‹ Le Prêtre dans le ministère de la prédicationChapitre 138 sur 416 · II BÉGLEMENT DES PERSONNES PIEUSES · texte numérisé non relu

II BÉGLEMENT DES PERSONNES PIEUSES

ir>H. Les exercices marqués dans le r/>glement ci-dessus, conviennent à tous les chrétiens ; mais il est des Ames qui, comprenant l'excellence et les avantages d'une vraie dévotion, sentiront le besoin d'ajouter quelques autres pratiques à celles que nous y avons marquées. Voici dune des exercices plus particuliers pour elles.

Tous les jouys : Quelques instants, et s'il est possible une demi heure, consacrés i l'oraison, la messe entendue, une lecture spirituelle d'au moins un quart d'heure, la récitation du chapelet.

Chaque semaine : ou au moins tous les quinze jours, la confession, la communion selon l'avis du directeur.

Chaque mois: Direction et revue du mois, ou préparation à la mort.

XL VI. — Amour de Dieu.

1512. \'ous aimerez le Seif/neur votre Dieu, de tout votre cœur, de toute votre dme et de toutes vos forces. (M.\t. \xii, 'M.) — Si Dieu nous eiil ilprendii (le l'aiirier, noire vie devfail se consumer on larmes et en prières pour obtenir (le lui qu'il <Jaiçni\t nous le permellre. Mais dans sa miséricorde pour nous, non seulement il ne nous défen«l pas de lui donner noire cu'ur, mais iiK^meil nous le demande cl il nous lait le commundemenl de l'aimer de toiilesnos forces. Commandement (pi'il appelle le premier, et le plus grand de tous ; car l'amour de Dieu, c'est la lin de riiommc, le but de sa création ; r'csl la vertu la plus parfaite, celle qui nous unit A Dieu cœur à cœur, qui nous rend ses amis cl nous assure son amitié. Aussi est-ce à faire naître la charité dans nos cumu's que tendent toutes les pratiques de la vie chrétienne et toutes les méditations sur les grandes vérités.

La crainte des chAliments de Dieu est comine raigiiille, qui introduit en nous le fil de la charité, selon le langage de saint Augustin. Toutes les dévotions, même la dévotion si excellente à la Sainte Vierge, n'ont pour but que de nous mener à l'amour divin. (]omme couronnement de toutes les méditations précédentes: I, considérons l'obligation où nous sommes d'aimer Dieu ; II, indiquons les moyens d'acquérir l'amour divin ; et III, voyons comment nous témoignerons à Dieu notre amour.

toi:*. — I. Obligation d'aimer Dieu \^ à cause de ses bienfaits.

i) Kn prMant l'oreille A la voix «les créatures, saint Augustin les eiitciiu.u! lui crier d'aimer Dieu : Cœlum et ferra clamant. Domine, ut amem te. \je ciel avec ses astres, avec ses nuages, la terre avec ses productions nous disent : Aimez votre Créateur qui vous aime.

i) tlonsidérons-nous nous-mêmes : (a) dans l'ordre de la nature, ([mc de niîiiix ilont nous sommes préservés, rpie de biens nous possédons ; à qui le devons-nous ? A Dieu (1). (b) Dans l'ordre de la yrdce, le baptême, une

(I) (a) L« saint abbé Gérastme, se promenant un jour sur les bords du Jourdain, vit vtnir à lui un lion qui, paraissant souffrir horriblement, lui présentait la patte. Gérastme s'assied, prend la patte de l'animal et y voit un abcès formé par l'éclai d'un roseau, il ouvre l'abcès, le panse ; et le lion, soulagé, s'attache au saint abbé et l'accompagne partoui, ne cetisant de lui donner des marques de sa reconnaissance. Quand le saint homme fut mort, le lion ne ce^sa de rugir de regret jusqu'au jour où il expira sur le tombeau de son bienfaiteur. 0 homme, interroge tes animaux, ils t'apprendront la reconnaissance I Les animaux oublient facilement, et cependant le chien se souvient d'un morceau de pain noir, dur et moisi qu'on lui a jeté, et toi qui te souviens de tant de choses, tu oublies non seul»'meni la viande qui entoure l'os que tu jettes aux chiens, mais même les plus ri( ' ' Mis de Dieu 1

(b) ■ r, né dans le Forer, se fixa A Lyon où il exerçait le métier de serrurier, li -, ans cesse : « Toujours grâces à Dieu, » invitant tous ceux qui le visitaient et s'excitant lui-même à la reconnaissance pour les bienfaits du Seigneur.

C'est pour vous, A hommes, que les cieux se remuen:, que les astres brillent dans le ciel, que le feu échauffe, que l'air rafraîchit, que les rivières coulent sur la terre, que la terre produit des plantes, que les pierreries éclatent, que les animaux vivent et travaillent ; et pour vous enfin que Dieu tient en haleine et en exercice toutes les créatures, lorsque vous y pensez le moins ; quand vous jouez ou que vous dormez, quand vous l'injuriez et l'olTensez, il pense à vous, il agit pour vous, et vous destine le travail et la sueur de toute la nature. Admirez de grùce la suavité et la générosité de son cœur royal et divin. Pendant que vous le mettez en oubli, pendant que vous êtes en votre lit, et

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éducation chrétienne, les sacrements ; à qui en sommes-nous redevables ? A I' " -^rve-l-il encore? Le ciel, bonheur infini, le bonheur dont

t ces gi'Aces. que lui ont-elles coûté ? Les humiliations de l)iini. . 111. .1. ■. i/.uclh, les travaux de toute une vie, la mort de la croix (I). « Si ceux qui reviivenl quelque faveur, comme le «lit Sénèque, sonfobligés d'imilor les buniics terres qui rendent beaucoup plus qu'elles ne reçoivent ; comment pourrons-nous paver à Uieu un tel tribut de reconnaissance, puisque nous ne pouvons lui rendre, que ce cpie nous avons reçu de lui ? Et si relui qui ne rend pas ce «piil a re<;u, au dire de ce philosophe, ne satisfait pas. que dirons-nous de celui qui n'en rend pas seulement la moindre partie. •> .Si nous faisions un long voyage, et qu'étant à demi morts de faim et de lassitiidr-. nous fussions contraints de nous asseoir au pied d'une tour, du ! le une main charitable prit soin de pourvoir à tous nos besoins,

i V nous empêcher d'élever quelquefois les yeux en haut, pour

it-uder iiu moins celui qui exercerait tant de bonté envers nous? Que fait HitMi pour nous, sinon de verser continuellement du haut du ciel toutes sortes de biens sur notre tête ? Remarquez, si vous pouvez, une seule chose de toutes

même pendant que vous l'ofiTensez, il fait tomber la pluie sur celte vigne et sait très bien que cette pluie, ctiangée en vin par le raisin, vous servira de breuvage ; il forme ces cerises, ces pommes et ces poires sur cet arbre, cet œuf dans cette poule et ces laitues dans le jardin, et destine toutes ces choses au service de votre tabie. Il vous dit, nun pas de paroles, mais d'effet : vous me désobligez au dernier point, vous commettez le pécbé qui me déplaît infiniment; mais, pour toute vengeance, tenez, voilà des figues, de petites bourses pleines de manne ; voilà des fruits confits, musqués, sucrés et aussi doux que du miel, que je vous présente : Guslale et videte quoniam suavis est Dominu."] iroûtez et reconnaissez eatin que je suis doux ; car n'est-ce pas être bien doux que

de vou- tint de douceurs, au lieu de tant d'amertumes que vous me présentez

tous lé I ne vous semble*t-il pas de voir une bonne mère que son enfant

étourii :<: crier, qui, au lieu de se fâcher contre lui, lui dirait: l'aix, mon fils,

uisez-vuus, tenez, voilà une figue, voilà un fruit et un raisin pour vous apaiser. Il y a

>x ans, douze ans, quinze ans, que vous faites tous deux ce métier. Dieu et vous. Il y

2e ans que vous lui faites autant d'outrages que vous pouvez, et qu'il vous fait du

lu'ii peut ; il y a quinze ans que vous ne cessez de l'ofTenfer, et qu'il ne cesse de

"■■'■'"'•■ ''îçlle admirable bonté ! N'êtes-vous pas un monstre d'ingratitude si votre

! et gagné par tant de tendresses 4

arquer que nous sommes obligés à Dieu pour tous les bienfaits qu'il a faiu a iuui«;& ïtii créatures Quand un père de famille emploie un tailleur, le nourrit, lui paie son travail, lui donne de l'étufTe, de la soie pour faire une robe à sa fille, ce n'est pas proprement la robe qui lui est redevable ; et quand môme elle aurait du sentiment et de l'esprit, elle ne serait pas obligée à le remercier, puisqu'il n'a pas fait tout cela à la robe pour l'amour de la robe, mais pour l'amour de la tille ; c'est la fille qui en a l'obligation toute entière et qui en doit rendre grâces à son père. Ainsi nous sommes obligés à Dieu du mouvement des cieux.de la splendeur du soleil, de la clarté de la lune. de la chaleur du feu, de la fraîcheur de l'eau, de l'émail des pierreries, de l'odeur des parfums.de la beauté, bonté et qualité des propriétés qu'il a partagées entre les créatures, p,,,.„ ^,,.. ..o „..^, pgg pQup elles, mais pour nous qu'il le leur a données ; Dédit illis re- 'j et laborem populorum possederunt ut custodiant justiftcationet

(I) < Si Dieu vous traite comme des esclaver , conleatez-vous de craindre le Maître ; mais a'il vous envoie son propre Fils, pour vous dire qu'il daigne bien vous adopter pour enfants, pouvex-vous ne point aimer votre Père T Or l'Apôtre saint Paul nous enseigne que ni>u» n'avon» pas reçu l'esprit de servitude pur la crainte. m»i« que Dieu nous a dé-

'inls, parle ' •. ^Rom.,

tous les j ' \, si nous

.j- ..•" .-..i.Hui. .^ pié» : est-

lU bien par am^ le c'est par amour, et par

eu a tant aimé u- . (u'il adonné son KHs uni-

(Jean, ut, {6.).St d>jac nuire Uiuu uuus a tant aimés, comment pré- ■r son amour, si ce D'est par uo amour récipn>qne T D'autant plus, ' - '■ l'amonr est la seule chose en laquelle nous sommes capables (1 ^'e, n»us ne le jugeons pas ; il n^us donne, et il n'a pas besoin nande. nous devons obéir; s'il s« fiche, noos devons trembler ; et s'il aime, que uevuns-nous faire ? Nous devons aimer : c'est la Mule chose qua nous pouvons faire avec lui. l'Serm. xzsni, iaCaalic.n. 4, t. 1, p. 1&ri8.)Ëi combiva sont criminels les enfants qui ne veuleot pas imiter un Père ai bon t » (Boasvat.)

ce ,' .

Uf V

Coiuin.

C)OC> SKRSioNg DE Missions

celles qui sont nu monde, qui n'arrive point par une providence particulière. El néanmoins i-elui qui n'aime pas Dieu ne jette pas un seul regard en haut, piiur fonnaiire et pour aimer un liienfaileiu" si liboral. Que peut-on dire de cet endurrissemeni, sinon que l'Iiomme s'est dépouillé de sa propre nature, et qu'il est devenu plus insensible que les animaux i II y a vérilabiemenl sujet de mugir «le faire de telles comparaisons ; mais il est bien juste que l'homme ingrat entende »"e qu'il mérite. Nous sommes en elTct semblables h ces aniniHux. qui paissent sous un chône, et qui, pendant que le(n- maître leur secoue le gland du haut de l'arbre, ne font autre chose que gronder et se heurter pour leur pAlure, sans regarder celui qui la leur <lonne, et sans lever les yeux en haut pour voir de quelle main ils reçoivent ce bienfait. 0 brutale ingratitude des enfants d'.\dam ! Nous n'avons pas seulement reçu la raison de plus (jue les animaux, nous avons encore le corps droit et les yeux tournés vers le ciel ; et nous ne voulons pas y élever les yeux de notre ime, j)our voir le lieu d'où découlent tous nos biens.

» Les métaux se fondent au feu ; le fer se rend flexible à la forge ; la dureté du diamant se dompte par le sang de quebpies animaux ; mais, ù c«rur malheureux ! n'étes-vous pas plus durs que le fer et le diamant, si vous ne pouvez ctre attendri ni i»ar le feu de l'enfer, ni par les soins d'im Père si charitable, ni parle sang île l'Agneau sans tache, <pu a été répandu pour nous(^)? » fGrenade.j

Kt ce Dieu, si bon pour nous, est toujours à côté de nous. Ses délices sont d'être avec les enfants des hommes. Il est présent partout, il habile dans notre co'iir, Jésus-(Ihrist réside dans nos tabernacles. C'est un ami qui veut converser sans cesse avec ses amis.

(1) (a) Dn jour Notre-Seignear, voyant la ferveur de la pénitence de sainte Hargaerite de Cortone, lui dit : « Bénies soient les peines que j'ai soufTertes pour loi ; bénis soient l'incarnation et tous mes travaux I Quand même je n'aurais dans tout l'univers qu'un seul véritable enfant, je bénirais encore à cause de lui toutes mes souffrances. » Ah I n'y aura-t-il pas parmi nous quelque âme qui donnera à Notre-Seigneur {occasion de tenir ce langage?

(b) Notre-Seigneur apptrut un jour à sainte Claire de Hontefalcone ; il portait sur ses épaules une lourde croix ; et il lui dit : « Il y a longtemps, ma fille, que je cherche par toute la terre un lieu fe'me et solide pour planter ma croix, et je n'en ai point trouvé de plus propre que ton cœur; il faut donc que lu la reçoives et que tu soulTres qu'elle y prenne racine. » La sainte ouvrit tout son cœur pour recevoir une plante si préciease,

3ui ne peut porter que des fruits de salut. Après la mort de la sainte, on trouva gravée ans son cœur l'image de Notre-Seigneur crucifié et des instruments de sa passion. {c) Mementole qùœ fecerit Dominus. Deut. xxiv. Mementote mirabilium ejus. (?i. civ, S.) bnlre les dons merveilleux que Dieu a faits à l'homme, un des plus remarquables, c'est la mémoire. Cette faculté conserve l'image d'une infinité de choses que nuus avons vues, ou entendues ou perçues par quelque sens. Quoique vous fermiez les yeux, vous savez bien comment sont faits, le soleil, les astres, l'air, le feu, les métanx, les monnaies, les plantes, les arbres, les fleurs, les fruits, les oiseaux, les poissons, les animaux. Vous vous rappelez non seulement un humme, mais un grand nombre que vous avez vus, mais leurs maisons, leurs mobiliers, les pays qu'ils habitent, les montagnes, les vallées.

Le magasin de votre mémoire contient de plus le nom de tous ces êtres, et si vous savez plusieurs langues, il compte un nombre presque incalculable de mots pour les exprimer. On admire les peintres et les sculpteurs qui sur un auneau dessinent un palais, ne faut-il pas s'étonner que dans un point de votre cerveau où se trouve la mémoire, se trouvent dessinés tant de villes, de châteaux, et cela dans toutes leurs dimensions, car vous savez très bien qu'une cathédrale que vous avez vue est plus grande que l'église de vulre village ; et puis les peintres ne retracent que les couleurs, mais votre mémoire se souvient du son de la voix qui vous fait reconnaître votre père dans les ténèbres, de la douceur du miel, de la chaleur du feu.

Et ce qui est plus admirable encore, c'est que ces connaissances sont rangées avec ordre dans votre mémoire et que vous pouvez réciter de suite toutes les formules de prières que vous avez apprises. Quand certains êtres ne sunt pas bien enir'eux dans votre mémoire, il suffit que vuus le vuuliez puur que la mémoire vous fournisse la forme, le nom de ces éires, d'un chapeau par exemple, d'un coffre, tandis que tous les autres restent en silence dans ce riche inaeasin.

Et cette faculté est si nécessaire à notre vie, que sans elle il n'y aurait point d'art ni de science. Comment les apprendre, si on oublie tout à mesure qu'on les enseigne 7 Point de justice. Comment ju^^er sans la déposition des témoins? Comment les témoins

AMOUR DB DIKf <J07

0 Oioii, j'aime les hommes qui me témoignent qu'ils m'aiment. Or les hommes m'aiment fJepuis peu «le temps, et votre amour esl éternel ! Les lio[iMiii>s m'iiiinent peu. et oc qu'ils font pour moi esl bien limité : vous m'avez aimi' il un autour infini, et vous avez fait, par autour pour moi, des pro- «iiges qui étonnent les anges eux-rat^mes ! Les homuies cesseront de m'aimer à ma mort, et alors vous m'introduirez dans le lieu où je jouirai à Jamais de votre amour. Quelle ingratitude serait la mienne, si je ne vous aimais pas en retour ! .\imer Dieu à eause de ses bienfaits et h cause des biens qu'il nous a prouïis. c'est la reconnaissance et l'espérance chrétiennes ; mais ce n'est pas encore la charité parfaite à laquelle nous «levons nous élever en l'aimant (1);

L%14. 2" .1 cause de ses perfections {'i). Il nous arrive souvent d'aimer ceux qui ne nous ont fait ni bien ni mal, à cause des qualités que nous remarquons en eux. La beauté nous charme ; la bonté, la vertu nous ravissent. Quel bonheur de converser avec la Sainte Vierge, et comment nous défendre

-ils, s'ils ont tout oublié ?' Comment même reconnattrioas-nous notre père, . si nous ne gardions pas le souvenir de leur voix et de leurs traits T Sans ceiie iicuné, nous serions pues que les animaux.

<,)uelle reconnaissance ne devons-nous pas à la bonté de Dieu qui nous a doués d'une faculté si précieuse. 'Juei usat^e devons-nous surtout en faire T Ne devons-nous pas dire souvent à notre mémoire ; Soïi oblitnsci omnes retributiones ejus. Mementote mirabilium ejus. Création, incarnation, rédemption, glorification, baptême, communion, vo* cation, etc. (Le Jkd.tk).

(1) St vous n'aimez une nourrice que parce qu'elle allaite votre enfant, vous aimez

! I'. que la nuurrice; si vous n'aimez un médecin que parce qu'il vous rend la

aimez plus la santé que le médecin ; donc si vous n'aimez votre Créateur que

pMui c> ijiens qu'il vous a faits, vous aimez plus les biens que le Créateur, et même, à

proprement parler, voas ne l'aimez pas, mais vous vous aimez vous-même.

1^1 « Il est juste, dit Lacordaire. que nousl'aimions pardessus tout, puisqu'il surpasse tout en bonté. Or, en est-il ainsi ? Vous tous, Messie^irs, qui n'avez d'autre règle que les principes et les sentiments de la nature, parce que vous avez rejeté ceux du christianisme, vous tous sans exception, aimez-vous Dieu/ Est-il présent à votre esprit T Vous élevez-vous vers lui par des actes positifs de bienveillance, d'actions de grâces, et même de simple souvenir l Non, évidemment non; et cependant l'amour nous est si naturel, il est notre si proche parent que rien ne nous estplusfaciieet plus nécessaire que d'aimer. Demaï" "^ "- "is lèverez : il y aura dans l'air une douceur, un parfum du printemps; les a' mollement émus par le pressentiment d'une belle journée ; vous ouvri-

rez V. et un amour jaillira de tous vos sens, pour aller au-devant de la nature

et s'y enivrer d'air, de lumière et de chaleur. Près de vous.surla pierre extérieure, une fleur vons regardera, une (leur que vous aurez vue naître dans le froid de l'hiver et que voas aurez exposée aux premiers rayons d'un plus doux soleil; vous lui rendrez son regard, vous la rapprr>cherez de vous, et, tout inanimée qu'elleestet impropre à l'amour, vous lui ferez de vous à elle et d'elle à vous je ne sais quel commerce où le cceur ne sera pas étranger. Mais Dieu... Ah! Dieu, moins que le vent, moins que l'air, moins que la lumière, moins que la petite fleur, vous n'y pensez pas. Qu'est-ce que Dieu *

« Vous vieillirez : votre jeunesse, en s'éloignant de vous, ne vous renverra plus que des souvenirs, tristes et rrai,'iles images de vous-mêmes ; et les obscurcissements de 1 . .« i .,.- ..« . ..,, ,,n. ......,.^j biefllùt que des ruines sans amitié. En

3uand la solitude devient plus dure au escendrez pesamment iians la rue, et regdiil«Ql lik el U, v > .■n s'il n'y a point quelque pauvre animal abandonné

comme vous et qui i : un bon maître. Si la Providence vous l'envoie, vous le

' ;i i - (jiris le sitrc- hi!)ii, il le portant à votre foyer, vous

-•■ .1 ■..!:■.• ,|.Tii!C! ,1111!. c )iT:,:.r qui boira daus votre tasse el à

--- . jirc pain. Li >i \-}\i.i éica pauvre, soulTranl à la fois de l'âge el

il se formera entre la béte el vous une amitié d'autant plus forte et plus

^ vous retrancherez de votre vie pour entretenir li lienne ; et Ini, vous

réi:ij.iu!'..in' •■4»e et de sa rC'- lu'à

son deriiit lu'au jour où. I ^ île

'*■■"> '• " ^ ■■ "' .. ,,.MM >,..i.> u- ,,., ,ui..n ..,,. ,•..■» au

■ la nature. Conclusion, Messieurs, il

Uieu, ce.*t-.i dire que par une incom-

prébeiiitible iiigiMiiiudn, Dieu uuus e>l plus éir<inf,'er que quoi que ce soit mu monde. iUt-

ce la ce que nous devrions être T » Evidemment il y a la un désordre qu'il faut fairv

cesser.

608 SERiiONS DB SfISSÎONS

(le l'aimer si nous la voyions ! Or qu'y a-t-il de si beau, de si bon, de si parfait <|ue Dieu ? Parcourez la terre avec ses magnilicences, le ciel avec ses splendeurs, le séjour des liienhcureux eux-mômes, qu'y Irouverez-vous qui vaille l)ioii ?

Devant lui l'éclat du soleil p^^lil ; toute créature à cùlé de lui n'est qu'un pAle rayon de sa splendeur et comme un charbon éteint. Il est grand, et sa ;ranilcur esl au-dessus de toute louange. Il s'est fait connaître à nous comme '(^tre infiniinent saint, pur, misériconlieux, juste, sage, parfait, aimable; jamais lu langue humaine ne pourra dire, ni l'intelligence angélique concevoir ses perfeitions, ni mesurer leur étendue. L'éternité ne suffira m^me pas pour les éluilier. <« Les perfections qui sont en sa divine essence sont si grandes et si admirables, que comme dit le grand Docteur saint Augustin, si tout le monde était rempli de livres, si toutes les créatures étaient autant d'écrivains, et si toute l'eau de la mer était convertie en encre, les livres seraient plutôt remplis, les écrivains |tlulôt lassés, et la mer plutôt épuisée, que l'on exprimerait une seule de ses perfections. (!e même Docteur ajoute, que si Dieu avait à dessein fait un homme avec un cœur qui eiit la grandeur et la capacité de tous les c<vurs ; et ijue cet homme favorisé d'une lumière extraordinaire, |»ùl parvenir A lu connaissance dune seule de ses incompréhensibles qualités, il se perdrait dans la douceur et dans la joie qu'il en ressentirait, si Dieu ne le soutenait par ime grAce particulière.

» Kt quelle autre cliose pouvaient nous représenter ces deux Séraphins, qu'Isaie vit auprès de la .Majesté de Dieu, assis sur un trône élevé? (Chacun avait six ailes, dont deux couvraient la face de Dieu, et les deux autres les pieds. N'était-ce pas pour nous faire entendre que ces intelligences qui surpassent toutes les autres, qui occupent les premières places du ciel, et qui approchent le plus près de Dieu, ne sont pas capables de connaître entièrement ce ([u'il est, bien qu'elles aient le privilège de le voir clairement dans son essence même, et dans toute sa beauté ? Cette vue tient quebpie chose de celle qu'ont ceux qui sont sur le bord de la nier. Ils voient véritablement la mer ; mais, ils ne peuvent découvrir sa largeur ni sa profondeur. Ainsi ces bienheureux esprits avec tous les Klus qui habitent le ciel, voient Dieu réellement ; mais ils ne peuvent comprende ni l'abime de sa grandeur ni la durée de son Kternité. (Jest pour cette raison qu'il est écrit que Dieu est assis sur les <;hérul)ins ; et quoicpie ces esprits célestes soient remplis des trésors de la sagesse, il est dit néanmoins que Dieu est sur eux ; pour montrer qu'ils ne peuvent ni atteindre à sa grandeur, ni comprendre son essence, » ((irenade.)

Qu'aimons-nous donc, si nous n'aimons pas Dieu ? Que nous sommes à plaindre si, laissant une affection terrestre ou peul-èli-e coupable envahir notre cœur, nous n'éprouvons que du dégoût pour («'eliil qui ravit les anges et les élus, qui a ravi, dans tous les temps, toutes les Ames pures.

iiiU). « l*oul-on comprendre, disait saml Philippe de Néri, qu'un homme, qui croit en Dieu, aime autre chose que Dieu? » (1). .\h ! laissons les vers ramper sur la terre et dans la fange ; comme les oiseaux du ciel, élevonsnous en haut et reposons notre cœur dans l'amour de Celui qui fait la joie

(1) Celui qui n'aime pas Dieu plus que lui-même, renverse l'ordre de la charité, dit saint Prosper. Il a raison de dire everlit ; n'esl-ce pas un elTroyable renversement, un prodigieux désordre, d'aimer un bien particulier plusque le bien universel, le ruisseau plus que la source, le rayon plus que le soleil, l'image plus que le prototype, le néant plus q: ' '. 'a créature plus que le Créateur? Si quelqu'un faisait plus de cas d'une

P '|ue d'une masse d'argent, d'un peu de cuivre que d'un lingot de fin or,

II' > pa.s qu'il a l'esprit renversé, qu'il est doublement fou? N'est-ce donc pas être

fou, nuii doublement, mais triplement et mille fois, que de faire plus de cas de la créature qui n'est que cendre et poussière, que de la très haute, très excellente et très infinie majesté de Dieu ? Filii - :ices veslri erunt. Il vous fera voir en son juge-

ment que vous arez eu u que votre enfant de quatre ou cinq ans ; si on lui

demande en présence du ^^.^ ou de sa mère: Lequel aimez-vous mieux, ou votre

papa ou votre maman? Il n'ose préférer l'un à l'autre par crainte de les rendre jaloux, il répond : Je les aime bien tous deux. Dieu dit en son Ecriture : Je suis un Dieu jaloux; vous ne craignez point les reproches qu'il fait par Isale: Cuicomparastit me, et assimilastU, et adœquaatis ? (IsaIe. 46. &.) A qui m'avez-vous comparé? A qui m'avez-vous estimé semblable? Il peut dire à présent : Sous qui m'avez-vous abaissé 1 (Lb Jecnb).

AMOUtt DE DIEtî éOô

des saints? Il est dit des hommes jusles qu'ils ont le goût «le la beauté, pulchr:' ' fiiffinm habenfes. Quelle \êv\lù \ iJnWs onl mauvais j;oùt, ceux

qui • iiuent jias.ô mon Dieu, vous la beauté infinie! (• l)oaulé toujours

amiiiiiu' Il ii'ii jours nouvelle, pourquoi vous ai-je si tard connue et si tard aimée ? s'écriait saint Auj.'ustin, avec des larmes et des gémissements. Il n'y a que vous qui puissiez satisfaire mon cœur, <iue vous avez fait à votre mesure ; il sera toujours dans le trouble, tant qu'il ne se reposera pas en vous ! IJuand il n'v aurnit ni ciel, ni enfer, disait saint Jean-Joseph de la Croix, je voudrais niiinumins aimer I Heu toujours.

1516. 3" .\otre i/tférèf nous fait un devoir d'acquérir l'amour de Dieu. 1) Personne n'ignore que sans l'amour de Dieu habituel, c'est-àilire sans l'état de grAce, on est digne de l'enfer, et on perd le mérite 'le Iniitos ses bonnes œuvres et de toutes ses soufTrances. (Voir n» 1005.^ i) .M;ti> un certain nombre de théologiens vont plus loin et disent que, lors même que nous sommes en état de grAce. si nt»s actions même bonnes ne sont pas offertes à Dieu par un motif de charité, elles ne sont pas strictement njéritoires de la béatitude essentielle tlu ciel. Kt afin de nous préserver du lualbourd'en perdre le mérite, ils conseillent fortement de dire à Dieu tous l.>s matins au moins, et aussi le soir et au commencement de ses principales atit'iis : Mon Dieu, qui êtes infiniment aimable, je vous aime de tout

'ir, et, par amour pour vous, je vous offre tout ce que je ferai au-

li.'

I \o conseille aussi saint Léonard de Port-Maurice, qui ajoute :

» 1' 'er le monde dans les ténèbres, il suffirait d'éteindre toute

ImniLT"-, uiiisi la charité étant éteinte, notre ùme reste sans lumière et sans

vie. »

1517. 3) Nous pourrions ajouter que sans l'amour de Dieu, il n'y a aucun bonheur ici-bas. Le bonheur, en elTet, ne peut-être que dans l'amour d'un i.i.i, itiiiiii l't Mil', 111 ne puisse pas perdre, elMieu seul est ce bien, .\ussi les

é le bonheur dans l'amour «le Dieuf Saint Ephrem s'écriait: -vous un [»eu ; car l'infirmité de mon corps ne peut consolations! Kt saint François .Vavier : C'est assez, / ! On ' l'ciit îfénéralemenl dans le monde que la vie des iiih le contraire ; et ceux qui paraissent joyeux

f\ • lu momie, sont toujours les plus à plaindre.

I.i' smI.iI doiuie plus «le luuiiere que toutes les étoiles, et l'amour de Dieu duiiiK' plus de vrai bonheur que tous les plaish-s du monde. Le miel non seulement est doux, mais encore il adoucit tous les aliments auxquels on le mêle. H la •■harilé rend douces toutes b-s épreuves.

I I s disent : La pai.c, la paijc ; et Us n'ont /tas de paix : car il n'en

I-.-.I , I l'i m pie(\).\.i'% m<)\uln\ns rient, mais du bout des lèvres ; vienne

p.'iii • i\ I .1 Ivt'isilt'. ;i '. " l'crsonne n échappe en ce monde, et on verra r.MiiliiiMi le li.iiili, m ,) . iii osl Iragile(î). Saint Lé<mard parle d'une

III' : iue dont i.i mil' vivait de Tamour divin. Toutes deux furent

Ir.i ,i coiq» d'un grand malheur qui pesait plus lourdement encore

siu- Il un • luc sur la i; ' '" ' • • ' ■ tilot le calmeet la résignation ;

la mère tlovml folle, m de sa nuire tristesse ! « (i'esl

Micd qui csl Ifi liln'i <•. la route, et celui ipn ne le

1 li'ii Ik' pis .l.ui> SI . ic pas dans sa raison, ou qui,

;il>ich 1 .ivi'ir ' iiMMu, Il !. ,- il ou le rejette comme un lUi'-

(1) Saint Friaçoit de Sale< raconte i|u'>in oaue avait uo chantre auquel il tenait fort. Celui-ci, d'one humeur bitarre, ms; el !« pape, amigé, écrivit à t(iu» les

princes A« ne pts le recevoir ^ aieux.afin de l'obliger par là * revenir

chanter itan- .i h ux-nt- l'ifMle i.c m iy<>n rivissU elle chantre revint; ain^i fait Dieu pojr un l'i'.r ji li I IIP f' \\\ chercbtf à M donner aux crt^alures. Il permet qu'il ne iriiuve en mco qu'aïucriume.

(!ii Tandis que les soldats romains luttaient contre Persëe, une éclipse du soleil

rép)"'>'iil l'-i liM,.-l,rpv iiir les combatif) r^>- l'^< <..l.lii» .(.. l>..r..t.. ,i.i, m- -i-iVÉïfn! ii »•< .•«

qi,' , et les r. •

avt . i-nl la vicloi, , 'i

bien »ùlide, Dieu, »e iaiaaeat abattre quaoU ils perdent le^ bieni> de la terre.

6l0 SËkMONS 1)12 MISSIONS

i\o!\n. celui-là est un homme ucrdu dans la bassesse infinie des pencbanis

i i.iins; il rouvrira dorgiicil sa niisèrc qui le rongera par le dedans, et la

: le secouera de l'arbre comme un rameau qui n a jamais vécu. •> (Lacor-

.) Celui qui aime Dieu, au contraire, s'élève ; car, selon le mol du même

•iir, l'amour de Dieu esl l'acle suprême de l'Ame el le chef-d'œuvre de

riioiiime ; il couronne toutes les autres vertus, et nous ouvre dans la voie de

la Iransligiu^ation, l'issue la plus proche du but. a Tous les corps, le firma-

n)ent, les étoiles, la terre et les royaumes, ne valent pas le moindre des

esprits, car il connaît tout cela, et soi-même ; et le corps, rien. Et tous les

corps et tous les esprits ensemble, et toutes leurs productions ne valent pas

lemoindre mouvement de charité, car elle est d'un ordre infiniment plus

élevé. » ( Pascal. Pensées) (1).

(4) On pourrait insister sur cette pensée que c'est an honneur pour l'homme d'aimer son créateur : « De tous les sentiments dont le cœur de l'homme est capable il n'y a, selon l'ingénieuse et solide réflexioa de saini Bernard, que l'amour de Dieu par ou Thomme puisse rendre en quelque manière, si l'on ose ainsi parler, la pareille à Dieu, et c'est le seul acte de religion en vertu duquel, tout faibles que nous sommes, nous puissions sans présomption prétendre quelque sorte d égalité dans le commerce que nous entretenons avec Dieu. Quand Dieu me juge, je ne puis pas entreprfndre pour cela de le juger; quand il me commande je n'ai pas droit de lui commander; mais quand il m'aime, non seulement je puis, mais je dois l'aimer. A tous les autres attributs qui sont en Dieu el qui ont du rapport à moi, je ri^ponds par quelque chose de difTérent, ou pour mieux dire, par quelque chose d'opposé à ses attributs même; car j'honoie la souveraineté de Dieu par ma dépendance, sa grandeur par l'aveu de mon néant, sa puissance par le sentiment de ma faiblesse, sa justice par ma crainte et par mon respect ; et si là-dessus j'avais la moindre pensée de m'égaler à lui, ce serait l'outrager et me rendre digne de ses plus rigoureuses vengeances; mais quand j'aime Dieu parce qu'il m'aime, et que je veux lui rendre amour pour amour, bien loin qu'il s'en offense, il s'en fait honneur, et il trouve bon que je m'en fasse un mérite. Je puis donc en cela seul sans témérité me mesurer, pour ainsi dire avec Dieu, et quelque disproportion qu'il y ait entre Dieu et moi, j'ai par cet amour, non pas de quoi ne devoir rien à Oieu, mais de quoi lui payer autant que possible ce que je lui dois. Comme tout Dieu qu'il est, il ne peut rien faire de plus avantageux pour moi que de m'aimer, aussi de ma part ne peut-il rien exiger de plus parfait ni de plus digne de lui que mon amour. » (Bourdàloub).

Dans une balance, mettez au côté gauche tous les rares ouvrages de Zeuxis, d'Âpelle, de Praxitèle, de Phidias et des autres excellents maîtres en peinture, en sculpture, en architecture et orfèvrerie; qu'on y mette de plus toutes les batailles, les victoires, et les grands exploits des Hercule, des Alexandre, des Scipion, des Pompée, des César et de tous les autres conquérants; qu'on y mette les livres de Platon, d'Aristote, de Sénèque et des philosophes, toutes les harangues des Cicéron, des Démostbène, des Quintilien et de cent autres orateurs imaginables; et qu'on mette, au côté droit, un seul acte d'amour de Dieu ; en l'estime et au jugement de son Esprit divin, le côté gauche ne pèserait pas une plume, pas un seul grain de sable en comparaison du côté droit. Si Dieu regarde d'un côté les mouvements et les influences descieux, la splendeur du soleil, l'éclat de la lune et des étoiles, si le commerce des éléments, la fécondité de la mer et la fertilité de la terre ; si la production des plantes, la multiplication des animaux et toutes les actions naturelles des hommes et des anges, il n'en a point tant de satisfaction ni de complaisance, qu'il en a pour une âme qui fait un seul acte d'amour de Dieu.

L'amour de Dieu est préférable à toutes les sciences, à toutes les visions et révélations, à toutes les prophéties, les miracles et les autres grâces gratuites, si admirables et précieuses qu'elles soient; car saint Paul les ayant toutes représentées aux Corinthiens, ajoute: Je veux vous montrer un autre don plus excellent que tout ce que je viens de vous dire, et c'est la charité dont il parle incontinent.

Donnez-moi un homme qui enseigne la théologie aussi doctement que saint Thomas et que saint Bonaveniure, qui prêche aussi éloquement que saint Chrysostome et saint Augustin, qui interprète l'Ecriture aussi savamment que saint Basile et que saint Grégoire, qui ait la dun des langues pour se faire entendre à tous les peuples, comme les

d'*^' "• '" .'"ur de la Pentecôte, qui ait des révélations aussi mystérieuses que le pro-

P' I et que saint Jean l'Evangéiiste, qui prédise les choses à venir aussi in*

'^' • q^e Jérémie ou qu'lsate, qui guérisse toute sorte de malades par son ombre

comiue saint Pierre, qui ressuscite les morts comme saint Martin et saint Dominique, qui convertisse à la foi les provinces et les nations entières comme les Apôtres, et qui fasse même toutes ces choses sans commettre de péché mortel, mais sans amour de Dieu; une petite villageoise qui fait un acte d'amour est en plus grande considération devant Dieu, et plus estimée de lui que cet homme-là.

Voilà 00 chrétien qui a une foi aussi vive que saint Grégoire le Tbanmatnrge, et qoi

À.StOUR M l)\E\J 611

L'amour de Dieu est le grand bien de l'homme ici-bas, et personne ne peut nous le ravir, si nous tenons à le conserver. C'est ce trésor que la rouille ne ronge point et que les voleure ne peuvent nous enlever (1).

transporte les uiunta^Des, qui donne tous ses biens aux pauvres, avec autant de lil>éralilé que sa ' imônier, qui endure plusieurs maladies durant vingt-huit ans avec

autant de {■ . ■■. sainte Liduwine, qui Tait pénitence sur une colonne comme saint

Siméon Slylite, qui ïOutTre d'être écorcbé tout vif, coupé en petits morceaux on bien btftié à petit Teu avec autant de constance que les saints martyrs, mais sans amour de Dieu ; un petit artisan qui fait un acte d'amour mérite plus que lui.

Dans l'Apocalypse il est dit à l'évéque de I^odicée : Suadeo libi emere a me aiirum ignitum, parce qu'il s'était un peu refroidi dans la charité : Je vou^ conseille d'acheter de moi de l'or enflammé. On n'a pas coutume d'acheter l'or ; an contraire, c'est avec l'or qu'on achète toutes choses : il entend l'or de l'amour de Dieu, le trésor d« la charité. Il conseille de Tacheter, parce qu'un acheteur fait toujours plus de cas, ou pense avoir plus grand besoin de ce qu'il achète que de ce qu'il donne. L'amour de Dieu est mille fois plus précieux, et vous est incomparablement plus nécessaire que tout ce que vous en pouvez donner; si vous en connaissiez le prix et la valeur, il n'est rien que vous ne voulussiez donner, rien que vous ne voulussiez faire et endurer pour en avoir un petit grain ; vous feriez volontiers comme un ancien infidèle, si vous pensiez avoir le même succès.

Une femme de Nisibe, qui était chrétienne, avait un mari païen. Cet homme n'ayant fne cinquante écus pour toute fortune, était décidé à les placer dans une banque, afin d'en retirer quelques intérêts, quand sa femme lui dit: Il faut les donner au Dieu des ebrétiens, il paie largement tout ce qu'on lui donne. Alors cet homme croyant, sur la parole de sa femme, faire une bonne affaire, lui dit d'aller avec lui porter cette somme au Dieu des chrétiens. Ensemble donc ils vont à l'église et rencontrent plusieurs pauvres sous le purtique. La femme dit à son mari que c'était prêter au Dieu des chrétiens que de distribuer ces cinquante écus aux pauvres. Le brave homme le fait et s'en va tout heureux. Mais trois mois après, tous deux se trouvant dans la nécessité, sa femme lui conseilla d'aller à l'église, que Dieu lui rendrait ce qu'il lui avait prêté, il y va, il parcourt tout l'édifice sans rencontrer personne, il trouve toutefois une pièce d'argent a l'endroit même où il avait distribué aux pauvres ses cinquante écus; et avec cet argent, il achète du vin et un poisson qu'il porte à sa femme, en lui racontant ce qui lui était arrivé. Sa femme en ouvrant le poisson y trouve une belle perle qu'elle fait voir à son mari. Celui-ci va rofTi-ir à un marchand de pierres précieuses qui lui en donne cent écus, deux fois plus qu'il n'avait distribué aux pauvres. Cet homme alors reconnaît que le Dieu des chrétiens est le seul véritable, il renonce au paganisme.

Cette bonne femme prenait au pied de la lettre la promesse de Jésus dans l'Evangile, de rendre le ceniuple à ceux qui auront quitté ou donné quelque chose pour lui : quelquefois il I a, .' .n.niii au pied de la lettre, comme il le lit en cette occasion ; mais ce n'est pas ie p '-, de peur qu'on ne le serve pour les biens temporels : le centuple qu'il pro-

met r ne plus volontiers, c'est son amour, qui vaut mieux cent mille fois et cent

millioni» de fois que toutes les richesses du monde. Date, et dabitur vobit. Ce païen ne lisait point l'Ecriture, il n'avait pour caution que la parole de sa femme, il se priva de •on argent, par espérance d'en avoir lintérél. Vous avez l'Ecriture sainte, vous la recevez, vous savez que l'Evangile promet infailliblement des gr&ces spirituelles pour des aumânes temporelles ; vous avez pour caution la parole de votre Dieu, et vous ne voulez faire pour votre salut ce qu'un infidèle fit par désir d'un petit profit. Vous donneriez volontiers cinquante écus ponr en avoir cent, je ne dirai pas d'ici i trois mois, mais ' nneriez pa> - <-ini|uante sous en aum<)ne pour

& trois heu de Dieu. Pensez-vous que l'amour

^„ „.^„ ^ , .o ,„aateécusî A..;^ .- ne méritez pas de l'avoir, puisque

vous en faites si peu de cas: un trés<jr si précieux ne doit pas être donné pour peu de cbote. Je sais des gens qui ont donné deux mille écus en aumône, avant que d'aller à confesse pour obtenir de Dieu son amour et le repentir. (Voir n* 1816.) (Le Icu:<k^.

(1) € Notre malali.", chr(<i;pn?. c'c^t de nnu< attacher h la créature: donc nous attacher à Dieu. c't.'.si r ^ g&i«; il n'y a donc que le saint amour >]ui iptive; il n'y a qu'une sainte délectation qui .n- in..., -tui^; ai.rcuon du vrai bien peut arracher l'afTection irent ; il n iicnt que l'amour qui ait pour ainsi dire la clef du coeur imc qu'un tta i dilat« le nôtre, qu'il l'ouvre jusqu'au fond pour recevutr la ruaéfl des gràc«s divioes. Ainsi notre âme fera tout autre.»

(BOSSOBT).

Ecoutez saint \ ' '" ' nonDeum ri^'r.t

n<in Si" amut. nim nun ; ■<■

vivere lie te, r ,. -...„...,-..- . i>u l'amour â

mort, ou l'amour éternel ou la mort étenielle, oa le feo de l'amour de Dieu «o ce noade, ea le feu de l'enfer en l'euire.

G12 SERMONS i)Ê MISSIONS

1518. 4) Il nous prépare une sainte mort, après une vie paisible, et noua assure la «-ouronne «le vie ctornelle, que Itieu a promise à ceux qui l'aiment. Thesauritate vobis f/iesauros. Auiassez-vuus donc ce trésor ; voilà rauil)iti(in la plus juste, la plus légitime. Que dliounncs poursuivent les biens delà terre, les plaisirs, les honneurs et inénie desimpies amusements avec une ardeur ipie le monde excuse ! .N'est-il pas plus raisonnable de poursuivre l'anjour de Dieu ?

l'n prince étant à la chasse dans un désert, s'avança au sein d'une épaisse forêt, où il rencontra, dans un petit ermitage, un .solitaire nommé Macédonius. Klonné de trouver un homme dans un lieu si sauvage, il lui demanda ce qu'il était venu faire dans un si affreux séjour. Permettez-moi plutôt, répondit le saint, de vous demander comment vous vous êtes aventuré jus- (juici. Moi, dit le prince, croyant sans doute donner une bonne raison de sa présence dans ce lieu, moi, je suis venu pour faire la chasse aux sangliers. Kt moi, je suis venu, dit Macédonius, pour faire la chasse i\ Dieu et je me livrerai sans rcUlohe à celte chasse si noble. Cela dit, il inclina la tète et se rôtira. Heureux ceux qui, au lieu de poursuivre les créatures, poursuivent l'amuur de Dieu avec un grand désir de l'atteindre (I). Un ardent désir, une volonté généreuse, triomphe de tout; mais que ce désir soit ciUcace et nous excite (2) :

(i) N'est-ce pas une chose étrange : il n'est rien de si précieux que l'amilié de Dieu, il n'est rien qu'on puisse avoir à si bon marché, et il n'est rien qu'on recherche moins. Etre ami de Dieu, quel honneur et quelle incumparable di(;nité I Si vous disiei à un prince : Monseigneur, je désire être votre ami, il se moquerait de vous, il le prendrait en mauvaise part. Nous disons au Fils de Dieu : Je désire être votre ami ; non seulement il nous le permet, mais il le veut bien, il le souhaite, il le commande; quelle admirable charité, et quelle prodigieuse miséricorde! Qj'est-il, en ce monde, qu'on puisse acquérir par la seule volonté? Rien du tout, pas même un peu de cendre, pas une épingle; il faut au moins se baisser et y porter la main pour le prendre; et l'amitié de Dieu, qui est la chose la plus excellente et la plus souhaitable qui soil au ciel et ea la terre, vous pouvez l'avoir par sa grâce avec la seule volonté (Le Jf.o:*!).

En 1430, mourut, près de Nuremberg, en Allemagne, une vierge admirable qu'on a surnommt'e l'hilolhée, à cause de son grand amour de Dieu. Elle voua sa virginité à Noire-Seigneur, à l'ùge de quatorze ans, et sa grande préoccupation était de savoir si elle était aimée de son céleste Epoux Elle lui demandait donc de lui donner de son amour quelque signe. Or, pendant qu'elle travaillait le jardin qui lui fournissait ses aliments, elle vit tout à coup, bien que ce fût en automne, s'élever la lige de violettes qui répandaient un parfum toui céleste. Elle les cueillit et les conserva précieusement. Cependant, il lui vint à la pensée que ces violettes avaient peut-être poussé d'une manière naturelle; elle continua de prier, et au même endroit de son jardin, Notre-Seigneur lui envoya un anneau précieux sur le chaton duquel étaient deux mains entrelacées. Philothée le mit à son doigt et ne le quitta plus jusqu'à sa mort. Vers la Gii de sa vie, elle eut le bonheur de voir Noire-Seigneur sous la forme d'un enfant, il se laissa serrer dans ses bras et couvrir de baisers.

Si on finissait là ce discours, on pourrait terminer ainsi : Noire-Seigneur montait aa Calvaire, el les saintes femmes, le rencontrant, nleuraienl des larmes amères en voyant, etc., et Jésus leur dit : holite {1ère super me. Mon Dieu, je vous demande pardon de vous contredire ; je sais bien que les ingratitudes et les blasphèmes des hommes ne peuvent vous enlever votre béatitude éternelle; mais il y a lieu de pleurer sur vous. Il n'y a personne qui soit traité comme vous. Point de bienfaits qui égalent les vôtres. Point de cœur si bon que le vôtre; et personne n'est oublié comme vous. 0 vous, qui avez aimé des enfaiits, un époux, et qui êtes trahi, méprisé, comprenez donc l'outrage que font à Notre-Scigneur tant d'ingratitudes. Opprobria exprobranlium libi ceciderunt super me. Sed super vos. Ah I oui, nous aussi nous avons été ingrats ; et nous en avons été bien punis; notre vie a été malheureuse, etc. Pleurons sur nous-mêmes et super filios veslros. Prêtres du Seigneur, patents chrétiens, pleurez sur ces enfants qui n'aiment pas Dieu. Travaillez à les ramener à lui, etc.

(2) On pourrait montrer la nécessité de l'amour de Dieu au point de vue social. Comme la société véritable n'est que l'amour de Dieu, ainsi la civilisation véritable n'est que le respect et l'amour de l'homme pour l'hon.me. Hais l'amour de l'homme pour l'homme découle de l'amour de Dieu comme de sa principale source. Le commandement d'aimer l'homme dérive du commandement d'aimer Dieu. L'amour de Dieu est donc le fondement de la vraie civilisation. Aussi, là où on ignore la paternité divine, on ignore la fraternité chrétienne; là on bail l'homme, on le méprise, on l'exploite, on l'asservit. lÀ, le juste c'est l'utile ; la raison, c'est le caprice ; le droit, c'est la force, et de là la

AMOUB DB DIEU 613

1519. II. A prendre les moyens d'acquérir l'amour divin, l» « Le plus onii-a.-.\ (lit saint Léonard, c'est de demander l'amour divin souvent et avec pers.vrrunce à Dieu même, attendu que ce feu sacré, ne peut i^lre tiré du rocher de notre cœur. Supplion.s «lonc avec instunce et sans relAche le Seigneur d'en embraser nos Ames. Il le fera; car Notre-Seigneur n'est venu icih■^^ ' apporter ce feu, et ne désire rien tant que de le voir s'al-

la. If.

I...;>>. -■ liononcer non seulement au péché mortel qui ruine tout à fait l'araour de Dieu dans une Ame ; mais encore au péché véniel et à la tiédeur, qui sont comme de la cendre jetée sur celte divine flamme pour en amortir 1 action. Toutefois, comme saint Litruori le remarque à ce sujet, si nous faison*; .ni.'l.iiii^ chute, sans nous décourager, relevons-nous aussitôt, par un a<t. de Dieu. Cet acte, en elTet, a la vertu d'effarer non seulement

ton' , riiel. mais même, s'il est accompagné du désir de se confesser,

tout poch'' iiiuiicl.

riai. :{■' Lo d.tacheraent des créatures et de soi-même (1). On ne peut point puiser d'eau avec un vase plein de sable. Le saint amour n'entre p.is dans un cœur rempli par les choses de la terre. Malheur, dit saint .Viiguslin, à qui divise son cœur, et en fait une part pour Dieu et l'autre pour le démon. Le Sei;.'neur irrité se relire et le démon possède tout. Faisons donc à Dieu l'offrande de noire cœur tout entier, et quand le démon se présente, disonslui, comuio Aunes à celui qui voulait l'épouser : Helire-loi, tu veux emptoisonncr mon cœur ; j'ai un autre amant qui t'a prévenu et qui est maître de mes affections. Quand sainte Thérèse eut brisé toute attache humaine. Noire- Seigneur lui dit : Maintenant, Thérèse, tu es toute à moi, et je suis tout à toi. Uuami Jésus est tout à une âme qui l'aime, qu'il est facile à celte âme >\o '^ ' ■ ' I- de tout ce qui est terrestre! L'amour est fort comme la mort. La he de tout; ainsi en est-il de l'amour divin.

l'.t^j.. »■ '. est dans la communion et l'oraison que l'Ame se donne toute à Dieu ; aussi saint LiuMiori dit aux Ames qui veulent grandir dans le saint amour ; « .\yez à cœur, avec la permission de votre <lirecleur, de communier fréquemment et de vous livrer beaucoup à l'oraison mentale. » A l'aide d«' ces moyens, nous établirons l'amour divin dans nos Ames.

I.')i3. — IIL Voici comment nous témoiynerons ejisuite à Dieu cette

vér: ie ; car comme l'absence de l'acDour de Dieu est la dépravation par la

vén ne de l'âme; de même i'attsence de l'amiur p^iur l'h imme est la barbarie

ou la déi>r<iviili^>D de la société — La barbarie fait peur, qui donc voudrait être barbare? Alors on a imairiné de sint^er le christianism*». On a appelé les peu îles à la fraternité.

' ' ■ ' ' t la filiation

en se sm-

, . . .. -. , , - .lc une civj-

lisauoii oublieuse de Dieut Au lieu d'avancer on a recule; ou, si vous voulez, on ti'a obtenu qu'un progrès négatif, le progrès dans le mal , progrès dans la misère, progrès dans les vices de toute sorte. (Vr.<(tviia )

ft) <a ) le B l.cti"* lie Crfnalp par'c d'une sainte âme qui, ayant !u que saint Fran-

à faire à l> ' •'•. que

. s'arma d'i^ »l de

1 s,. «f-o- ■ ,„., .I....U. <-...... ....... lur ei

la I. : 13 d'elle-mt>me. Le B. Luurs

de '. '.'i.

ibi S.iiiii Viiiceiil de Caul a^ait Converti le ct^uite qui s'ajipl qua, apr^t «nn rt'ioar à Di'u. à la praiiquf .: de Paul u. ' ■ • • ' 1 : .

dans Son ' \ . :- '

queique cl. - , , ,^ ^ .. . su pi ui/. — . . , , . .

quoi la poiie.^-tu, se dtt-il ' •-. — mais comment la quitter cette epéc qui t'a

ti'é ilp nt'l'p l'^'rils , %\ nn ' i sprnt< perdu «ans ellef — D'autrf pnri, il pftit

>■ d« ne pas t'en '■^ m'embarrasse. 0

Cet acte de délacb.

jamais le comte de !'• ^ . *

Diea Mul.

61 i SERMONS DE MISSIONS

divine charité : I" En faisant des actes intérieurs d'amour pour lui .* Libenter de Deo roaitare, comme 1p dit saint Laurent .luslinien. Notre- Seigneur dit im jour à sainte Catherine de Sienne : c Ma fille, ne pense qu'à moi ; si tu le fais, je penserai sans cesse à toi. » 2). C'est par des actes répétés que s'acquiert une habitude et qu'on en vient à l'aire facilement ces m^mes actes. Ainsi en est-il pour tous ceux qui exercent un art ou im métier quelconque. I)'al)ord, ils sont maladroits dans la manière <le se servir lie leurs instruments; mais par l'exercice ils en viennent à les manier lestement et avec aisance. En pensant souvent à Dieu avec des sentiments d'amour, on en vient à faire de cet amour sa joie et sa vie. Or, ces sentiments de divine charité sont de plusieurs sortes : tantôt l'âme s'élance vers son I5ien-Aimé et désire s'unir à lui en disant : Mon Dieu, mon Ame a soif de vous : mon Dieu est mon tout. C'est Yamotir aspiratif.

Tantôt elle se réjouit des amabilités de Dieu, de la gloire dont il jouit, ainsi qu'un enfant se réjouit du bonheur et de la gloire de son père. C'est Vamour de complaisance. D'autres fois, l'Ame s'attriste de voir que Dieu a souffert pour elle et qu'elle l'a offensé et que les hommes l'offensent encore ; et, comme David, elle lui dit : Mes yeux versent des torrents de larmes, parce que les hommes ne gardent pas votre loi. C'est Vamour douloureux.

Ou bien l'Ame lui dit qu'elle le préfère à tout le reste. Kt certes, comment avoir de la peine à tenir un pareil langage ! Serait-ce beaucouj» que de dire à un grand roi, qu'on l'aime plus que la paille et le foin ? Or toute créature (levant Dieu est moins que le brm d'herbe que nous foulons aux pieds, par rapport à un roi. C'est Vamour de préférence. Ou enfin l'Ame désire à son Dieu toute sorte de biens ; elle voudrait qu'il fût aimé de toutes les créatures. Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel ! C'est Vamour de bienveillance. Ces actes intérieurs sont très utiles ; mais, pour montrer leur sincérité, il faut en venir aux œuvres. Rien n'est fort comme l'amour. « Car le propre de l'amotir, dit Lacordaire, est d'unir ceux qui s'aiment, de confondre leurs pensées, leurs désirs, leurs sentiments, toutes les expressions et tous les biens «le leur vie, et de pénétrer jusqu'à la substance de l'être aimé, pour y adhérer d'une force aussi invincible qu'ardente. Même quand l'amour se prend à des êtres bornés, il y puise une énergie <pn grandit l'houime an delà de ce qu'il est : que sera-ce lorsqu'il se prend à Dieu? LA il trouve et il nous donne tout ce qui manque à notre faible nature. 11 trouve Dieu et il nous donne Dieu. » Quoidetimide comme la poule ? donnez-lui des poussins et un C(pur de mère pour eux, elle ne reculera pas devant des hommes armés. Qu'en serait-il donc, si nous mettions l'amour de Dieu dans nos cœurs (1).

Un ancien a dit qu'il y avait trois choses qu'on ne peut tenir secrètes : la toux qui se trahit d elle-même, le feu qui se révèle par sa fumée, et l'amour qui se laisse voir par les œuvres.

(1) Il y a une différence entre l'amour aflectif et l'amour effectif. L'amour affectif, c'est l'ardeur et l'affection du cœur, et l'amour effectif est l'amour qui se produit i l'extérieur et qui se témoigne par les œuvre». Eu ce qui est de l'amour affectif, il faut faire à votre cœur comme vous faites à votre monture, lorsque vous allez à cheval ; quand vous êtes à la montée, vous léchez la bride; mais quand vous êtes à la descente, vous la retenez. Quand vous vous portez à l'amour envers Dieu qui est sublime, allez-y à bride abattue, donnez carrière à votre cœur tant que vous pouvez, voguez vers ce promontoire à toute rame et à voile déployée. Quantum pôles tantum aude. Quand votre coeur se porte en bas, vers le prochain, il faut être plus réservé, il ne faut pas donner tant de liberté aux tendresses do votre cœur, parce que, comme dit saint Bonaventure, et après lui le dévot Gerson, l'amour spirituel dégénère quelquefois et devient sensuel, principalement si c'est envers une personne qui n'est pas de votre sexe. Hais en ce qui est de l'amour effectif. Dieu veut bien que vous commenciez parle prochain, et même l'exerciez plus souvent et plus longtemps eavers la créature qu'envers le créateur ; il veut ^ue vous quittiez quelquefois le service de Dieu pour servir et assister le prochain. Si vous ne pouvez entendre la messe, un jour de fête, sans laisser tout seul un malade qui a besoin de votre secours. Dieu veut bien que vous manquiez la messe pour assister le malade; Misericordiam volo, non sacrificium; et la raison est prise de ce que nous avons dit, que nos dévotions ne sont pas nécessairesà Dieu, que nos sacrinces loi sont inutiles, mais nos ouvres de miséricorde et de charité sont très souvent oéces» saires ou utiles au prochain. (U Jkdrb}.

AMOUR DK DIEU 615

1524. Pour aimer il faut if^ Libenter pro Deodare{\), donner volontiers pour Dieu, de se*? liions par l'aumône, de ses plaisirs en se les refusant, de sa propre volonté cl do son amour-propre en y renonçant, de sa pereonncen trav,iill;înt à la gloire de Pieu.

l.'ii.'). .'^o Enfin, libenter pro Deo pati, souffrir volontiers pour Dieu. Le Lois le plus propre à exciter la flamme de la charité, dit saint Kranrois de Sales, c'est le bois delà croix. Donc soulTrons volontiers pour Dieu les privalions, les maladies, les mépris, les aridités spirituelles, etc. (i) Ou soufTrir. ou mourir, disait sainte Thérèse. Toujours souffrir, jamais mourir, disait sainte Madeleine de l'azzi, digne Hlle d'une telle mère. Saint Léonard

(1) Saint Pambon, voyant an jour one comédienne qui s'évertuait à s'attirer radtnîration des spectateurs, se mit à pleurer; et comme on lui demandait la cause de ses larmes: « Je pleure, dit-il, l'état malheureux de cette femme, et ma négligence ; car je fais moins pour plaire à Dieu, qu'elle pour plaire aux hommes. »

(S) (a) La soufTrance coûte à la nature; mais le souvenir de la passion de Notre- Seigneur la rend douce. Les Israélites, fatigués d'une longue course à travers le désert, ne rencontrèrent, pour élancher leur soif brûlante, que des eaux amères. Moïse pria le Seigneur et jeta dans les eaux un bois mystérieux, et les eaux devinrent douces; et le peuple d'Israël s'y abreuva avec délices. Mettons dans l'amertume des souflrances le bois de la croix, le souvenir de la passion de Jésus-Christ.

{b) Le maréchal de Villars, sur son lit de douleur, apprit qu'un de ses anciens compagnons d'armes venait d'avoir la télé emportée par un boulet sur le champ de bataille; et il dit : « Cet homme a toujours été plus heureux que moi. » Rien pourtant ne manquait à sa gloire que celle d'avoir versé son sang pour la patrie. Et nous, ne porlerions- Dous pas envie aux saints, qui ont versé leur sang pour Dieu 7

(c) Ou reste la soufTrance nous rapproche de Dieu. Quand les matelots quittent le rivage par un ciel serein, leur départ est une fête. Ils rient de tout, même de Dieu, même des larmes d'une mère, d'une épouse éplorée ; peut-être même, blaspbèment-ils.Que la tempête éclate, et ils tombent à genoux, et ils prient. — Aussi quand Fouquet, intendant de Louis IIV, fut envoyé en exil, sa mère, apprenant sa disgr&ce, dit : « Je commence à reconnaître que Dieu aime mon tils, puisqu'il lui envoie des épreives. » — Henriette de France, femme de Charles le d'Angleterre qui fut décapité, remerciait tons les jours Dieu de ce qu'il l'avait faite chréuenne et reine malheureuse.

(d) Saint Gérard, frère de saint Bernard, repoussait les invitations de quitter le monde, que lui adressait son saint frère: « L'adversité seu'e oivrira ton intelligence à la vérité, loi dit Bernard, et quand l'endroit que je touche (il portait la main au côté de Gérard) sera percé d'une lance, la plaie sera l'ouverture par laquelle pénétrera la parole que tu méprises aujourd'hui. » En effet, quelques jours après, Gérard fut blessé d'un coup de lance au siège de Grancey ; il croyait sa blessure mortelle, et il ftt appeler son frère, qui lui fil répondre : • Cette blessure n'est pas pour la mort, mais pour la vie. » Gérard "•'' ' " pfTet. et il alla se meure sous la conduite de Bernard.

iuchesse de Parme, accablée parla souffrance, s'entendant dire de demander • igneur d'alléger ses douleurs, répondit : « Ohl non. qu'il ne m'enlève pas la seule cljt>À« par laquelle je lui ressemble un peu. » — Qui n'a envié le sort de Véronique, sur le voile de laquelle Notre-Seigneur grava son image. Ah I cette grâce, il la fait sur le visage et dans l'âme de celui qui souffre. — Le bloc de marbre oserait-il se plaindre au statuaire qui le polit et le transforme en une belle statue, qui sera l'objet de l'adrafration de tous 1

(ft SaQI poursuivait David avec rage; il entra un jour se cacher dans une caverne oh David était réfugié, tnn^ qu'il le sût. David aurait pu sans effort le tuer; mais dans son grand c«ur, il -< de lui couper, san* qu'il s'en aperçût, un<- frange de son

manteau royal, ; iira plus tard, en lui disant : « J'aurais pu tout aussi bien

vous •"' "■ ■■ "'• ' " " "" ' • ' .......1 .1 '^•1 s frappe : il pourrait

nous plonger dans l'enfer;

il -p ns. — La souffrance

■ <• et de ses dangers. L'oiseau captif s'urile contre sa cage ; et I l'abri des filels de l'oiseleur, du plomb des chasseurs, de la rage

(le !'<-[iervitr. 'ii^ la ijim. de la soif; car son matire l'am loul à souhait.

Et puis : momentaneum et Ure tribulationis nu iloria pondus

operatur. Les arbres dépouillés et chargés de glaçons c. . — ^ ■•i^'npsne tardent

pas de se couvrir de feuilles et de fleurs.

'g \^ !(ainte Vierge apparut on jour â saint Jean de la Croix et lui offrit une couronne

elle enfonça dans sa léte, en lui disant : a Jean. c'e.<it par les épinrs que ta

r la couronne que mon Fite te réserve au ciel. ■ Jean tout en s.ufTrant vive-

mi'iii oc tes épines, répondit ; «Je recevrai ces épines qui me viennent de votre main,

comme de belles fleurs. •

616 SEaMu.N> iir. MISSIONS

Teul qu'on ajoute cette autre devise à celle de ces saintes âmes. Souffrir et aimer (1).

Heureux ooux qui, comprenant l'obligation d'uimor Dieu, prendront les uiovonsd'acqurrir ce Iréscir ineffalile de l'aniour divin, et produiront avec, ardeur les aites rpi'inspire la divine charité. Ils soulTriront peut-être en ce monde, mais en aimant. Kt quand on aime, on n'a pas de peine ; ou si l'on en a, c'est une peine que l'on aime. Ils mourront en aimant, et ils jouiront et vivront au ciel de l'amour éternel.

(1) Quelle illusion ! De peur d'en Taire trop pour Dieu, on ne f<iil rien du tout : la crainte de donner trop d'attention à son salut empêche d'y travailler, et l'on se perd de peur de se sauver trop sûrement; on craint les excès chimériques de la piété, et on ne craint point l'éloigneraent el le mépris réel de la piété elle-même, La crainte d'en trop faire pour votre fortune et pour voire élévation, et de la pousser trop loin, vous arrôle-t-elle, refroidit-elle la vivacité de vos démarches et de votre ambition T N'est-ce pas cette espérance elle-même qui les soutient et les anime 1 Rien n'est de trop pour le monde : et tout est excès pour Dieu ; on craint el on se reproche de n'en faire pas assez pour une fortune de boue ; et on s'arrête de peur d'en trop faire pour la fortune de son éternité.

(MAkSlLLOlt).

(a) Saini Ignace d'Antioche avait compris que l'amour se témoigne par les souffrances. Saisi par les persécuteurs, il écrivait: « On me conduit à Rome pour être dévoré

!)ar les biles; je suis déjà livré à des soldats inhumains semblables aux lions el aux éopards. C'est là ce qui fait ma joie, j'ai endn le bonheur de souffrir pour Jésus-Christ. Je commence à être son disciple puisqu'il m'est donné de me sacrifier pour lui. » Trajan le fit compurattre devant lui el lai demanda qui il était : • Je suis Ignace et on m'appelle Théophore, parce que je porte dans moi cœur Jésus-Christ, vrai Fils de Dieu.» Et quand on lÂcha contre lui les deux lions qui devaient le dévorer, à genoux dans un élan d'amour, il répétait le saint nom de Jésus.

(b) Les hérétiques s'étant saisis de saint Dominiqu", lui demandèrent ce qu'il ferait s'ils le mettaient à mort, a Rien autre, répond t-il, que de vous prier de me faire subir un long niariyie, afin de me fournir l'occasion de témoigner par ma patience mon amour à Noire-Seigneur. (Voiries notes du n» 1060.^

(Cl Un solitairese plaignait d'être obligé d'aller loin puiser l'eau qui lui était nécessaire et il songeait à se faire une cellule tout près de la fontaine, lorsqu'en empoitant son eau, il entendit qu'on comptait derrière lui ; il se retourne el aperçoit un ange, qui lui dit : « Je compte tes pas; car pas un ne sera sans récompense. » Aimoas donc chacune de nos cruix.

(d) Mgr de Ségur écrivait : « Sur mille personnes qui sont aujourd'hui en enfer, je parierais qu'il y en a neuf cent quatre-vingt-dix qui seraieni au moins en purgatoire, si elles avaient eu la chance d'être aveugles ou sourdes, ou paralytiques ou affligées de quelqu'auire bunne grosse infirmité, et que sur mille autres pauvres âmes qui souffrent énormément en puri;atiiire, il y en a au moins neuf cent quatre vingt-quinze qui jouiraient depuis longtemps des éternelles béatitudes, si quelque infirmité très désagréable les avait retenue^ sur la pente de la frivolité des plaisirs mondains, de la coquetterie et de la gourmandise, etc.

le) Saint Benoit Labre, à une femme qui lai demandait comment il faut aimer Dieu, donna une réponse qui résume tout ce que nous venons de dire. < il faudrait, dit-il, avoir trois coeurs en un seul : le premier de feu pour le bon Dieu ; le second de chair pour le prochain, et surtout pour le pécheur; le troisième de bronze pour ni)U:>-mêmes.

(/*! Sainte Lidwine de Hollande, dès l'âge de quinze ans, fut condamnée, à la suite d'une ckuie, À rester au lit pendant trente-huit ans. Elle ne put, durant dix-sept uns, remuer qu'un peu la tête el le bras gauche. Ëite était sans secours humains et presque abandonnée. Toute sa consolation était de méditer la passion de Notre-Seigneur et de communier. (Vuir la note à la fin du n* 91:2 )

(Q) La bienheureuse Angèle de Foligno, disait que les biens temporels, les richesses, les honneurs, ne sont que les miettes de pain qui tombent de la table de Dieu ; mais que les croix sont les mets délicats de cette table sacrée, el que pour cela ils sont réservés aux favoris. Elle assurait que ceux qui soulTrentbeaucoup sont admis & celle lable auprès de Jésus et ^ont nourris des mêmes mets que lui. El pour obtenir des croix, elle fit un fervent pèlerinage de quarante lieues.

(h) Saint Siméon Siylite avait une plaie oti les vers fourmillaient. Dn de ces vers se détachant un jour de la plaie, tomba de la colonne où le saint passait sa vie entre le ciel el la terre. On roi de l'Orient, appelé Basilic, se trouvant au bas de la colonne, recueillil avec respect ce ver qui, au«itôt, se trouva changé en une perle très belle el très fine. Basilic l'emporta el la garda comme un trésor : Ah I les douleurs que nous souffrons avec patience, les infirmités, se changent entre les mains du roi du ciel en des perles précieuses dont il compose le diadème qu'il déposera un jour sur noire front.

LA DÉVOTIOS 617

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