‹ Le Prêtre dans le ministère de la prédicationChapitre 374 sur 416 · . ^ -, une inimorielle · texte numérisé non relu

. ^ -, une inimorielle

ib) La Charité de saint Louis, roi de France, était prodigieuse. « Tous les mercredis,

cndredis et snmpit-s du Carême et de l'Avt-nt, rapportent ses historien?, le pieux mo-

>- '■■'i ireixe pauvres qu'il faisait manger dans son appartement. Il

lage et deux sortes de mets. Il leur coupait aussi le pain et le

un. u,-.i :■ ..■ -uiirceia.il posai t près de chscu H des ireiie pauvres deux pains entiers

qu'ils tmp"ri.iit-ni avec eux. S'il se trouvait parmi ces pauvres un aveugle, le roi lai

mettait le morceau de pain dans la main, disposait l'écuelle à sa portée et lui indiquait

la manière de la tenir. Si l'aveugle ou l'intîmie avait devant lui du poisson, le roi en lirait

diligemment les arêtes, de sa propre main. Avant de servir ces pauvres, il donnait à

chacun douze deniers parisis : il en donnait davantage à ceux qui avaient de plus grands

besoins, par exemple à une mère de famille.

k'n i.,ni temps encore, le samedi, avant que les treize pauvres fussent assis à table, il

r avec grand soin les trois d'entre eux les plus malheureux, et les faisait

'. discrètement dans sa garde-robe. Là, le roi ceint d'un linge et agenouillé

ivait les pieds. Ses chambellans s'offrirent plus d'une fois à laver eux-

I <ip sales de certains pauvres ; mais le roi ne permit jamais qu'un autre

que lui } iiii> id liiain. Il advint un jour qu'un de ces pauvres qui ne reconnaissait pas

le roi, lui dit avec simplicité : « Lavez-moi avec plus de soin. • Les assistants s'indi-

enaient qu'il o<&i parler ainsi au roi, et le rt-prenaient de son exigence; mais le pieux

i. se rrndant au désir du pauvre, lui nettoya parfaitement les pieds et les baisa dévo- > m>-ni |i fmHa't (nul cela le plus fucreiemeut possible, ei l'on croit qu'il choisissait de \ ' e» aveugles, afin qur,ne le connai.-'Sanl pas, ils ne révélassent pas au dehors

Sj vre.

,. . ,. ...lit. en dfhi>rs de la ville de Bo^tion, un pauvre nègre infirme, couvert de plaies, san.s ressource», et gisant sur un grabai, dans une petite cabane, sur le bord du grand chemin. Tout le monde passait devant cette maison; et personne ne se disait: c C'est Ik la dt-mfure du miiheur, allons la visiter sL'évéque de Boston. Mgr Cheverus, depuis archevêque de Hor<l»^aux, l'eut bientôt découverte; et, pour lui, découvrir le malheur et le soulager, c'''tait une même chose. Il se fit donc l'infirmier de ce pauvre nègre : tous les soirs après la chute du jour, ilaUait penser ses plaies, faire son lit et pourvoir i tous ses besoins, mais sans rien dire à personne ; il voulait que Dieu seul

août la bonne œuvre. La Providence ne le permit pas.

.S« servante ayant remarqué que tous les matins l'habit de l'évéque était couvert de poussière et de duvet, fut curieuse de savoir d'où cela pouvait provenir, et pour le découvrir, ayant suivi de loin son maître dan> une de ses sorties nocturnes, elle le vit entrer dans la cabane du nègre ; elle s'approche alors, regarde à travers les planches mal jointes et quel est son éiunnement de voir le charitable évéque allumer le feu, prendre entre ses bras le malade gi»ant sur son lit de douleur, panser ses plaies, lui donner à manger, remuer sa couche p<^>ttr la lui rendre aussi douce que possible, puis le reporter dans Sun lit, le couvrir, l'embrasser en lui souhaitant une heureuse nuit, comme ferait Ja mèrf- ' " ndre pour son enfant chéri.

{dj M d'abord archevi'qur d)> Vienne, puis de Bordeaux, ne se laissait rien

de ses . son intendant, ne .«acbant piQs comment ren-uveler sa lingerie, ima-

f'na un siraiag>-me : « Je viens, dil-tl. vou* implorer pour une bonne oeuvre, il s'agit onvi^i Isrrt qui n'a p'«« de rhem'MS. l'ai p^nsé que von* 'ut ^•fn'^riti t-n aide ^l que

iriié bon pi . le»

us. — De I ne

y.K .. ., ..ii „,....«■.....■. ... .. i.., ;uut ce qo' m. ..0.. ............... ..^ te»

des >hf mises 4 ce bon vieillard. » C'est par ce moyen une l'archevêque eut des chemises neuves.

il) Ne prenez pas pour excuse le nombre de vos enfants, n'en avez vous point quelqu'un qui soit décédé 1 ne le comptez-vous plas parmi les vôtres, depuis que Diru l'a retiré rn son seinf pourquoi donc n'anrailil pas ion partnge ? Mai< - na

snrvivez rous-mém« à votre enfant mon, pourquoi ha voulez-vous pas Iw' i-

qne partie de ' - • voulez-vous pas c 1 ' "■ '

héritiers? 0" 4 vos héritier- DuMienl ; vuu- ;.-- . l u:% infortunés et d.^ .:„ ,- n

iller àceloi que vous aves laissé héritier d'ane partie de vos bien»! ci je ar 4is pas

120() ALLOCttftONH DIVERSES lîT SKR\fONS DE r.IRCONSTANÔfl

autres instructions, il nous est difficile de constater le fruit de nos paroles. Celle-ci est la seule dont nous puissions connailro facilement les nisuUats ; donnez-nous donc la consolation de les voir abondants,..

-2'ti8. La charité, marque de la vraie religion. In hoc eognotcent quia discipuli mei eritif si dtlectionem habiieritis ad inrtcem. l- n'y a de vraie religion que celle qui apprend à aimer le Bien suprême et inliiii, et tout ce qui en e^l l'image, et que celle qui nous inspire la haine du mal. Or, la religion chrétienne seule est celle qui a commandé à l'homme l'amour de Dieu ei du prochain, en même temps que la haine de ses propres tendances mauvaises. La société paTenae avant N.-8. ne connaissait pas le vrai Dieu, e( ceux-mémes qui savaient par leur raison s'élever à découvrir son existence, ne l'ont pas glorifié comme Dieu et n'ont pas su par conséquent l'aimer. Dèslurs ils n'ont pas su aimer les autres hommes qui sont l'image de Dieu ; et ils sont tombés dans l'amour d'eux-mêmes, dans l'égoïsme, qui est le père de la barbarie, ou dans l'amour des plaisirs coupables qui consume tout ce qu'il y a de ni>b e et de (^('néreux dans l'homme. Âassi N.-S. a-til donné comme signe distinctif de la religion véritable qu'il a établie, la charité. In hoc cognoscent omnes. Mais pour faire ressortir ces vérités, il est nécessaire de montrer par des détails d'une part ce que les païens ont fait pour l'humanité souffrante, et d'autre part ce que la religion chrétienne a accompli pour la soulager.

I. Ce que les païens ont fait pour l'humanité souffrante. -Sans doute, parmi les paTens, on peut recueillir quelques actes d'bumani'é, et quelques paroles qui prouvent que tout n'est pas vicié dans l'homme même privé de la foi; m^is il n'en est pas moins vrai que le monde païen considéré, non dans quelques exceptions, mais dans U généralité des hommes, ne connaissait pas la miséricorde. Il y avait dans les hommes les plus doux, et chez les peuples les plus polis, une dureté de cœur, un mépris de l'humanité, une haine des pauvres, une horreur des malheureux, un goût du meurtre, tels que nous pouvons à peine, avec nos idées chrétiennes, et à la dislance où nous sommes, coDcevoir des mœurs si basses et si cruelles.

Les étrangers, les prisonniers, les vaincus, les esclaves, les malades. Us débiteurs, les pauvres, les enfants, les vieillards, les femmes, les ouvriers, tout ce qui était faible, tout ce qui souffrait, tout ce qui travaillait, toutes les infirmités, toutes les misères humaines, tout cela était haï, moqué, écrasé. Qui n'a entendu parler de ces grandes et odieuses distinctions qui partageaient alors, et divisaient tout le genre humain ? Qui ne sait comment les Grecs et les Romains vouaient au mépris, à la haine, à la mort, aux enfers même, tout ce qui n'était pas eux, sous le nom de baibarei ? C'est sous ce nom qu'ils désignaient tous les étrangers.

Quant au droit de la guerre, il était affreux, et le sort du vaincu effroyable : c'était l'esclavage ou la mon. Et qui pourrait s'en étonner, quand on sait ce'qu'éiaient entre les citoyens même, entre les habitants d'une même cité, les traitements infligés aux pauvres et aux débiteurs ?

La loi les livrait à la merci de l'usurier qui les avait ruinés. Tant que le malhrureux n'aura pas payé, il sera esclave, enchaîné comme un esclave, fouetté comme un esclave ; vendu enfin ou décapité. Mais si le débiteur a plusieurs créanciers? Eh bien t

pour cela que vous attendiez le temps de la mort, c Hais vous avez plusieurs enfants et une nombreuse famille. C'est ce qui vous impose l'obligation d'une charité plus abondante ; car vous avez plus de personnes pour lesquelles vous devez apaiser Dieu, plus de péchés à racheter, plus de consciences à nettoyer des fautes continuelles aux-

?uelle8 notre fragilité est sujette, et de tant de tentations auxquelles elle est exposée, ous êtes prêtre dans votre famille, vous devez instruire, faire la prière podr tous, sacrifier pour tous; et comme vous augmentez votre table et la dépense de votre maison, selon le nombre de vos enfants, pour entretenir cette vie mortelle; ainsi pour nourrir en eux cette vie céleste et divine, autant que )e nombre des enfants s'accioti, autant devez vous multiplier la dépense des bonnes œuvres. Ainsi Job multipliait ses sacrifices selon le nombre de ses enfants; et autant qu'il en avait dans sa maison, autant le nombre de ses victimes était multiplié devant Dieu. (Job, 1, S).

» Soyez le père des enfants de Dieu, afin que Dieu soit le père de vos enfants Vous qui donnez l'exemple à vos enfants de conserver plutôt le patrimoine de la terre que celui du ciel, vous éios doublement coupable, de ce que vous n'acquérez pas à vos enfants la protection d'un tel père, et de ce que, de plus, vous leur apprenez à aimer plus leur patrimoine que Jésus-Christ même et que l'héritage céieste. Soyez plutôt à vos enfants un père tel qu'était Tobie, qui crut qu'il ne pouvait laisser au sien d'héritage p:us assuré que la justice et les aumônes. (ToniR, xiv, ^1). (Bossuet).

N'attendons pas la mort pour faire l'aumône, ce serait trop imiter cet empereur Manuel qui, voyant les Perses emporter ses trésors, disait à ses soldats: < Prenez cet or, je vous le donne. »

tKUVRKS DR CHARITK. ArMONK 1201

I !oi ne recule pas devant l'horrible conséquence : on 1: coupera par morceacx, per •ilo. et chacun en aura sa part.

.vaii quelques iraces du respect dû aux vieillards dans Sparte et dans Rome, ce respect avait se* limites.

Quand venaient les infirmilés, la décrépitude, on se fatiguait trop souvent de ces êtres impuissants, maladifs, inutiles, on pensait même que pour eux la vie est un fardeau; la mort, un bienfait, et quelquefuis, par humanité, on les tuait. Les peuples du vieux Latium les précipitaient parfois du haut d'un pont.

Hérodote et Sirahon nous apprennent que les Massagètes, ce peuple valeureux qui fut le vainqueur de (atus, allaient jusqu'à manger la chair de leurs vieillaids, après les av -if.n et par honneur

nu, d'ailleurs, que cette tie du Tibre, où les Romains envoyaient, u, ives, aux pidis d'E<c«iape, pour se délivrer eux-mêmes, dit Sué-

tone, du suQci ei de l'ennui de les guénr. Tœdio mtd>'ndi. C'était comme une dévotion, ou plutôt c'était un principe d'écunomie recommandé par le sage Caton ; on s'en défai- >mme on se d-fail « d'un vieux bœuf, d'un meuble usé, d'un vieil outil, d'une ferraille. » l'iaton loue les médecins de ne donner les secours de leur art qu'aux .1,.. .i.ios bien constitués. Pourccux qui ne pouvaient être utiles à la société, il n'y avait nen de mieux que da les laisser mourir sans prolonger leurs souffrances. Aussi.dans toute ia longue durée des siècles païens, chercherait-on en vain un huspice pour les malades, pour les vieillards, un asile pour la souffrance. En Egypte, un nomme n'a pas de pain, lien demande: la mort; c'est la loi. En Grèce, à Athènes, il n'a pas d'asile, la mort au^si ' ' ! draconienne que Selon a conservée. Partout le pauvre était regardé

corn:: I, abject, n'inspirant que le dégnût.

El ^ - nnani, quand les parents eux-mt>raes pouvaient, d'après les lois, vendre,

exposer, luer même leurs propres enfants, surtout s'ils naissaient difformes. Le peiiple Ini-m^me. l'ouvrier, était l'objet du mépris des philosophes et de la haute société I i lis rien n'égale la cruauié dont on usait envers les esclaves. D'après les lois,

lit perdu tous les droits d'un homme. On le vendait, on l'achetait, on le donu,i . i ..,;, .... :„ battait, on le tuait à volonté. Tel ami de l'empereur Auguste

en (• de ses viviers. Caligula. pour faire faire des économies à

l'Elu', i^claves les botes féroces du cirque. Pédanius Secundus, pré-

fet de Kume, ayant clé lué par un de ses esclaves, selon l'antique u^age, tous lesesclaves qnt habitaient sous le même toit durent être crucifiés. Ils étaient quatre cents, 'aime*, enfants, vieillards.

mme$ qu'on traitait ainsi, étaient-ce seulement quelques malheureux? Non,

,. .. ; < ir.: ii.r<s fi,> .•■.', .Mir,«5 I. il tM.u nps. Les chifTres histonqucs sont prodigieux.

bans la seu iel fait par bémétrius de Phalère donna,

2ft oon ci; esclaves. A Rome, tel Romain avait, l.UOO,

s. D'iiiiieuis i'esclivage était partout, chez les peuples les plus

es barbares.

■.ii> a iMi: ..., , ^,d\ige, il y avait, avant le chris'i-- = — " ''ne autre horreur plu»

ép<^>uvantable etiCi^re : il y avait les jeux du cirque, et N les gladiateurs.

Voir des hommes s'entre-tuer, ou être broyés sous la nies, c'était la grande

fête, la suprême volupté du peuple-roi. Le Romain n'avait pas do plaisir plus doux, et, sous l'abjecte tyrannie des empereurs, ne demandait plus à ses maîtres que deux choses en échange de la liberté : du pain et des jeux.

El il y avait parmi tous ces consuls, tous ces patriciens, tous ces édiles, tous ces candidats à la f-v..!,,- ,in r.i.,,.,u> ..1 , I .'nii,ire, uttc âlTreusc émulation à qui montrerait plus de bêtes ei uiea.

Sylla lit , . lions h crinières; César quatre cent» ; Pompée,

dit le Graml .-.ix ccni* ; Au^u^ic se réduisit k quatre cent vingt panihiVe» et vingt éU*phanls II y eut de ce» combats de béte» et d't»omme» qui se prolong«'!renl cinq ou six

> contre les lient plus affreux encore ; c'était par

l'on jetait • M» sur l'ariT.' CtSssr. pour 1rs jfnx d«

son éiiiiiit*. eu lii •■'>'■. ï).ii\if <ix Cfni ■; i n lui.- t ii inm i-ent

pni'rtr(> : T'IU*. r'''",>'Mr .li| <»■•'.']'■ cl I nu inr .|f'« I!mi|mi:i-,

> ; Il lui en fallait jusque pendant •«« rep49, nùa

1, -js à Home ou plus de vingt mille homme» »'enlre-«uèrent pour divertir

Ciauif. ^'- t pas du reste on méchant homme, ne pouvait» en passer, et il

aimaii à : nattre San» casque, alln que peuple et prince vissent mieax le »»•

satre de» ni , . -a

L'ivresse du peuple à ces jeux e- indicible. Rome e»t là tout enlicro ;

l'empereur préside ; les gladiateurs » .. vanl lui en passant : César, nous allons

1^2 ALLOCUTIONS DIVKRSES ET SERMONS DE CIRt^ONSTAKCË

mourir, salut l Les premières places sont réservées pour les chevaliers, les sénaleurs, et aussi pour les vestales. A chaque coup, on voit le peuple se lever. Quand le fer plonge dans la gorge, ils tressaillent tous de joie.

Hais parmi toutes ces horreurs, il en est une, c'est la dernière, qui m'a plus saisi que toutes les autres. La voici : Les jeux terminés, le soir, aux flambeaux, quand tous ces corps blessés et mourants gisaient sur l'arène, des hommes venaient avec un Ter chaud les percer à coups redoublés, afin d'en finir, et s'ils s'obstinaient à vivre encore, les tratnaient péle-méle avec des crocs, sous le cirque, dans un antre qui se nommait spoliaire, et lÀ, de tous jeunes gladiateurs, apprentis du métier, les achevaient à coups d'épée et à coups de pied pour s'exercer. Ki pendant ce temps-là. César, sénateurs, chevaliers, vestales et peuple, s'en allaient charmés.

Tels étaient les divertissements, les plus vives délices du peuple-roi, et non pas à Rome seulement, mais dans tout l'empire. En Gaule, en Espagne, en Grèce, en Asie, partout, il fallait au Romain, le cirque, les combats des gladiateurs et des bétes ; et les débris de ces amphithéâtres, encore debout dans toutes les contrées du vieux monde, attestent cette suprême passion pour le sang et le meurtre. Toutes ces horreurs étaient d'ailleurs, je l'ai dit, sanctionnées par les lois. Tout cela saisit l'âme d'une tristesse profonde ; mais tout cela, encore un coup, est utile à rappeler dans un siècle oii on affecte trop d'oublier de quel abîme Jésus-Christ a tiré le genre humain.

Tout était donc perdu, tout était désespéré pour l'humanité et pour la vertu sur la terre : i'égolsme, l'orgueil, le mépris de l'homme, la haine du pauvre, la passion du meurtre, le goût du sang dans d'inf&mes plaisirs, régnaient sans obstacle, lorsqu'enfin Jéius-Chrisi parut, et renouvela la face du monde.

II. Cequ'a fait leChrialianisme. i^Sa Doctrine, Dieu natt dans une étable, il vil dans la pauvreté et le travail jusqu'à 3U ans; et puis il prêche; et sur la montagne où les foules avides i'écouteni, il dit : Beali panperes. Beati mites. Beati miséricordes. Beati gui lu(ient;ei\i ajoute: Estvte ergo miséricordes sicut Pater rester cœlestis misericors est.

Sainte montagne, qui entendis pour la première fois cette parole adorable, je vous salue, je vous bénis I Ainsi donc, la miséricorde céleste, la miséricorde éternelle, voilà le modèle, l'image et la mesure de la nôtre I Désormais le maiheur ne sera plus un crime, ni l'indigence un opprobre, ni lacompassion une faiblesse. Les pauvres, les bons pauvres, ceux qui comprendront leur béatitude, seront heureux I Beati pauperes. Et heureux aussi seront les riches, car ils peuvent, en la prodiguant les premiers, obtenir pour eux-mêmes la miséricorde... Beati miséricordes. Aussi, vinrent tomber, confondus, au pied de cette sainte montagne, tous les cruels enseignements de la sagesse antique.

Et cette parole d'une simplicité si étonnante, et tout à la fois d'une force divine, devait vaincre le monde, remuer profondément les entrailles du genre humain, renverser la sagesse profane, attendrir tous les cœurs des hommes, traverser sans s'affaiblir tous lee Ages, consacrer tout à la fois les droits sacrés du pauvre, et les sublimes prérogatives au riche, et fonder à jamais, sur les ruines confondues de I'égolsme et de l'orgueil, l'empire nouveau de la charité. N. S. d'ailleurs en maints endroits complète cette doctrine, qu'il résume tout entière en deux mots. Diliges Dominum. Litiges proximum ; in his universa lex pendet et prophetœ. Dieu est notre Père à tous : à lui l'amour. Tous les hommes sont son image, et ses enfants, ils sont di>nc pour nous des frères. Notre atné, c'est J.-C. qui nous dit : Ut diligalis invicem sicut dilexi vos. Quidquid uni de mincimis meis fecislis, mihi fecistis. Il meurt en priant pour ses bourreaux; mais bientôt ressuscité, il dit : Allez, enseignez à toutes les nations quœcumque mondavi vobis, par conséquent surtout la charité. Les Apôtres en eflel prêchent : Aon est Gentilis et Judœus, Barbarus et Scijtha, servus et liber : omnes filii Dei. inum corpus mullisumus. Voilà la vraie religion. Beligio munda et immaculata visitare pupillos etviduas. Voilà la fln de I'égolsme qui n'aimait que soi et qui est inévitable dans celui qui n'aime pas Dieu ; mais l'amour de Dieu dilate le cœur, l'arrache à l'orgueil, et le porte à se déverser sur les autres en bienfaits, en s'oubliant lui-même. C'est là une marque de plus de la vérité de la religion. Le paganisme avait pu dire : Connais-toi toimême. Dieu seul a dit: abneget senetipsum, pour venir au secours des autres ; et en cela il a rendu grand service à celui qui s'aime lui-même ; car, quand on n'aime que soi, on s'aime mal.

L'eau qui coule reste limpide et engendre la fertilité sur ses rives ; l'eau stagnante n'engendre que des reptiles. Voilà le règne de la charité inauguré au sein du paganisme. Ainsi furent jetés dans le monde ces noms de prochain et de frères, noms si bienveillants et si tendres, mais si nouveaux et si inconnus jusqu'alors ; noms d'une invention manifestement divine et d'une efficacité puissante qui ont fait plus que décider pour un jour de la fortune du monde, qui auraient décidé pour tous les siècles de la paix et du bonheur de l'humanité tout entière, si l'humanité voulait obéir à l'Evangile.

Ahl sans doute, même depuis le Christianisme, I'égolsme et l'orgueil vivent encore ; mais par Jésus-Christ, ils ont reçu au cœur une blessure mortelle. Depuis Jésus-Christ, I'égolsme et l'orgueil ne peuvent plus se proclamer le droit public de l'humanité : ni la vérité, ni la raison philosophique, ni la vertu ne sont là.

• EUVRES DE CHAPITK. AUMON'Ë 1203

L'Egilte calholiqae continae, à travers les Âges, la mission de son Fondateur sur la terre ; cl lopuis dix-neaf siècle", elle se fait l'apdtre de la charité, non seulement en par - encore en œuvres ;

i re$. Il faudrait parcourir tous les siècles pour j les admirer; contentons-

nous oidc ije tracer à gi> ^ le tableau des œuvres de charité accomplies par

t'Eglise dans les premier- moyen dge et dans les temps modernes.

1) Qui n'a entenrin ri „, ^r'diges de la primitive Eglise? Qui ne s'est ému i

l'histoire de cette « late, oii la multitude des croyants ne faisait qu'un cœur

et qu'une &me ; ou i les pauvres, ayant mis vûlontaiiemeni en commun leurs

trésors et leurs misères, iou& vivaient ensemble dans une louchante égalité, ne formant plus qu'une même fumille de frères, d'où les froides paroles de lien et de mien étant bannies, on put croire un moment que la félicité du ciel était descendue avec la charité sur la terre?

Cependant, la gr&ce multipliait ses conquêtes : par la vertu de la parole apostolique, le nombre des disciples croissait de jour en jour ; de nouvelles églises se fondaient de toutes parts. L'empire de la charité ne pouvait pas se restreindre à Jérusalem, et les Apôtres durent se partager tout l'univers pour le conquérir à la foi et à l'amour de Jésus-Cbrist.

Alors fut institué le diaconat, c'est-à-dire le ministère des pauvres. Le service des pauvres! c'esi le mot : oui, les pauvres seront servis dans l'Eglise; leur dignité est si hante et l'Eglise la comprendra si bien, que désormais, parmi les chrétiens, ce sera un honneur de les servir, et non seulement un honneur, mais une dignité religieuse, un ordre sacré l

Dès !■ -■ ' '; de saintes veuves, des femmes vénérables par leur âge et par leurs vertus, nt qu'en Dieu sur la terre, qui vivent avec bonheur dans la retraite,

les jeûne- r re, mais qui savent aussi quitter leurs paisibles demeures, « pour se

« Consacrer au suulajîemenl des malheureux, exercer les devoirs d'une sainte hospi- « tal'té, secourir tous ceux qui souffrent tribulations, laveries pieds des Saints, c'est-à- * iéles, et se dévouer avec un tèle infatigable à toutes les œuvres de misé-

•""" '" "'pand partout; et, dès les premiers siècles, nous voyons établies, d> uées avec un zèle infatigable, tuutes les œuvres corporelles et

sp rde. Les indigents et les nécessiteux étaient secourus, les ma-

lade» il les ntfilidi Js soulagés, les orphelins recueillis, les étrangers et les voyageurs abrités. Or> alléeeail Ips f.-rs des esclaves, on consolait la détresse des captifs, on lavait le> -^suyait les larmes des affligés : on suufTrait en pleurant

as f nt de la chanté étaieni constants, immenses, universels :

le.- r -- ■ - - ...aient, nf,,,ii,-nn,,.ni i..Hr< Kens et se dévousieut, à l'envi, pour les œuvres de un.sénoorde. l.v ■■ et de l'Achaie se regardaient

comme les débiteur^ ies privres at . i comme une grAce le bonheur

de les secourir t-i n les souljgcani, remplir un devoir sacré.

Mais c'est â Wr. qu'à la voix de Pierre et de Paul, la dignité des pauvres

fol •■ ■ • • ' - - le devinrent incomparables.

: des persécutions, — c>si une lettre de ce , , jii nous l'apprenJ, — l'Eglise de Rome

complaît quinze cenls veuve», uu lulîrues, uu pauvres, auxquels elle donnait des aliments. El de plu«, c'est Denys de Connihe, dans sa lettre aux Romains, qui nous rapprend, elle secourait au loin les pauvres de toutes les églises.

Qui n'a versé une larme d'attendrissement aux paroles si connues du diacre saint

d>" lie

si

Sra.iu, es

âmes : :e$

Paul-tn: 5,

tels que le grand a .e r

avec bonheur «a - rir

le- |tjur> hiissiire*. essuyer leurs Utnii-H e'. baiser avec

ai; lis, dont Jésus-Christ soulTrant ennoblissait à leurs yeux

le

ii.>> et Julien l'Apostat, frémissant de honte, s'écriait : « -hrf^lien^ nourrissent Icurt p.iiivres? K.iul-.' que nous

le '^t >• il av«' tiens ne

d< lis les pau-

inv.iH'in . " ''- - ini" des mer-

'■r d'admii > aie qoi noas

'ils, ayant d . rses. ces maU

licurt-ux mouraient de faim et de misère. Mata aussiiùt Acacius, évé^ue d'Amidée, ras-

semble son clergé ? « Dieu n'a besoin, leur dit-il, ni de plats ni de coupes. Puisque « noire église, grâce à la lib-ralité dr^s fidèles, possède de nombreux vases d'or, n'esl-il « pas juste de les employer à délivrer ces pauvres captifs et à venir au secours de leur « .'aim ?» A ces paroles, il fait fondre les vases sacrés, en emploie une partie à racheter les prisonniers et l'autre à les nourrir. Puis il les renvoie dans leur pays avec des provisions de voyage. Le roi des Perses Tut confondu de ceite charité, et il écrivit à Théodose, le priant de lui faire voir de p'us près cet étrange ennemi, qui lui rendait ses sujets vaincus après les avoir comblés de biens. Théodose lit connaître ce désir à Acacius, et l'homme de Dieu alla à la cour de Per^e expliquer au prince paleo le mystère de la charité chrétienne.

"2) Au moyen âge, l'empire romain croule sous les coups que lui portent de toute part les Barbares. Partout la déso'ation et la ruine; mais la chanté reste dans l'Eglise, dans ses pontifes, dans ses prêtres, pour apaiser et dompter les vainqueuis et consoler les vaincus.

Qu'il est beau de voir les (}oths et les Vandales, les Francs et les Germains, les Saxons et les Danois, les Russes et les Bulgares, les Scandinaves et les Tarlares, les Polonais, les Poméraniens, les Hongrois tomber, les uns après les autres, aux pieds de Jésus- Christ et de ses ministres, abjurer tous, avec l'idolâtrie, la barbarie et former dans le bercail élargi de l'Eglise, les nations européennes modernes I

Alors naissent des mœurs plus pures, des lois plus douces, un droit des gens équitable, et la grande famille chrétienne se trouve fondée sur le principe de la charité. Le Pontife romain devient le Père des rois et le l'ère des peuples, plus fort par la charité que les Césars ne l'avaient jamais été par les armes, priant pour les malheureux, demandant grâce pour les coupables, prenant en main la cause des innocents, détournant les guerres, protégeant les villes, défendant tour à tour les peuples contre les rois, les rois contre les peup'e«, commandant aux uns la clémence, aux autres la soumission, et déclarant sans détour k tuus, avec les glorieux ApOlres, que la tyrannie n'est jamais un droit, et que la révoile est un crime.

Plus de combats de gladiateurs, l'esclavage est adouci, en attendant qu'il disparaisse. Il y a encure des gueires ;car il y en eut toujours, mais l'Eglise iniervienlei impose la Trève-Dieu qui donne au peuple le temps de respirer et d'ensemencer ses terres ; et, pour que ces tiers courages se louineni à de saintes causes, l'Eglise institue les ordres militaires, toujours prêts à défendre l'honneur de Dieu, le droit méconnu, l'innocent opprimé.

On vit alors dans le monde, si j'ose le dire, comme un débordement de miséricorde : pas une infirmité, pas une misère, pas un besoin, pas une faiblesse, pas une douleur de l'humanité qui soit restée sans assistance. Les étrangers et les v. ' .he-

lins et les veuves, les indigents et les malades, tes enfants et les > tifs,

les blessés, les agonisants, tous étaient secourus, soulagés, et c^... - . ^.lion

(le charité, dont tous les chrétiens étaient les membres actifs, c'est i'Eglise, ia mère cuTiraune, qui en était le cœur.

Je serais infini si je voulais raconter les fondations de plus de quatre mille hôpitaux, tous pendant ces siècles qu'on appelle barbares, établis par la religion, dotés par la charité, et desservis par des instituts religieux. C'étaient, en Europe seulement, plus de quatre cent mille malades recueillis et secourus chaque jour par la charité I

On le sait, c'est au commencement du moyen âge que saint Benoît et ses fils jetèrent, à Subiaco et sur le mont Cassin.les fondements de cet ordre célèbre, qui bienlùt, se multipliant d'une manière inouïe, eut, dit un écrivain célèbre, la triple gloire de convertir l'Europe, de défricher ses déserts et de rallumer dans son sein le flambeau des scieni;es, en même temps qu'il exerçait partout, au nom de la fraternité en Jésus- Christ, la plus noble et la plus universelle hospitalité qui fût jamais.

C'est dans ces monastères qu'on voyait, dans la même cellule, à la même table, le roi qui avait quitté le monde, avec le barbare converti. Bientôt, les disciples de StColomban, les Prémonlrés, fondés par saint Norbert, les enfants de saint Bernard à Clairvaux, les Camaldules de saint Romuald, partageaient avec les enfants de saint Benoît, non seulement la gloire de labourer nos terres incultes, de percer nos forêts, mais aussi cette outre gloire si louchante de la grande et large hospitalité chrétienne.

Saint Bernard de Menlhon fonde l'hospice du Grand Saint Bernard, saint Jean de Matha, l'ordre de la Rédemption des Captifs, saint Pierre Kolasque, l'ordre de la Merci qui ne larde pas d'avoir en Europe 500 monastères. Je ne fais que nommer les Chartreux,

' " ' ~ " tins, les Dominicains, les Frères du Bien-mourir qui conso-

dernière, les Frères enterreurs qui ensevelissaient les pau* ■^ . - ,jies qui instruisaient les ignorants, etc., etc.

Il seraii même trop long d'énumérer ions les ordres religieux que la charité chrétienne a créés et qui, tous â leur tour, ont exercé la charité sur une large échelle, dans ces âges qu'il est de mode aujourd'hui d'appeler ignorants, et auxquels nous devons pourtant tout ce que nous avons de civilisation, de sciences, d'arts et surtout de vie chrétienne.

3) Dans les temps modernes, la charité, éternelle comme Dieu qui en est la source, n'a pas tari. A-t-on oublié saint Vincent de Paul. A son souvenir, je crois voir lesmala-

ŒUVRES DB CHARlTl':. AUMONE 1205

des se soulever de leurs couches de douleur pour le bénir; les vieillards, avant de mou-

,,, i».,;^ni t.,,c,r *n ii KTJQrnanl le larmes, la m-"" '" <"'"-'< '.■■'■"^" "m les armcha au

■ ; les orphelins el 1- qu'il recueillit

rs lui lies regards pie ^ reliques el les

câ bons habitants des campa^'Oéâ qu il cvàitgélisa, les captifs,

les, les priivinces entières qu'il nourrit, les rois qu'il consola sur

"îeurs dont il fui le conseil, le sacerdoce donl ii renou-

à la fois leur ami, leur providence et leur père. L'im-

L'Artois. la i'u-aniie, la t.hampagne, pendant 10 anuf^es entières désolées par la guerre el toutes .«ifir'es if 'imix, n'ont que lui pour les assister. La Pologne si souvent malheureuse, et <". invres catholiques irlanilais et les lies Hébrides, et la ni, de ce pauvre et humble prêtre étran- " • ' ■-- ■ ,. .ainement demandés à leurs amis el à leurs

nce des malires du monde. L'Afrique, el les rives - laires de Madagascar, et l'Asie, ei les bDgnes de Cuo&u[i>int/f>i<: Virent arriver jusqu'à eux à travers les mers, malgré les tempêtes, le nom, les aumônes et la charité de Vincent de Paul ; après avoir fait le bien pendant près d'un s- • • ' " ,! se survit à lui-même. D'abord dans ces prêtres

généreux < aujourd'hui, parmi nous, les pères du sacerdoce,

pi i>>> ri,ii .; „ .. , ^ . ...mpagnes: et dans ces admirables filles de la cha-

' ne donnerai pas aujourd'hui d'autre louange, sinon, comme le disait père, qu'elles ont « la modestie pour voile, la miséricorde pour sœur, « .e; mile, la charité pour nuére, et pour toute joie sur la terre la coa-

<i sol 'S pleurs ; »

El ùiii- ri'- luiuiude enfin d'ouvriers de charité, d'hommes de miséticorde, pour

parler comme l'Ecriture, viri misericordiœ, dont saint Vincent de Paul fut le conseiller

ch^ri, le guide infatigable, el qui, depuis lui, el par la puissance de son nom, se sont

ffluitiptiés à i'infini an milieu de nous.

Et ce mouvement, imprimé par saint Vincent de Paul au XVII« siècle, ne fut passea-

>sant, il fut admirablement fécond : il produisit et développa la miséricorde

-^ les formes les plus touchantes ; il multiplia les œ.ivres de la charité au

Ire de tout ce qui s'était vu jusqu'alors dans aucun siècle, depuis l'origine

rche à se rendre compte de toutes les oeuvres charitables qui sont nées dans ce .^ ^'^ les ouvriers de charité qui ont paru à la fois sur tons les points de

la F: -i le frère, la sœur, consacrés par vœu À ce ministère sublime, jusqu'à

' le, jusqu'au ; — - ' '•' n qui fait de la charité le délassement

-a vie, on ni et d'admiration.

iii<ui<es '!•■ '.ul que s'établirent à Paris en !8îi3 les

Hum. I renie ans après, elles s'élevaient au chilTre étonnant

l'n France. La charité, là s'exerce ni»n plus pur des prêtres

et 0' ni par des femmes, m unes

gens 'Ht les pauvres à iton; leur

• '" ■ nt ■•' 'i-"« paroles ci ...^ sont

' isant voir > ^ pauvres.

• h tnnç If i: :•• !ps pau-

~ pour des

ni stra indigents, recueillent ses vieil ard^ el Unt\ «cutir, a luiite .:r même et la tendresse de l'Eglise pour ses enfants les plus dé-

l< -i -'vuri de saint Tincent de Paul sont à elles seules 28 000; et les Petites Sœors

I ■..<: n/i>< <i hier, se comptent par mi liers. Et tout cela sans subvention de

s en payant à l'Etat tni impôt eiborbitanl, et avec les senles res-

cra it

de la etc., etc.

Kl partager leor dévoatnent

et p.i cela pour rbuoiâoilé. C'est

donc ', il n'y a que la religion

1^ protestants n'ont pu prodaire une société de .Sœurs de Saiot>Vioe«nl-de-Paal. U

1206 ALLOCUTIONS DIVERSES KT SERMONS DK CIttCONSTANCE

caibolicisme est seul divin. In hoc cognoscenl omne$. Et c'est là co qui fait le repos du monde, c'est là la vraie solution de la question sociale. La bienfaisance née du chri.<iiiunisme, en le reniant et en se séparant de lui, derient froide et glacée; elle ne peut (|ue soulager le corps sans consoler les âmes. .Ses théories communistes n'ont rien pro'luil que la haioe. Le factieux murmuie à l'oreille du pauvre :■< Leve-loi, et venge-toi ; là-bas il y a des riches I » Le chrétien, au contraire, soude à l'oreille riche : « Lève-toi, et dévoue-toi ; là bas il y a des pauvres ! » l'uis il se place entre tes deux, et il leur crie aux uns et aux autres, à hante voix:« Il y a Dieu qui vous regarde.ii Et le pauvre et le riche se respectent et s'aiment; l'un souffre pour Dieu et pour ceux qui l'assistent; l'autre donne pour l'amour de Dieu. Voilà te spectacle qu'olFre dans nos temps modernes la charité, comme elle l'a offert au moyen Age et aux temps apostoliques. le remonte encore, je regarde au-delà, c'est la nuit et, dans cette nuit, des horreurs qui ne peuvent se dire.

Alors sous mes yeux, deux mondes : l'un rayonnant et vivant des lumières de la charité; l'autre sans amour, assis dans les ténèbres et à l'ombre de la mort.

Et entre ces deux mondes, sur un des plus illustres sommets de l'humanité, une Croix :

Et sur cette croix, le cœur percé et les bras tendus vers noos, le Dieu de charité, Deu$ chariia$ est.

Ahl il y a parfois, dans le cours des siècles, de ces mots d'un éclat, d'une force prodigieuse, qui s'en vont retentissant sous la voûte des cieux, et réveillent de là tous échos de la terie.

Précédées d'un éclair divin, qui part de l'orient et resplendit jusqu'à l'occident, ces paroles de l'éternité illuminent tout à coup et réveillent tout le genre humain. Tel fut le cri qui partit de la croix: Deus charilat est. Dieu est charité.

On ne connaissait que la crainte ou le mépris des dieux I Mais tout à coup, voici l'amour, la charité de Dieu I Deus charitas est !

Autrefois, chez son peuple même. Dieu s'était nommé d'un nom redoutable. « Je suis Celui qui esti Ego sum, qui sum,» et les hommes tremblaient à ses pieds. Mais voici que désormais il se nommera d'un nom qui fait tressaillir les cœurs: « Je suis Celui qui aime I /)<'«« charitas est! »

A celte parole, le genre humain s'étonna d'abord, puis se troubla, puis s'attendrit; puis vaincu, lorsqu'à la suite de leur maître, Pierre et Paul y eurent mis leur sang, il tomba aux pieds des prédicateurs < vangéliques, redisant avec eux la sublime parole Deus charitas est t

Et depuis dix-huit siècles, l'amour est dans le monde, et de l'intarissable blessure du divin crucifié, la charité ne cesse de se pencher sur les hommes. Puisse-t-elle embraser le monde et chacune de nos âmes : c'est le vœu de Notre Seigneur. Ignem veni mittere in terram ; car si jamais elle s'éteignait, on verrait renaître l'égolsme et la barbarie (1).

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