CCLXXVIII
5 janvier 1834.
Les souhaits de bonne année me paraissent quelque chose d'étrange, quand je vois comme ils réussissent. Pourtant voyez si vous voulez des miens ; je ne réponds que de leur sincérité. Voilà trois semaines que je ne suis sorti de ma chambre, où me retiennent de concert le froid, la goutte et les maux d'estomac. Le tout ensemble ne compose pas une vie fort agréable, mais les livres me distraient. Ils me font oublier le présent et ce que l'avenir semble nous réserver de plus triste encore. Jamais l'horizon ne me parut si noir. Messieurs du passé doivent être contents de leurs œuvres et nous ne sommes pas au bout; tous leurs œufs ne sont pas éclos. Je me console en pensant à mes soixante-douze ans. Gardez bien le coin de votre teu; ne vous exposez pas à cet air glacé qui déchire les poumons. On me dit que les rues sont couvertes de trois ou quatre pouces de neige délayée.
Les pieds dans la boue sale et froide, la tôle dans un brouillard épais et infect, voilà notre agréable condition.
Doux mots pour me dire comment vous vous trouvez.
18 janvier 1854.
Je sors de mon lit pour y rentrer bientôt. Quoique un peu mieux, ce me semble, j'ai encore la lièvre toutes les nuits, par conséquent point de sommeil, à la place de vives douleurs qui ne me quittent jamais tout à fait, bien qu'après l'accès de lièvre qui dure de douze à quatorze heures, elles deviennent plus supportables.
Soignez -vous, et ne sortez pas. D'ailleurs, mon médecin m'ordonne de ne voir personne. La moindre conversation ramène aussitôt tous les accidents.
Mille tendresses.
Cette lettre est la dernière écrite par Lamennais. Il mourut le 27 février suivant. Voir l'Inlroductiou, p. ou.
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TABLE DES MATIERES
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