‹ Le pretre et le ministere paroissialChapitre 10 sur 16 · NOTRE MINISTÈRE D'ÉDIFICATION I 3 I · texte numérisé non relu

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beaucoup d'entre eux, on travaille dans les ténèbres, ce sont des natures impénétrables, où rien ne vibre, où l'on ne voit surgir aucun sentiment; semons quand même le bon grain : Dieu est là pour le faire germer.

N écoutons pas la lâcheté qui nous prêcherait l'irrégularité; au contraire, soyons réguliers dans l'accomplissement de cette fonction. C'est notre action continue, persévérante, qui pourra produire les résultats les plus sûrs. A force de dire à un enfant une bonne parole, de lui inspirer de bons sentiments, des motifs sérieux d'action, il y a bien quelque chose qui restera. Si rien ne reste, nous aurons du moins t'ait notre devoir et si ces âmes se perdent, nous pourrons nous dire, devant Dieu, que nous avons tout fait pour empêcher ce malheur.

Puisque, par le sacrement de pénitence, les âmes viennent à nous, avec la pensée de recevoir un conseil, un reproche, profitons-en donc pour faire l'œuvre de Dieu et donner à ces âmes chrétiennes tout ce que notre cœur de prêtre peut

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leur donner de plus beau et de plus ferme.

J'ajoute à ces considérations sur les sacrements quelques mots concernant le mariage ; ce qui concerne l'extrême-onetion viendra dans un autre chapitre.

Beaucoup de ceux qui nous abordent, dans nos villes, pour traiter d'un mariage sont à ranger parmi les infortunés qui ignorant et errant; aussi n'est-il pas surprenant qu'ils arrivent avec cet air frondeur, dédaigneux, impertinent, qu'affectent nombre d'entre eux. Il y a à se rappeler, comme nous le disions en parlant de la confession des mariés, tout ce réseau de préjugés qui les enserre et à remercier Dieu qu'ils ne se soient pas détournés plus complètement de l'Eglise. Traitons-les avec la condescendance qu'on donne à des infirmes. La patience a souvent de quoi s'exercer contre les mensonges, les résistances qu'ils opposent aux demandes les plus simples ; c'est le cas d'en avoir une inépuisable provision. Nous ne pouvons la dépenser dans une meilleure occasion, et, en le faisant, nous leur laisserons l'im-

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pression d'une bonté à laquelle au moins quelques-uns seront sensibles.

Quant à la réception du sacrement, si simple que soit la cérémonie, donnons-lui un cacbet de dignité, qui en fasse un acte religieux important, tout différent, dans l'appréciation et le souvenir des intéressés, de la cérémonie civile. Ce sera faire une bonne œuvre et profiter d'une occasion sûre pour faire du bien. Ne négligeons pas de lire au moins les quelques conseils du rituel, afin que les plus humbles et les plus inconnus aient, pour cet acte grave deleur vie, des paroles qui les éclairent sur leurs devoirs.

En d'autres circonstances, nous aurons à adresser un discours plus personnel aux mariés. C'est un genre littéraire qui gagne à se produire avec le charme de la brièveté. Généralement, l'assistance en a de la gratitude.

Je me rappelle avoir assisté au mariage du fils de Gounod. C'était à la Trinité. Mgr Gay, évéque d'Anthédon, bénissait le mariage. Il avait été camarade d'enfance de Gounod, au lveée Saint-Louis: leur amitié

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datait donc de loin. En chape et en mitre, debout sur les degrés du sanctuaire,' le prélat fit une savante et théologique dissertation sur le mariage, l'opposant au divorce, dont la loi n'était pas encore votée.

Gounod, le coude appuyé sur le bras de son fauteuil, la tête dans sa main, le visage largement éclairé par ces yeux expressifs, qui lui donnaient une si grande intensité de vie, paraissait en extase.

Mais l'orateur parla pendant trois quarts d'heure, « criant» son discours d'une voix stridente, et il arriva que, dans cette grande église, bondée d'une foule qui s'entassait, presque personne n'entendit. Quand il eut fini, tandis qu'il remontait les marches ; ce fut, dans cette assistance immense, un « ah ! » de soulagement qui sortit de toutes les poitrines. J'avoue que j'ai gardé un souvenir pénible d'un tel irrespect, dont heureusement le pieux évêque n'eût pas conscience. Cela prouve du moins qu'il est dangereux d'être long, même quand on a belle et grande réputation.

Éviter d'être long sera donc un avantage à se donner. Il y a encore autre chose à

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éviter, c'est de parler de travers, en disant trop de bien, ou en disant des choses qu'on ne devrait pas dire. Il est dans les usages de jeter quelques Heurs sur la famille, sur les fiancés. Rien d'illicite, en ceci, et nous y serions engagés par ce que nos manuels de théologie appelaient praxis piorum. Mais évitons qu'on ne s'écrie : ce Trop de fleurs, trop de fleurs i »

Ce sera tel imprudent qui parlera de l'union si tendre, si admirable, d'une famille où la division la plus déplorable règne depuis longtemps; un autre célébrera la piété vive d'un père de famille, qui se borne à accompagner sa femme à la messe, ou bien il vantera sa douceur, son dévouement, alors que chacun sait qu'il est le despote dont les fantaisies asservissent toute la maison. Pour un autre, le jeune homme, fêtard avéré, sera le modèle de toutes les vertus, et la jeune fille, pimbêche asticotante, réunira toutes les qualités sympathiques de la chrétienne modeste et timide. Nous disons là ce que nous avons entendu. Nous avons même entendu, au mariage d'une veuve, le célébrant consacrer tout

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son discours à l'oraison funèbre du mari défunt. C'était, on en conviendra, précisément le contraire du discours à faire.

Parmi les choses à éviter, disons qu'il faut avoir soin de ne pas « inadrigaliser » Certains sujets ne doivent pas être abordés; il n'y a pas à faire la psychologie de sentiments qui, délicats et intimes, demandent qu'on ne les produise pas au grand jour d'une publicité intempestive.

J'ajoute qu'il est aussi gros, aussi lourd, de « taper » sur la loi civile, que de disserter sur le mariage, ce en tant qu'apaisement de la concupiscence. » J'aime mieux ce brave prêtre, originaire d'Alsace, qui, mariant un vieux colonel, avec une dame mûre, commença d'une voix profonde :

ce Mon Golonel, vous aurez l'amour de Matame; Matame, vous aurez l'amour de mon Golonel. » C'était simple et sans artifice ; les vieux amis présents dodelinèrent de la tête avec satisfaction, tant Ja bonhomie de l'orateur était évidente, aussi put-il, sans difficulté, continuer sur ce ton.

Ces discours de mariage, intempestifs par leurs louanges, inconvenants par leurs dé-

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