INTRODUCTION XXXVII
perte d'un petit gan;on do neuf ans. Elle en conçut un profond désespoir. « Ala vie partout sera douloureuse, écrivait-elle à Benoist d'Azy, et ne vaut pas la peine d'être comptée pour quelque chose. Mon retour dans mon pays, ma réunion avec mes amis ne seront que des palliatifs à un mal incurable. » Lamennais voulut venir en aide à ce mal, et il écrivit à M"'" Cottu une lettre qui rappelle encore, bien qu'avec un peu moins de profondeur et d'onction, celles qu'il lui écrivait cinq années auparavant, dans des circonstances non moins douloureuses.
Au nom de Dieu, amassez tout ce que vous avez de foi et de courage pour soutenir votre àme si cruellement atteinte. Il n'est rien que vous ne puissiez, aidée de celui qui peut tout. Vous trouverez des forces dans votre faiblesse même si vous les y cherchez avec la confiance naïve d'un enfant qui voit en toutes choses la volonté pleine d'amour et de miséricorde du Père céleste, quoique ses voies soient cachées. Il veut que nous ayons pour lui cet abandon qui acquiesce sans réfléchir et sans interroger. Qui sommes-nous, pour lui demander compte de ses desseins, pour sonder ses voies mystérieuses? Oui, mon Père, parce qiCil vous a plu ainsi. Voilà la parole qu'il désire entendre sortir de votre cœur et la seule aussi qui vous consolera. Il y a bien de la paix dans le sacrifice, pourvu qu'il soit pur et entier. C'a été sur la terre toute la joie du Dieu-homme... Représentez-vous telle qu'elle est cette vie triste et rapide, et ses événements les plus douloureux se présenteront à vous sous un tout autre aspect. Où allons-nous'? Vers votre mère patrie. Comment plaindre ceux qui sont délivrés et des fatigues et des périls de la route? Mais c'est nous-mêmes que nous plaignons, et Dieu permet cette plainte et il y compatit, lorsque, renfermée en de chrétiennes bornes, elle n'exclut point la résignation.