‹ Le prêtre de NémiChapitre 14 sur 104 · SCENE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIÈRE

TltlUS, VOLTINIUS.

TITIUS

Dire que cette infernale petite colline là-bas, h, rhorizon, troublera le Latium, et, s'il fallait croire les oracles de Carmenta, peut-être le monde entier!

VOLTINIUS.

Laissons Carmenta et ses rêves. Ce qu'il y a

s LE PRETRE DE NEMI.

de sûr, c'est que ces bandits sont d'étranges gaillards, un mélange de malfaiteurs et d'hommes d'ordre, de juristes et de sacripants. Chaque jour avance leur œuvre. Non contents d'avoir battu Albe, leur mère, ils organisent leur cité d'une façon qui, en effet, ferait croire par moments qu'ils travaillent pour l'humanité. Dans cette bicoque, on parle de droit d'une manière absolue, comme si ceux qui l'habitent étaient chargés de donner un code au monde entier. Voyez, à côté des pans coupés du Palatin, sur la colline, s'élève un temple, et les échos fatidiques du Vatican ont dit que ce temple serait le centre du genre humain.

TITIUS

Encore des oracles! Je n'y crois pas; mais cela est de peu de conséquence ; le monde y croit. Ce que je ne conçois pas, c'est que ces brigands, nui se sont mis en dehors des lois divines et hu-

maines, ne se dévorent pas entre eux.

ÂGÏE PREMIER.

VOLTINIOS.

Oh! lieux communs de la politique banale ! La division est une marque de vie et de force. L'ordre et la conservation dans le monde sont l'œuvi'e d'anarchistes repentants. Tout conservateur a pour ancêtre un bandit. Quand Hercule eut volé les bœufs de Gacus, il devint défenseur acharné de la pro* priélé.

TITIDS.

Il est dur d'être vaincu par des parvenus.

VOLTINIUS.

Oui ; mais, pour être vainqueur, il n*y a qu*à savoir attendre. La roue de la fortune tourne de telle façon, qu'on ne peut ni en accélérer ni en retarder le rythme. Maintenant, la revanche est impossible; la défaite est certaine. Nous sommes plus avancés, plus civilisés qu'eux. Les questions sociales existent plus pour nous que pour eux. La

perfection idéale des lois n'est pas la force; c'est le peuple censé arriéré qui est presque toujours le vainqueur. Une nation travaillée intérieurement par la maladie du progrès ne peut faire la guerre. Elle est comme un blessé qui a une cicatrice à la jambe. En temps ordinaire, cette cicatrice n'est rien. Mais, si le blessé doit faire un exercice . violent (et la guerre est la grande épreuve du tempérament d'une nation), la cicatrice se rouvre et l'infériorité devient sensible.

Et puis, entre Rome et nous, la partie n'est pas égale. Nous jouons le tout pour le tout. Si Albe est encore une fois vaincue, elle cesse d'exister. Il n'en est pas ainsi de Rome. Ne pas jouer tout son avoir contre un partenaire qui n'engage qu'une partie de sa fortune, n'est-ce pas le principe élémentaire de tout jeu?

TITtUS.

Vous raisonnez comme si les hommes n'étaient pas des êtres passionnés et instinctifs. Attendre

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