PRÉFACE. VII
un penseur; comme tel, je dois tout voir. Un ouvrage bien complet ne doit pas avoir besoin qu'on le réfute. L'envers de chaque pensée doit y être indiqué, de manière que le lec-r teur saisisse d'un seul coup d'œil les deux faces opposées dont se compose toute vérité.
Il n'est pas douteux que cette manière de penser en partie double ne dérange par moment les habitudes des lecteurs à demi cultivés. J'ai plus d'une fois éprouvé que la forme du dialogue et du drame philosophique, à côté de grands avantages, a de très réels inconvénients. L'essence du dialogue étant de mettre en jeu des opinions diverses, et l'essence du drame d'opposer des types différents, on est exposé, de la part des critiques qui font leurs extraits un peu à la hâte, à d'étranges malentendus. On se voit objecter à la fois les dires les plus contradictoires. On est responsable des interlocuteurs, qui partent des principes opposés. J'aurais bien mauvaise grâce à me plaindre d'une méthode
Yiii PRÉFACE.
de critique dont Platon a été victime. N'at-on pas représenté ce grand penseur comme utopiste dans la République^ immoral dans le Phèdre j sophiste dans le Protagoras^ hypocrite et presque jésuite dans ï Euthyphron ! Par un procédé du même genre, un journal qui a eu, je ne sais comment, connaissance de quelque épreuve du Prêtre de Nemi^ m'accusait, il y a un mois à peu près, d'avoir écrit ce dialogue pour « décrier le courage ». Voilà vraiment qui est un peu fort. Moi qui regarde, au contraire, le courage comme supérieur, en un sens, à la moralité!... Moi qui vois dans le courage la marque sûre du sentiment qui nous attache à l'idéal d'une façon désintéressée, puisque évidemment le plus haut degré du courage, celui qui est couronné par la mort, n'est pas récompensé icibas !
Le vrai, c'est qu'à un endroit de ma fable, j'ai voulu faire voir ce que devient la religion quand le prêtre l'abandonne, ce que devient