‹ Le Prêtre dans le ministère de la prédicationChapitre 157 sur 416 · X. — WiVH rogle» oo les coustitutiona · texte numérisé non relu

X. — WiVH rogle» oo les coustitutiona

Disons : I. IVsliine nuelles inérilcnt, II. la fidélilé qu'on leur doit.

UÏM). I. L'estime (/a elles méritent. 1» Elles ont été écrites par des aines ferventes, ipie Dieu s est choisies pour en diriger d'autres dans la voie du salut. Clos Ames vénérables ont mis dans ces réj^les toute leur intelligence, tout leur ca'ur, elles ont appelé sur elles la bénédiction de Dieu par la prière. 2*> 1 Kglise est venue, par le Saint-Siège ou par l'évèque, les approuver ou les bénir, reconnaissant par là que ces règlements étaient propres à mener à la sainteté ceux qui y seraient lidèles, et à atteindre la lin de l'Institut, à procurer par conséquent la gloire de Dieu.

3" Uuc d'i\incs leur doivent déjà leur salut ! Il vous souvient de ces Ames religieuses ferventes, rpii vous ont quittés. Elles sont au ciel, et de là il me semble qu'elles vous montrent le livre de vos Constitutions et vous disent : Voilà la voie par laquelle nous sommes arrivées ; suivez-la et vous nous rejoindrez bientôt.

1640. i" D'ailleurs, quoi d'étonnant! ces Constitutions sont le résumé des conseils <ie l'Evangile, des maximes des saints. Elles sont, pour ainsi dire, l'Evangile de l'àme religieuse ; et, après la parole de Dieu, rien ne doit être pour elle plus vénérable ; rien qu'elle doive lire avec plus de respect et plus d'alTection (i). 11 serait bien osé celui qui n'estimerait pas sa règle, qui n'en respecterait pas tous les points. Si un sentiment d'avereion pour certains détails de l'observance régulière naissait dans votre cœur, il faudrait le combattre par la raison, vous disant à vous-mêmes, ce que vous diriez à un autre en pareil cas, que les supérieurs ayant approuvé et béni ce point de la règle, c'est de la présomption et de lorgueil que de ne pas l'aimer.

iOii. II. L'estime ne suHit pas, il faut de plus la fidélité aux règles. lo Cette fidélité est de la plus grande importance. Saint François de Sales a dit : La prédestination des religieuses est attachée à l'observance de leurs règles. Voulez-vous savoir si vous êtes destiné à la béatitude des élus, voyez où vous en êtes, et hAtez-vous de vous rendre régulier, si vous tenez au paradis. L'observance de la règle, disait la Bienheureuse Marie-Madeleine de Pazzi, est la voie la plus droite du salut éternel et de la sainteté. C'est même l'unique voie, l'unique chemin, d'après saint Liçuori; tout autre ne conduit pas les religieux à leur fin. Une religieuse, ajoule-t-il, qui, par sa faute, transgresse habituellement quelque règle, si petite soit-elle, n'avancera jamais d'un pas dans la perfection, lit-elle d'ailleurs beaucoup de pénitences, d'oraisons et d'exercices spirituels: elle travaillera, mais sans fruit.

Cela se conçoit facilement. Une mère de famille qui se livrerait à de grandes pratiques de dévotion et négligerait sa maison, ses enfants, n'arriverait jamais à la sainteté. Or, le devoir d'état d'une religieuse, c'est la lidélité à sa règle. C'est dans celte fidélité qu'elle trouve la paix avec Dieu. A une religieuse infidèle à sa règle Dieu peut dire le contraire de ce que Job

qu'un religieux se plaigntt qu'on eût interrompu son sommeil. « Car, disait-il, ce n'est point lui Taire tort que de l'éveiller, puisque par là on lui donne l'occasion de faire quelque chose de bon ou d'y penser ».

(di Quand saint Christophe eut été converti par un solitaire (voir n. 1268 note (b), celui-ci entreprit de lui indiquer ce qu'il devait faire pour le service de Jésus-Christ. « Il faudra jeûner, lai dit-il. — Ohl cela, je ne le puis, répondit Christophe. — Il faudra donc faire des oraisons. — Je ne sais pas ce que c'est. — Il y a tout près d'ici un fleuve terrible qui engloutit beaucoup de passagers, il faudra entreprendre de passer sur vos épaules ceux qui auront besoin de le traverser. — Oh I ça, je le puis », dit Christophe. Et il exerça pendant plusieurs années ce ministère de charité, et mérita, dit la légende, de passer Nutre Seigneur lui-même et de subir pour lui le martyre. Que ceux qui ne peuvent faire de grandes pénitences ou de longues oraisons fassent au moins des œuvres de charité. (Sur le dévouement des religieuses, voir les belles pages de M. Boher, n. 2181).

(1) Saint Jean Berchmans, sur le point de mourir, se fit donner son rosaire, son cruciQx et ses règles. « Voilà, dit-il, mes trésors les plus précieux, mes armes avec lesqjielles je veux mourir. » — El quand les filles de sainte Thérèse se pressaient autour du lit où leur sainte mère allait rendre le dernier soupir, la priant de leur faire ses dernières recummandaiioas, la sainte ne trouva rien de plus important à leur dire que l^'vbserver ponciaellemenl leurs constitutions et d'obéir lidèleme&t à leurs supérieures.

LKs hl;(;li:s kt li;s constitutions 677

.lic^;! ^ \ùon ■ ^"/ore posuù-ti te rontrarhtm mihi; car n'cst-elle pas toii- II avec le bon plaisir de Dieu ? Quelle paix aurait-elle avec

..-t du inonde, puisqu'elle a l'esprit du inonde qui est de vivre

e, et elle n'est pas dii monde puisqu'elle en est séparée par son état, -t pas religieuse, puisqu'elle n'a pas l'esprit de son état , et elle ne veut pas l'être; elle ne peut être du monde, bien qu'elle envie la liberté du monde ; de là des luttes intérieures, des troubles, des remords, des regrets, des craintes pour llieure dernière. Jussùti, Domine, et sic est, ut omnis inordinatus animus jxena sit ipse sibi. Et l'expérience n'est-elle pas là pour prouver que, s'il y a des Ames malheureuses en religion, ce sont celles qui sont immortifiées, sensuelles, indisciplinées et, par suite, infidèles à leurs règles: tandis que toutes les pratiques régulières sont douces aux Ames ferventes, qui y trouvent leiu* bonheur. Ce n'est que par une illusion étrange qu'on peut se figurer qu'en se mettant au large on vivra plus tranquille. Plus on ôte de la charge, plus elle pèse ; moins on veut se mortifier, plus on s'attire de mortifications. Tollite jufjum meum super vos et inveniefis requiem. O'iolie paix aurait-elle avec le prochain ? et, d'abord, avec ses ir devoir sont obligés de faire respecter les règles et ne ■ ses infidélités sans les reprendre; et ce zèle des supéj M I iM leur concilier l'estime et l'affection des inférieurs, est par-

fois voque les plaintes et les murmures des âmes infidèles. Et dans

ces .■....■.■...>, comment avoir la confiance de ses supérieurs et vivre en paix avec eux ? « Pour moi, disait saint Louis de Gonzague, j'aimerais mieux encourir la disgrâce de tous les hommes et me tenir en parfait accord avec mon supérieur, que de me séparer de celui-ci, et de m'attacher par là tout ce qu il y a d'hommes au monde; parce que mon supérieur et Dieu ne sont, à mon égard, qu'une même chose ; et pourvu que je sois bien avec Dieu, que m'importe tout le reste. »

Pour avoir la paix avec les membres de sa communatité, il n'y a rien de

plus puissant que la pratique d'une même règle. C'est ce qui fait' contracter

entre personnes de toutes conditions, qui ne se connaissaient pas auparavant,

un*» union plus étroite que celle qui relie les membres d'ime famille et cette

' rompue par l'infraction à la règle. Un monastère où la règle est

■^st une cité de paix, ime Jérusalem ; un couvent où les rèeles sont

ost une Babylone où règne la confusion. C'est là que se

lis, les partis, qui désolent au dedans et scandalisent au

"IC'fli'PS.

Mais le moindre mal pour une religieuse infidèle, ce sera de ne pas

' ' ' ' îion et de perdre la paix. Le pire, c'est qu'en trans-

'^s, elle se créera d'elle-même une grande difliculté

s graves. Qui spernit modica, paulatim decidet.

< avoir quitté le monde, renoncé à tout, on vienne

"•' "■• •'■■jcnce à observer de petits règlements!

. qui avait été sénateur et ipii était

. .4 .. .-... .i;,'les, lui dit : Senatorem perdidisti,

non fecisti : Vous n'êtes plus sénateur, mais vous n'êtes pas -( Ml.

1' I- des religieux dans de gran ' :* Ils

ont ni des instituts florissants il' . Ils?

l'^ii ittière très petite pré|>are la ruine d'une

III 11- 11" ce que l'i^rorfr» est à l'arbre; enlevez

l'.', or. . 1 liii. 1.1 (Il h.', elle se tlessèche : •■ au tronc lui-même et

l'ailiio lU'^'irt I .•.MIT.' ne parait qu'une eti trfois nulo. (»f elle con-

sorvo fi \ t. Ainsi en est-il de la i .ji donc,

.intaiit j. [loiir soi quf» p.'»r «itn o ']ui est

iMir I un iii^-: i-iMii'is i!'N ;is (10 K^ur l'uargcj a "'o ijiui no s iniroiiui.sc iiuonn roi.'irheniont (i).

(1) La vérUahle Epouss de JésM-Chri$t, édition CaMermio, p. I7t!.

(t) Grégoir« X, qui aimtil beaucoup Frèro Gillea, un des premisr* oonpagnoos de

678 SERMONS I»OUR LES COMMCNAUTéS

4043. 2o Elle est obligatoire, i) pour les supérieurs. Saint Liguori, parlant comme tliéolof{ion. se poso cette question au sujet du supérieur : Pcchet-il gravement en négligeant de corriger les légers riêfauls de ses inférieurs? Oui, d>l-il, si ces défauts sont multipliés et tels qu'ils puissent relftdier la discipline, comme s'il s'agit de la violation du silence, (l'est là l'opinion commune. Lors même que chaque religieux ne pèche que légèrement en violant ses régies, le siipérieur qui, lorsqu'il le peut, n"cmpéche pas le relAchement péclie d'une manière grave, il est donc tenu non seulement de corriger, mais même de chercher à connaître, sans une excessive sollicitude pourtant, les manquements qui peuvent nuire à toute la communauté. Kt celui qui remplit l'ollice de zélateur est obligé de la même manière d'avertir le supérieur des abus qui s'introduisent. (T. mor. Mb. 4, n. 13 et 57.)

11 faut remarquer, dit ailleurs le saint, que, durant la visite canonique faite par l'évoque, ou le stipérieur du couvent, les religieux sont tenus de faire connaître la vérité sur l'observance de la règle, quand même les transgressions ne seraient que légères; car c'est par là que commence ordinairement un relâchement complet. On voit donc combien il importe de maintenir la régularité dans les comnninaiités, et aussi ce qu'il faut penser des rtmes tiédes qui excusent leur négligence par divers prétextes.

i<)4-4. i) Pour les reliffieu.r. IJien que, en elles-mêmes, les règles n'obli-

f;enl pas sous peine de péché, le sentiment coinmun des théologiens est (pie a transgression d'une règle quelconque, si petite soit-clle, quand elle n'est pas légitimée par une cause sunisanle,est au moins un péché véniel. Quand on transgresse la règle en présence des autres, on ajoute à la faute le péché de scandale. J'ai dit, au moins un péché véniel, car si la transgression causait à la comiininauté un dommage ou un scandale grave, comme serait l'habitude de troubler le silence commim, d'entrer dans les cellules des autres et autres choses semblables, elle pourrait aller même jusqu'au péché mortel. 11 en serait de même si on transgressait les règles par mépris, aj'ant l'intention de ne pas s'y soumettre, ou les regardant comme vaines.

1645. Mais (jue ce soit au moins un péché véniel, on ne peut en douter, et cela pour plusieurs raisons : (a) c'est négliger de se sanctifier, et tm religieux est obligé de tendre à la perfection; (b) c'est être infidèle à la promesse faite à Dieu, dans la profession d'observer sa règle ; (c) c'est agir par amour-propre et s'écarter de la volonté de Dieu. Ce n'est pas là évidemment une action vertueuse, elle n'est pas non plus indifférente; car elle donne mauvais exemple et elle trouble plus ou moins la discipline. Elle est donc mauvaise. Et si quelqu'un disait : Il suffît que ce ne soit pas un péché mortel, je lui ferai savoir qu'il est dans un étal bien dangereux. S'il n'est pas mort, il est agonisant. Le malheureux est infecté d'une fièvre lente qui, avec le temjts, le conduira à la mort. (La riéritable Epouse de Jésus-Christ.) ^ Pour la consolation des Ames timorées, ajoutons avec saint Liguori, que si on manque à la règle pour un bon motif, par exemple, si on viole le silence pour consoler un affligé, on ne pèche point, on fait même un acte de charité.

4646. — 3o Réponses auœ objections. 1) Il en est qui prétextent leur âge, leurs emplois pour s'affranchir de la règle. Il faut bien avouer que, dans certains emplois, et sous le poids de certaines infirmités, on a parfois des motifs légitimes de manquer à certains points de la règle. C'est pourquoi les plus jeunes doivent craindre de juger sévèrement les anciens et les officiers du couvent. Ce qui leur parait à première vue une transgression, pourrait bien n'être qu'un acte de vertu ; mais d'autre part, les anciens et surtout les supérieurs sont ceux qui ont une plus grande obligation de donner le bon exemple. Et quelquefois les manquements qu'on couvre du prétexte des infirmités et autres, ne sont dictés que par la paresse (4).

sain! François, lui demanda un jour des conseils pour sa conduite. Le Bienheureux lui répondit qu'il devait avoir constamment les deux yeux ouverts, le droit pour regarder le ciel ei contempler les choses éternelles qui doivent être la rècie de nos actions, et le gauche pour mettre ordre aux choses terreslres confiées & sa vigilance.

{\) Sainte Melchtilde, cousine de l'empereur Frédéric Barberousse. entra an couvent dès l'âge de cinq ans, et y vécut comme un ange. Elle qui n'avait jamais désobéi, ayant

EXEBCIGtS d'une AME RELIGIEUSE 679

D'autres, dans le même cas, avec Jes mêmes occupations, seraient réguliers. Celui qui a élufiié plus longtemps doit être plus instruit. Les anciens et les officiers sont les flambeaux des jeunes, les colonnes de l'Institut. Qu'ils ne mettent donc pas la lumière sous le boisseau, qu'ils ne fléchissent pas, tout s'écroulerait, et leurs conseils ne serviraient de rien, s'ils n'étaient soutenus par l'exemple. Le saint vieillard Eléa/ard, à quatre-vingt-dix ans, à ceux qui lui conseillaient de feindre de manger des viandes défendues, répondit qu'il aimait mieux la mort que de donner à la jeunesse un exemple indigne de son Age.

i647. 2) D'autres s'exemptent de demander permission, afin de ne pas importuner les supérieurs. Les supérieurs sont édifiés et non importunés par la régidarité de leurs inférieurs. Ils savent bien que. en conscience, on ne peut faire autrement que de recourir à eux ; et ce qui les afflige profondément, c'est de voir qu'on se met à l'aise. Demandez donc les permissions ; et si on vous les refuse, bénissez Dieu. Ceux qui sont dans un vaisseau se réjouissent de ce que le pilote oblige tous les matelots à faire leur devoir, sentant bien que s'il agissait autrement, on pourrait se trouver en danger de périr. Si on vous demande ce que vous ne pouvez faire sans permission, ne craignez pas de le refuser et de passer pour singulier, au besoin : Sic luceat lu.r vestra.

1648. 3) J'observe la règle dans tous les points importants*, ce n'est qu'en choses de peu de portée que je la trangresse, dit-on encore. Tout dans la règle est important pour la sanctiflcalion des religieux et pour la prospérité de l'Institut, l'n religieux tiède ne tient pas compte des choses légères, mais le démon en tient comole. Sainte (îertrude remarqua qu'il recueillait tous les flocons de laine, qu elle laissait tomber contre la pauvreté, et toutes les svllabes qu'elle prononçait mal, en récitant l'office divin.

N'est-on pas en quelque sorte plus inexcusable quand on transgresse des points sans gravité, que l'on peut observer sans efl'orl. que si on enfreignait sa règle en d'autres points qui demandent plus d'efforts et de sacrifices ; Avons donc un saint zèle pour toutes les prescriptions des Constitutions, cherchons à les connaître et à les méditer toutes, lisons-les souvent avec attention et respect. F'aisons notre examen de conscience siu" les points, où nous manquons le plus habituellement, et accusons nos manquements soit à nos sii[irii.'iirs. soit dans les rbapilres et les coulpes. Le <lémon avoua à saint Dominique qu'il perdait par cette accusation tout ce qu'il avait gagné au réfectoire, au parloir ou ailleurs.

Nous ne pouvons ici traiter en détail de tous les exercices réi.'nlîoi-'; impcourons du moins les principaux.

XI. — Di vern «^xerciops d*un«* ànie pieime on relif^toiiHe (1).

4049. Avec les jours saints se fait la vie sainte, qui prépare le ciel. Heureux donc ceux nui savent rendre agréables à Dieu leurs actions de chaque jour, rn suivant les conseils que nous allons <lonner ici.a[irès saint Ligtiori et saint I,''nn.ud «le Porl-Maurico, qui sont toujours nos guides!

l'i'io. I. Hien de plus imjtortant *\ue Y offrande de ses nef ions à Dieu par un iiiolir d'amour parfait. Nous en avons parlé au n" 1 17î> et au n" 1.%I<» (les rappeler ici). Qu'on se défie de ces démons, dont parlait saint Nil, et dont toute l'occupation est de recueillir le matin les prémices de nos affections.

été élue sapérieure du couvent que ses parents avaient fondé, cul besoin de se faire <• > mandrren vertu de l'obéissance d'accepter celle charge. .Sa conduite fui alors une i . >' vivante : on la trouvait toojour.^ la première i la prière, la plu;* ardente à se mortiflei , la plus exacte au silence, la plus ponctuelle à tous les exprcicrs. Jusque-là, elle avait

beaucoup jeûné el prié; m" - ""■■ ' vi qu'elle n'iv- • — -■ -•<-;, fait el que s*

nouvelle charge l'obli^eaii s<>8 exern me autre Marie,

sœur de Moyse, pour prérr ' Dieu dans r aii(|ues.

(\) On concevra sans peine connbien il importe de ne jamais donner de retraite sans appeler rallenlion sur des points aussi pratiques que ceux que nous rappelons ici.

Avons 8oîn onsuitp totitlo long du jour dp faire nos actions avec tmc intention' pure, l'ne intention mauvaise ruine le mérite de nos actions, fussentelles exl«'rieurement bonnes. ^}ne\ acte de charité de veiller un malade, d'adoucir ses douleurs, de lui rendre toutes sortes de services ! Mais si on le fait uniquement par im sordide intcn^t, pour se faire donner son héritage, on ressemble à un vautour qui s'apprête à dévorer un cadavre.

1G51. II. Lever. Sainte Thérèse veut qu'tme religieuse au premier signal, le matin, quitte son lit, comme si le feu y était. Pourquoi chercher à prolonger un sommeil qui, selon l'énergique expression do saint Pierre d'.Mcantara, est en un sens pire que la mort, puisqu'il nous privé de la présence de Dieu. Il ne peut Mre nécessaire de recommander une grande modestie h une épouse de Notre-Seigneur. Et saint Léonard conseille aux religieuses d'asperger d'eau bénite et de baiser avec respect leurs vêlements en les mettant. I^a Raysanne,ajoute-t-il. en allant à l'eau tricote ou file, parce qu'elle est pauvre, lous sommes pauvres de mérites, ne perdons pas de temps à nous vêtir, et prions en le faisant.

4652. 111. // faut bien faire la prière matin et soir, a dit la Sainte Vierge aux petits bergers de la Salette, voir n» 1337 et 678, la bienheureuse Marguerite-Marie.

4653. IV. Nous avons traité de Y oraison au n» t3^i4. Qu'on n'oublie pas le mot de saint Philippe de Néri : « Une religieuse sans oraison, est une religieuse sans raison. « Le grand théologien Suarez disait qu'il aimerait mieux perdre toute sa science qu'une heure de son oraison.

16."4. Plan sur l'oraison. Jésui époux des dmes dans l'oraison, d'aorès Bosfuel. Veni in hortum meum, soror mea, ttponsa (Cant. V.; Le nom le plus doux dont N. S. puisse honorer les âmes, c'est celui d'Epouse; et il ne pouvait choisir un titre plus propre que celui d'Epoux pour exprimer l'amour qu'il porte à l'âme et que l'âme doit avoir pour lui. Disons: I. Ou se fait cette alliance mystérieuse. li. Quelle union intime elle établit entre Jésus et l'âme fidèle. III. Quel amour l'âme doit porter âson Epoux divin.

l. Où se fait cette alliance ? C'est dans l'oraison : c'est là que l'Epoux visite l'âme fidèle; c'est là que celle-ci soupire après loi. 1* Les visites de l'Epoux se font dans le cœur ; la porte par laquelle il entre, c'est la porte du coeur; les discours qu'il tient sont à l'oreille du cœur; le cabinet où on le reçoit, c'est le cœur. Saint Bernard dit : Dans ces fréquentes visites il est arrivé parfois que je m'en suis aperçu. J'ai bien senti sa présence; je me souviens encore de sa demeure ; j'ai même pressenti sa venue; mais je n'ai jamais su comprendie comment il entrait ni de quelle manière il sortait; si bien que je ne puis dire ni d'où il vient, ni où il va, ni l'endroit où il entre, ni celui par où il sort. Certainement il n'est pas entré par les yeux, car il n'est point revêtu de couleur ; il n'est pas non plus entré par l'oreille, car il ne fait point de bruit ; ni par l'odorat, car il ne se mêle point avec l'air comme les odeurs; mais seulement avec l'esprit. Ce n'est point une qualité qui fasse impression <lans l'air; mais une substance qui le crée. Il ne s'est point coulé dans mon cœur par la bouche ; car on ne le mange pas ; il ne s'est point fait sentir par l'attouchement; il n'a rien de grossier ni de palpable : par où est-ce donc qu'il est entré?

Peut-être qu'il n'était pas besoin qu'il entrât, parce qu'il n'était pas dehors. Il n'est pas étranger chez nous: mais aussi ne vient-il pas du dedans, parce qu'il est bon, et je sais que le principe du bien n'est pas en moi. l'ai monté jusqu'à la pointe de mon esprit; mais j'ai trouvé que le Verbe était inHniment au-dest^as. Je suis descendu dans le plus profond de mon âme, pour sonder curieusement ce secret; mais j'ai connu qu'il était encore au-dessous. Jetant les yeux sur ce qui est hors de moi, j'ai vu qu'il était audelà de tout ce qui est extérieur, et rappelant ma vue au-dedans, j'ai aperçu qu'il était plus intime à mon cœur que mon cœur même.

Mais comment est-ce donc que je sais qu'il est présent, puisqu'il ne laisse point de trace ni de vestige, qui m'en donne la connaissance 7 Je ne le connais pas à la voix, ni au visage, ni au marcher, ni par le rapport d'aucun de mes sens, mais seulement par le mouvement de mon cœur, par les biens et les richesses qu'il y laisse, et par les effets merveilleux qu'il y opère. Il n'y est pas sitôt entré qu'il le réveille incontinent. Comme il est vif et agissant, il le lire du profond sommeil où il était comme enseveli: il le blesse pour le guérir; il le touche pour le ramollir, parce qu'il est dur comme le marbre. Il y déracine les mauvaises habitudes, il y détruit les inclinations déréglées, et il y plante la vertu. S'il est sec, il l'arrose des eaux de sa grâce; s'il est ténébreux, il l'éclairé de îa lumière; s'il est fermé, il l'ouvre ; s'il est serré, il le dilate; s'il est froid, il le réchauffe ; s'il est courbé, il le redresse. Je connais la grandeur de son pouvoir, parceqn'il donne la chasse aax vices, et qu'il n'a pas plutôt para que les monstres prennent

EXERCICES d'une AME RELIGIEUSE 681

la fuite. J'admire sa sagesse, quand il me décoavre mes dëfants cach^'s drns le» plus secrets repli» de mon âme. I.** changemeni qu'il opère en moi par l'amendement de ma vie me fait goAier avec plaisir les douceurs de sa bonté; le renouvellement intérieur de mon Âme me découvre sa beauté; et tous ces effets ensemble me remplissent d'un étonnement extraordinaire, «I d'une profonde vénération de sa grandeur.

Si les entretiens de l'Epoux étaient aussi loni^s qu'ils sont agréables k l'Eoouse, elle serait trop heureuse et satisfaite, mais quoiqu'il ne l'abandoone jamais, si elle ne l'y oblige par quelque oÂTense mortelle, il ne laisse pas de lui soustraire souvent le sentiment de sa présence par un effet tout particulier de sa bonté, que nous avons coutume d'exprimer par ces mots d'éloignement, de fuite et d'absence. C'est une mer qui a son flux et son reflux, ses mouvements réguliers et irréguliers qui nous surprennent. C'est on (olcil qui donne la lumière, et la retire quand il lui plait ; sa clarté donne de la joie à notre Âme; son éloignement loi cause bien des soupirs et des gémissements.

Celte conduite est propre à l'état ou nous vivons dans cet exil : état de changement, sujet i plusieurs vicissitudes qui interrompent la jouissance de l'épouse par de fiéquentes privation». Vousn'avez ici qu'un avant-goût, un essai, et comme l'odeur de la béatitude. Dieu i-umme s'il voulait se donn3r  nous; et lorsque vous pensez le - -tant.

11 «"•• ^■ ^.. .s hommes, dit Richard de saint Viclor, comme un père

avec ^-urent tantôt qu'ils le tiennent; et puis tout-à coup il leur

écha^ e comme un soleil avec beaucoup de lumière; et puis en un

momeni il se cache dans les nuages. Il s'en va, il revient, il fuit, il s'arrête; il les surprend, il se laisse surprendre, et puis tout aussitôt il se dérobe; et puis après avoir tiré quelques larmes de leurs yeux, quelques soupirs de leurs cœurs, il retourne; enfin il les réjouit de la douceur de ses visites.

Je m'en vais pour peu de temps et je vous reverrai bientôt (Jean XVI, 16, 1% : souffrez mon absence pour un moment. 0 moment, et moment! 0 moment de longue durée I Mon doux Maître, comment dites-vous que le temps de votre absence est court ^ Pardonnezmoi, Si j'ose vous contredire ; mais il me semble qu'il est bien long et qu'il dure trop. Ce sont les plaintes de l'Epouse qui s'emporte par l'ardeur de son zèle, et se laisse aller  la violence de «es désTs. Elle ne considère pas ses mérites : elle n'a pas égard à la majesté de Dieu; elle ferme les yeux à sa grandeur, elle les ouvre au plaisir qu'elle sent en sa présence. Elle rappelle l'Epoux avec une sainte liberté ; el'e redemande celui qui fait toutes ses délices, lui disant amoureusement : /?t>foMme3, non bien aimé; revenez promptement (Cont. 11, 1T) bÂtez-vous de me secourir ; égalez la vitesse des chevreuils et des daims.

Qui m'expliquera les allées et les venoes, les rapprochements et les éloignements du Verbe î L'Epoux n'esl-il point un peu léger et volage? D'oii peut venir et où peut aller et retourner celui qui remplit toutes choses de son immense grandeur? Sans doute le changement n'e^t pas H^n-* l'Epoux, mais dans le creur de l'Epouse, qui reconnaît la présence >^>' le sent l'effet de la grâce; et quand elle ne le sent plus, elle

te plaint 'i i renouvelle ses soupirs. El e s'écrie avec le Prophète : Sei-

gneu' " ' ! t>s yeux de mon Âme vous ont cheiché (Ps. xivi. 8) Et

peui Her., ibid,3, p. If 27). que c'est pour cela que l'Epoux

ne ri ■ avec plus de ferveur, et qu'elle l'arrête avec plus de

fermeté ; couonu autiefuis bêlant joint aux deux disciples qui allaient à Emmniis, il feignit ite pn<tser outre, afin d'entendre ces paroles de leur bouche même: Mnne no^i.s* CM»". ' ' XXIV, 89). Demeurez av — ---nr: car il se plaît à se faire

chei 'iller no< soin* et (l'en r.

I.i. .A , - . ueni les hr,»( ihcs (h's ,, rnl ; les orages qui agitent

l'air, le purilient ; tes lemp"' i et renversent la mer, lui font jeter lesr m;*

mfrts Mir le rivage; de n, du cœur, ému par ces saintes inquiémii-.

beaucoup à ra pureté, et l'exprnpte de beaucoup de taches et d'oriures qui

i au fond de l'Âme pendant qu'elle est dans le calme et qu'elle jouit d'un repos

L'eau qui croupit dans un étang se corrompt et devient puante ; le pain qui cuit «ou> !a i<>n ire se brfll«'. si on ne le retourne, comme dit le prophète, (P$. vu, 8l; les c.>rps qui ne T'Hi p<> <■ amassent beaucoup de mauvaises humrurs, qui soi'

dif poill(>n^ .1 maladies : et ainsi le cœor, qui n'est poitil exercé p>

épif ' ' ■ -■--•'• '■ ' ir et de rigii- ■■ ^'

des is charge «It

C'tsi , , . , I soin de le (

l'exeif Kir, iir VMii iitii pai« qu il demeure uitif, ou qu'il M relAche par une trop i^>ugu4

joui^< •»•'!••> •!'• ^'•' f'.vfurseï <te •** caresse».

tn. •

li'l ■ ■

C'est là qu'il h

eieux, qu'il sui i

Ç'etl aD« fouroaisA d'amuur, oii l'Epouse écbauiïtt sua x^e, et luidunac des aile» ac leu.

G82 SERMONS rOUH LKS COMMUNAUTÉS

pour voler à la conquête des Ame*, aux dépens de son contentement et de son repos; c'P5t une école de sagesse, oli elle apprend les secrets de la vie intérieure ; '■'■ meuve où elle se fortide par la pratique des vertus chrétiennes ; cumme tes

: nt de prorondes racines durant les rigueurs de l'hiver. C'est là qu'elle goûte

ct>i<^ ....^>w, laote vérité, qu'il faut interrompre les délices de la contemplation par les travaux de I action ; qu'elle doit laisser les secrets baisers de l'Epoux, pour donner les mamelles à ces enfants, que l'amour effectif est préférable à l'amour affectif, et que personne ne doit vivre pour lui seul ; mais que chacun est obligé d'employer sa vie à la gloire de celui qui a voulu mourir pour tous les hommes. C'est le creuset où elle met sa charité A l'épreuve, pour savoir si elle est de bon aloi. C'est la balance où elle pèse les grâces de Dieu, pour en faire un sage discernement, et préférer l'auteur des consolations à tous ses dons. C'est un exil passager, qui lui fait sentir, par précaution, combien c'est un grand mal d'être abandonné de Dieu pour jamais, puisque une absence de peu de jours lui paraît plus insupportable que toutes les peines du monde ; mais, surtout, c'est une excellente disposition à l'union intime avec son divin Epoux, qui est, à vrai dire, le fruit de ses désirs, la fin de ses travaux et la récompense de toutes ses peines.

lti'>r) U.f'.ette union e$t d'une merveilleuse intimité. Saint Thomas l'appelle un baiser ineffable, parce qu'on peut bien goûter l'excellence des affections et des impressions divines ; mais on ne la peut pas exprimer. Saint Bernard dit que c'est un lien ineffable d'amour, parce que la manière dont on le voit est ineffable et demande une ourelé de cœur tout extraordinaire. Saint Augustin dit que cette union se fait d'une manière qui ne peut tomber dans la pensée d'un homme, s'il n'en a fait l'expérience.

On peut dire que le propre de l'amour est de tendre à l'union la plus intime et la plus étroite qui puisse être, et qu'il ne se contente pas d'une jouissance superficielle, mais qu'il aspire à la possession parfaite. De là vient que l'àme qui aime parfaitement Jésus- Christ, après avoir pratiqué toutes les actions de vertu et de mortification les plus héroïques, après avoir reçu toutes les faveurs les plus signalées de l'Epoux, les visions, les révélations, les extases, les transporis d'amour, les vues, les lumières, croit n'avoir rien fait et n'avoir rien reçu ; à cause, dit saint Macaire, du désir insatiable qu'elle a de posséder le Seigneur; à cause de l'amour immense et ineffable qu'elle lui porte, qui fait qu'elle se consume de désirs ardents, et qu'elle aspire sans cesse aux baisers de l'Eoonx,

On peut bien dire encore que cette union parfaite, qui est l'objet de ses désirs, n'est pas seulement une simple union, par le moyen de la grâce habituelle, qui est commune a tous les justes, ou par l'amour actuel même extatique et jouissant, qui ne se donne qu'aux grandes Ames ; mais c'est le plus haut degré de la contemplation, le plus sublime don de l'Epoux, qui se donne lui-même, qui s'écoule intimement dans l'àme, qui la touche, qui se jette entre ses bras, et se fait sentir et goûter par une connaissance expérimentale, où la volonté a plus de part que l'entendement, et l'amour que la vue. D'où vientque Richard de saint Victor dit que l'amour est un œil ; et qu'aimer c'est voir.

On peut dire, avec Denis le Chartreux, que le divin Epoux, voyant l'âme tout éprise de son amour, se communique à elle, se présente à elle, l'embrase, l'attire au dedans de lui-même, la baise, la serre étroitement avec une complaisance merveilleuse; et que l'épouse étant tout à coup, en un moment, en un clin d'œil, investie des rayons de la Divinité, éblouie de sa clarté, liée du bras de son amour, pénétrée de sa présence, opprimée du poids de sa grandeur et de l'efficace excellence de ses perfections, de sa majesté, de ses lumières immenses, est tellement surprise, étonnée, épouvantée, ravie en admiration de son infinie grandeur, de sa brillante clarté, de la délicieuse sérénité de son visage, qu'elle est comme noyée dans cet abîme de lumière, perdue dans cet océan de bonté, brûlée et consumée dans cette fournaise d'amour, anéantie en elle-même par une heureuse défaillance, sans savoir où elle est, tant elle est égarée et enfoncée dans cette vaste solitude de l'immensité divine. Mais de dire comment cela se fiii, et ce qui se passe en ce secret, entre l'Epoux et l'Epouse, cela est impossible; il le f.iui honorer par le silence, et louer à jamais l'amour ineffable du Verbe, qui daigne tant s'abaisser pour relever sa créature.

1656. 111. Devoirs de l'épouse fidèle.— Qa&ad Dieu veut nous donner de la crainte, il prend l« nom de Seigneur; quand il veut nous donner le respect, il prend celui de Père ; quand il veut nous inspirer l'amour, il prend celui d'Epoux. La crainte précède le respect, et le respect l'amour, et c'est dans l'amour que consiste la ressemblance de l'àme avec le \erbe. De tous lessentimenls de l'àme, il n'y aque l'amourqui puisse servir à la ciéaiure pour la rendreen quelque manière pareille à son Créateur. Par exemple, si Dieu se fâche contre moi, me fàcberais-je contre lui î Non certes ; mais je craindrai, mais je tremblerai, mais je lui demanderai pardon ; de même s'il me reprend, je ne le reprendrai pas A mon tour, mais plutôt je le justifierai; et s'il méjuge, je n'entreprendrai pas de le juger, mais plutôt de l'adorer. S'il domine, il faut que je le serve; s'il commande, il^ faut que j'obéisse ; je ne puis pas exiger de lui une obéissance réciproque. Mais il n'est pas ainsi de l'amour, car quand Dieu aime, il ne demande autre chose qu'un retour d'amour, parce qu'il o'aime que pour être aimé, sachant bien que ceux qu'il aime

EXERCICES d'une AME RELIGIEUSE 083

sont rendus bien heureux parl'atcoar même qu'ils lui portent. L'&me en aimant se montre semblable en volonté et en di^sirà celui h qui elle ressemble par le privilège de sa nature. Elle aime comme elle est aimée ; elle se joint ainsi par conformité à celui dont l'infinilé lasépare; elle s'unit à lui et devient son épouse ; de deux esprits il ne s'en Tait qu'un; l'épouse ne veut et ne hait que ce que l'Epoux divin désire'el abhorre. L'inégalité des natures D'yfTaiblit point la conformité ; car l'amour n'a pas tant d'égards au respect. L'amour s'assujettit tontes les antres affections. Celle qui aime s'applique è aimer et ne sait autre chose; el ctlui qui mérite crainte et respect, aime mieux néanmoins être aimé. Quelle liaison cherchez-vous entre époux, sinon d'aimer et d'être aimé; et cette union dépasse celle dis parents pour leurs enfants, que la nature a faite pourtant si intime. Celui que l'âme a choisi pour son Ben-Aimé, c'est l'amour même. Aussi quand elle esl parvenue à le coonatire, à y entrer, elle désire tant le voir dans la gloire, que la vie lui est un supplice, la terre un exil, le corps une prison, et l'éloignement de Dieu une espèce d'enfer qui la fait sans cesse soupirer après la mort. Dans cet état, dit saint Grégoire, elle oe reçoit aucune consolation des choses de la terre, elle n'en a aucun goût, ni sentiment, ni désir; au contraire, c'est pour elle un sujet de peine, qui la fait soupirer jour et nui), el languir dans l'absence de son Epoux, car elle est blessée d'amour; et celte plaie qui consume les forces du corps, est la parfaite santé de l'âme, sans laquelle sa disposition serait très mauvaise et très dangereuse. Plus cette plaie esl profonde, plut elle est saine. Sa force consiste dans la langueur, et sa consolation est de n'en avoir point sur la terre. Tout ce qu'elle voit ne lui cause que de la tristesse, parce qu'elle est privée de la vue de celui qu'elle aime. Il n'y a qu'une seule chose qui la puisse consoler, c'est de voir que plusieurs âmes profitent de son exemple, et sont embrasées de l'amour de son Epoux.

C'est cette union avec N.-S. qu'il faut ambitionner, moins en tant qu'elle console l'Ame, qu'en tant qu'ellelui donne une entière conformité à la volonté divine. Eadem telle, eadem nolle ea demum firma amicitia est. C'est à cela qu'il faut tendre. C'est \k la perfection et le bonheur de la terre, en attendant le ciel. On y arrive par l'oraison régulière, bien préparée et fervente, etc.

1057. V. La Messe. Voir ce que nous avons dit avec saint Léonard, no i461 el 1473. Qu'on n'omette jamais d'y faire la communion spirituelle^ dont on trouve la méthode n">» 1-457 et 090.

1058. VI. Office. Sainte Madeleine de Pazzi, en entendant sonner l'office, était transportée de joie ; laissant tout, elle volait ati chœur, Sainte Catherine do HoIc>i;ne prolestait qu'elle voudrait mourir au chœur, en chantant les louanges de Dieu. N'est-ce pas là, en elTel, ime occupation toute sainte qui nous imit à tous les religieux, à tous les prêtres ipii louent Dieu par totite la terre el aux anges eux-mêmes qui le chantent perpétuellement dans le ciel. I/ors même ipTon ne romprend pas le latm, l'office n'en a pas moins de mérite ; un cliamanl perd-il sa valeur, quand il se trouve entre les mains d'un enfant ipii en ignore le prix ? 0"<?"e coupaltle négligence que de réciter l'office sans dir/nitè, sans attention, sans (lèi'otion!

Le hienheureux iiermann se trouvant au chœur, tandis que les religieux récitaient matines, vit des anges avec des encensoirs en mains, cpii s'inclinaient vers les religieux modestes el recueillis pour les encenser, tandis qu'ils évitaient les autres. Surins rapporte, dans la vio de sainte Lulgardc, qu'im irionaslri'c fut Frappé de la peste pour punir h- ^rs de leur né-

gliacmc. d.ins i.i iccilalion de l'offire ; et qualor/o i' des plus con-

■ ' Il nioururoiil. l'oiir nous préserver tl'uuc Iciic luuii^cni-e, unissons

I oraison mentale, la méditation des mvstores ; ou, pcmlanl que nos i. ... - ,.:-.ilinodif>nt. répétons souvent intérieurement, les actes de foi, d'espérance, rjp cluirilé el de contrition.

10.">λ. Vil l.rriiire spirituelle. 1" Son excellence. Autant les lectures tuiiuv.ii'ifs <Mi Ic^-i-res sont redoutahles, voir n. I IÎK>. autant la lei'lure dos Itfins iivrr-s i >;| salutaire. Tout notre |»rogrés spirituel, <nt saint Isidore, a sa souri 0 ilaii^ la lecture et rorais«m ; par la lecture nous apprenons ce (lue nous ignorons, et par l'oraison nous conservons ce que nous avons aiq)ris; aussi sjiinl Léonard de Port-Maurice appelle-l-il la lecture, la su-ur de l'oraison. Le Hienlioiircux Louis de tirenade compare toutefois l'orai.son au jtain do froment ol la lecture au pain d'orge; mais il ajoute: <• Si vous n usez pas du pain de froment, au moins devez-vous user «lu pain d'oi>'c. .«-i vous ne voulez mourir de faim ».

Sailli Bernard trouvait plus de consolatioos dans la lecture que dans l'orai-

68i SERMONS POLE LBS COMMUNAUTÉS "

son elle-niômo. Il faul convenir, dn reste, que l'oraison devient bientôt impossible sans la lecture, u Le moulin ne rend que ce »^(i'on lui donne, dit à ce sujet saint Ligunri: et si on lui donne de mauvais grains, il ne peut rendre de bonne farine «.Si on n'a mis de saintes pensées dans l'Ame par de bonnes lectures, elle ne rendra rien de bon dans l'oraison. En cfTet les bonnes pensées, comme les niantes salutaires, ne poussent point sans qu'on les sème : les mauvaises seules germent ainsi d'elles-nu^mes.

moO. i'" Avantages de la lecture, i) Elle éclaire l'esprit. La parole de Dieu pr^oliée illumine les yeux de l'Ame. Un bon livre est un prédicateur que 1 on peut toujours entendre, et il peut ftre plus remarquable que ceux nue l'on entend ordinairement. Il peut être un grand docteur, un saint, un flirecleur incomparable. Il ne ménage pas nos défauts, il nous expose la vérité dans toute sa pureté, et nous n osons pas nous en plaindre. C'est un miroir (idèle, où nous découvrons des taclies qui défigurent notre ilme, un natubcau qui nous découvre le chemin du ciel. C'est un ami sincère, etl'Espril- Saint nous dit que celui qui le trouve, trouve un trésor. C'est Dieu même

fiarlant à l'Ame, selon la parole de saint Jérôme, « Dans la prière, dit ce 'ère, nous parlons à Dieu, et dans la lecture, c'est Dieu qui nous parle ». Aussi, que d'Ames ont été éclairées par cette divine lumière,

"i) Qui touche aussi le cœur et le détermine à embrasser le bien aue l'intelligence a découvert. Comment tant d'hommes sont-ils passés dune vie mondaine ou coupable à une vie sainte? Souvent par la lecture spirituelle. Cest à elle que nous devons saint Antoine, suint Augustin, saint Ignace de Loyola, et tant d'autres. Le Bienheureux Jean Colombini s'impatientait de ce que le repas n'était pas prêt à temps ; sa femme lui dit de lire en attendant. 11 prit alors de mauvaise humeur un livre spirituel qui se trouvait sous sa main, le lut, se convertit et fonda la congrégation des Jésuates (4). Les saints eux-mêmes ont trouvé dans les lectures spirituelles un secours puissant pour avancer dans la vertu. Saint Dominique baisait tendrement ses livres lie piété, et les serrait avec amour sur son cœur, en disant: « Ces livres me donnent le lait qui me nourrit, .\ussi saint Philippe de Néri consacrait-il tous les instants qu'il avait de libres A sa lecture spirituelle.

IHfil. Désireux de procurer les mêmes avantages aux Ames, les saints leur ont conseillé avec la plus grande instance la lecture spirituelle : Appliquecvous à la lecture », disait saint Paul A son disciple Timothée. Et, après lui, tous les saints Docteurs ont répété celte recommandation. Tous les fondateurs d'ordre religieux ont fait de la lecture un point de règle parmi leurs disciples ; et toutes les Ames qui ont A cœur de se sanctifier dans le monde, s'adonnent à la lecture spirituelle. Saint (îrégoire parle d'un pauvre nommé Servolus, <iui vivait à Home des aumônes des fidèles; car étant infirme, il ne pouvait pas travailler. Il partageait avec les autres le peu qu'il recevait, et s'en réservait une partie pour se procurer des livres de piété. Comme il ne savait pas lire, il demandait comme une grande charité qu'on lui fit une bonne lecture. Cette prati'iuc lui fit acquérir une grande patience et une admirable connaissance des cnoses divines. Lorsqu'il fut près de mourir, il pria ses amis de lui

(t) (a) Le goavernear da Causase, le générai de NicolaT, demanda on jour à an de ses amis de Pris une caisse de livres. On y glissa un livre que Mgr Dupanloup venait de publier sur la vraie et solide piété. Quelques mois après, le général venait en France, faisant une retraite sous la direction de l'évéque et s'enfermait dans une cellule de la Grande-Cttartreuse.

(b) Bien des personnages illustres de notre siècle, tels que Lamoricière, de Sonis, Oztnam, Ampère, etc., faisaient leurs délices de la lecture des livres de piété. Tout récemment, les ffuilles publiques, annonçant la mort du directeur des Ctieminsde fer de l'Est, M. Jacqmin, citaient ce détail de sa vie privée : « Quoique l'un des hommes 'es plus occupés de la France, car il était en même temps inspecteur général honoraire des ponts-et-chaussées, membre de la commission militaire des chemins de fer, etc., M. Jacqrain lisait tous les jours quelqtie ouvrage religieux, il y a plusieurs années déjà, il écrivait à l'un de ses amis: « J'ai augmenté la durée que je donne babiiuellement à des lectures pieuses: j'ai adopté deux heures chaque jour ». Et ces lectures étaient faites avec attention ; car il disait dans une autre lettre : Je viens d'achever la lecture de l'ouvrage du P. de Grenade Guide des pérheurs. J'y ai employé quatre mois, toujours le crayon à la main. Elle m'a procuré bien des joies ».

EXERCICES dVnK AME RELIGIEUSE 685

('.■inliniicr SIS , Immos IccUii'cs ; mais avant d'expirer, il les interrompit en

«lisant: T -, n'entendcz-vous pas comme tout le paradis retentit de

I Iiiiiis. I :ios ? Kn disant ces paroles, il rendit doucement le dernier

'^ I rions donc bien aveugles si nous n'embrassions pas une prali-

• nie cl si avantageuse.

Quand faut-il lire ? Los fidèles peuvent lire tous les soirs, dans

1- rs veillées d'hiver, et tous les dimanches de l'année après les offices.

rare que, même durant les grands travaux, on ne puisse lire quelques

^ d'un bon livre. Pour les âmes religieuses, l'heure de la lecture spiri-

• est ordinairement fixée parla règle. (Ju'pUps y consacrent donc tout le

(S prescrit et si l'heure n'était pas fixée, (|u'elles se la déterminent elles-

mriiie.s par un règlement particulier, auquel elles seront fiilèles.

mr.;i. io Oans (/uel but faut-il lire ? Non pour s'instruire, car la lecture

r e but serait une étude ; non par curiosité, ni par manière de passe-

' ce serait ruiner en partie les fruits de cet exercice ; mais afin de

iU'\ l'iiir s;«int. ■

IGOi. 5'J Que faut-il lire? 1) Jamais des livres suspects en matière de foi

'" de mœurs, eussent-ils d'ailleurs des passages excellents.

de chercher de l'or au milieu de la bouc, disait saint .. . ...i^. ......1. 1 11 nous est si facile de trouver de l'or dégagé de toute souillure? .\vant de se procurer et surtout de lire un livre, qu'on ait soin de prendre conseil de son confesseur. 2) « Je vous conseille avant tout, disait saint Liiriiori, de lire des livres où votre âme trouve le plus de dévotion et qui vous pniie davantage à vous unir à Dieu. Tels peuvent être les ouvrages de saint i'ranrois de Sales, de sainte Thérèse, de Louis de Grenade, de Uodriguez, de Sf Jiii-.\ ti autres semblables, spécialement le Z>irec/oirc ascétique du Père 1(1).

•^ iionéralement parlant, je vous engage à laisser les livres diffici-

1''' eux qui sont dévots et faciles. Lisez souvent entre autres les

^''■^ Oh! qu'il est avantageux de les lire! Dans les ouvrages qui

tiai'ouL des vertus, on voit ce qu'on doit faire; mais dans les vies de

suints on voit ce qu'ont fait tant d'hommes, tant de femmes qui étaient

ie chair comme nous. Leur exemple, s'il ne nous fait pas d'autre bien,

ii>us force du moins à nous humilier profondément (2). >» Celui qui veut

■'"'te, lit les poètes; celui qui veut devenir philosophe, lit les philo-

1 il li.se les Vies des Saints, celui qui veut devenir saint.

' ' ' ■ • faut-il lire ? i) .Vvant la lecture élevons notre esprit à

''' 1 II '1er lumière et grâce. 2) Lisons posément et sansempres-

.^enii-uL i, quitte une fleur, qu'après en avoir épuisé le suc. Il ne

suOit |)as '! beaucoup, il faut digérer ; donc ne craignons pas de

•■"'"■ ' ■ - ^ 'ini nous frappent, 'i^ Interrompons la lecture pour prier,

II' nous habituer à l'oraison. 4) .\ la fin de la lecture, gardons

... • ■ .|M nourrisse notre âme le reste du jour (3).

■'<. VIII. E.ramen de conscience. Les femmes mondaines passent des

■' "^'' ' '■'•'"' Hiiroir; une âme qui tend à la perfection, ne doit-

t' r au moins, voir les taches qui peuvent la d«''ligurer

il ' clli' ii.isiiiic lien ili- siiinllr tii'iil MM'a dans II" ciel *?

1 S souillures

'I . . ■' iliir, dans

(1) Qu'il nous soil permis li— ,, ■ - - -.•lui i.i(4imiii.

•B particulier sur »a IVn; li- >.«>'' ••ur. et sur le

ilvrt qai * pour inr«: l'Etal rcltjK; us, : . , lo uous «vuat publié.

{i) Siiot Ligaori. VérUablt épouse de Jé$us-CkrUt.

(3) Saint Ephrem a écrit de RaiolJovieo, moine: « Ma cellolfl était près de la tienne. Jn lui dia un jour: Qui donc efface de vos livres le nom de Dieu et celui de Jésus-Chrisi, car je les vois partout effacéit? Le Uienheurens me répondit : l.a femme p<»ciierr<.H« arroaa de aes larmes les pieds du Saaveur, et moi j'arrose de mes larmes son ouiu, aUu 9ue je reçoive nsci |« rémîMion de ■«• péchés. >

CM SËRMONâ POUR tÉS nOXtMUNAUt^S

ccrlainc8 co:n!nun.iulés religieuses, on n'en dispense jamais ceui-mêmeâ qu'on a <ie sérieuses raisons ile dispenser de l'oraison ou de la lecture.

1()(»7. 1" Il .Y a Ve.jcamen de prévoyance cpiil est bon de Taire après la méditation du malin. On voit d'avance le bien qu'on aura à faire, les occasions iju'on rencontrera de tomber dans quelque défaut; et on détermine d'avance et avec des détails précis, la manière dont on fera le bien, dont on évitera ce défaut. Kl l'occasion éUinl venue de mettre à exécution ce que l'on s'est promis le matin, on renouvelle et on exécute ses résolutions.

KJOS. il' il V a Vexamen particulier qui .se fait ordinairement au milieu du jour, et qu^ porte sur la manière dont on s'acquitte de tel devoir grave, de tel exercice important, dont on pratique telle vertu que Ion veut acquérir ou dont on tombe dans tel défaut dominant.

1601». 'Ao II y a enfin Vexamen f/ènéral qui se fait le soir avant d'aller prendre son repos. Saint Fran»;ois de Sales dit qu'il faut aller au lit, comme Hu confessionnal, aprèss'ètre examiné. Les marchands comptent tous les soirs leurs bénéfices ou leurs pertes: l'Ame qui veut gagner le ciel, ne doit-elle pas en faire autant, et compter chaque soir toutes les fautes qu'elle a faites, afin de les réparer (1) ?

U'tlO. îo Manière de faire l'e.camen. Cette méthode s'applique également à l'examen particulier sur une vertu ou un défaut, et à l'examen général du soir. 1) On se met en présence de Dieu et on lui demande sa grAce pour connaitre ses fautes, les délester et les éviter; 2J on s'examine soigneusement. Dans l'examen particulier, on ne le fait que sur un point; on manpie ses fautes en faisant autant de nœuds à une corde, ou au moyen de quelques grains de chapelet; et si le nombre des fautes du jour est plus grand ou aussi grand que celui de la veille, on s'impose une pénitence, comme de se donner la discipline, dédire cinq Pater et Ave les bras en croix, etc. Le IJienheureux Louis de Grenade parle d'un religieux qui se corrigea ainsi d'un défaut invétéré (i>).

;{) On s'excite à la contrition, c'est le principal. Malheur à l'Ame qui n'éprouve auctm déplaisir quand elle a offensé Dieu ! Et celle <pn n'a aucun regret des fautes légères, en vient facilement à tomber dans des fautes graves, -i) (Jn s'excite au ferme propos de se corriger, ce qui importe au moins autant que de sexcilerà la contrition. On s'inuigine ensuite, comme le conseille saint Léonanl, qu'on se confesse à Notre-Seigneur, qu'on en revoit l'absolution et on s'impose soi-même la pénitence.

I(j71. L\. Visites au Saint-Sacrement. (Voir no 1428 et f;88.) La comtesse Kéria avait pris l'iiabil de sainte Claire, elle faisait ses délices de demeurer aux pieds «les autels. Une dame de ses parentes lui demandait ce qu'elle faisait iluranl ces longues heures. Ah ! dit-elle, j'y demeurerais toute l'éternité ! .Mais (pie n'y fail-on pas? on aime, on loue, on remercie, on prie. Que fait le pauvre devant le riche, le malade devant le médecin, l'altéré à une source pure? Si l'on est aride, que l'on se serve d'un livre et en i. iriiinlir^r des Visites au Saint-Sacrement de saint Liguori,

(1> .Stanislas, roi de Pologne et duc le Lorrainp, le père de Marie Leczinska, avait écrit de »a main ces résolutions: > Je jetterai uo coup d'œil le matin sur les allaires que j'aurai à traUer durant la journée. Je rélléchirai sur ce que j'aurai à faire et plus encore sur ce que j'aurai à éviter. Le soir, j'aurai soin de me tourner vers Dieu, de lui demander les lumières nécessaires pour reconnaître mes fautes, dVn faire tous les jours la recherche par un examen, de lui en demander pardon et de former la résolution de les éviter. >

(â^ Saint Ignace faisait cet examen à toute? les heures du jour, et il y persévéra jusqu'à la fin : le jour même de sa mort, il avait encore noté ses manquements sur un petit cahier. Ayant rencontré un des Pères de son couvent, il lui demanda familièrement combien de fois il s'était examiné durant la journée. Sept fois, répondit-il. C'est bien peu, reprit le s.iint tout étonné; et cependant on n'était pas encore arrivé à la nuit. — Sénèque et Coéron, bien que païens, pratiquaient l'examen de conscience.

Marceau, lieutenant de vaisseau, une fois converti, déclara une rude guerre à la colère qui était son défaut dominant. Il notait tous les jours ses victoires et ses défaites; et l'on vit cet homme qui avait fait la terreur des matelots, un jour que son équipage était en révolte, aller passer une heure dans le port devant le Saiot-Sacrement, et revenir tnsuiic. Le calme i:iait rétabli.

É^ifiRClCÔS D*tiNÉ ANtB RïîLTÔtEUSE 687

i^li. \. Fréi/iienfaf ion (tes sacrements. Nous en avons traité au n" iiOl, n<ms n'ajoutons ici que quelques mots: « La fréquentation des sacrements, dit saint Léonard, est pour lAmc religieuse ee (ju'est l'eau pour un jardin « llelui qui se confesse souvent et toujours avec contrition et ferme propos, ne peut man(juer de vivre toujours en grâce avec Dieu. Four assurer cette contrition et ce ferme propos, qu'on ail soin <ie les faire porter toujours, avant la confession, sur une faute grave de la vie passée, et qu'on accuse, sans détail, cette faute à la lin de la confession. (>e point si important est cependant trop souvent oublié. 'Voir ce que nous avons dit au no 878).

(Conservez la mAme pureté de conscience, dit saint Léonard, que si vous devioz communiera toute heure: ainsi faisait sainte .Marie .Madeleine de Pazzi. In jour, entendant le signal de la cloche, tandis (ju'elle était occupée à faire le pain, elle courut, ayant encore de la pi\te aux mains, recevoir .Notre- Seiu'ueur. elle fut ravie en extase. Saint Léonard conseille aussi la communii)n spirituelle (voir n" 1-457); et il ajoute: « Si vous la faites plusiein-s fois par jour, je vous donne un mois de temps pour voir votre cœur tout changé. » (Voir n" (>81» et «i'.tO).

I(î7;i. XL Indulgences. « Je suis saisi <répouvante, dit saint Léonard, en ^<'n'l^•lnt aux rigucui-s delà justice divine. Kt qui donc ne frémirait pas en ii^i.iiit ce que raconte l'histoire <i'un grand nombre de saintes âmes, condamnées au purgatoire pour les péchés véniels les plus légers ! Tels qu'un saint Sévcrin. homme à miracles, pour avoir récité son office en dehors du temps 'oiivenable, une sœur de saint Pierre Damien pour avoir pris trop de pl.iisir au chant; un Durand, évèque, pour avoir lAché cpielque plaisanterie ; un religieux de saint François pour n'avoir pas suffisamment inilin»' la tête au (Jloria Pat ri (1). Mais prenons courage, si la justice de Ih ' !: iieuse. ses miséricordes en revanche sont infinies. Il a laissé, en

• le trésor des mérites do Jésus-Christ, de la Sainte Vierge et ; l'i, dans ce trésor, se trovivent des richesses surabondantes pour PS nos dettes à la justice divine ; IKglise tient les clefs de ce tré- I mivre à chacun de nous, en nous accordant les indulgences. » Il est i. en effet, qtie IKglise peut aicorder des indulgences. l.Ti. 1" L'indulifence, ce n'est pas le pardon du péché, car le pardon du fKclié n'est acfordé que par le sacrement de pénitence et par la contrition : in ,,< , ..<! la remise de la peine due au péché déjà pardonné. Vous avez fait s fautes, vous en avez reçu l'absolution ; vous avez fait des fautes iil vous avez demandé pardon à Dieu : les unes et les autres vous •s ; mais, pour les unes et les autres, il peut vous rester une H faire en ce monde ou en l'autre. (Test celle pénitence que ! nous no faisons uas en ce monde, que l'Kglise nous remet, [liant, par les imlulgences. les pénitences de Notre-Seigneur, de iii .s.iiule Vierge et des saints, qui ont ex[tié pour nous.

Ifi".'). i" // // « dexi-c sortes tl' indulgences : les unes remettent toute la

• due au péché déjA pardonné, et on les nomme à cause de cela, nlè-

■\s. Les autres n'en reuiellent qu'une partie ; on les appelle partielles.

(r! il qui vi'ii'li-iit t iiMMiiir jué ime indulgence plénière. irait

ili'ii au ' il I, ~ (II- |i,is>.i |i.i l'est pourquoi on ne peut gagner

deux indulgences plcnicn-s pom- soi m m. -me temps; l'une a sutli pour rc-

M) Snntc Vitilitie avait él'"' ^■-■ — le son pays, daas l'arruodissemeal de Rioo, ea Al > \, ^ «a mort, Ih le ta tainleté parvint jusqu'aux oreilles de saint

(i : I ' irs, qui voui n loiiibeau.

j'eus »a!ué la Sainie ul adressé ma prière i Dieu, nous dit-il dans ton livre

det confeiteurt, j'entendis ucic voix sortir du tombeau et me demander

Je m'empressai de la donner, puis je demandai à Vilalme si elle jouis-

-> . «de son divin Epoax; Insle, eHs me répumiit qu'elle en élaii privée

i .. .li^s par suite d'une fauta légère qu'elle avait commise pen<tant sa vie.

' ti alors vers ceux de ma suite et leur dis: Si cette pauvre Vierge qui s'e^t

i Dieu dès ses plus tendres annéf», et dont lesacliont ont tU*' ■^i iuin-« durant

Sii Vie, !|.:i>lie a nifirit.^ de faire il'' ■ iprès sa mort, •■- iour

un t<Mi)|>s Je ia visio i de Dieu, p ne faute légère >[ 'v.

que devi<iiJii((ns-nou« (si nou< ne lai^i -uj j>énilence), nous, un-tiaw.i.. ,,.v ...-., im

Uivons i'in.tjuiié comme l'eau 7 »

(\Sè sKRiiuNS POUR LES COMMUNAUTES

mcUi-f loiius MIS (icUos, il n'est donc pas besoin d'une seconJe.Muis «-ii i-im. on Ki'pn^T plusieurs à la fois pour les i\mes «lu purgatoire.

U)l(). ',V> Pour fftujner une induff/ence, il faut femplir les conditions voulues; car l'Kf^'lise ne les accorde qu'à certaines conditions, et elle a le pouvoir do lier et de délier, d'ouvrir les trésors célestes et de les fermer. 1) // faut être en etut de grdce ; on ne peut gagner aucune in<lulgence, au moins poiu- S(>i, sans celte condition : la peine due au péché ne peut t^tre rC' mise, si le péché n'est pas pardonné. Pour la même raison, on ne peut gagner une indidgencc plénière si l'on a sur la conscience un péché véniel non pardonné ; mais on peut dans ce cas gagner une indulgence partielle. Il faut donc sexciter à la contrition de tous les péchés même véniels, que l'on a commis, quand on veut gagner ime indulgence plénière, surtout pour soi.

uni. i) // faut secondement anoir l'intention de gagner les indulgences. Il est bon de formuler cette intention le matin ; après l'otTrande de ses actions à Dieu, on ajoute : J'ai l'intention de gagner aujourd'hui toutes les indulgences pour les Ames du purgatoire et pour moi ; j'applique ces indulgent-es à toutes les âmes du purgatoire ou à telle âme en particulier, ou à toutes les Ames les plus délaissées. Celte intention et celte application faites le matin sullisent pour toutes les indulgences de la journée.

1(578. 3) // faut enfin accomplir les œuvres prescrites par le Souverain Pontife pour gagner les indulgences. Ces œuvres sont ordmairemenl, pour les indulgences plénières, la confession, la communion et des prières selon les intentions du Souverain Pontife. La confession est requise pour la plupart des indulgences plénières ; cependant, par une faveur particulière du Saint Siège, les personnes qui se confessent habituellement tous les seul juiirs, peuvent gagner toutes les indulgences de la semaine par cette seule confession. Dans certains diocèses, en vertu d'un induit particulier, il sullit même de se confesser tous les quatorze jours pour gagner toutes les indulgences du mois.

J'ai dit que la confession était nécessaire pour gagner la plupart des indulgences plénières, mais non j)Our toutes. Elle n'est point nécessaire, en effet, non plus que la comnuinion, pour gagner les indulgences du chemin de la croix, ni pour celles qui sont attachées aux six Pater, Ave et Gloria du scapulaire bleu, ou de l'Immaculée Conception. La communion, fait" le malin, sullit pour gagner toutes les indulgences du jour, lors môme que la communion est prescrite pour chacune d'elles Pour les prières prescrites selon les intentions du Souverain Pontife, il sullit de réciter cinq Pater, et cinq Ave, autant de fois qu'on veut gagner des indulgences plénières accordées à cette condition ; mais il n'est pas nécessaire de réciter ces prières pour gagner les indulgences du chemin de la croix, ni pour celles qui sont attachées aux six Pater, Ave et Gloria du scapulaire bleu.

107!), 4. Les indulgences servent-elles aux dmes du purgatoire? Oui, à deux conditions : la première, c'est que le Souverain Pontife en accordant lindulgence, déclare qu'elle leur est applicable, comnie il arrive le plus sinivent ; la seconde, que celui qui gagne l'indulgence, leur en fasse l'application, comme nous l'avons dit ci-dessus. Il est certain que les indulgences siinl un movcn ellicace de délivrer les âmes du purgatoire. « Tâchons, dit saint Léonard, de gagner pour les défunts toutes celles que nous pouvons leur •il'Iiliquer. L'indulgence d'im seul jour, quel soulageuient ne procure-t-elle l>as a ces pauvres Ames ! Je supplie cl je conjure les Ames pieuses, de la manii rc la plus pressante, de ne pas négliger un secours si elHcace pour ces Ames Soi livrantes, et de rélléchir que Dieu permettra qu'on soit traité un jour en purgatoire, comme on aura traité les Ames des morts. »

KWO. .j". Quelles sont les pratiques auxquelles sont attachées des indulgences ? Les Souverains Pontifes ont attaché des indulgences à toutes les bonnes œuvres, que font les personnes qui sont inscrites dans la plupart des confréries pieuses ou dans les divers tiers-ordres et c'est ce qui doit encourager les fidèles à s'y enniler. Une multitude de prières ou d'oraisons jaculatoires sont enrichies d'indulgences ; on les trouve dans divers recueils qui ont été publiés. Citons seulement ces simples invocations qu'il faudrait toujours ftvojr sur les lèvres : Mon Jésus tniscricorde l et, Dou-jc Cœur de M^rie^

EXERCICES D UNE AME lieLIGIEUSe 689

soijêf mon salut ! Tonl le monde connaît les nombreuses indulgences du

msaire cl dos chapelets de sainte llrij^ilte ; mais ce qu'il y a de plus proli-

' ' saint Léonard, c'est l'indulgence, ou plutôt la 'multitude d'intlul-

I chemin de la croix, parce que cet exercice nous oblige à méditer i;i IMSS1..I1 du Saureur, qui est la source de tout bien. (Voir ce que nous avons dit, n- l±m.}

N'oublions pas non plus ime autre pratique, peut-être plus facile, plus riche encore en indulgences que le chemin de la croix : c'est celle d'être reçu du scapulairc bleu et de réciter six Pater. Are et Gloria en l'honneur de la sainlc Triiiilt- et île l'iumiaculée (loncoplion et aux intentions du Souverain l'niiiir>' i.a les récitant, sans autre condition que d'être en état de grâce et

II de ce scapidaire. on gagne une mullilude d'indulgences plénières s aux âmes du purgatoire et cela au moins une fois dans le jour et

lient chaque fois qu'on renouvelle cette récitation. Qui se pri-

iie. et priverait les Ames du purgatoires d'un tel trésor ?

KiJil. — Terminons par les paroles de saint Léonard : « 0 bonté ineffable

de Dieu, s'écric-t-il, de nous avoir facilité par tant de movens le sentier (jui

mène à la patrie ! .Mais qu'avez-vous fait pour gagner les indulgences ? An !

que vous devriez rougir d'ime négligence si préjudiciable à votre Ame et

si ralale aux saintes âmes du purgatoire, que vous avez privées du plus

piiiss;ini secours:' Sortez enfin de cette apathie, et désormais apportez toute

iissible à profiter des indulgences qui vous sont oITerles. Sainte

rte qu'une de ses religieuses, qui avait mené d'ailleurs la vie

I. rviii'.- . ,,ii\ t-nant à sa profession, s'envola, en mourant, tout droit en paradis,

sans Icjuclicr au purgatoire, à cause de la grande conliance qu'elle avait eue

dans les indulgences, ainsi que de son zèle pieux à en proOter. Faites de

même, si vous voulez partager son sort et monter au ciel sans passer par le

purgatoire. »

K'.Sl». — XII. Sanctification des actions (Voir n» I47i). jtis; ■ — \ ni Le travail. Nous en avons dit un mol également au n» 16H, Km ncore ici quelques passages n'uiarquables à saint Liguori : « llans

un ' s;iini François, il y avait un frère déso-uvré qui ne faisait

qn riii !■ it dans la maison, importimant tantôt l'un, tantôt

I aiilic. i il Fn-i-f irmiirhi'. S'il se trouvait de lelles religieuses

i! iiis uncouvr l'S comme on chasse les mou-

li' >. '>n no 1 ' '>iiripioi les religieuses et les

I" : ni besoin, eu celle vie, de s occuper aux travaux manuels.»

KiSi. ly Acuntuf/es du travail. — 1» C'est une erreur de croire que le

travail rmi» A la santé du corps ; il est certain au contraire tpi'il contribue

'Tver. Ce qui fait «mon cherche à éviter le travail, c'est

tachée. La soMU- Françoise de Saint-.Vnge, se plaignant

Its luains loiiLes déchirées parle travail, Jésus lui dit : •< Kran-

lues mains cl puis plains-loi. » Sainte Marie-Madeleine de

(I.Ma) Cn enaitdviot ua jour rendre visite aa mont Sia&r à l'abbé Silvain; el voyant

lut ■uté an Cellule «si lui lil Uuaiier uu livre. A i'Iirure du liiiier,

i! '<• "I v«T» Im iMti lieurf». IVrmite n'y «ennni iilti!» de faim,

;> V ilné.»

» > cru

lorpi, nl)U^ , 'i«r. ». L'ei .

'. L'abbé biivaia ajuuU : «i Si Marthe o'eùi (lu lr&> reposer. »

... „.. r,.....o,.;i .,.>,.,.,.„, ... .If. ^., .... -.-THJB,

M- ■. ^ '.lit le

ifpruclie, 1 . • L*i 6«:i(;Dtiur a-l-tl pu U<;00«:r Utf» luaiu» «itk i\nà uBXjueineOl

aûo qu'il» .. ; tur la uoitrioe ? •

(')90 SERMONS J'OfR LES COMMUNAUTES

Pazzi, quoique très faible, se livrait sans nicnagemcnl à tous les travaux du couvent, iiiriiie A ceux des sœurs converses. Klle se livrait avec tant d'ardeur à laver le linge, qu'elle se démit un os de la main. Klle faisait plus d'ouvrage.s à elle seule que quatre sti'urs converses (i).

ItiK.'i. 2) <' Le travail est un grand remède contre les ennuis de la solitude et les nombreuses tentations aux<iuelles on y est exposé. Saint Antoine abbé étant tenté, un ange le conduisit dans un petit jardin, prit un instrument de travail et commença à labourer la terre, puis se mit à prier ; ensuite il reprit le travail et |»uis i-etourna à l'oraison. » Le saint cojnprit la leçon (i).

KiHG. 2o Matiière lie rendre le travail utile, i) ^'\ appUquer avec une intention droite; conime d'obéir, de se rendre utile aux autres, d'expier ses pécliés, de se préserver des tentations et non i»our en faire un bénélicc. i) Ne pas trop entreprendre, mais cependant l'aire avec soin ce dont on a la charge (3). 3) tiarder le recueillemcul intérieur et la présence de Dieu.

lo87. .\IV. De la présence de Dieu, i» Voilà le f/rand moyen de sanctification de nos actions et de nos travaux ; caria présenite de Dieu, \)e.rclut tout ju'rhè. comme le dit saint Jérôme, (ieux qui oublient Dieu, marchent toujours dans des voies souillées ; et parle souvenir de Dieu, les saints résistent à toutes les tentations. Suzanne aima mieux s'exposer à la plus atroce calomnie et à la mort que de pécher en présence de Dieu. Le souvenir de la présence de Dieu convertit les pécheurs eux-mêmes.

Personne ne nous voit, sinon Dieu, di.sait la pécheresse Thaïs h saint Paphnuce qu'elle voulait séduire : « Tu crois donc que Dieu te voit, et tu oses pécher ? » répondit-il. Et cette parole fut comme un coup de foudre qui la terrassa. Klle conjura le saint de lui apprendre à obtenir sa grâce (lu Dieu qu'elle avait offensé. Paphnuce la conduisit dans une cellule où,

(\) (a) Saint Frédéric, comte de Verdun, quitta le monde, se retira au monastère de Saint-Vannes, où il aimait à être employé aux plus humbles travaux. Un jour son frère Godefroy, étant venu le voir, le trouva occupé à laver la vaisselle. « Quelle occupation pour un comte, lui dit-il d'un air dédaigneux I — Vous avez raison, mon frère, répondit l'humble religieux, cette occupation est bien au-dessus de moi; car qui suis-je pour mériter de rendre le moindre service à saint l'ierre, patron de cette maison?* (Voir saiot Bonaventure, note ;{ du n" 17;>8 (ej.

{b) Baronius, un des premiers disciples de Saint Philippe de Néri, de ses mains qui traçaient les Annales ecclésiastiques, ne dédaignait pas de faire la cuisine. Les savants qui venaient le visiter, étaient dans l'admiration quand ils le trouvaient enveloppé d'un grand tablier et lavant la vaisselle. Ces humbles travaux allaient si bien à son humilité qu'il avait écrit au-dessus de son fourneau ces mots : Cœsar liaronius coquus perpetuus.

(c) Saint Antonin, archevêque de Florence, traversant un jour une des rues de la ville, vit sur la maison d'une bonne veuve des anges qui paraissaient se réjouir. Il entra donc dans la maison, pour voir par qui elle était habitée, et il y trouva trois jeunes fliles qui travaillaient jour et nuit pour se sufHre et nourrir leurpauvre mère. Il en fut touché, et leur assura une renie annuelle. La piété et la bonne conduite disparurent avec la nécessité du travail. Le saint, passant une autre fois par le même endroit, n'y vit plus les anges, mais un hideux démon. Il en donna avis à la mère et aux filles, et leur retrancha une partie de son aumône, afin de bannir de leur maison l'oisiveté et ses funestes suites.

(i) (a) Saint Ignace de Loyola, ayant trouvé trois de ses religieux parlant à des heures indues à la porte du monastère, leur ordonna de porter à l'étage supérieur de la maison, un tas de pierres qui se trouvait près de là. Au bout de trois mois, les ayant encore trouvés oisifs, il leur commanda d'aller chercher les pierres et de les replacer là où ils les avaient prises, les avertissant qu'il n'y a rien de plus dangereux que l'oisiveté pour ceux qui servent Dieu.

(6) Saint Paul Ermite faisait au désert des ouvrages en feuilles de palmier; et, de peur que la vue de ce qu'il avait fait ne l'exposât à être oisif l'année suivante, il y mettait le feu à la fin de l'année.

(3) Saint Ignac3, voyant un de ses frères travailler avec nonchalance, lui demanda pour qui il travaillait, « Pour Dieu, répondit-il.— Si vous m'aviez dit que voustravailliex pour les hommes, j'aurais compris votre l&cbelé ; mais elle est inexcusable quand on travaille pour Dieu. »

ËXBRCICfiS d'une AMK RBLlQIEÙSK 69l

j.» iii.iii. .rois ans, elle répétait sans cesse : « Vous qui m'avez créée, ayez pitié do moi ! » se crevant imiijjne de prononcer le nom de Dieu. Au bout de ce temps elle mourut, cl Paul le Simple vit son Hme placée dans le ciel sur un trône de gloire (1).

16S8. — 2) La présence de Dieu nous cjccite à la pratique de la vertu. Un soldai se conduit vaillamment en présence de son roi ; une servante fait Boig^euseme-nt son travail en présence de sa maîtresse ; une religieuse évite les moindres manquements en présence de ses supérieurs. Uuelle ardeur pour la pratique de la vertu ne doit donc pas inspirer la pensée de la préiice de Dieu! (2)

1689. — 3) La présence de Dieu nous unit à lui. La présence de ceux ♦lue l'on aime augmente l'arTection «pie Ion a pour eux ; lors même qu'on découvre en eu\ des défauts. Kn Dieu on ne découvre que des perfections; et quand on s'unit à lui en se rappelant sa sainte présence, il répand dans l'Ame des consolations célestes. Àlemor fui J)ei et delectatus sum, disait ■ : Je me suis souvenu de Dieu, et j'sri trouvé en lui des délices. Sainte -e se tenait habituellement en présence de Dieu, et un jour qu'elle traversait un «lortoirdans un grand recueillement, elle rencontra im enfant de quatre à cinq ans. ravissant <le beauté. La sainte lui demanda comment il s'appelait : « Dites-moi d'abord votre nom, répondit-il. et je vous dirai le mien. — Je m'appelle Thérèse de Jésus, reprit la sainte. — VA moi, Jésus !.. 1 1. ... ... ,ji^ lenfant. » Kt il disparut aussitôt, laissant l'Ame de la sainte

joie.

^ La pratique de la présence de Dieu. 1) Elle est facile. Si vous

vec un anii dans ime chambre obscure et que vous ne pussiez le voir,

vniis de la peine à causer avec lui ? Vous vous entretiendriez sans

• i. de vous, des autres. Ce n'est pas plus diiïicile et c'est plus doux

a. '-Seigneur.

ItiiM. t) En quoi elle consiste. Klle suppose l'application à Dieu de l'esprit

' <Iii cipiir (a.) Application de l'esprit. On peut se représenter (a) Notre-

de soi, comme si on le voyait ; mais sans une trop grande

; (b) on se représente, ce qui est plus vrai. Dieu «pu remplit

■■ son immensité; (c) ou encore, on voit Dieu dans les créatures aux-

s il donne tout ce qu'elles ont de perfection, et qui toutes nous parlent

(• lui ; (d) on se ligure enfin Dieu au dedans de soi ; car notre Ame est son

mplp. C'est ainsi que Catherine de Sienne bâtissait dans son Ame comme

Mire intime, dans loipiel elle voyait Dieu. Un beau crucifix qu'on

lit soi. de saintes images qu'on regarde souvent, aident beaucoup

I Ml ■ -T à Dieu.

'b du cœur se fait : (a) par des oraisons jaculatoires fré-

'-; l'ii nnouvelanl, dans les occupations ca|)ables «le distraire,*

• le tout faire pour Dieu ; (c) en prenant «picbpjes instants, «lans

• i..,,,^ .i,' ses travaux, p«»iir s'unir à Noire-Seigneur. Heureuses les Ames

H, !n , vn^ fixnm.^ niTeone était sof le point de commettre on grand crime, quand elle

homme renommé pour sa vertu. AussiiAl elle croit voir cet homme

I .'.ird «évère, el elle est couverte de confusion. Qu'en doit-il donc

élîC 1 •?

'b' \ ^■^t, saint Ephrem lojTfa, sans le savoir, en face d'nne (emnae per-

vpi.se ' ■ -T fenêtre si T^ — - -"- '- '■ " ■•■■ ' -lans sa chambre. « Il

riif ni n peu de t' r fermer l'ouverture

uftr ; , . Kl celle I . . ■* coupables ; « Allet

lui (iit Kphrem, (aire sur ta place ce que vuus faites citez vous* — Ce serait trop

;\. — Vous rougiriez s<>ua le regard des hommes, et vous ne rougisfet pas soas le

Heu, qui voit tout et qui vous jugera? ». Ella pécheresse, émue, se jpta à

lemandaot de lui apprendre à faire pénitence. Ephrem la fil entrer dans no

(2) M'»« de Chanta! avait d'abord été mariée à un seigneur qui allait souvent à la cour ou à l'armée, et, en son ab-w"-" "H-» -'i..!. ii,.,i ..v». ,..4.i,.fMnce el sans soin. En étant reprise par ses voisines : I' . paisque les yeux à qui je

dois plaire sonl à soixante i i« parée des vertus «d toul

temps et en tout lieu, toujuuis Uieii urnûe, parcts qu«s lis yeux de Dieu, à qui elle doit plaire, oe sool jamais éloignés, ils aool ioujuura prés d'elle et tournés vers elle.

692 SKicM'J.N^ lui II i.i.s ..OMMUNAUTES

qui pourronl iliro avec David : Mes yeux sont toujours luui tirs in a le. Seit/neur. fpii ponsoroiit loiijoiirs a (iciiii <|iii no les oublie jamais pt no cesse • le i-epantlrc SIM- elles «les laveurs! « Si un persévérail une année, <lil sainl l.éonaid, ai>iès sainte Tiiôrèse, dans cet exeiricc, on se trouverait à la fin de l'année au comble de la perfection, sans s'en douter » (\).

Kjiji, — \V. Du silence, (jui lavorise merveilleusenient la pratique de la présence de Dieu. \» Ses ai-antaf/es : i) pour les communautés. l;cxpérience prouve, dit sainl Liguori, (pie, dans les couvents où règne le silence, les régies sont bien observées ; et un couvent où l'on parle sans cesse est une image de l'enfer. Les religieux qui ne gardent pas le silence, troublent la paix «l'un nianaslère. Saint .\nibroise raconte qu'un prêtre, faisant oraison et étant troublé par le cri des grenouilles, lein- conunanda de se taire, et elles obéirent ; et des liommes et des religieuses ne se tairaient pas pour laisser les autres prier en paix ?

2) Pour les iîulividus. (a) L'habitude de trop parler amène une abondance de fautes, dit le Saint-Esprit, et la lant/ue est une tiniversité d'iniquités. Faites v(jtre examen de conscience le soir, et vous n'aurez pas de peine à vous en convaincre. De plus, cette habitude de parler éteint la dévotion : un four ouvert ne garde pas longtemps sa chaleur; elle entrave la prière et l'union avec Notrc-Seigneur. (jiu parle beaucoup avec les hommes, parle peu avec Dieu, dit saint Liguori ; et on trouve rarement une personne spirituelle qui parle beaucoup.

(b) Le silence, au contraire, tarit la source de la plupart des fautes. Aussi est-il écrit : Celui qui ne pèche pas par parole, est un homme parfait. 11 favorise et suppose la pratique de l'iiumilité, do la mortiticalion, de la douceur, de la charité, etc. « C'est, selon le mot de saint l'aul de la Croix, une clef d'or, destinée à conserver les autres vertus. » Le silence force à méditer les choses célestes, dit sainl IJernanl. Il favorise l'union avec Dieu, «pii est le comble delà perfection en ce m(»nde. Aussi les saints ont-ils estimé le silence, et sont-ils souvent allés le chercher dans les grottes des déserts. Sainl .lean le Silencieux (pii, d'évêciue se fit moine, le garda pcnilant nuarante-sept ans, c'est«à-dire jusqu'à sa mort (4). (Voir sainte Melchlilde, n. 1017.)

<i La mort entre par votre porte, dit saint Ambroise, si vous dites des choses fausses, ou honteuses, ou scandaleuses, ou si vous parlez quand il ne

(1) Sainl Félix de Cantalice, capucin, exerça pendant quarante ans l'office de quéleur. Pendant ces quéles, il disait de temps en temps à son compagnon : « Allons, mon frère, le chapelet à la inain, les yeux en terre et l'esprit au ciel ». (Voir saint Louis de Gonzapue. n. -iBli.)

Saint Basile, écrivant à saint Grégoire de Nazianze. lui donna celte définition dii religieux : « Le moine est un homme qui prie cunlinucllement, qui sanctifie le travail des luains par l'union avec Dieu, un homme dont le cœur est toujours élevé vers Dieu, et qui n'a pas d'autre but que d'orner son âme des vertus, par la méditation des Livres Saints. »

(2) (a) Saint Pambon, ayant entendu dans une instruction ces mots du Psalmiste : J'obserrerai mes voies, afin de ne pas pécher par ma langue, s'écria : « C'est assez, je viendrai eniendre le reste, quand j'aurai mis celte leçon en pratique. » Au l>oul de quaranie-neuf ans, on lui demanda s'il avait réussi : « Pas encore parfaitement », dii-il. Cependant ses tllorts furent efficaces; car après ?a mort on put dire qu'on ne l'avait jamais entendu ni mentir, ni médire, ni parler inutilement. 11 ne mourut cependant qu'à l'A»;» de quatre-vingt-treize ans.

(// ' n faisant ses éludes, s'était condamné à un rigoureux silence que

8P8 i lit jusqu'à prendre pour de la stupidité ; aussi l'appelaientils le

bœul ^ .. . ...j.'iias lit de tels progrès dans les sciences ainsi que dans la piété,

que son mattre, Albert le Grand, dit un jour : « Ce bœuf mugira si haut par sa doctrine qu'il sera entendu de tout l'univers ».

(c) Saint Arsène avait fui la cour de l'empereur Théodose le Grand, et s'était retiré au désert de Scélé. Un jour, qu'il priait Dieu de lui faire connatire comment il arriverai! à la perfection, il entendu une voix qui lui dit : « Arsène, fuis les hommes, garde le silence et vis dans le repos ». Saint Arsène obéit et il garda le silence d'une manière héroïque, ^uand on lui demanda la raison de la sainte rigueur avec laquelle il le pratiquait, il répondit : c Je me suis souvent repenti d'avoir parlé, et jamais de m'ôlre lu ».

EXERCICES d'UNB AME RELIGIEUSE 693

• faut pas. I.i nalionce à fîardcr le silence pour ne parler qu'à propos, et le II -. sont les principaux fondements des vertus. « « La cité

d' île aux traits de l'ennemi, si elle n'est pas protégée par

les intiiailles du silence «. dit saint Grégoire. I»'après saint Pierre Damien, le silence est la garde de la justice, et saint .\iigiistin dit que la houche de riionime doit être muette, excepté nour trois choses : pour louer Dieu, pour s'accuser soi-même et pour être utile au prochain.

i»»5)3. (r) Pour une àme religieuse, le silence est un devoir dans le temps

I il e.s» prescrit par la règle. Le violer sans raison, c'est une négligence

ic. d'est pourquoi sainte (ilaire de Montefalcone disait :

ç, il est diflicile de parler sans faire une faute. « L'n

jour qii OUI' s naii mibliée à cet égard, elle se condamna à se tenir les pieds

nus dans l'eau glacée pendant l'espace de cent Pater, qu'elle récita avec une

ferveur incrovahle. Ne parlons donc que pour dire des choses qui vaillent

mieux que le silence (1).

169i. Plan sur le silence, d'apris Boixiiet. Si tacuerilix, salri erilia, <lii un grave auteur. En ffTpt. limiua unh'ersitax iniqnitatis / développez). Le silence bien gardé e'' moyen de salut. Il y a le silence de la re^le, celui de la prulence dans

I" (■( celui de la patience dans les peines. Notre-Seigneur nous en a

d "• -a vie.

ile. Ilest de règle que les enfants le cardent. Notre Seigneur l'a g! 1-; son enfance, mais pendant les trente ans de sa vie c»cht*e ; car

1 Evangire oe râpp-irie qu'une circonstance où il ait p^rlé. Ce fui au temple nu milieu des docteur*, afin de nous montrer que, s'il ne disait mot, c'<^iait afin de nous apprendre le ' ^-Ic. Tiitis les fondateurs d'ordres ont prescrit le silence plus ou moins 11' : 1'^ "parce qu'ils savaient lue la multiloquio non décrit peccalnm ;

2 r.<vii que sans le silence, il n'y a ni recueillement m esprit d'oraison;

3 -i un grand moyen de faire régner la paix et l'union dans une c unt les conversations qui divisent. Ainsi, quand on veut réfornt' . é, y r lablii-on tout d'abnrd le silence. Il fiot donc gardei au moins If et ne le violer jamais sans une vraie raison et dès lors que de convers.i > >MppriméPS! Mais hélas ! n'en rencontre- ton pas qui rpcher«henl un ami P' -r avec lui. ou plusieurs ensemble qui causent par pe'otons, pendant que la jipelle ailleurs; et si on leur 'lisait: qui auni xermnnex çmo.< confertix ad itivicem ? pourr«ient-il8 rép<^ndre. qu'ils parlent de Notre- Seigneur, de la venu. etc. 1 Héla;*! c'est \k qn'^n censure, qu'on critique, qu'on juge, qu'on condamne d'une manière pi.

ice. Noire-Seigneur l'a gardé pendant sa vie publique. Il et - i,;.r,,!p< il n'a donné un juste sujpi de peine on de plainte à , a contraint les juifs eux-mêmes de dire : Snnc. Q' ' ^Jean VII, 46). C'est en vain qu'ils cherchaient ui huuc il iav.ui toujours déjouer leur ruse par la sagesse el l'a s. Voil4 votre modèle. Oue vos paroles soient loujonrs réglées p.i .riié. Vous-- '' ■ - ......-> .X ..».„- ... ^;„ récréa-

it l^s «rt'wr.t pour ne pas

s'O , • el di la c c ne soit pas

blessée, ni la pa<x altérée par les cuiiverMtli<ins. Rien qu'un s<>tl de li même famillo reiipiPtise. les bnmenr*, Ips tempéraments, les petit* intérêts proprp? nnnl différents; il . ' ■ . .te pré-

V lo rfle-

vi .. .^. San»

ce ''nt une occasion d'une

nin i faire avec des humeurs

presque farouclus qui îc hC-scnl di :uutî 1! est viai iiui! y a des caractères »»sei mal fait*, qui ne savent rien dire sans blesser; liàleur humeur s'ajoute une mauvaise édu-

"néade se plongeait si profori ms la pensée de la pli il

on re et de mancer. A table. l'I pas à toucher A un lil

qii '■ ' ■■" -' ' " ' ' ,„.„! le faire manger. Tour.juw. .i* ,.in-

se. 1 ?

\c ehnst» spiritiiollp* .iver fe P Vincent Bamu, religieux lionniiitMKi, ri$a d'une v ni

fli clairement connaître qu'il ~' ^enl à de ^ i.

ei que c'étsit «ne exrelienle mainerp op le gi( nner que de meure am.Hi ses m.in» à s'entretenir do lui.

e&Uon reçue, ila sont presque intraitables; mais c'est avec ces natures, que la verta t'exerce et qu'on acquiert de vrais mérites; et ne serait-ce pas rt faire illusion k soimême que de prétendre acquérir une vertu sérieuse sans supporter des contradictions f Il faut donc, ne pas se rebuter de l'aigreur des autres, avoir égard à leur faiblesse, ne

fias leur donner lieu d'ofTenser Dieu en les contrariant, s'abstenir môme dédire des choses nnocenles qu'ils prendraient de travers. Me faut-il pas avoir compassion de ces esprits qui sont encore plus à charge à eux-mêmes qu'aux autres, et qui sont si humiliés devant Dieu de leurs imperfections, s'ils ne sont pas tout A fait aveugles sur leurs défauts? Et vous qui sentez que vous êtes sujets à cette humeur acariâtre, apprenez à vous vaincre. Ne dites pas que c'est impossible, puisque c'est votre caractère; ne savet-vous pas que Dieu ne se contente pas de celte excuse, lui qui dit à Caïn lui-même de triompher de «es passions T

tJo Avec les gens du monde, qui sont plus difficiles qu'on ne le croit vis-à-vis des religieux, qui relèvent toutes leurs paroles, se scandalisent si elles ne sont pas selon le bon esprit et prennent de là occasion de flétrir la réputation du religieux qui les a dites et peut-être de tout le couvent. On ne doit jamais dire les secrets d'une communauté, pas même à ses pro^ires parents, pas même, dit Bossuet, en direction (à moins que ce ne aoit nécessaire ou vraiment utile.)

3* Avec les élrtes, plantes délicates qui peuvent si facilement garder un souvenir fâcheux de tout ce qui ne les édine pas. Porte, Domine, custodiam ori meo, et ostium circum$lantiœ. Aimons la cellule, fuyons le parloir, ne disons rien qui ne soit meilleur que le silence.

1697. ll[. Silence de patience. Peu de gens aiment à souffrir, surtout en silence. Cependant le silence sanctifie nr.s croix et en augmente beaucoup le mérite. Voyez Notre-Seigneur accusé, flagellé ; Je$H.< autem Incebat, ita ut mirarelur prœses vehementer. Il ne dit pas mol devant ilérode qui aurait pu le délivrer. Dans les pers^^cutions, lus humiliations, les croix, au lieu de nous répandre sur les créatures, faisons comme David : Hennit consolari anima mea, memor fui Dei et delectatus sum. C'est vraiment là le muyen de trouver une paix parfaite, en s'élevant au-dessus de tout le créé ; les âmes généreuses qui en ont fait l'expérience, peavenl le comprendre. Jamais du moins ne parlons par amour-propre dans ces occasions ; jamais par intérêt ; mais pour rendre hommage à la vérité, ou par charité, ou par nécessité. Mais on m'accuse injustement ? Qu'imporieY Les accusations qu'on a fait peser sur Jésus étaient-elles justes? Notre-Seigneur vous en donne une part, peur que tous vous éleviez à un grand mérite, ne la refusez pas. Par le silence toutes les passions sont abattues à la fois, l'orgueil, l'ambition, la colère, l'antipathie, la curiosité qui porte à demander la cause de ce qu'on soufTre à tel frère, à telle sœur qui est comme un bureau d'adresses et qui sait toutes les nouvelles, et a sans cesse les oreilles dressées puur tout entendre.

Donc silence de règle et de prudence, afin d'arriver par là à garder le silence de patience, le plus méritoire de tous. Qu'on ne s'amuse pas inutilement à découvrir la cause de ses peines : c'est là proprement courir après la pierre qu'on nous a lancée. Il faut plutôt s'élever bien haut pour voir la main qui la jette ; la main de Dieu qui veut par là nous attirer à son amour, répétant dans nos cœurs la parole de David : Turbatusjum et noyi ium locutus; paratum cormeum, Deus. Qui ne voit que le silence ainsi gardé, c'est le salut I...

1G98. XVI. Des récréations. Il y faut parler quand les autres se taisent, et il faut s'y taire quand les autres parlent. Mais de quoi faut-il y parler, sinon de sujets utiles, et autant qite possible de Notre-Seigneur ? Si l'on parle lieu de Jésus-Christ, c'est un signe qu'on l'aime peu, dit saint Liguori. (Voir la note (b) du n» 1093.)

.Saint Louis de Gonzague lisait la vie d'un saint ou un autre livre de piété, afin d'y trouver matière à s'entretenir avec ses condisciples. Avec les plus jeimcs, il engageait la conversation sur des sujets pieux ; avec les anciens et les prêtres, il exposait des doutes. Saint Derchmans avait établi l'usage de s'entretenir de choses spirituelles, dans le noviciat dont il faisait partie, et son couvent devint par là un sanctuaire de vertu, (ju on dise de vous comme on disait de saint Ignace : Cet homme regarde toujours le ciel et parle toujours de Dieu(l).

(1) (a) Saint Augustin rapporte que, se trouvant avec sa mère aux bouches du Tibre, ils admirèrent ensemble les œuvres de Dieu qui s'étalaient à leurs reeards; ils s'entretinrent ensuite de l'&me humaine, enfin du bunheur du ciel, et ils t'enflammèrent tellement d'amour dans ce pieux colloque, qu'ils durent garder le silence, tout absorbés qu'ils étaient en Dieu.

(b) L'histoire romaine nous apprend que Germanicus, général d'armée, qui faisait la guerre en Allemagne, désireux de savoir quelle opinion on avait de lui, le soir quand les

EXERCICES d'une AMR RELIGIEUSE 695

1699. \VH. Du. réfectoire. Nous avons dil un mot de la niorlificalion qu'on doit y garder au no KilB.

1700. XVIII. Du coucher. Qu'on n'admelle personne dans sa cellule, l'heure du coucher venue, dil saint L«''onard. Qu'on ne tarde pas d'aller prendre son repos, afin d'avoir l'esprit libre pour la méditation du lendemain. Il est bon d'asperçer sa cellule et sa couche avec de l'eau bénite et de baiser ses vêlements religieux en les feuillant. Invoquez l'ange gardien pour

3 d'il vous garde la modestie. Les saints ont dormi sur des sarments, sur es fragments de pots cassés ; donc ne flattons pas notre corps et tenons-le dans ime posture modeste. La Sainte Vierge fut vue un jour, se promenant dans un dortoir, cl donnant sa bénédiction aux religieuses <|ui avaient une tenue modeste, et détournant les yeux des autres avec indignation. (Saint Léonard, Manuel sacré.)

Saint Pierre «l'Alcantara inculquait à tous, comme un moyen efficace de mourir saintement, la pratique, qui était la sienne, de dire trois fois avant de s'endormir : Mon Pieu, je remets mon ftme entre vos mains, et de réciter le De Profundis. Convenons avec Notre-Seigneur, en nous endormant, que toutes nos respirations seront des actes d'amour parfait pour lui.

1701. \l\. Retraites du mois. Après ce que nous avons dit, inutile de recommander aux religieuses, et mt^ine aux personnes pieuses, la retraite annuelle dont tout le monde comprend I importance; mais il est bon de résumer ici les conseils de saint Léonard, sur la retraite <lu mois, qui s'appliquent, il est vrai, aux Ames religieuses, mais cpie toute àme fidèle s'appropriera avec grantl profit : « Choisissez chaque mois un jour, celui où vous Mes le plus dégagée de toute occupation, et consacrez-le tout entier à faire l'important apprentissage de la mort. Retirez-vous dans votre cellule et ne craignez pas de vivre en ermite pendant ce jour, en le passant dans la soliluile et le silence le plus parfait.»

1702. « 4" Préparez d'abonl la confession. Klle devra se faire comme si c'était la dernière de votre vie. Vous vous exciterez donc à une douleur extraordinaire de vos i>écliés, vous figurant que vous devez incessamment paraître devant le tribunal de Dieu ; et vous formerez le ferme propos de vous amender sérieusement, surtout de votre péché et défaut dominant.

170;{. << 2<» Vous apporterez une préparation extraordinaire à la communion, comme si vous communiiez en viatique. Vous adorerez Notre-Seigneur, lui oITrant votre vie, et (u'otestanl (pie vous êtes prêt k en faire le sacrifice quand il lui plaira, pouvu qu'il daigne vous assister dans ce grand passage.

1701. " ;{« Dans l'oraison 1) du malin, vous vous représenterez aussi

suidais s'étaieni retirés, s'en allait avec nn de «es gens, (^coûter de porte en porte, dans les tentes des soldais, quels di.ocours ils tenaient; il eniendit que partout on ne parlait que de sa valeur, de sa prudence, de sa bontt': Fruebalur fama iui, dit l'historien. Ce qoe ce capitaine faisait par vaniié,bieu |p fait par riminensité de sonéire; il e.<t toujours aux écoutes, il entend loul ce que nous disons, il voit toutes nos artions, il est prt'sent à toutes nof assemblées. N'est-ce pas une honte qu'il n'entende point parmi les chrétiens que l'on parle de lui. ni de ses perfedions qui soni si grandes et en m grand nombre î Si les soldats de r.ermaninoii eussent su ce qu'il faisait, n'eus'<ent-il8 pas eu grand soin de parler plus honorablement dn lui, el de publier plus haut ses louanges et ses exploits? N'euflsf'i- Il <••<•■ été df^pourvus de jugem«nt et jeseii.-> commun, s'ils eussent médit de lui, sa les entendait T Nous savons que Dieu est auprès de nous, qu'il

nous voit, nous nous écoute attentivement rt nous oe disons rien de lui, ou . si

nous en parlons, c'iël quelquefois pti >.

(c) Chant sacré. • J'étais bien sen t AugosUn, lorsque j'enten-

dais dans vos temples les ndéle.4 enton cantiques en votre honneur,

6 non Diea. Ces douces voix plaisa : votre vérité r<<|>anilait des

lumières dans mon &me. l'ne ardente i' > et me faisait verser d'abon-

dantes larmes. Oh ! qu'il m'était doux de les répandre 1 •

Si on avait à adresser une exhortation aux chantres ou aux choristes, on p)urrall prendre pour texte: Cantanlibus organis, CœciUa Domino decanUbal, dlcent : Fiat, Domine, cor meum et corput immaculutum ut non confundnr.

Tivemonl que possible IV-lnl où vous vous trouverez fin moment fie votre mort, déjà nhandonnô des mcilocins et sur le point de rendre le dernier soupir. Vous diviserez celle niodilalion en trois points : v(»ms oonsidérerex ce que, à i'nrlirie de la mort, vous voudriez avoir fait : (a) envers Dieu ; {b) envers le prochain ; (c) envers vous-même, l'uis, niMant aux actes de contrition des propos efficaces de vous amender, vous terminerez en demandant la grAcc de vivre à l'avenir, avec autant de ferveur tjuc si climpjc jour devait ("-tre le dernier de votre vie.

2) Dans l'oraison du soir, vous méditerez les cinq motifs qui sont les plus

f)ropres à nous faire accepter de bon co'ur le coup <le la mort ; (a) c'est une oi universelle, dont le Fils de Dieu n'a pas voulu se dispenser ; (b) il est souverainement juste que celiù qui, tant de fois, s'est révollé contre Dieu, soit condamné à mort; (c) celui-là est indigne de vivre qui a fait un mauvais usage de la vie; (^/) l'amour de Dieu doit nous faire désirer d'aller jouir de lui ; (e) la résignation au bon plaisir de Dieu doit nous faire accepter la mort, dès qu'il lui plaira de nous l'envoyer.

1705. 0 4" Le reste du temps, visitez plusieurs fois le Saint-Sacrement ; employez-le A des lectures spirituelles, repassez les résolutions que vous avez déjà prises pour avancer dans la perfection. Le soir, avant d'aller prendre votre repos, pour couronner une si sainte journée, vous ferez l'acte «l'acceptation de la mort, disant à Dieu : Mon Dieu, mon cœur est prêt, je remets mon Ame entre vos mains; ô Marie, priez pour moi, maintenant et à l'heure de ma mort; saint .losepli, mon ange gardien, mes saints patrons, ne m'aliandonnez pas. Oh! que vous retirerez de profit de cette sainte retraite! » <lit saint Léonard (1).

ntKi. — XX. Delà direction. 1» Sa nécessité. « Le vaisseau sans pilote voit son mAt renversé, dit saint Atbanase. les flots le jettent çà et là, jusqu'à ce qu'il aille se briser contre les écueils. « C'est l'image de l'Ame qui n'a pcronne pour la conduire. 2" Ses nrantaf/cs. « L'Ame, qui a un guide sur, est semblable à. une vigne féconde que le jardinier arrose et émonde avec soin et qui porte en son temps d'excellents fruits, » dit le même Père. Que d'écueils évités quand on est conduit comme par la main, que de chagrins adoucis, que de tentations facilement surmontées, que de vertus

firatiquées, que d'actes d'obéissance surtout ! et celui qui obéit est sûr défaire a volonté de Dieu.

1707. :V' C/ioix d'un directeur. ChoisissevAe entre mille, dit saint François de Sales, et même entre dix mille. Si on ne le peut.il faut aller avec confiance à celui que la Providence nous a ménagé, à moins qu'on n'ait des raisons de faire autrement. Que l'on n'ait qu'un seul directeur, qu'on ne le change pas sans raison. A" Dispositions à apporte? à la direct ion. WcspecA. confiance, en vue «le Dieu et sans attachement humain, et obéissance, d il y en a. dit Bossuet, qui consultent pour être trompés, qui ne trouventde bons conseils que ceux cpii les llatlenl, et qui cherchent à se damner en conscience. La vérité, ce n'est pas ce que nous cherchons, nous voulons des détours commodes, nous demandons des expédients pour contenter nos mauvais désirs. Saint Augustin a dit cependant que le vrai serviteur de Dieu n'est pas celui qui veut entendre de la bouche de Dieu ce qu'il veut, mais celui qui veut ce

3u'il entend de lui. » (îardons-nous de semblables errements. La direction es personnes du sexe doit se faire au saint tribunal, ou, pour de bonnes raisons, par lettres. Mais qu'on évite les entrevues en tête à lête qui exposent nux hiAmes.

iNons avons parcouru les principaux exercices d'ime religieuse, et d'une Ame pieuse, qui sait se tracer et suivre un règlement de vie. Heureuses celles qui y sont fidèles ! Klles voleront à la perfection, dit saint Léonard, sans ailes et sans plumes; ou plutôt le règlement sera pour elles des ailes.

(I) QiMnd le grand O'Connel, le libérateor de l'Irlande, se dirigeait vers Rome où il voolait mourir, il fui arrêté à Gènes par la maladie, qui le conduisit au tombeau. Il avait entre les mains le livre de \& Préparation à la mort qu'il avait annoté de ses mains. Sa fin fat celle du héros chrétien ; il ne cessait de réciter le Memorare, les Psaumes des actes de contrition et d'amour de Dieu : Et c'est ainsi qat s'éteignit celte grande voix, qui avait ébranlé le monde.

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