II. — Fin de l'âme relig^ieuMO
lîWio. La fin est par rapport à l'homme ce que la cible est pour le tireur, le terme de la route pour le voyageur, la boussole pour le navigateur, ce que fut la colonne do feu pour les Israéliles dans le désert, et l'étoile pour les rois mages. Ceux qui ne cherchent pas à connaître lem* Dn, ou qui l'oublienl, sont semblables à un vaisseau sans gouvernail, et exposés à périr comme un voyageur qui s'aventure sans guide dans une route difficile et bordée (le précipices. One dire d'un serviteur qui ne sait pas ce qu'il a à faire tlans la maison, d'un soldat cpii ignore pourquoi il porte des armes, d'un pilote qui s'eiid)arque sans savoir où il va, d'un archileite qui ne sait pas quel édifice il doit C(}nslruire, sinon ([u'ils sont insensés. 11 en est do même de ) homme qui ignf)rc sa fin (I). Ifematid uns donc quelle est la fin de l'homme, du chrétien, du reliyieu.v. \) he l'homme : in) Je riens de Dieu, non de moi-même, ni d'une créai tu-e quelconque. Boleslas IV, roi de Pologne, portait à son cou un médaillon sur lequel était gravé le portrait de son père. Dans toutes les déterminations à prendre, il regardait cette image, la baisait et disait : A Dieu ne plaise, mon père, que je ne fasse jamais rien qui soit indigne de vous. Et nous oserions laire ce qui déshonorerait notre titre d'enfanls de Dieu ! Suétone nous apprend que du temps de l'empereur Auguste, c'était un crime digne de mort que de porter dans un lieu infAme l'image de l'empereur gravée siu' une monnaie ou sur un anneau. Hélas ! où portonsnous l'image de I»ieu qui est en nous ? (b) donc je suis à Dieu, avec mon corps et tous mes sens, mon Ame et toutes ses puissances, et cela maintenant, à chaque minute et jusqu'à la fin de ma vie. L'n empereur romain avait un cerf (pi'il était parvenu à apprivoiser. Objet des caresses de son maître, ce bel animal revenait au palais après avoir erré dans les forêts voisines. De peur (|u'il ne fût poursuivi et blessé par les chasseurs, on lui avait mis au cou un collier d'or, sur lequel étaient gravés ces mots : Nome touchez pas: j'appartiens A César. Sur notre être tout entier brille cette inscripti§n : Ne me touchez pas, j'appartiens à Dieu, (r) Je suis pour Dieu: Omnia propter semetipsutn operatus est Dominus. (Prov. xvi, 4.) Le fruit de l'arbre est à qui l'a planté. Injustice de ravir à Dieu ses droits. iNe m'en suis-je pas rendu coupable ? Pour l'avenir, il faut <pie je respecte les droits divins. Il faut que je me respecte moi-même : c'est mè rapetisser en effet, que de me donner aux créatures, moi qui suis fait pour le (iréalcur. Quelle honte de m'arrêter à des richesses périssables, A des plaisirs frivoles ou honteux. Ad majora natus sum. C'est une gloire que «l'être au service d'un roi de la terre, je dois lêtre au service du Hoi du ciel. Par ce côté je n'ai rien à envier aux anges ni* aux archanges. Leur fin n'est pas plus noble que la mienne; si j'oubliais ma dignité, je sacrifierais mon bonheur ; car les créatures ne peuvent remplir un cœur fait à la mesure de Dieu, pas plus qu'une goutte d'eau, l'océan. Un os hors de sa place fait souffrir tout le corps, qu'en est-il donc du cœur dévié de sa fin ? (2)
(\) Un jeune païen de noble naissance appelé Hilaire, habitait une maison splendide, il ne portail que des vêtements dorés, il étaii instruit et avait de grandes richesses? Cependant sarai-son lui posait souvent celte question : Hilaire, quelle est la fin de ta viel Il écoula sa raison el cherchant la solution à cette question, il la trouva dans le christianisme, il se fit donc chrétien, et avança si rapidement dans la perfection qu'il devint évéque d'Arles el l'Eglise l'honore comme un saint.
(2) Et cependant, nous qui redoutons tant le mépris, nous nous méprisons noas-mémcs. Considérons, en effet, de quelle sorte les hommes aRissenl, quand ils veulent témoigner beaucoup de mépris, et après nous reconoalirons que c'est ainsi que nous traitoas avec
\v\\T\r,p-^ m? t.'ftv.t rfligteux 035
II''»». 2) lui c/irrrii'/t. I, iH^iiinc smiinoiiirru i-aisnnnalilc doit ï^nsir iiieii,
j.i M iii'cr sa ulnire. lui rapporter ses actions. Mais la simple raison ne lui
' ■■ ' naissancos sur la manière île remplir ce ilcvoir.
- lies féni'hres à son aiimirabh- lumière. Il nous a
lin» 1 iiirin 11? . < tni-.i -uiie nous a donné par le baptême les vertus infuses de
noos-mémes. Quelles sont les personnes que nous méprisons, sinon celles dont nous négligeons Imus les iotéréls, desquelles nous fuyons la conversation, auxquelles même nous ne daignons pas donner quelque part dans nos pensées ? Or, je dis que nous en usons ainsi avec nons-mémes ; en un mot, nous ne pouvons nous souffrir nousmêmes. Car, est-il rien de plus évident que nous sommes toujours hors de nous ; je veux dire, que nos occupations et nos exercices, nos conversations et nos divertissements nous attachent continuellement aux choses externes et qui ne tiennent piis à ce que nous sommes t Et une preuve très claire de ce que je dis, c'est que nous ne pouvons nous accoutumer à la vie recueillie et intérieure. (De là le trouble dans lequel nous vivons.)
« L'âme ne peut être en repos, si elle n'est saine, et elle ne peut jamais être saine, jusqu'à ce qu'elle ait été établie dans une bonne constitution ; est-il rien de plus clair? pli r la riii'iue en celte bonne constitution, il faut nécessairement agir au dedans, et n.n pas s'<''pani l.er inutilement ni se vider, pour ainsi dire au dehors; car la bonne con.iiituUun, c est le bon état du dedans : qui le peut niert Ceux donc qui consument louies leurs forces après la multitude des objets sensibles, puisqu'ils dédaignent de travailler au dedans d'eux-mêmes, ne trouveront jamais la santé de l'àme, ni par conséquent son repos, de sorte qu'il n'est rien de plus véritable que nous ne pouvons rencon* trer que le trouble dans la multitude qui nous dissipe.
I .^., ....,;. .; t hic mundus hominihus et sibimetipxi tiluerunt, saint
s, ô riches du siècle, lorsque vous acquérez tous les jours de
s amassez tous les jours de nouveaux trésors? Vos richesses
Buiii hiiiâoe vous, et cuuiaientespérez-vous pouvoir vous remplir de ce qui ne peut entrer en
vous-mêmes? Votre corps terrestre et mortel ne se nourrit que de ce ou'il prend, et de
!à vient que la Sagesse divine lui a préparé tant de beaux organes, pour s'unir et s'in-
rorporerce qui le sustente. Vo'.re âme, d'une nature immortelle, n'aura-l-elle pas aussi
vp< iirt'«!ipa. pour recevoir en elle-même le bien qu'elle cherche ? Maintenant, ouvrez
!it qu'il vous plaira, et vous verrez qu'elle ne peut recevoir en elle cet or et
ijue vous entassez et qui ne peut jamais la satisfaire : lors donc que vous
• îi rassasier, n'est-ce pas une pareille folie que si vous vouliez remplir un vais-
■-. L : < liqueur qui ne peut y être versée T Insensés, ne voyez-vous pas que vous
ir»'» alliez inutilement, que vous vous troublez dans la mallilode 1 Turharis erya plu-
riytia.
» Et vous qui recherchez avec tant d'ardeur la réputation et la gloire, pensez-vous
pouvoir contenter voire âme? Cette gloire que vous désirez, c'est l'estime que les au-
[r>'* font 'ie v<>ir<» personne ; ou il« se trompent, ou ils jugent bien de votre mérite. S'il»
■ .n déraisonnables de faire v " ' ' urde
c'e.-t un bien pour eux : c ''Sti-
. ...c .. -.. ^^. cal possédé par les autres? N .: -c que
>rs de l'unité, et que vous vous troublez dans la mutiiiude : Tur-
» \ -moi, n'avez-vous rien en v. i
de i<i i> uu a faite à sa ressemblan
;„.. , ......... t..„,.,„... ., !.■, -(.en Va,, .,..> iv
9) *? Si l'Ame a
fi.itiY erreur et
tiuKi- fn.itr .11- .i «oiilciiléf. lorsque itou i les sens?
Au l'oniriiiv. I ' M ni>ii« ne lui ihinnii' spirituels,
qirrile >ei ' •■ chercher
tl ;iiiln,'S, r
€ C, est ',■ , ,.. . ... ^ - (cupations
nrdin.-iires : Je ne SUIS point, dii-il, da ; on ne me v /empresser
P^^s l'c In personne de» grands; je n'a irs portes ni Im je ne me
'<t l'eatomac à crier au mili> i>au ; je nf '
j'ai assez à travailler en i< -'est là que
Iran'
i''esti-(1ire In «rôle
choM! qui iiou:< • I (Quelle penst-e plu» douce nu i
menace ruine, tu ~ les jours et les nuit* avec une !« i.
âme se dément iie inuies parts comme un édifice mol erureonu, n m .•«.j.»»
point de plaisir à la réparer? Dieu commet à tes »oins un champ très fertile, c'est-
636 KBRMONS POUR LKS COMMUNAUTÉ."
foi, d'ospéranro o\ do cliaril»^, voiius qui font J'Iiomme surnaturel, qui l'élèvcnl A une connaissance de Dieu, di^passant celle dont la raison est capable, f^ui ouvrent devant lui des espérances auxquelles il ne pouvait prétendre, I appelant à voir Dieu face à face, à le connaître comme il se connaît, à ramier comme il s'aime lui-mC;me et A commencer sur la terre cet amour surnaturel de Dieu qui ne finira pas. Les philosophes rie l'antiquité non seulement n'ont pu s'élever à cet amour surnaturel de Dieu ; mais on prétend m(*'me qu'ils n'ont jamais parlé de l'amour naturel pour Dieu.
Les trois vertus théologales ruinent en nous l'empire du ])ôché. Consepulfi per ha/ttisjnmn in morfe/n uf /lercafis mortui Jusfifrr vivamus. Klles implantent en nous la vie divine, ou la grûce sanctitianfe. compagne inséparable de la charité ; elles exigent que nous observions tous les commandements ; car la non-observation d'un seul, ruine la charité, //or est primum et maximum tttanclatmn : diliyes /)ominum /Jeutn fuum ex toto corde tua
à-dire, l'âme raisonnable, capable de porter de.*» fruit.<« immortels; quelle honte que dédaignant on si bel ouvrage, tu l'abaisses Jusqu'à cultiver une terre stérile et infructueuse I
» D'ailleurs nos désirs sont si peu réglés, notre esprit est préoccupé de tant de fausses imaginations; ou l'orp^ueil nous enHe, ou l'envie nous ronge, ouïes convoitises nous brûleni, et nous ni<us laissons accabler d'affaires, comme si celles-ci ne nous touchaient pas, ou qu'il n'y en eût pas assez pour nous occuper. Enfin que recherchons-nous parmi lantd'emploisY Pourquoi gouvernons-nous noire vie par des considérations étrangère» T Je veux la passer dans les grandes charges. Mais que nous sert de faire une vie pu» hlique, puisque enfin nous ferons tous une mort privée? Mais si Je me relire, que dira le monde ? Et pourquoi voulons-nous vivre pour les autres, puisque chacun doit enfin mourir pour foi-mème? 0 folie I ô illusion ! ô trouble et empressements inutiles des enfants du siècle ?
» tt certes, quand je considère, mes très chères .«œurs, qu'entre tons les êtres que nous connaissons, il n'y a que Dieu seul qui soit nécessaire, que tout le reste change, tout le reste passe, qu'il n'y a que notre grand Dieu qui soit immuable. Je fais ce raisonnement en moi-môme: s'il n'y a qu'un seul être qui soit nécessaire en lui-même, il n'y a rien aussi à l'égard des hommes qu'une seule opération nécessaire, qui esi de suivre uniquement cet unique nécessaire, car il est absolument impossible que notre repos puisse être assuré, s'il ne s'appuie sur quelque chose qui soit immobile ». (Rossuf.t).
Le .soleil a été créé pour éclairer, le feu pour chaufier, l'eau pour humecter, et la terre pour produire des plantes; ils le font et l'ont toujours fait; l'homme seul, qui a été avantagé d'une nature si excellente, l'homme qui a reçu la souveraineté sur toutes les autres créatures, l'homme qui a été créé pour une fin si noble, manque à son devoir et est inutile en ce monde. Eh ! quelle difTérence il y a très souvent entre deux personnes que vous penseriez fort semblables! Votre voisin est gentilhomme et vous aussi; il a un bel esprit et vous aussi ; il a de grands biens et vous aussi : mais il est homme de bien, il cherche Dieu en toutes ses œuvres, il s'étudie à le connaître, à l'aimer, à l'honorer, à le servir, à procurer sa gloire et à le faire aimer et honorer pnr tous ceux qu'il hante ; vous au contraire n'avez point d'autre but de vos pensées, de vos desseins, de vos actions et de vos affections que vous-mêmes; votre contentement, votre satisfaction, l'établissement de votre fortune et l'avancement de vos enfaats sont la seule et dernière tin des inclinations de votre cœur. Dieu fait plus d'état de votre voisin que de tous les trésors de la terre, que de tous les asires du ciel, et il fait moins d'état de vous que d'une épingle et que d'une aiguillée de fil; vous en pouvez Juger par vous-même et par votre façon d'agir.
Vous avez, par exemple, deux chevaux en votre écurie, tous deux de même prix, et de même poil, et de même taille; l'un s'est rompu la Jambe sans remède, et l'autre est sain et vigoureux ; vous nourrissez et gagez un valet pour avoir soin de celui-ci, vous le lui recommandez souvent, vous le visitez de temps f n temps et le faites voir à vos amis; mais celui qui s'est rompu la jambe ne vous est plus rien; vous l'envoyez à la voirie. vous en faites moins d'étal que d'une épingle, ou que d'une aiguillée de fil. Pourquoi ? Une épingle peut servira aUacherun col, un bout de fil à coudre une manchette, et ce cheval est inutile, il ne sert plus à rien à la Rn pour laquelle il est dans ce monde. Ainsi, quelque bel esprit que vous ayez, quelque bon jugement, queiquescience, prudence et industrie qui soient en vous, si voi.s n'aimez Dieu, si vous ne le servez, si vos actions et vos affections ne tendeni à sa gloire, il vous estime moins qu'une épingle, vous êtes la plus inutile de toutes les créatures, car une épingle sert à sa fin, et vous ne servez de rien à la fin pour laquelle vous êtes homme, qui est la gloire de Dieu ; vous semble-t-il que ce soit une chose indifférente de priver votre Créateur des fraits de la vie qu'il vuusa donnée? (Lr JEu.te).
.'. .NTAGES DE l'État religieux 637
''/ ex totd mente tuâ. Qui ofTendit inuno factus est omnium reus. Sans cela on n'atteint pas la fin pour laquelle Dieu nous a faits chrétiens.
Existimate vos mort uos esse peccato, inventes autem l)eo. (Hom. vi, -i. {{.) Siunmcs-nous morts aii péclié et avons-nous vécu pour Dieu? Etre chrétien, c'est marcher à la suite de Jésus-Christ. Or jï quelles conditions 1 Si i/uis vult /tost me venire ahnef/et semetipsum. De plus, il faut revêtir les vertus de Jésus-Christ. Quicumque in Christo baplizati est in Christum induistis.
irj()7. 3) Du religieux : Ad quid venisti, se demandait souvent saint Hernard. C'est en ce monde la perfection de la vie chrétienne ou de l'amour le Dieu,, afin de le posséder plus abondamment au ciel, .\vons-nous tendu à ia perfection par l'observation des vœux et des règles 1 0 mon Dieu, toutes les créatures .sans raison tondent vers la lin que vous leur avez maniuée ; uioi seul je m'égare ; et en m'égarant je vis malheureux î Vous m'avez fait pour vous et mon cu'ur est inquiet tant qu'il ne se repose pas en vous ! En in'écartant de vous je me perds: Quid e/n/ioti/if si- n te nt'fihnnf . fiererfere. Jérusalem, ad Dominum Deum tuum