XV. CrrtitndoH et incerlita<lea de la mort
HOO. Memorare novissima tua et in œternum non peccabis : Souvenez-vous do vos fins dprnièros et jamais vous no pêoheroz. (Kodi., vu, 40.) C'est Pieu lui-m^ine «pii nous Tassuro. Los anciens solitaires disaient à leurs tlisciples : « Le matin, pensez <pie vous ne verrez pas le soir, et le soir, songez que vous ne verrez peut-Atre pas le lendemain, v Sainte Marcelle, au témoignage de saint Jérôme, ne mettait jamais ses v«"'tements, sans ponsor que la mort Ion dépouillerait un Jour pour rensevelir dans im tom- Deau(l). Ne craignons donc pas lie méditer sur la mort, nous v puiserons la résolution de ne pas perdre le temps si précieux de la vie. Con.sidérons donc ensemble les certitudes et les incertitudes de la mort.
HOl. 1. Certitudes, io // est certain que nous mourrons. 11 est des vérités non moins incontestables, que les impies osent mettre en doute. Ils n'ont jamais douté de la mort. 1) L'arrêt en est porté par Dieu : Statutu/n est hominitms. 2) Cet arrM donne à la mort une telle puissance que personne ne lui résiste : Resistitur ignihus, undis, ferro, reyibus, dit saint Augustin. Venit mors, quis ei T'esistit ? Klle s'avance sous la forme d'un squelette, portant une faulx pour tout moissonner, ou une flècbe, car elle fra[»|)e de loin, et sans avertir, ou avec un sablier pour faire voir qu'elle compte nos jours et nos heures.
3) L'expérience («) du passé. Adam a vécu neuf cent trente ans. Noé a vécu neuf cent cincpiante ans ; ils sont morts : Vi.vit et mortuus est. Telle est l'histoire abrégée de tous. Papes, rois, pauvres, vieillards, jeunes gens, enfants, tous meurent. Où sont ces vieillards ipie vuus avez connus dans votre enfance? (iherchez à l'église? Ils n"v sont plus. Sont-ils au fover, hors du pa vs ? Pas davantage ; ils sont morts. Qui a bâti cet édifice? qui a tracé ces chemins, possédé d'aluird ces maisons, ces terres? Les morts. La couche où vous dormez a peut-être porté auparavant un cadavre.
(A) Du présent. La mort continue toujours ses ravages; A l'heure où je
les yeux, les narines et la bouche, c Regardez, lui dit-il, et apprenez à ne pa.* donner votre cœuri des choses qui finissent ainsi. » Le jeune homme profila de cet avib et se convertit.
(d) Pierre le GranH, empereur de Russie, descendu dans la tombe, fournit l'occasion d'un magnifique mouvement oratoire peu connu et qui se rapporte à notre sujet. Le patriarche grec de Moscou, appelé Platon, prêchait devant Catherine II sur la vanité des grandeurs humaines. Toula coup il s'arrête, descend de chaire, au grand «'tonnement de tout le monde, frapt>e avec sa crosse sur le tombeau de Pierre le Grand, l'invile à élever la voix pour apprendre à son auditoire ce qu'il pensait des grandeurs du monde. Le silence du mort glaça de terreur les vivants.
CI) (a) Philippe, roi de Macédoine, avait donné à un de ses valets la mission de lui dire chaque matin à son lever : « Roi, vous êtes homme, vivez en vous souvenant que vous devez mourir. » — Ploléraée, roi d'Egypte, voulait toujours avoir avec lui une tête de mort.
(b) On lit dans la Vie de saint Jean l'Aumônier qu'au temps où il siégeait à Alexandrie, cinq ouvriers marbriers s'approchaient des empereurs, au milieu de la pompe de leur couronnement, et leur présentaient chacun un bloc de marbre de diverses couleurs, les priant de choisir celui qu'ils préféraient pour leur mausolée.
(c) Le célèbre Alcuin, l'ami de Charlemagne, s'était relire, à la fin de sa vie, dans la solitude d'un couvent de Tours, afin d'y apprendre l'art de bien J mourir. Là, il allait tous les jours réciter 'es vêpres, dans l'endroit qu'il avait choisi pour sa sépulinre, et y chanter : 0 Claris David, délivrez de la prison un captif assis à l'ombre de la mort.
(ri) On lit dans les anciens livres chinois qu'un fameux empereur de Xam, appelé Y-Yin, voyant que Tai-Kia, petit-fils de l'empereur Ghim-Tam, dégénérait de la vertu de ses illustres ancêtres, lui ordonna de demeurer trois ans dans le jardin oii était le sépulcre de son aïeul; ce qui fit une si grande impression sur son esprit qu'il changea oe conduite. Le même Y-Yin l'éleva ensuite à l'empire, qu'il gouverna longtemps heureusement.
ie) Les hommes, n'ayant pu guérir la mort, la misère, l'ignorance, se sont avisés, pour se rendre heureux, de ne point y penser : c'est tout ce qu'ils ont pu inventer pour se consoler de tant de maux. Mais c'est une consolation bien misérable, puisqu'elle va non pas à guérir le mal, mais à le cacher simplement pour un peu de temps: et qu'en le cachant elle fait qu'on ne pense pas à le guérir véritablement. (Pascal, Pensées.)