4t> Tous les attributs divins sont en lui ; car Jésus-Christ est véritablement Dieu; et fjuand on l'a dit, il faut garderie silence, car il est impossible de concevoir Dieu. 0 res mirabilis manducat Dominum, pauper, servus et fnimilis (1). Li où est le Kils, là est le Père ; là où sont le l'ère et le Fils est aussi le Saint-Espritt.les trois Personnes Divines étant inséparables. En sorte que la Trinité tout entière s'incline vei*s une àme qui reçoit la sainte Eucharistie (voir n» W'.SV)) ; et cette âme devient le ciel même, le sanctuaire de Dieu. Un raconte d'une petite fille qui avait été inondée de joie au jour de sa première communion, (pi'elle répondit à ceux qui lui demandaient ce que c'est que le ciel : Le ciel, c'est une première communion qui dure toujours ; mais si vous me demandez ce que c'est que la communion, je pourrais vous répondre avec plus de vérité : C'est sur la terre un ciel de quelques instants. On conçoit parla la vérité de la parole de sainte .Marie-.Madeleine de Pazzi : Celui qui a communié, disait-elle, peut s'écrier : Tout est consommé ; car Dieu en se donnant à nous ne peut rien nous oITrir de plus précieux, malgré sa toute puissance; tout sage qu'il est, il ne sait rien nous donner; et tout riche qu'il est, il n'a rien à nous donner de plus grand.
14i2. 5" Mais tout cela à travers les ombres de la foi, sous les apparences du pain et du vin. Dieu se cache, (a) parce que nous serions incapables de soutenir sa gloire s'il nous la révélait et nous n'oserions approcher de lui ; (6) afin de nous laisser le mérite de la foi : nous n'aurions aucune peine à croire et à aimer, s'il se montrait tel qu'il est ; (c) alin de nous contraindre à l'aimer davantage, par les abaissements mêmes auxquels il se condamne, pour l'amour de nous. Il m'est d'autant plus cher, qu'il s'est fait plus petit pour l'amour de moi.
142:}. (d) Sous les apparences </m pain et du vin, pour nous inviter à nous nourrir de lui fréijueinment ; comme nous nourrissons nos corps parle jtain et le vin f2^. Avons-nous compris cette vérité ? Si nous l'avons comprise,
(1) A la veille d'une grande fête, Turenne se préparait à communier; quand la clo* chelte en annonça le moment, il se dirigeait vers la table sainte, sans prendre garde à ceux qui étaient autour de lui. Un homme le précédait sans le savoir : c'était un de se» valets, auquel un des témoins lit remarquer qu'il devait être derrière son maître. Le valet se détourne et dit à Turenne : « Passez, Monseigneur. — Mon ami, répond Turenne, il n'y a d'autre seigneur ici que Celui que nous allons recevoir. Va le premier ».
(i) « Vous, rois du monde, vous ne pouvez vivre qu'en mangeant, qu'en vous asseyant à une table pour y dévorer du sang, de la chair, des herbes disputées aux plus vil» animaux, qu'en souflTrant au dedans de vous une inexplicable transmutation (changement) de la matière inanimée en la glorieuse et vivante substance de l'homme. Vous rois du monde, pour qui celte terre est trop étroite, vou» ne pouvez poser deux pierres l'une sur l'autre qu'à l'aide d'une instrumentation qui soumet votre génie à quelque morceau de bois mort. Car qu'est-ce qu'un levier ? Un levier c'est un bâton ; oui, hommes superbes, mathématiciens, savants, artistes, pour fonder ce temple oii je vou» parle, vous avez eu besoin d'un bâton i votre pensée l'a conçu ; mais c'est un bâton mit sur un bâton qui l'a élevé I
Jouir de Dieu, éire en Dieu et avec Dieu, plongés dans son sein pendant l'éternité, voilà la vocation de l'homme, et cette vocation ne peut nous avoir été donnée sani
l/AtX'KAllON DE N.-S. AtJ SAINt-?ACRFMENT 5G1
>iiiiiiirii. Irons-nous reiix qui s'ccarlent de la table sainte ? Ah ! si vous ne II; - la fhairiiu KiJs île Thomnie et ne buvez son sang, vous n'aurez
I II vous (1^ (iomprendrez-vous ceux qui 4'onimunienl avec une faute
sur la conscienco. ceux qui par nonchalance ncgligenl de se mettre ' de communier souvent, ceux qui manquent la messe le dimanche, ceux'i ! devant une église, aperçoivent un clocher, sans faire dans
lf»ir ' I te d'aduratiun et d amour, ceux qui ne visitent jamais le
lUCUl ?
lit Alexis, d'une grande famille romaine, le soir même de ses noces, (juitu la maison paternelle, pour vivre loin, dans la pénitence et l'humiliation. l)ix-sept ans après, il retourna chez ses parents, couvert de haillons et remlu méconnaissable par ses austérités. 11 passa dix-sept ans sous un escalier dans la nmisnn paternelle, ne se faisant connaître d'aucun des siens; " ■ et un t'crit qu'on trouva sur lui le fit connaître. Sa pauvre mère
inl en larmes, s'écriait : O mon fils, fallait-il donc, après avoir tant II. ;.ii. 1. >.nis revoir, vous connaître si lard! .\prés la mort, quels seront les regrets île ràine(|ui, se trouvant en face du Dieu du tabernacle, s'écriera : O
Dieu, r ' vousai-je si tard connu ! Epargnons-nous ces regrets. 0 mon
Dieu. / ma foi et mon amour pour vous ; je communierai souvent,
je ne i: , li jamais la messe p;"" '" < r.niio i.- v.his visiipiai fié.inem-
ment, etc.
XXWI. — Li'a<loratioii de Xutre-Seigneur au 8aiiit-Sacreiiieut.
142.5. Venes. adorons et prosternons-nous devant Dieu. (Ps, xciv.)— Cette invitation de David à son peuple nous est adressée à tous. Notre Dieu est avec nous dans nos tabernacles ; venez, adorons-le : c'est notre devoir, c'est iintrc intérêt.
I l'2*K L'adoration est l'acte de religion par lequel nous reconnaissons la sou- • '-ruine majesté de Dieu, son domaine absolu et essentiel sur nous et sur tout
une fjfce cor">-'--" *■■"''» ■<"''. nous prépare, dès ce monde, à notre état final. Etres destinés à une i: (S l'infini, nous devons puiserqueique part la semence efficace Je ce . lit.
lidlure nou» verse ses trésors pour entretenir noire vie terrestre. Dieu né- . nous verse aussi les siens pour nous élever jusqu'à sa vie ; et, selon la iMi giTicraie de la communication des forces, c'est dans un instrument que l'énergie surnaturelle nous e«t présentée et s'incorpore à nous.
« La parole est de l'air mis en mouvement : mais quand l'âme y entre, elle devient éîo'iurrcr, jn^tire, vf'riié. Que sera-ce quand Dieu s'y met ! L'eau est de l'hydrogène II' • l'homme y entre, elle devient vapeur, célcrilé.
c • ra-ce quand Dieu s'y met t Gloire à Dieu, qui
e.^i jcMiriic :>! i^iaïf, uoii^ >jr si la^nt-n movcns et devient lui-même notre nourriture sous les apparences du pain et du vin (^Lacordairb), »
(1) (a) Napoléon l»*", entouré d'un brillant ètal-nr- - "-'--'-:• «ps officiera se rappeler les uns aux autres les époques les plus mémoi ; il les écoutait en silence; puis tout à coup : • Messieurs, dit-il, savez c plus beau jour de ma vie T — Marengo, dit l'un. — Les Pyramides, dit l'autre. — Les gloires d'Aosterlitt lit disent les autres. — Vous n'y êtes pas, Uessipurs, c'est le jour de ma première communion. » Les ofltcier« S9 regardent avec surprise ; un seul, ému, laissa couler une larme. Napoléon lui frappa sur l'épaule : ■ Très bien, dit-il, je suis heureux que lu m'aies compris. »
(b) Quand sainte Véronique Giuliani fit sa pn nunion, elle éprouva dans
800 coeur un tel amour de Jésus, qu'une chaieur • ure, mnix fnn dntire. em-
brasa sa poitrine. De retour chez elle, s'imaginaui que luus ceux '-ni
épronvaient cette chaleur, elle demandait à ses soeurs si cette ica
qui, vuyaiil rcMjlul iJe la lianclier. 11 ditoon a l'un le pi ,' el
en adjugea i > . ire, et luus deux furent satisfaits. Le ciel rt' n-
neur de po»*t»dfr J>>siis-i,tiri«t ; la terre en avait t>e*nin ; D-ea, dan» m gHg'-Niw. t't donné glorieux au ctel, eo le laissant 6ur la terre, voilé tous tes umbros du SacraiMOt.
562 SERMONP DE MtSSiONS
of! qui existe. Il osl nécessaire que la créature raisonnable adore : aussi le ciel et la lorre sont on ailoralinn |ifr|tétiielle. Une font les an^'es au ciel, qu'ont fait les saints dans leur pèlerinage siu* la terre ? ils ont adoré. 0"cl besoin éprouvons-nous noAs-méines en présence de Dieu, si nous connaissons tant soit peu sa grandeur infinie, sinon de reconnaître noire néant et de nous abaisser devant sa majesté, confessant fpic nous tenons tout de lui. Kt certes les créatures sans raison n'adorcnt-elles pas à leur manière? Cœli enarrant f/lorinni /Jet. Le brin d'berbe, le grain de sable, comme les astres, louent Dieu, en exécutant ses volontés. « La créature privée de raison et de sentiment n'a point de c(i,'ur pour aimer (Dieu), ni d intelligence poiu-le cduiprendre. Ainsi ne pouvant connaître, tout ce quelle peut, dit saint Augustin, c'est de se présenter elle-même jï nous pour être du moins connue, et pour nous faire connaître son divin auteur. /Vo eo i/uod iiossi' non possunt, quant iniiotescere vefle videntur. C'est pour rela (pTelle étale à nos yeux avec tant de magnilicence. son ordre, ses diverses opérations et ses inûnis ornements. Klle ne peut voir, elle se montre ; elle ne peut adorer, elle nous y porte ; et ce Dieu qu'elle n'entend pas. elle ne nous permet pas de l'ignorer ; c'est ainsi qu'imparfaitement et à sa manière, elle glorilie lePére céleste. Mais riiomme, animal divin, plein de raison et dinlelligence, et capable de connaître Dieu par lui-même et par toutes les créatures, est aussi pressé par luimême et par toutes les créatures à lui rendre son adoration. C'est pounjuoi il est mis au milieu du monde, mystérieux abrégé du monde, afin (|ue contemplant l'univers entier et le ramassant en soi-même, il rajiporle uniquement à Dieu et soi-même et toutes clioses ; si bien qu'il nest le contemplateur delà nature visible qu'afin d'être l'adorateur de la nature invisible quia tout tiré du néant par sa souveraine puissance. » (IJossukt). Mais adorer Dieu au Saint-Sacrement,
i427. — I. C'est notre devoir : io parce qu'il est Dieu. Le Fils éternel du Père a reçu avec lui au ciel les adorations des anges, dès qu'ils furent créés. En venant sur la terre pour se faire homme, il n'a pas cessé d'être créateur de tout ce qui a vie. Aussi, dès sa naissance, il fut adoré de la sainte Vierge, de saint Joseph, des bergers, des rois de l'Orient. Durant sa vie |)ublique, les malades se proslei'naicnt devant lui en l'adorant-; les démons eux-mêmes confessaient leur dépendance de sa grandeur ; et les bourreaux se frappaient la j>oilrine en disant qu'il était vraiment le Fils de Dieu : les deux l'adorèrent en envoyant ime étoile merveilleuse à sa naissance ; la mer le reconnut pour son Dieu, en devenant sdlide sous ses pas ; le soleil s'obscurcit et la terre trembla à sa mort. Hemonté dans sa gloire, il voit tout genou fléchir à son nom, au ciel, sur la terre et dans les enfers. Pour ne pas nous laisser orphelins, il est demeuré avec nous dans rKucharislie. Il est là tout entier, comme il était sur la terre dans sa vie mortelle, comme il est au ciel dans sa vie glorieuse. N'a-t-il pas les mêmes droits a nos hommages ? Ah ! saint Chrysostome voyait <les troupes d'anges environner l'autel pour lui faire la cour.
1428. 20 C'est là surtout que nous devons l'adorer: car \) c'est là qu'il s'anéantit pour nous ; et l'amoiu* (pi'il nous témoigne nous presse de lui rendre, [»arla ferveur de nos adorations, la gloire dont il se prive. 2) C'est là qu'il est méconnu, oublié par tant d'Ames indilTérentes. Nous qui le connaissons et qui sentons ce que ces mépris ont de cruel, ne devons-nous pas les réparer par nos hommages? Donc, venez, adorons-le, c'est notre devoir.
Tous les saints nous recommandent d'honorer .lésus crucilié pour réparer les injures qu'il a subies dans sa Passion. Il en essuie bien plus en l'Eucharistie. Il n'a souffert que quebjiies heures à Jérusalen, de la part des juifs etdes gentils ; mais sur nos autels il est abreuvé d'outrages depuis dix-nenf siècles, non seulement par les juifs et les infidèles, mais encore par les impies, les chrétiens sacrilèges et parles unies tièdes.
1429. 3° Les saints l'avaient fompris. Saint Paulin ditque,silfis chrétiens visitent avec grand respect la crèche où le Fils de Dieu est né, le Jourdain où il a été baptisé, le jardin où il a sué, le calvaire où il est mort, le tombeau où il a été enseveli; s'ils sont heureux de recevoir et de conserver un peu de poussière de ces saints lieux, parce que le Sauveur les a autrefois ho-
. AIMJKAllUN JJti .N.->. Al .--Al.Ni ."-ACUt.M EN 1 L)G3
n nm : à ()liis forte raison nous devons visiter fivcr grande
V. inte Kiicii.irislie. pour y voir el rerevoir toute autre chose,
C' me on propre personne. La comtesse Féria, de la
h< restée veuveà viniil-quatreans. passait une grande
p ..liii le Sainl-Satremenl (voir n' 1671>. Cest là que
s ' et saint Fram.ois Kègis venaient se délasser de leurs
f t Ce ilernier, quand il trouvait la porte del'église lermée,
r< itières, adorant Noire-Seigneur. Saint François de Uor-
g: ■ (Kir jour sa visite au Saml-Sacremenl (l>. L'empereur
L lie, noni'ontent d édilier toute sa cour, en communiant tous
k-- ' tous les jours de fête, voulut que le saint Viatique fiît porté
avec toute la pompe et tout llionneur qui sont dus A la Souveraine Majesté, tjuand il rencontrait lui-même le Saint-Sacrement, il descendait de cheval, se irtellaif à genoux, même dans la boue, pour l'ailorer et l'accompagnait ensiiifp la tête découverte. In jour, il fut surpris par une pluie battante, faisr ■ à .Notro-Seigneur ; ses courtisans l'invitèrent à se couvrir la tète :
I' ludre la |>luie. répondit-il, au service d'un Dieu pour lequel on
■ \rail, verser son sang {i). {Léonard de Port-Maurice.) On appelait, à
(I) (a) Le célèbre général aulrichieD, le baron de Géramb, quelques mois avant d'eoirer à ia Trappe, traversait Lyon avec son costume de général, quand il rencontra un pr(»irp ti.,r' ml le Saint Viatique ; il se prosterna aussitôt à terre dans la rue : et comme U' enfants qui portaient le dais frappait l'autre, le général se relève, prend le
Ij • et renvoie l'enfant de chœur étourdi; il accompagne lui-même le prêtre
c! liie à l'église,
iéna, l'armée française se reposait victoriense, qnand on prêtre p»5>c ; c » unique à un moribond; l'empereur s'en étant aperçu, fait ranger
l'armée es et ordonne aux soldats d'incliner, sur Je passage du prêtre, leurs
armes ■•
ches de O'Connel étaient un continuel triomptie. Dès qu'il arrivait dans ua e catholique Irlande dont il fut le libérateur, les populations entières des heax les pui- cnaient à sa rencontre, les bannières déployées: dès qu'on le
voyait appar : ats faisaient retentir les airs ; mais lui, à travers lescris enthou-
siastes, les i^^' .^y .^^cii de verdure, entre les haies d'une foule compacte, impatiente de le voir el de l'entendre, allait toujours tont d'abord adorer Jésus-Christ dans son templf.
7, un soldat allait tous les jours, depuis quelque temps, à la cathédrale
d'une heure à trois heures de l'après-midi, se tenait debout immobile au
■ui it !j - '- • ' ■ ' '..int venu visiter la cathédrale avec
s« femi; .; que pouvait être ce soldat. « ('.'es*.
un exce — .. appela à la sacristie et lui demanda
pourquoi li pi t a I église. « Mon capitaine, répondit-il. j'ai remar-
qué qu'il y a ., ,iil les généraux, les colonels, l'évêque el le préfet;
•t le bon Dieu 'jui e^si 11 saut bien ces gens-là; je viens passer mon temps libre à lui servir de factionnaire ; et je suis si heureux devant lui que je ne trouve pas le temps long. I
(e.) II y avait à Ars, a» temps du vénérable M. Vianney, un bon père de famille, an simple cultivateur, un finivre pay<.in sins lettres, qui faisait la joie de son curé, et dont B0D8 avons enieni -me, M. Vianney nous redire en pleurant
la très simple et t l'il allAl aux champ*, ««mi qu'il en revint,
ce brave homme ne pissau j.i^ikus des i <■ :\:-.>- " ' . , vKt
ses instruments de travail, son hoyau. sa i ' les
heures iivsis m \ sreniiiix. en iirt*'<»'ni!f du li ... ;r^j
Cl el hom-
U)' • . ; il delui
d' ir peu l-'iui les loi»,;ues visitea
qi; iir? —Je ne lui dis rien; je
i) (II) L'histoire rapporte que saint Louis quittait souvent son palais et allait s'as«eoir
re" ,1-
ra ! , .
b»-- ftiie liu bien (i tnus .'
■!i«nt en voiture dnns la campagne, feneontra
on \\i-à:':r le V) Il ,' \ un mataie. Aussitùi il descend de voiture.
y f«ii m niT i? pi 'e nue, les matn^ K la por('^r«, jusqu'à la portf
du nialii !•' 'lui f*' ' - . , . .
564 SERMONS DE MlSJîlONS
Home. saint lîonnit Liibio. le paiivro des quarante heures: il passait loiile la journée en ailoiation. «lans les éirlises où le SHint-Sacreinent élait exptjsc. (Jiiand il ne rrrilail pas l'oniee, ilseinhlail en extase, (l'est un saint, disaient tous ceux <pii le voyaient.
J4:{0. — II. C'est notre intérêt. .S'il est notre Dieu, il est par conséquent la source de toute gn\ce, et tout bien. « .S"il nous a donné l'être, à plus forte raison devons-nous croire <pi"il nous en donnera toutes les suites jusqu'à la dernière consoniniation de notre réiicité, pui.squ'on peut aisément nenseifju'une nature infinie eUpii n"a pas besoin de nous, pouvait bien nous laisser dans notre néant; mais quil est l(»ut à fait indigne de lui. ayant commencé .son ouvrage, de le laisseï- imparfait et de n'y mettre j)as la dernière main: d'où il s'ensuit que celui-là même qui a bien voulu nous donner lèlre, veut aussi nous en donner la perfection, et par consé<|uenl nous rendre heureux, puisfjue l'idée de la perfection et celle de la félicité sont deux idées qui c<jncourent; celui-là étant tout ensemble heureux, aussi bien que parfait, à qui rien ne manque. Kl c'est là ce qu'il est nécessaire que nous «-onnaissions de Dieu pour l'adorer en vérité, à savoir qu'il est une nature infiniment bonne et nienl'aisante, parce que l'adoration que nous lui rendons n'enferme pas seulement une certaine admiration, mêlée d'cm res[»ecl profond pour sa grandeur incompréhensible, et une entière dépendance de son absolue souveraineté, mais encore un retour volontaire, à sa bonté infinie, comme à celle où nous trouverons, dans la perfection de notre être, le terme de nos désirs et le repos de notre co'ur : Adorabunt Patrern » (Bossikt).
Notre-Seigncnr a pour nous une tcndiessc qui le porte à déverser sur nous tous ses trésors. Sa nature, c'est lalionté. 11 est père, il est mère, il s'est fait notre ami, notre frère, noti-e sauveur. 11 nous rendra au centuple ce que nous ferons pour l'honorer. Ses Apôtres lui restèrent fidèles, quand les autres l'abandonnaient, u C'est vous, leur dit-il, qui êtes demeurés avec moi dans mes épreuves: et je dispose en votre faveur de mon royaume, comme mon Père en a disposé en ma faveur. »
Donc approchons-nous du tr«)ne de la grâce, afin d'obtenir la miséricorde. Le pécheur à ses pieds trouvera, avec la contrition, le pardon de ses fautes; l'affligé, la consolation ; l'àme faible, une force divine; le juste, la persévérance. Un empereur romain, Titus, avait pour maxime (\n un prince ne doit, jamais renvoyer mécontents ceux qu'il sidmet à .son audience; et il agissait en conséquence, .\insi en est-il à plus forte raison de Nolre-Segneur à l'égard de ceux (pii viennent lui offrir leurs hommages. (I). -