VII. — Panégyrique d'un martyr
2;$1(). Ilœc est Victoria qurp vincit mundum fides nostra. {\, Joan.. y, 4.) C'est la foi qui emporte la victoire sur le monde. Jésus par son sang versé a triomphé de la mort et on lit dans Saint-Pierre de Home : Christus vi/uit, retfnat. imperat. Kl saint Paul nous dit: Sancti per fidern vicerunt rerjna. Mais c'est surtout par la IVn jinussée jusqu'à l'héroisme du martyr. Quelle victoire! l*our nous en rendre compte, dans un premier point, mettons en regard les deux camps qui combattent, et dans un second, voyons quelle a été l'issue du combat. Hef/ina murtyruw ora pro nobis.
%\\1. I. Voici les deu.r camps oui sont en face; d'un côté les persécuteurs, de l'autre les fidèles enfants de 1 Eglise ; d'un côté les bourreaux, de l'autre les martyrs.
1" Les persécuteurs : i) leur force, c'est le peuple romain si puissant et si fort (pie la force même lui a dunné son nom. C'est le peuple, dont les soldats aguerris ont triomphé de presque toutes les nations du monde connu : ce sont ces empereurs de Kome qui ont, sous leur sceptre, l'univers tout entier, et qui s'appellent Néron, Domitien. Trajan, Anlonin, Alexandre Sévère, Maximin, Dèce, Valérien, Aurélien, Dioctétien et Maximien, sans parler d'autres persécuteurs qui ont fait moins de martyrs que ceux que nous venons de
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nomm<»r. ni d'autres rois, tributaires des romains, qui n'ont pas manqué de
~ ■ ' ' ' ' ot son Ejrlisc. i) Leurs richesses, elles étaient telles
nd qu'un siuiple favori d'un empereur, en mariant
>. MU .niiiia une dot qui aurait sul'û à cinquante reines. Ils
pas embarrassés pour trouver contre l'Eglise des engins de
' ' ' .. 3} Leur nombre. Rome seule comptait cinq
iripereurs avaient sur leurs t^tcs autant de coui..,ii.. - I .■ ..■•.,... .1. -.....,, ni vaincu de peuftles. Si rAlIcmairne aujourd'hui se lii;ii:iit. avec la Itussie et si ces deux jmissances réunissaient tous les «,,i,i .t< nrellessonl en état de mettre sur pied, quelle est la nation «pii ne il pas ? L'empire romain avait sous ses ordres les (ïaules. l'Espagne, iiv rAlriiiiit^ ITvM pie, etc. Tous ces peuples étaient armés à la fois -iiseaviiil eu ù les combattre un à un, on s'exl ^ , ins inégale ; mais c'est sur tous les points à la
ifùsipielle est attaquée, cl elle doit seule se défondre contre tons en même tem[»s. 4) Mais ces ennemis si puissants, si riches, si nombreux, sont-ils ardents à la h/ffi'f Oui. il s'agit de combattre pour leurs divinités auxquelles ils sont atlarht's .i.'s l'enfance ; ils regardent les chrétiens comme des impies, parce qu'ils veulent ruiner le culte des dieux, abolir des coutumes immémoriales : Ils vpulent de plus faire renoncer Home à sa corruption, et les pas-
si"n< I i.irK ]■■< lictes féroces s'irritent quand on veut leur ravir leur proie;
il I !'<' ■ - > -iiijverneurs de province avaient A cœur de conquérir les des empereurs en persécutant à outrance. Leur orgueil ne r d'avoir le dessous dans cette guerre à l'Eglise. Aussi. 5) ^m« n iinr /ms fi/ifi' les pertéciifeursi l\s ont <iin]>]oyé ionr à tour (a) la barbarie : (nntiil i>n mettait sur la tête des martyrs un casque ardent, comme «»n li' ' ' ' 'nplie ; tantôt on leur cassait toutes les dents à coups de
[lier-' is on leur versait du plomb fondu dans la bouche, ou bien
on !•' ■.■• M,,.., , ,..'!• des tenailles de fer. ou bien on leur enfonçait des alênes entre les doli^ts et les ongles. D'autrefois. on leurapplitpiail sous les bras des lames de fer r"""i ■■" "n leur ouvrait les entrailles pour les remplir davnine qu'on fai- r aux animaux ; on leur brisait les jambes ou
les 1,1 .IV ivrr il.x . or. on les enduisait de miel, et on les exposait en
■ es et des moui-hes. l'Iusieurs ont été attachés à la taureaux imlomptés et entraînés ensuite à travers les épines et les roi-liers. jt'autres onl été enterrés dans les entrailles d'un chevil in'rt et n.nni'; dans ce tombeau pendant des mois. jus<pi'à ce qu'ils fusr les vers qu engendraient le cadavre de l'animal, irtelés par les branches d'un arbre rapprochées viol.imii. lit d aliuid ol relâchées ensuite, après qu'on les y avait attachés ; d'autres .'talent enfermés dans un sac de cuir, avec un serpent et un singe et jetés ainsi à!' ••ut on les faisait déchirer dans les arènes sous la
dent des Ouelquefois. on les faisait passer sous la meule d'im
moulin (pu Ihh; ait t'us leurs membres; ou bien on " "lil par les bras
et on leur attarhail au\ fiieds un poids énorme qui tous leurs os.
Les • furent plongés la non «laiis un étang glacé,
et ' ice. on avait mis des bains <i'eau chaude,
pni; MM.
(I ou avec des cordes au bout desquelles étaient
des ■^^'■- -•'>••'•!■•><' "st A-dire r|.»-- ■•..c..it,.e ,ic fer en
fon devenu ■ le. on les
cou s nu <l.^ I ,, ou bien
on i ai d eau salée, ou d'huil 'e.
l> l(Miî vivants, ((.imiii' - n'-leinv. ou ont eu
ton- '
le milirn du rorps, qurlqni-s anlns, roinin onl vu leur!» liitiii-
brc« rn'.]ru'": \fv tins après 11-, antro. les m < ils le»? bra^. puis les
jiie s. I n grand iiondire onl oU- l.niirs oi, -^
sai : - un four embrasé, ou dans un taureau > brasier. Du Uuqisde Néron, plusieurs ont été enduits de soulrc cl 'le poix,
auxquels on niclUil le feu, et leurs corps servaienl de torche pour éclairer pendant la nuit. Parfois on appliquait aux marnes martyrs cinq ou six de ces norriltles supplices, afin do vaincre liMir résistance.
{h) VA quand la cruauté ne réussissait f)as à les ébranler, on recourait aux flatfttrics ; c'est ainsi qu'on proMioltail pour époux à sainte Marguerite le consul Olibrius, à sainte Agnès le (ils du préfet de Home, à sainte Suzanne l'Emperpur Maximion. Parfois on employait, pour leur persuader de se laisser séduire par ces espérances, des femmes artificieuses qui usaient de toutes les ressources de leur habileté pour les ébranler. On faisait venir les parents eux-mêmes, leurs pères, leurs mères, quelquefois leurs femmes et leurs petits enfants, qui employaient tour à tour les prièi-es, les larmes, les reproches.
{(•) A la barbarie, aux llattcries, on joignait /es perfidies de la ruse. Si le Tibre déborde, si la sécheresse désole les campagnes, si la terre tremble, si la famine, si la peste éclatent, aussitôt on crie : Les chrétiens aux lions, dit Tertullien ; et on leur prêle tous les malheurs qui fondent sur l'empire. (Juan<l on voit qu'ils se soutiennent les uns les autres, on les sépare. Ainsi lit-on à saint Prune et à saint Félicien (jui étaient frères. Le persécuteur dit ensuite à Félicien que son frère avait enfin eu le bon sens de se rendre et d'adorer les dieux. Félicien répondit: .le sais que mon frère est plus ferme que vous ne le dites ; mais eiit-il abjuré,sachezque je ne le ferai jamais. On s'aperçoit que les chrétiennes redoutent moins la mort que la honte, et on leur propose de renoncer à la religion ou de perdre leur honneur. — Quand on remarque que les chrétiens méprisent les tourments et ambitionnent le ciel, les tyrans au lieu de les faire mourir, les laissent languir dans une prison obscure, on les enterre jus<]u'au cou ou jusqu'à la ceinture, et on les nourrit dans ce tombeau vivant. (Parler ici du f/e/ire de martyre subi par le saint dont on fait le panégyrique.) Voir la note du no 1066.
2o Nous connaissons les bourreaux, voyons maintenant quelles sont les victimes. Elles ont été nombreuses et prises dans toutes les conditions. Il y a eu des sénateiu-s et des consuls romains, des femmes d'empereurs, mais qui préféraient à toutes les dignités du monde l'hinnililé de la croix. 11 y a eu des officiers des armées, des soldats aguerris ; mais qui jamais ne se sont servis de leurs armes pour se défendre. 11 y a eu des savants ; mais qui mettaient toute leur science au service de la folie de la croix. Il y a eu le plus souvent pour lutter contre tant de redoutables ennemis avec une constance (pji étonne, des vieillards, des jeunes gens, des enfants, ce qu'il y a par conséquent de plus faible sur la terre. Samt Polycarpe subit le martyr à quatrevingt-dix ans, saint Ignace d'.\nlioche et saint Pothin de Lyon àqualre-vingtseize, saint Jacques le mineur à cent ans, saint Siméon de Jérusalem à cent vingt ans. — Parmi les jeunes gens, admirons d'abord sainte Catherine, (jui après avoir refusé la main de l'empereur, son bourreau, fut rouée à dix-huit ans. Sainte .Ngnôs fut martyrisée à treize ans ; saint Symphorien d'Autun était plus jeune encore ; saint Pasteur en Espagne n'avait que trois ans, et saint Juste, son frère, n'en avait que sept ; sainl Cyr, lils de sainte Julitle n'avait guère que trois ans. il balbutiait encore en confessant Jésus-Christ, et le gouverneur lui brisa le crâne sur les marches de son tribunal. Saint Majorique, fils de sainte Denise, n'était guère plus Agé. Il s'effraya à la vue des peignes de fer et des autres instruments de supplice qui étaient plus grands que lui, mais .sa sainte mère ne pouvant s'approcher de lui pour l'encourager, lui fit tant de signes des yeux, de la main et de la tête qu elle le rassura, et qu'il mourut martyr (On peut raconter ici l'histoire de Barula, et d'Ignace Fernandez, voir no> 672 et 676.)
Voilà donc quels vengeurs s'arment pour la querelle.
Mes fenimes. des enfants, ô Sagesse éternelle.
Mais si tu les soutiens, qui peut les ébranler?
2IH8. II. Issue de la lutte. Aussi les martyrs sont morts, ils sont morts sans se défendre eux-mêmes, morts comme des brebis égorgées par les loups; et en mourant ils ont triomphé. Cecidit Babylnn illa mayna ! Elle est tombée cette religion païenne qui n'était qu'un ramassis confus de vaines divinités. Qui songe aujourd'hui à rétablir leur culte ? Mahomet les armes à la main, et promettant aux hommes tout ce qui flatte le plus les passions, ne
l'AXKGYRIQUE d'CN MARTYR 1117
)'a pas osé. Les Juifs eux-inèroes si prompts à tomber dans le culte des idoles, m^^iiie quand Dion leur envoyait des prophétos.n'v sont jamais tombés depuis qnils ont -"rurific J.-C. L'idolAlrie cet enneuii redoutable «jui voulait étouffer ^l vaincu. Ses temples sont ruinés, ses autels démolis, ses l's en poudre. Tout ce qu'il a fait pour éteindre la religion cUrciieuuc a srivi à l'étendre. 11 pensait bannir le christianisme de l'empire romain, on bannissant les chrétiens ; et les chrétiens exilés portaient la foi à dos -. Les dix empereurs qui ont le plus persécuté l'Eglise
ont . ne manière misérable. Comment la mort des marlvrs
a-t-eii'' •.'■ I' i: nj-'iie * De la même manière que la mort du Fils de Dieu a été le i.iiiiiiiiiMHf ment de sa gloire sur la terre. Une telle victoire est. il est vr.ii ' ment inexplicable. Ce n'est pas par elle-même aue la faiblesse
tri' I force, que la mort triomphe de la vie, ce n est que par un
minuu- uf i;i main de Dieu.
Et c'est t;e qui prouve la divinité de la foi qu'ont défendue les martjrs ;
•• ■' ' ■' - ^ ' " 'îolicisme est la seule religion véritable. Elle seule s'est
ivine. Dieu a accompli à son égard ses promesses. Il .. ■... ^ . . -> , ...o...... . .^ de l'enfer ne prévaudraient pas contre elle. Il a tenu
parole. Il a fait voir que le fondement qu'il lui a donné n'était pas sur le sable, mais sur le roc ; cl elle n'a pas été ébranlée; tft nunc erudimini qui judica' tis fernim. (hu- los ennemis que l'Eglise a aujourd'hui, hérétiques, ou perséculf'urs de tiniles sortes, s'instruisent, tjue sont-ils comparés aux empereui*s de Rome ? Tout au plus, s'ils peuvent finir comme eux ; mais pas d'espoir de mieux réussir qu'eux. On s'attaque à plus fort que soi, quand on s'attaque à Dieu. Un chien s'use les dents à renverser un bloc dérocher. On chasse les religieux, ils s'en vont dans des contrées sur lesquelles n'a pas lui la lumière de I ' : et le llambeau de la foi éclaire des contrées nouvelles.
^ cz la foi, que vous êtes heureux d'être bùtis sur le fondement
• s, et, sur la pierre angulaire qui est Jésus-Christ ! Votre foi a autant
s qu'il y a eu de martvrs. ô'iand cinq ou six personnes sensées ou
' une chose, vous les croyez; mais quand seize millions
lUrmenl les vérités de votre Je crois en Dieu, et qu'ils
S'il . . /.-vous en douter?
!'■ s aient parlé en se jouant, quand
i' •. > lis II avaient fait que parler, vous seriez
mais ils sont morts pour témoigner de la vérité
M. '•■■•■ — ' ' ■' ' nls pour des mensonges
ou >: s ou des gens sages et
jiru.i. .. ,, ,,,.,,.,,.,,., ,,3 loue, qu'on les vénère
dans l'un: d'où vient (lue Dieu les honore, en permel-
t.mt ,rur .■'i f:i^<i'u\ ,i.-< ri.ii-:i.i..v * Hs étaient donc
lel; car après toiil
. . .:vrer des tourments
• bruJer ' dieux, tout en gardant leur
Ils ont ; Si (es milU.ius d'hommes
avalent l'ini-
iient pour une
bagiileUe, pour uu iulcnél d uu iubtant, pour uue i»uUi>tacliuu misérable. (I)
(Il r ••llules des autres religieux
qui \ iiniliati el disait: Je viens
,(.. V .,i...t;pa* <'■'■'" ->■•'■"• ■"■■>rnenl
! - devancier- t'rs:
1 A l'os i;o(i - 'Miré-
: iioo |>dk u littiiur», el de vie, et
approcke >; ont fait? Du motna
itmiutis auidiii ■; '''.iprè» :r r i ' i. \r..)
Ketrardez. di.s.i et pour cii •• !< - ^ frères attaqués
de toutes parts i-. .ran* it-L-.T niii..u» vivons,
el vous ne m4pri»crrz pas et- que duus croyons, li i ce;
il n'y a ni traUre.^ ni scélérats. VuOi» avez dans vo.h «eut
crime, c'est le nom qu'ils portent et la profession qu il? en funi, (j.ji» de li 'inf ("luveivous dire contre eux, et de quoi les pouves>vous accui^cr? Nous nous assemblons, laaia
Pe pciir de il<''i»lairc A iino ignoble cn^aliire, il en est qui osent lui pêi*niptlre des familiarilés «'otipables. Saint Nicétas enchaîné et ne pouvant se défendre autrement se coupa la langue et la cracha à la face de celle qui voulait le perdre. Sainte Anisie aima mieux (pa'un solilat la perçât de son opée que de lever seulement le voile tpii lui cachait son visage.
(irand saint N. que nous félons, obtenez-nous cette foi qui vous a fait si grand, cette horreur du mal (jui vous a mérité l'éternelle couronne. Que vcitre protection nous aide à suivre la roule que nous tracent vos exemples (i;.