VI. Pour un évanK^^IlHie
21112. Itispfrsi... pertransibunt evaniieliiantcs verhtim fiei. (Act.vui. i). Tous les Apôtres «|ue Notre- Seigneur s est choisis, ont ainsi pnssé àtraver»
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les nations, nrôchanl partout la bonne nouvelle. Saint N. en particulier a narrouru telles contrées..., opéré tels prodiges de conversion et autres... Mais il n'a pas, comme d'autres Apôtres, achevé h sa mort son apostolat. Defuncfus nilhuc loquitur. Sa gloire toujours vivante, son apostolat, exercé encore de nos jours, c'est son Kvangile ! Pour louer l'ouvrier par son ouvrage nous dirons, I, que l'Evangile humainement parlant devait être réprouvé par tous, H, (ju'il a été honoré merveilleusement par tous, III, qu'il a exercé sur tous un ascendant miraculeux.
2;ilS. 1. Ce que l'Kvangile annonce est la vertu et la sagesse de Dieu ; mais les i»ensées des hommes on sont tellement éloignées que c'est, selon saint Paid,
Eour les Juifs un scandale, et pour les païens une folie. L'Kvangile c'est la onne nouvelle, et tous en sont avides, les Juifs qui attendaient le Messie durent donc ouvrir ce livre ; mais en le lisant, quelle déception! Ils attendaient un Messie puissant, adoré de tous les rois et de tous les peuples du monde, un Messie belliqueux, qui devait conquérir par les armes toutes les contrées de la terre, «pii devait délivrer Jérusalem du joug des Homains ; et l'Kvangile ne leur annonce qu'un Messie né dans une étable, n'ayant pas une pierre où reposer sa tète, n'étant suivi que de douze pauvres pécheurs, leur défendant même de se servir d'une épée pour le défendre, annonçant la ruine de Jérusalem : quel Juif, lisant cela, n'a dû fermer ce livre et le repousser? .\ux yeux des païens, qui n'estimaient que la gloire, que les plaisirs,, que les biens de ce monde qui les procurent, n'était-ce pas une folie f^ue les exemples et les enseignements du Sauveur, préchant l'humilité, 1 aniour de la dernière place, l'abnégation de soi-même, l'horreur des salisfactions des sens, la pauvreté? Qu'on en juge par le dégoiit (pi'ont pour ce livre, aujourd'hui encore, ceux qui aiment le monde. L'homme aniujal ne perçoit pas les choses de Dieu. Et l'Evangile est un livre divin. C'est pourquoi
2314. II. Contre toute prévision humaine, il a été honoré plus que tous les livres ensemble.
1" Les plus grands génies des siècles ont lu ce livre; ils l'ont étudié, ils en ont été tellement ravis qu'ils l'ont transcrit de leurs propres mains; l'ont traduit en toutes sortes de langues, en ont commenté toutes les phrases, ont trouvé partout une sublimité de doctrine, une pureté de morale, dépassant tout ce qu'avaient pu découvrir ou enseigner les plus grands philosophes de l'antiquité. Faut-il nommer ces génies? On les appelle Ambroise, Jérôme, .\uguslin, Crégoire le (irand, Cvprien, Basile, Chrysoslome, Hilaire, Irénée, et ceux nui ont étudié l'histoire savent que c'étaient les esprits les plus cultivés de leur temps.
20 Dans les conciles générau-r, où se trouvaient assemblés les hommes les plus sages et les plus vénérables de la terre, au concile de Nicée où assistait le grand Constantin ; à celui de Chalcédoine, où se trouva l'emperein* Martien; à celui de Constantinople, où siégeait Constantin IV, l'Evangile était plai-é sur im tronc au milieu de ce sénat vénérable. L'Flvangile était pour les conciles l'oracle qui devait apprendre tout ce que devait croire l'univers.
3<» Les fidèles l'ont en si haute estime, que les premiers chrétiens en portaient une page sur eux, espérant que c'était pour eux un bouclier et une armure pour se défendre contre les ennemis du salut. Entre plusieurs présents magniûques que le roi Robert envoya à l'empereur Henri I»"", ce dernier choisit im Evangile. Et aujourd'hui encore, quand on en lit une page dans l'église, tous se lèvent avec respect, protestant parcelle attitude qu'ils sont prêts à faire tout ce que ce livre divin recommande.
231.^. III. Mais ce qui en prouve la divinité plus ellicacement encore, c'est l'ascendant merveilleux que ce livre a eu sur les esprits. 1* Par ses menaces. Ce livre dit : Nisi quis renatus fiierit ex aaud, etc. Quand Elisée proposa à Naaman, pour se guérir de la lèpre, de se baigner dans les eaux du Jourdain, .Naaman s'en moqua d'abord ; mais sur les conseils de son serviteur, il le flt et fut aussitôt guéri. Quand l'Evangile a proposé, pour être guéri de la lèpre <lu péché, de recevoir l'eati du baptême, on a vu des hommes de la plus haute science, des conquérants fameux, au lieu de s'en moquer, se
PANÉGYRIQUE d'uN KVANGÉLISTE 1113
iiiellre parmi les enfants pour apprendre la doctrine chrétienne, et se pré-
if.M- .1 .P sacrement. Ainsi firent un saint Augustin, qui avait enseigné la
à Milan; un saint Cyprien, un (lonslanlin le (irand. rpti, après
-iiu .Maience. dont rarméc comptait plus de 2lX).0(X) soldats, au lieu
1 iiicr triompher au Capitole. revêt le sac de la pénitence, baisse la tète sous l.i main du pape saint Sylvestre et reçoit de lui le baptême. Ainsi fit Clovis, vainqueur des Allemands à Tolbiac, il courba la Icte devant saint Rémi. Kt on sait en quelle estime saint Louis tenait cette grA.ce du baptême.
2) LKvangile a dit ; Si vous ne faites nénitence, vous périrez tous. Cette parole a opéré des prodiges si extraordinaires, que si l'histoire la plus certaine n'en faisait foi, on aurait peine à y croire. Foulque, comte d'Anjou, qjii avait manqué au serment prêté à Héribert, comte du Mans, touché de cotte parole, (il un pèlerinage à Jérusalem : là, il se mit une corde au cou, et un de ses serviteurs le traîna depuis le temple jusqu'au Saint Sépulcre,
fiendant qu'un autre le frappait sur les épaules nues; et le pénitent ne aisait que dire, en face de tout le monde : Mt»n Dieu, ayez pitié de ce misérable pécheur. Henri II. roi d'.Vngleterre, après avoir persécuté et fait inoiuMr saint Ihomas . archevêque de Cantorbéry, ayant lu cette parole ' ' '" "irile. alla nu-pieds, couvert d'un sac. les yeux baignés de larmes, ise de saint Dunstan, au tombeau de saint Thomas ; et là, décou- '■paules, il reçut volontairement plus de deux cents coups de fouet, H e de tout son peuple. Ah! ces grands hommes ne voulurent pas
\: rncllement. Malheur à ceux qui refusent toute pénitence après
avilir gravement péché; malheur à ceux qui renoncent à leur baptême et trois fois malheur aux parents q\ii ne font pas baptiser leurs enfants!
'.{) I/Kviingile a dit : Niai manducaveritis carneui Filii /lomi/tis. Théodose avait vaincu le tyran Maxime et ses trois armées ; mais il fut vaincu par le tle IKvangile. A cause d'un jugement trop précipité, porté contre I tnts de Thessalonique, il fut excommunié et, par conséquent privé
du liouheur rie recevoir l'Eucharistie. Pour pouvoir être admis à la table sainte, il fit une pénitence de huit mois, qu'il passa dans les larmes et les sanglots ; et comme un de ses favoris, nommé HulTin, lui disait de ne pas tant se mettre en peine : .\h ! répondit-il, n'ai-je [las sujet de me lamenter, puisque je me suis rendu indigne de recevoir l'Kucharisiie, qui est accordée aux esejaves et aux mendiants ? — Peut-on s'expli<iuer, en lisant cette histoire, l'indifférence des chrétiens de nos jours qui s'excluent volontairetnent de la table sainte, soit par leur indifférence, soit par leurs crimes ? Hélas ! ils n'auront pas la vie en eux.
2«> Les promesses de l'Kvangile n'ont pas eu moins d'ascendant que ses menaces. Klles sont contenues dans les béatitudes que saint Luc réduit A quaire.
1) lieati pauperes. Ces paroles ont dépouillé de leurs biens, de leur palais, de leurs couronnes, des riches du monde, des grands, des rois, des
* •■•is eux-mêmes, (ieliii qui enlrepremlrail de faire désister de leui-s
IIS deux rois se disputant une province, sur lacpielle ils peuvent avtdr droit, [)crdrait son temps et son éloquence ; et voici qu'une ise de l'Kvangile fait sacrifier de bon crpur, non pas seulement une 1 uiais un royaume.
t) iieati i/ui luf/ent, t/ui eturiunt. VA celte parole a fait quitter les délices d'une vie molle : fa) à des favoris des empereurs, qui sont allés, comme saint .Vrsène jeûner et pleurer leurs péchés «lans le désert, (bj à des dames romaines, qui se faisaient porter en litière par leurs esclaves, comme une sainte Paule. qui s'est retirée A Bethléem, pour y vivre dans les larmes el la pénitence.
;{) /{fali mu/ulo corde. I.es païens rendaient des honneurs prestiuo divins aux vierges qu'ils appelaient vestales, Klles vivaient aux frais de I Kfnt. qui leur fourni.ssait des carrosses comme à des prince»;^ ' une
sorte fie counmne sur la tête, et la pourpre sur les . les
empereurs même, au jour de leur triomphe. !( " >
rencontraient sur leur r«Mile un criminel qu'un vaient obtenir sa grAee ; et malgré «es hoiuu>iM>, •■nés m iMinnn nm m jm , .jui
ne gardaient pas le célibat toute leur vie, mais seulement pour un temps ; et celte seule parole de Noire-Seigneur, sans offrir aucun avantage terrestre, a persuadé «le garder la pureté parfaite à «les millions de jeunes gens des deux sexes et cela pour toute la vie. .\u iv- siècle, la seule ville d'Oxyrin'iue, dans la basse Tliébaïde. comptait lO.OlM) religieux et 20. (KM) vierges; et, depuis lors, quelles [ihalangcs nombreuses de vierges! — Kl ce qui est plus merveilleux encore, c'est que cette parole ail réussi A faire garder la virginité A des liommes engagés dans le mariage, même ;\ des rois, même à des emj)ereurs.
4j lieufi qui persecuiionem patiuntur. Celle parole a produit les seize millions de martyrs dont nous dirons plus loin les gloires.
(l'es! flonc une grantic fnlie de ne pas croire à IKvangile, dont la divinité est si clairement établie {lar les prodiges ipTil a opérés, par le sang des martyrs qui l'ont conlirmé. par tant de docteurs qui l'ont défendu, par tant de nations (pii en ont fait leur loi ; mais c'est une plus grande folie que d'y croire et de ne pas le pi-atiqucr, que de ne faire attention ni à ses promesses, ni même à ses menaces, (iomment expli(pier notre apathie? Viendrait-elle de ce tpie nous ne sommes touchés que des choses présentes, que nous avons sous les veux, et non de celles qui sont éloignées? Qu'ime loi ait été publiée sous des peines très graves, quand même vous ne l'avez pas lue, quand même vous ne connaissez pas ceux (]ui l'ont faite, quand même personne n'a subi encore le châtiment pour l'avoir transgressée, si deux ou trois voisins vous assurent que la loi existe, vous la respectez. Vous avez entre les mains l'Kvangile qui contient les ordres de Dieu. Vos pasteurs vous les expliquent et vous n'obéiriez pas ! — Ne voit-on pas tous les jours (pie vous faites, que vous donnez, que vous quittez mille choses, dans l'espérance de l'avenir. Ouand vous ensemencez vos champs, quand vous étudiez, quand vous placez de l'argent à intérêt, n'est-ce pas dans l'espoir de l'avenir . Kt pour Dieu et [tour le ciel, nous ne ferions rien? Ce serait la suprême déraison. Prenez-y garde, mes Frères. L'Kvangile s'appelle le nouveau Testament. Dans ce Testament Jésus-Christ nous assure la possession du ciel ; mais à la condition que nous nous montrerons des enfants de Dieu. Pas d'héritage, si nous n'exécutons pas les conditions.
0 saint N. Vous avez écrit voire Evangile pour nous sauver. Ne permettez pas que, par notre grande faute, il serve à notre condamnation. Ce livre que vous avez écrit pour nous, que les.Fuifsont regardé comme un scandale, les païens comme une folie, nous savons, nous, que c'est la parole de .lésus- Chrisl, notre Dieu : nous la respectons avec tous les chrétiens; mais obteneznous de la pratiquer, comme nous vous le promettons en ce jour de votre fêle. (D'après le F*. Lejeuue.)