‹ Le pretre et le ministere paroissialChapitre 12 sur 16 · III. Les malades et les pauvres · texte numérisé non relu

III. Les malades et les pauvres

La sollicitude de Notre-Seigneur envers les malades éclate à toutes les pages de l'Evangile, où nous le voyons se pencher, avec tant de bonté, sur la souffrance humaine pour la soulager. Cet esprit du divin Maître doit être le nôtre, et c'est avec la même sollicitude du cœur que nous avons à aborder les malades, dans notre ministère.

Les malades sont une portion choisie de notre famille paroissiale: ils souffrent ; à ce titre, ils méritent notre compassion; quelques-uns d'entre eux sont condamnés, la mort va les saisir, aidons-les à franchir cette dernière étape. C'est à nous qu'il appartient de leur donner cette vivifiante impression, si profondément consolatrice :

Tout commence ici-bas, mais tout finit ailleurs.

NOTRE MINISTÈRE D'ÉDIFICATION i3<)

Puis, dans nos visites de malades, n'avons-nous pas à apercevoir le divin Maître, caché, pour ainsi dire, sous les traits de ces infortunés? Il a dit : « J'étais malade et vous m'avez visité», nous indiquant ainsi que c'est à lui que va notre sollicitude, à travers ce malade, et qu'il sera la reconnaissance vivante et la récompense de notre charité.

A vrai dire, notre ministère auprès des malades est parfois singulièrement attristé par la façon dont il nous est donné de le remplir. On nous appelle; il faut venir, vite, très vite, et nous trouvons un malade dans le coma. On a attendu exprès l'heure où il avait perdu toute connaissance.

Rien de plus douloureux pour un cœur de prêtre, que la conduite de ces familles qui traitent avec une telle insouciance ceux qu'elles ont le plus aimés. Et l'on répond, quand nous exprimons un regret d'avoir été appelé si tardivement : « Il était si boni... Il n'a fait que du bien pendant sa vie, rien que du bien... » Ce n'est pas le moment, au milieu d'une famille en larmes, d'élever une objection contre la perfection

absolue du malade, qui, plus d'une fois, a causé à ses proches les ennuis les plus cuisants — on regarderait nos paroles comme une impiété cruelle. Aussi, découragés d'une telle aberration du bon sens, n'avonsnous guère d'autre parti à prendre que celui de nous taire, et de prier pour ces aveugles.

Cette situation que nous rencontrons si souvent, à la campagne comme à la ville, doit nous montrer la nécessité, quand nous parlons de l'extrème-onction, d'insister sur ceci, que le malade sans connaissance ne bénéficiera des effets purificateurs du sacrement, que s'il a eu un sentiment voulu et conscient de regret. Ils sont nombreux les fidèles qui ne comprennent pas cette vérité, et je sais tel vicaire qui a été dénoncé par l'un de ses auditeurs, pour l'avoir enseignée. Le dénonciateur, aussi zélé qu'ignorant, prétendait que le sacrement agit toujours, qu'il opère mécaniquement et qu'on tombe dans l'hérésie, en enseignant le contraire. C'était donner le salut à bon marché : toute une vie réparée, sans que le malade ait eu la moindre pensée de se

NOTRE MINISTERE D EDIFICATION I4I

tourner vers Dieu! Il ne nous appartient pas de limiter la miséricorde divine, ni de pénétrer ses touches mystérieuses, mais ne cessons de rappeler que, dans l'œuvre rédemptrice, la liberté de l'homme doit correspondre à la bonté de Dieu, pour que le but soit atteint.

Notons ici une observation que font universellement les médecins, c'est que certains malades dans le coma peuvent entendre. A cause de cela, un médecin prudent recommandera qu'on s'abstienne de parler tout haut de santé ou de danger auprès du lit de ces malades. Cette possibilité d'être entendu par le patient doit nous engager à lui adresser quelques paroles pour l'exciter au regret, à l'amour de Dieu, à l'acceptation de sa volonté sainte. Ce sera peut-être le moyen dont Dieu se servira pour inspirer à l'âme de ce moribond les réparations nécessaires.

D'autres fois, tristesse plus grande encore, c'est après la mort qu'on nous appelle. On est bien sûr ainsi de ne causer aucun effroi au malade, et Ton pourra, grâce à cette comédie, inscrire sur les

lettres mortuaires : « Muni des sacrements de l'Église. » Sans doute, il y a des surprises cruelles, la mort est arrivée, alors que le malade semblait devoir se prolonger encore. Nous tombons au milieu d'une famille consternée, qui réclame notre ministère quand même. Que faire? Ne pouvonsnous pas, nous rappelant le principe : sacramenta propter homines, « risquer » le sacrement, en pensant que la mort, malgré les apparences, n'a pas encore fait toute son œuvre et que la vie n'a pas disparu totalement? S'il est un cas où l'on peut suivre une opinion large, c'est bien celuici. Il vaut mieux donner le sacrement inutilement, plutôt que de nous exposer à priver de ses grâces une âme qui avait grand besoin de ce dernier secours de Dieu.

Heureusement, notre ministère a des consolations plus sûres. Il est des malades qui nous apprennent ce que nous avons à désirer nous-mêmes, pour bien mourir.

Nous voyons se réaliser, en eux, le mot d'un ancien : Mens divinior fit, leur âme s'élève, s'épure, se divinise. Nous avons à

Page 1