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NOTRE MINISTÈRE D'ÉDIFICATION

Elle viendra. Commençons par être judicieux et sérieux, attachant les âmes à leur devoir, ce qui, de tout, est le principal. Puis cherchons, dans des lectures de piété, pratiquées avec suite, à renouveler et à augmenter en nous le sens du bien à réaliser.

Nous avons, dans le De cura pastorali de saint Grégoire, toute la 3e partie : Qualiter rectorbene vivent debcat docere et admonere subditos, qui, en quarante chapitres, nous présente un ensemble d'observations précieuses sur la thérapeutique à appliquer aux diverses maladies de l'àme, aux états de conscience que nous pouvons rencontrer. On a aussi publié un ouvrage posthume de Mgr Isoard (1) qui, dans un petit nombre de pages, renferme de judicieux conseils, pleins de sagesse, et de nature à développer l'expérience. Utilisons ces lectures, méditons-les — car lire ne suffirait pas — et nous fournirons à notre zèle le moyen de faire du bien.

Arriverons-nous, comme saint Alphonse

(1) Comnient il faut parler aux dntet, ln-13 (Lethielleux).

de Liguori le disait lui-même, à ne jamais renvoyer un pénitent sans l'avoir absous? J'en doute : pour que le saint docteur ait pu agir ainsi, il fallait que sa sainteté eût raison de toutes les résistances. Nous ne pouvons pas nous flatter d'un tel succès. Et, ici, il n'y a pas à nous diviser en esprits larges et esprits étroits. Il y a des règles morales qu'il faut observer, que nous ne pouvons pas interpréter, en les élargissant outre mesure, par une condescendance qui n'est bienfaisante ni aux âmes, ni à la morale. Que nous soyons miséricordieux pour les habitudinaires du chocolat et du sucre d'orge, qui prennent des résolutions, et, malgré cela, ne résistent jamais à la séduction d'un bonbon, la matière n'est pas grave. Mais, s'il s'agit d'autres habitudinaires qui cassent le fil par lequel ils sont retenus hors du devoir, huit jours avant leur confession, pour le reprendre huit jours après, le cas est fort différent. Il semble difficile d'admettre qu'il y ait deux manières de le juger. J'ai été témoin, plus d'une fois, de Pélonnement que causait à certains jeunes gens le laxisme de tel con-

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fesseur : c Moi. je ne comprends pas, disaient-ils, à moins qu'il n'y ait deux morales. »

Je le répète, il n'y a pas ici de question libre, de rigorisme ou de laxisme. Il y a des règles, lesquelles si nous ne les observons pas, conduiront à la morale relâchée, et ce sera pour le plus grand dommage des âmes. Notre-Seigneur est miséricorde et bonté, mais il ne peut permettre que le mal s'étale, continué, voulu, mal regretté, en même temps que le pénitent lui dit: <i Seigneur, je ne veux que votre volonté, » II y a là une contradiction et une sorte de dérision.

Nous avons, dans nos grandes villes, une épine qui nous déchire plus qu'à la campagne, c'est celle de la confession des mariés. A Paris surtout, c'était une des croix douloureuses du prêtre de garde.

Les uns arrivent en ricanant, les deux futurs ensemble, échangeant des regards équivoques ou moqueurs. Tel autre vien nous dire avec naïveté ou cynisme : a Combien que c'est le billet de confession? — Combien? — Pour sûr que ça s'achète:

mon camarade m'a dit qui l'avait payé 3 francs. » Impossible de persuader du contraire, et Ton en a vu, qui, obligés de se confesser, s'en sont allés s'asseoir sur l'accoudoir du confessionnal, présentant ainsi, à la grille qu'on ouvre, autre chose que leur visage.

Quelle tristesse ! Que sera cette vie du mariage qui commence par des actes religieux accomplis de la sorte ! 11 y a des circonstances où il est presque impossible de faire le moindre bien. Du moins, nous serons prudents pour ne rien brusquer. Il faut se rappeler qu'il y a tout un poids de préjugés, de mensonges, de calomnies qui opprime ces malheureux, et que même il leur a fallu quelque reste de sentiment religieux pour qu'ils viennent à nous. C'est le cas de nous rappeler la parole biblique : « Ne pas éteindre la mèche qui fume encore. » Elle ne brille plus, elle ne brûle plus, elle jette une lueur tremblante, en fumant de façon malodorante : ne l'achevons pas.

Que de fois cependant il arrive qu'on obtient mieux qu'on ne pensait, avec de la

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gravité, de la douceur, de la bonté! Le cours de spiritualité ne doit pas être bien long, ni bien détaillé : Dieu, le devoir, l'éternité, la première communion. Voilà en quelques mots, les pensées qu on peut présenter, en langage simple.

Il y a de ces âmes, ironiques d'abord, plutôt par bêtise, qui, pour un instant, deviennent graves, parce qu'on leur parle gravement. Elles se retireront ensuite avec une bonne pensée au cœur, et avec un bon souvenir de cette confession rudimentaire, qui leur a donné en somme une impression religieuse.

Je n'oublie pas les confessions d'enfants, occupation sérieuse et préoccupation importante. Dans certaines paroisses, on serait tenté de se décourager, à cause de la lourdeur de ces pauvres enfants qui paraissent tout englués de terre et de boue. Ils donnent l'idée exacte de Yanimalùi homo. Est-ce de leur faute? Pour peu qu'on s'occupe d'eux, ils se dégageront de cette masse pesante, comme la pépite d'or se tire des cailloux et du sable où elle était cachée. A la campagne, il faut penser que

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ces enfants, qui paraissent si épais, seront plus tard des paysans madrés, moqueurs, méchants, parce qu'ilsprendront la ressemblance des autres, dans nos villages devenus si peu croyants. C'est une raison de plus pour insérer dans cette jeunesse un peu de cette grandeur morale que l'action d'un bon prêtre peut arriver à y faire pénétrer. C'est plus facile encore là où il n'y a que peu d'enfants à confesser.

Dans nos villes, la difficulté vient du grand nombre et de la nécessité d'en confesser beaucoup à la suite: elle vient aussi des dispositions si fragiles de ces enfants, de la tendance de plusieurs à tourner tout « à la blague d, du travail mauvais qui se fait dans leurs familles, ou dans leurs écoles, contre le catéchisme.

Tout cela est entrave et obstacle, mais ce ne sera pas entrave décisive, ni obstacle insurmontable pour le zèle sacerdotal.

Dans l'enfant, voyons toujours l'avenir, c'est le moyen de renouveler notre ardeur et de comprendre avec plus de justesse l'importance de l'œuvre. Cette pensée nous empêchera de nous décourager. Avec

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