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CHAPITRE PREMIER

Le Ministère Paroissial

La scène que nous lisons dans l'Evangile de saint Luc nous donne bien l'idée de l'apostolat, tel que le divin Maître l'a conçu et tel que nous l'exerçons dans nos paroisses.

Le Christ monte dans une barque et dit à Pierre : Duc in altum et laxate relia in capturam. Pierre obéit, et, après la pêche qui fut abondante, le divin Maître conclut : Ex hoc jam homines eris capiens (1). Désormais, tu lanceras tes filets pour prendre des âmes, dans la mer de ce monde, avec toutes les vicissitudes du succès et de l'insuccès, avec aussi les efforts du travail pénible.

Sous ses formes diverses, dans les mi-

(i) Luc, v. i n».

lieux les plus variés, il y a vraiment là l'image de l'apostolat paroissial. Loin de se faire un ministère de choix, d'où il écarterait ce qui est ennuyeux et dur, le prêtre de paroisse se donne à tous et accepte tout, se mettant, jour et nuit, au service du peuple chrétien.

Serviteur des pauvres, dont il sait qu'il a charge comme des riches, il se mêle intimement à la vie du peuple chrétien, sanctifiant la naissance par le baptême, l'enfance par le catéchisme, l'adolescence par les œuvres de persévérance, la famille par la consécration nuptiale, la maladie par ses visites consolatrices, la mort par ses prières. Il n'y a pas à en douter, c'est ce ministère obscur et dévoué du prêtre de paroisse qui perpétue l'influence sociale de l'Eglise de Dieu.

Selon la conception chrétienne, la paroisse est une famille, dont le curé est le père. La belle et populaire comparaison du Bon Pasteur, si chère aux premiers chrétiens, qui la reproduisaient sans cesse

SA DIGNITE, SON IMPORTANCE b

dans les peintures des catacombes, s'applique dans tous ses détails, à notre ministère : Ego sum pas/ or- bonus, cognosco meas el cognoscunt me meœ... Et alias oves habeo... et Mas oportel me adducere... mercenarius videt lupum venientem el dirait fit oves et fugit... Bonus Pastor animant suam dot pro ovibus (1).

Dans la famille paroissiale, le prêtre, le curé, dont le titre se tire de cura, soin, doit ses soins de tous les instants, et aux brebis fidèles qui l'entourent, et à ces autres brebis, objet de ses affectueuses préoccupations, qui sont éloignées du bercail. Aux unes et aux autres, il a le devoir de donner sa vie goutte à goutte, et, s'il le faut, il la sacrifiera généreusement pour défendre son troupeau.

Dès les premiers jours du christianisme, « nous avons, dans la première communauté chrétienne de Jérusalem, le type à peu près complet de ce que sera la paroisse future : un ensemble de fidèles régis spirituellement par une autorité ecclésiastique.

1 1 Jean, x. 1 1-16.

se réunissant à certains jours et en certains lieux, pour prier, se faire instruire et prendre part au sacrifice, et constituant déjà une petite société religieuse, dont les membres s'assistent mutuellement (1) ».

Jusqu'à la fin du vme siècle, « paroisse » et « diocèse » s'emploient indistinctement l'un pour l'autre.

Loin de nous la pensée d'exagérer ou de vouloir établir d'inutiles comparaisons entre les diverses formes d'apostolat, qui sont toutes nécessaires au but supérieur du bien des âmes à procurer. Mais on ne peut s'empêcher d'être frappé de ceci que l'apostolat paroissial est réellement l'apostolat intégral, celui qui répond à tous les besoins immédiats du peuple chrétien.

C'est cette considération qui inspirait à un vénérable prêtre cet élan du cœur : « Nous devons remercier beaucoup Dieu de nous avoir faits prêtres de paroisse ! » Il parlait ainsi, parce qu'il regardait ce ministère comme celui où la paternité du sacerdoce s'exerce le mieux. Au xvne siècle,

(1) II. Lesètre. La Paroisse, p. 3 (Gabalda).

Bourdoise disait, avec la même conviction : « Si l'on savait ce que c'est que d'être prêtre de paroisse, l'honneur, la nécessité et l'utilité de cet emploi, on renoncerait à tout pour embrasser cette qualité. »

Ce ministère paraît à certains esprits, qui s'arrêtent volontiers aux trails secondaires, renfermer toute une part d'administration, de matériel, qui lui retire quelque chose de sa spiritualité, mais il est facile de leur répondre que, dans les familles aussi, en élevant et en instruisant les enfants, on pense qu'ils ont un corps à nourrir, une santé à équilibrer. L'évêque missionnaire, qui gâche du plâtre et cloue des planches pour bâtir une église, n'est pas moins évêque et apôtre, le marteau et la truelle en main, que quand il prêche ou confirme.

11 n'est pas sans difficultés, ni sans douleur, ce travail paroissial, et le filet lancé se déchire trop souvent aux aspérités des écueils. Les prêtres de paroisse, à la campagne, l'expérimentent chaque jour, en face des sarcasmes de l'aubergiste qui tient boutique de ricanements pour les Humais

du lieu, ou de l'impiété « scientifique » de l'instituteur qui affirme que, à Paris, les académiciens ont définitivement supprimé Dieu.

Chaque jour, dans le ministère plus absorbant des villes, ou dans le travail réduit et décevant de la campagne, il faut se remettre devant les yeux la parole impérative du Maître : Posni vos ut eatis et fructum afferalis. Nous devons marcher et agir de telle sorte que notre travail fructifie.

Pour maintenir notre âme en haut, pour l'empêcher de s'abaisser dans le terre-àterre d'occupations qui perdraient leur portée surnaturelle, élevons-nous au souvenir de ce que le cardinal Manning appelait le triple rapport, le triple contact, du sacerdoce avec Dieu.

Le premier de ces rapports nous lie au grand-prêtre dont nous partageons le sacerdoce.

Le second rapport a encore pour terme notre divin Maître. Comme tête du corps mystique de l'Eglise, il est dans chaque membre vivant de ce corps qui est le sien. Mais, nous prêtres, il nous a revêtus d'une

charge; il nous a donc donné une marque de confiance singulière, il nous a confié la garde de la présence réelle du Verbe incarné. C'est le gage le plus élevé de la plus absolue confiance.

Enfin, le troisième rapport, c'est celui qui existe entre le prêtre et les âmes confiées à sa charge pour en faire d'autres Christs. Le prêtre porte sur ses épaules la responsabilité du salut des autres; cette mission établit entre lui et les hommes un rapport intime qui a des conséquences éternelles (1).

Ces relations sont de tous les jours, puisque tous les jours nous épanchons les trésors du sacerdoce divin à la sainte messe, et que tous les jours nous exerçons le ministère sacré qui nous constitue gardiens de l'Eucharistie, adjutores Dei, amie?, — plus amis du Christ que qui que ce soit sur cette terre. Tous les jours aussi, pro Deo legatione fungimur, nous allons aux âmes pour leur notifier le message divin : c'est notre fonction propre auprès d'elles,

(1) Cardinal Manning. Le tacerdoce étemel, eh. 3.

celle que personne ne peut remplir comme nous. Voyez donc l'échec piteux de tous ces professeurs de morale qu'on cherche à nous substituer; sans doute, ils détruisent, ils peuvent détruire, rien de plus facile ; mais ils ne peuvent rien construire, parce que leur parole est sans autorité. Ils ne sont les ambassadeurs de personne que d'eux-mêmes, ou des livres qu'ils commentent.

Ce sont ces pensées avec lesquelles nous devons reprendre sans cesse le sens de notre dignité et nous faire un esprit qui nous anime, nous éclaire, nous réchauffe, nous sanctifie. Cet esprit, voici comment Massillon l'analysait dans ses conférences au séminaire de Saint-Magloire. Nous ne saurions trop méditer ces choses : elles seules peuvent nous donner l'élan nécessaire et la persévérance dans l'élan.

L'esprit de notre ministère, enseignait-il, est un esprit de séparation. Par notre sacerdoce, nous formons un peuple à part, avec des lois particulières, des devoirs spéciaux, des engagements plus saints. De là cette gravité, cette décence et ainsi ce

respect, dont nous devons être toujours environnés.

Esprit de prière. Sans la prière, le prêtre n'a point d'utilité pour les fidèles. 11 sème. Dieu ne donne pas l'accroissement. La prière sera notre force et fera notre succès.

Esprit de gémissement . Gémir comme Notro-Seigneur sur Jérusalem endurcie ; ouvrir notre âme aux malheurs, aux tristesses, aux fautes de nos frères, pour qui nous devons avoir un cœur de mère.

Esprit de travail. Le sacerdoce est une dignité laborieuse. Le prêtre est placé dans l'Eglise pour travailler. Il est redevable de son temps aux fidèles.

Esprit de zèle et de fermeté. Nous sommes établis pour exhorter, pour corriger, pour reprendre. C'est l'esprit le plus opposé à l'esprit du monde qui. lui, n'est qu'un commerce de souplesse, d'égards, de complaisances, d'attentions, de ménagements, par lesquels on énerve, on détruit les principes.

Esprit de science. Par notre science, nous devons éclairer et guider les fidèles, en même temps que nous devons travailler

à dissiper les ténèbres de l'incrédulité et défendre la foi contre ses ennemis.

Enfin, esprit de piété. Ce sera Pâme et la sûreté de notre ministère, en nous donnant ce goût de Dieu et cette délicatesse de conscience que l'apparence seule du mal alarme.

Si nous vivons, de jour en jour, ces pensées, les transformant en sentiments, en affections, nous sentirons mieux nos responsabilités, nous les porterons avec plus d'ardeur et plus de joie, nous nous révélerons avec plus de puissance que jamais « hommes de Dieu », c'est-à-dire de ces prêtres qui, dans leur paroisse, donnent l'impression vive qu'ils ne cherchent que Dieu et le bien.

L'écueil pour certains d'entre nous, c'est la pensée que notre action est limitée, qu'elle ne produit qu'un effet médiocre, tandis que le mal se propage quand même et avec plus de violence. Sous l'empire de ces idées, on proclame l'insuccès de l'apostolat, et pour un peu on se résoudrait à rester les bras croisés.

Sans doute, si le succès de l'apostolat

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exige que tous nos paroissiens se convertissent, l'insuccès est flagrant. Mais cette conception naïve n'est pas celle qui dérive de l'Evangile, où Xotre-Seigneur nous est représenté comme « un signe de contradiction ». A son tour, saint Paul nous dit : Qui pie volant vivere in Christo Jesu persecutionem patîentur (II Tim. m, 12). Cela indique que nous n'avons pas à attendre les succès éclatants qui prosterneraient tous les hommes aux pieds du Christ.

Avouons du reste que la paresse, insinuante de sa nature, trouve son compte à ces lamentations découragées. On se dit qu'il n'est pas utile de tant se dépenser, puisque le résultat est si menu, et que manœuvrer honnêtement, en prêtre-bourgeois, suffit pour être en règle avec sa conscience.

A quelque degré que nous soyons entrés dans ces idées, ce sont là conceptions erronées. Il est déplorable de ne rien faire, parce qu'on ne peut pas tout faire. Le mal a trop de complicités dans l'être humain pour ne pas avoir de l'avance sur le bien ; mais, si nous ne lui tenons tête, sa domination sera complète.

Dans combien d'incendies se contente-t-on de faire ce qu'on appelle la part du feu? Il semble que ce soit déjà un succès appréciable que de sauver une partie de la maison. Pourquoi ne pas appliquer ce raisonnement à notre ministère? Nous ne sauverons pas tout : sauvons ce que nous pouvons. Si dix personnes se noient, et que nous ayons chance d'en sauver une, nous nïrons pas tourner le dos en disant :

« Bast î qu'elle se noie aussi ! »

Ce raisonnement est faux à un autre point de vue encore. Dans notre apostolat paroissial, nous avons à compter sur Dieu : c'est son oeuvre que nous faisons. Nous ne pouvons rien sans lui : Sine me nil potestis facere. Mais nous pouvons tout avec lui ; or, nous décourager par avance, c'est manquer de foi envers le Maître qui nous dit, comme à son apôtre Pierre : Prends le large et lance tes filets.

Nos devanciers dans le ministère paroissial nous ont donné de pins nobles exem-

pies, et ces exemples s'accompagnent de réconfortants succès. Lors de la grande réforme sacerdotale des débuts du xvne siècle, la participation du clergé paroissial fut des plus importantes; les historiens avertis de cette époque l'ont noté.

Mais, tandis que les ordres religieux prennent soin de relever les moindres faits qui sont à l'honneur des membres de leur société et de publier la vie de ceux des leurs qui ont eu quelque influence ou quelque sainteté, le clergé séculier, moins soucieux de sa gloire, continue de tracer son sillon, sans regarder en arrière. Semblable aux soldats qui poursuivent leur marche sous le feu de l'ennemi, en serrant les rangs, quand la mort fait des vides,

Marchant sans bruit, tombant sans plainte.

le clergé séculier poursuit son œuvre obscurément, solidement, inlassablement :

Non nobiê, Domine, sed nominituo dû gloriam.

A côté des grands noms que l'histoire a retenus : saint Vincent de Paul, le cardinal de Bérulle, Le P, «le Condren, M. Olier,

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combien d'autres, qui étaient prêtres de paroisse, ont brillé par leurs vertus et exercé une influence féconde ! Seulement, cette influence n'a pas dépassé les limites d'une ville ou d'une paroisse, voilà pourquoi leurs noms sont oubliés par l'histoire. Leur action n'en a pas été moins efficace et profonde devant Dieu. Elle a contribué au grand mouvement dont nous admirons l'ensemble.

A cette époque, il y avait des ombres au tableau, plus épaisses qu'aujourd'hui, à cause de la grossièreté des mœurs et de la brutalité des caractères. On y voyait les laquais et les étudiants se colleter et se couper les oreilles qu'ils piquaient, sanglants et sauvages trophées, les uns à la porte du Palais de Justice, les autres à la porte de leurs collèges. Mais quelques récriminations que fit M. Bourdoise par exemple contre les ecclésiastiques du temps, il n'en reste pas moins que l'historien de sa vie nous montre quantité de bons prêtres, et de bons prêtres de paroisse, avec qui ce rigide censeur s'est trouvé en rapports à Orléans, à Beauvais, à Paris, etc., ce qui

suffit à prouver l'exagération du même historien écrivant : « M. Bourdoise ne trouvait partout que des sujets de larmes et de douleurs, »

L'un des supérieurs du grand séminaire d'Angers, J. Grandet P. S. S. (1646-1724), a voulu sauver de l'oubli les vertus de tant de bons prêtres, dont l'exemple peut être mis sous les yeux des générations nouvelles, et écrire, pour ainsi dire, les annales du Grand Ordre de Jésus-Christ, comme les Ordres religieux écrivent leurs annales.

C'est ainsi qu'il nous a laissé plus de deux cents notices où se rencontrent les prêtres du clergé séculier des diverses provinces de France au xvir siècle. Il y a là des exemples de vertus héroïques qu'on admirerait dans la vie des plus grands saints.

Ce recueil est forcément incomplet, mais, tel qu'il est, il soulève un coin du voile qui cache à nos yeux ce qu'ont fait nos prédécesseurs, et il nous donne une haute ; de leurs vertus, autant que de la puissance de leur apostolat. Celui des successeurs de Grandet dans la direction du grand séminaire d'Angers, qui a édité ces édifiantes

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biographies, le fait remarquer dans la Préface : « On est étonné du grand nombre d'ecclésiastiques qu'on voit honorer leur ministère par leur dévouement et leurs services. Cette constatation n'est pas seulement très honorable pour les prêtres de France; elle est encore fort instructive et pleine de leçons pour le temps présent (1). »

L'une des leçons qui se dégagent, c'est que, si la gloire humaine n'a pas consacré le nom de ces vaillants, ces noms n'en restent pas moins, pour Dieu qui voit tout, ceux de généreux apôtres qui ont combattu et peiné : Pater qui videt in àbscondito reddet tibi. Le Père qui voit, dans le secret, les sueurs répandues sur un sol ingrat saura bien rendre au laborieux qui a travaillé pour lui le prix décuplé de sa journée.

Quand, de cette brillante période de régé-

(1) M. Letourneau, aujourd'hui curé de Saint- Sulpice. Préface de : Les saints prêtres français au XVIIe siècle, ouvrage publié pour la première fois, d'après le manuscrit original de Joseph Grandet, 3 vol. in 8.

nération du xvnc siècle, on arrive au xviiic siècle, ne croyons pas que c'était partout la décadence et l'abaissement. Nous sommes d'ordinaire, exposés à généraliser, à juger d'après des idées vagues qui circulent et donnent pour ainsi dire le ton à prendre, quand on parle de certaines époques. En histoire, surtout, se vérifie le mot de Montesquieu : « Il y a des choses que tout le monde dit, parce qu'elles ont été dites une fois. » Et Ton parle, sans contrôler ce dire, trop heureux de faire ainsi de la science à bon marché. Si la régence et le règne de Louis XV demeurent comme des souvenirs déplorables, si, au xvme siècle, trop de congrégations religieuses s'affaissent dans le dégoût d'une perfection dont elles ne veulent plus; si, à cette époque, comme au xvne siècle, il y a des ombres au tableau, on conviendra bien que la Régence, Louis XV et ces congrégations étiolées, ne sont pas tout le xvnie siècle.

Picot, dans ses Mémoires pan- sertir à V histoire ecclésiastique du XVIIIe siècle, note que, dans les premières années du

xvine siècle, ce les séminaires fondés par de pieux évêques, les retraites établies par Saint-Vincent de Paul, avaient introduit ou maintenu dans le clergé une bonne discipline, l'amour de son état et le zèle de ses fonctions. Les ecclésiastiques attachés aux paroisses de la capitale étaient en général distingués par leur régularité. D'excellents curés entretenaient l'esprit de religion parmi leurs prêtres et dans leur troupeau. Il n'était pas de diocèse qui ne présentât quelque grand exemple de religion et de vertu d. (1)

D'autre part, en instituant les Filles de la Charité, et en leur prescrivant d'être de « bonnes filles de paroisse », saint Vincent de Paul avait donné au clergé paroissial une aide précieuse pour le soulagement des malades et des pauvres.

De même, les écoles entretenues par les paroisses étaient des auxiliaires importants pour l'éducation chrétienne de l'enfance. Les curés en avaient la surveillance spéciale, surveillance que les édits royaux, au

(1) Introduction. Tome i.

xvne et au xvnr siècles, maintiennent expressément.

A la fin du xvnr siècle, ces écoles existent dans vingt-cinq mille sur trente-sept mille paroisses. C'est un clergé vivant que celui qui pourvoit ainsi à l'existence de tant d'écoles.

Par tous ces moyens, le clergé paroissial faisait son œuvre d'évangélisation et de charité, tandis que les couvents, même ceux où la sève religieuse s'était amoindrie, corrigeaient un peu, grâce à l'abondance de leurs aumônes, les misères causées par une mauvaise législation fiscale.

Gela étant, on reconnaîtra que les prêtres de paroisse exerçaient un apostolat, qui, pour être sans fracas, comme « le bien qui ne fait pas de bruit », n'en était pas moins l'apostolat à exercer, celui qu'ils devaient au peuple chrétien. Rien n'est donc plus juste que cette réflexion : « Lorsque ia Révolution déchaîna ses violences contre l'Eglise, la vie paroissiale disparut, comme la plante qu'une faux brutale a coupée au ras du sol. Mais la racine reste vivace et indestructible. Quand le calme revint, la

frondaison reprit son essor avec une nouvelle vigueur (1). »

La paroisse en effet avait formé et maintenu, bien groupées autour du clocher, les familles chrétiennes. La tourmente passée, elles se retrouvèrent « églisières », comme auparavant. Et, là même où les populations appauvries ne voulaient rien payer, au sortir de la Révolution, pour avoir une église et un curé, elles le réclamaient ce curé, avec une insistance qui faisait honneur à leur foi chrétienne.

Lors de ce renouveau, de grands noms émergent de l'histoire, Chateaubriand, Napoléon, avec la noble et douce figure du pape Pie VIL C'est justice qu'il en soit ainsi. Sans le coup d'œil des chefs, sans leur habile direction, la victoire serait incertaine, mais aussi doit-on dire que si les soldats ne suivent pas, ou s'ils combattent mollement, la victoire échappera. Couronnons les chefs, sans oublier les petits soldats.

Au début du xix° siècle, les ruines s'ae-

(1) H. Lesêtre, curé de Saint-Etienne du Mont. La yaroisse, p. 146.

cumulaient, de toutes parts : églises fermées, écoles, communautés religieuses, séminaires dispersés, telle était la situation que présentait la France. « Notre pays donna alors au monde le plus magnifique spectacle. A peine la nouvelle organisation diocésaine a-t-elle reçu son achèvement, qu'aussitôt s'accomplit de toutes parts avec une étonnante rapidité l'œuvre de résurrection. Des prêtres modestes, obscurs, dépourvus de ressources, mais riches de zèle sacerdotal, se consacrent au déblaiement des décombres matériels et moraux » (1).

Cherchez bien qui a opéré cette magnifique résurrection, et vous trouverez que ce sont, sous l'impulsion des évêques, les prêtres de paroisse qui en ont été les ouvriers intelligentsetdevoues.il serait difficile d'hésiter sur ce point, et d'attribuer à d'autres une gloire qu'on ne peut leur refuser sans injustice.

Ces faits suffisent à indiquer l'importance du ministère paroissial. 11 sera toujours le

il) Mgr Toucliet, évèque d'Orléans. Ltude sur la «. Vie intime de l'Eglise » dans Un sircle, mouvement du monde de 1800 à 1900. Tome ni, pa-e -210.

ministère efficace, mais obscur, dont le souvenir se perd à la génération suivante. Dans combien de villes, à Paris, en province, a-t-on donné à une rue le nom d'un curé qui, pendant de longues années, fut le bienfaiteur du peuple ? Puis, les générations passent, on efface le nom — comme on l'a fait à Paris. En province, où les souvenirs locaux restent plus vivaces, après cinquante ans, l'oubli vient à son tour, le nom disparaît, remplacé par celui d'une célébrité du jour, et il disparaît en même temps des cœurs qui n'ont pas été les témoins immédiats des bienfaits.

Peu importe cette ingratitude, peu importe la gloire humaine î Ce n'est pas la gloire que nous cherchons. Mais, en nous rappelant cette histoire du passé, ces explosions de reconnaissance momentanée, suivie d'éclipsés et d'oublis, nous comprendrons qu'il y a eu là toute la fécondité d'un fructueux travail et qu'il ne tient qu'à nous de creuser aussi profondément notre sillon dans le champ du père de famille.

Nous avons donc une œuvre importante à réaliser : n'en doutons jamais. Le minis-

tère paroissial est le ministère même du Christ auprès du peuple, croyant, hésitant, hostile même.

Il représente bien le ministère de notre Maître, où tantôt la foule l'acclame et tantôt l'injurie, où elle veut le faire roi, et le lendemain tente de le jeter du haut d'une montagne; ministère béni, à cause de ses difficultés mêmes et de ses souffrances.

A nous de tâcher de rester unis au Maître pour opérer notre sanctification et sanctifier en même temps les âmes : Flomma pastoris, lux gregis. C'est le zèle dont brûlera notre cœur qui sera la lumière de notre troupeau.

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