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diriger, à aider, pour que le malade réalise plus sûrement cette ascension vers Dieu. Travaillons-y de tout notre cœur.

Mais que ce soit toujours avec prudence. La rudesse serait cruelle. Ce serait oublier la parole de la Sainte Ecriture sur « le pontife qui sait compatir. » De même que le médecin, digne de sa mission, touche et manie son malade de façon à lui éviter d'inutiles souffrances, de même le médecin de l'âme doit avoir du tact et de l'habileté.

Qu'avons-nous à procurer? Nous avons à amener l'âme du malade à « faire la volonté de Dieu ». Cherchons avec douceur à atteindre ce but : il n'y en a pas d'autre à viser. Saint François de Sales disait que i Dieu ne peut damner éternellement une âme qui sort de ce monde, avec la pensée de faire sa sainte volonté, » et il blâmait ceux qui fatiguent les malades par un zèle inconsidéré : « Il souflrait avec peine de voir que l'on tourmentât un pauvre agonisant de longues exhortations. Ce n'est pas, disait-il, le temps de prêcher, ni même de le faire prier longuement : il le faut seu-

lement maintenir en l'air de la divine volonté qui doit être son éternel élément et son occupation perpétuelle dans le ciel (1). »

Nous trouvons les malades dans des états d'âme très différents. Pour les uns, il y a beaucoup à faire, parce que l'âme est toujours restée dans un terre à terre qui la rend réfractaire aux grandes envolées. Il s'agit de la former, de l'élever, de la spiritualiser : c'est une œuvre grande et belle. 11 y a des malades qui se prêtent admirablement à ce travail et quelle consolation pour nous de voir ce que la grâce peut faire avec l'aide de notre ministère !

Alors que peut-être, au premier moment, ces malades étaient dominés par la crainte, par une appréhension inquiète de secours religieux qui leur semblaient les préparatifs de la mort, nous les voyons peu à peu y trouver la consolation la plus douce. C'est à nous de ne pas mettre obstacle à ces heureux effets, eu craignant de proposer la sainte communion et surtout l'extrême-

(1) Esprit de saint François de Sales, partie 2, sect. 5.

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onction; au contraire, conduisons-les toujours plus haut, pour les mettre en plus intime communication avec Dieu.

Tandis que, au milieu de leurs souffrances, certains malades se découragent et qu'il faut sans cesse les remonter, les encourager, par la pensée de Jésus crucifié, à souffrir vaillamment, d'autres nous donnent le spectacle consolant d'àmes qui déjà chantent le cantique de la vie éternelle : 0 quando lucescet tnus gui nescit occasum dies! Dieu leur donne cette sérénité bienfaisante, qui est un si doux réconfort pour se préparer à la vie sans fin.

Même lorsque nous ne voyons pas ces hautes et solides dispositions, ne nous rebutons pas. Il y a des âmes chez qui n'apparaît jamais la beauté des sentiments.

L'important c'est qu'elles en aient l'essentiel : Dieu ne leur demande pas davantage. Aidons, comme font les anges, dans la belle vision du Pasteur cVHe< mas, à polir ces pierres vivantes, frustes et rugu< i pour qu'elles puissent entrer dans la structure de la cité céleste.

Passer des malades aux pauvres, c'est passer d'une souffrance à une autre qui attire, elle aussi, notre affectueuse sollicitude.

Le soin des pauvres nous est enseigné par l'Evangile. Notre-Seigneur, en donnant comme Tune des marques de sa mission : Pauperes evangelizantur, nous indique l'importance qu'il y attache. Il recommande le détachement des richesses par le Beati pauperes spiritu. Il le pratique, en même temps qu'il le conseille, et, dans les ardentes supplications de saint Vincent de Paul, en faveur des pauvres, comme dans le discours de Bossuet, sur « l'émiuente dignité des pauvres dans l'Eglise », nous reconnaissons la tradition évangélique.

Dans notre ministère paroissial, nous les rencontrons, avec la diversité de leurs misères, ces pauvres que le Christ a pris sous sa protection et pour ainsi dire dans son cœur. Distinguons cependant, afin de ne pas nous égarer dans des généralités, entre

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la pauvreté et la misère. Si nous appelons du nom générique de pauvres, ceux qui manquent de tout, il n'en reste pas moins que dans l'acception commune, l'homme pauvre est celui qui n'a pas le luxe ou la surabondance des biens, mais qui peut cependant vivre sans privation grave, tandis que la misère amène privation et souffrance. Pour nous donc ici, le pauvre c'est celui qui est dans la misère, ou qui est près d'y sombrer.

Entre prêtres accoutumés à penser aux souffrances humaines, avec un cœur compatissant, nous n'avons pas à nous dissimuler certains traits qui parfois arrêteraient la charité dans nos cœurs — tandis qu'elle doit y rester intacte.

D'abord, ne demandons pas la reconnaissance. Nous ne la pratiquons pas envers Dieu, comme nous le devrions, souffrons que les créatures nous rendent L'ingratitude que nous donnons à notre créateur. Soyons sûrs du reste qu'elles le feront libéralement. Heureux encore, si, les circonstances aidant, nous ne faisons pas d'un obligé un ennemi.

Puis, quand on y regarde de plus près, en s'efforçant d'apporter un remède efficace à la misère, on s'aperçoit bien vite que, trop souvent, il y a, soit des tares, soit au moins des infirmités morales, avec lesquelles il faut compter, parce que nous n'arriverons jamais à les guérir. Les uns sont faibles d'esprit, et de plus, faibles de corps, comment pourraient-ils s'en tirer? Ils ne sont pas capables de porter des fardeaux, ils sont aussi incapables de mettre en ligne deux idées justes. D'autres n'ont rien appris, ils sont maladroits, n'ont pas d'esprit de suite, aucune ténacité. Ils trouveront temporairement une place quelconque. Jamais, leur vie ne sera assurée. Ce sont des infirmes, et ils pullulent. De là l'échec des sociétés d'assistance par le travail, plus encore du côté des femmes.

Ces malheureux ne savent pas travailler, ne veulent pas travailler. Le travail les dégoûte, et s'ils font, pour commencer, une heure de besogne à peu près sérieuse, la seconde heure, et les suivantes surtout, les retrouveront nonchalants et incapables.

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Encore une fois, ce sont des infirmes, il faut en avoir compassion.

Le médecin soigne le blessé qui s'est cassé la jambe en tentant une prouesse stupide ; on soigne le phtisique qui a pris la maladie, à force d'imprudences. Soignons, nous aussi, ces blessés, ces phtisiques de l'âme, avec la même condescendance.

Les socialistes qui veulent régler au cordeau la cité future, en donnant à chacun sa suffisance et son ce petit travail », s'apercevraient vite, en regardant de près ces infirmes, qu'ils ne seront pas même capables du t petit travail », qui leur mériterait la sufiisance. D'où il ressort que, si Ton veut voir les choses humaines, non pas selon les théories abstraites, mais pratiquement, la charité sera toujours indispensable, comme la bonté du cœur, pour rendre la terre habitable.

A côté de ces ratés de l'intelligence ou du jugement, il y a ceux que la vie éprouve par la maladie, le chômage, le salaire insuffisant, les charges de famille, ceux qui sont écrasés momentanément et qu'une

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aide intelligente peut relever. Comme ils doivent exciter notre intérêt ceux-là ! Nos œuvres paroissiales ont, dans leurs attributions, de porter remède à ces situations, mais notre action, notre bourse personnelle ajouteront, dans certains cas, ce que le mécanisme de l'œuvre ne lui permet pas. Tous nos efforts doivent tendre à empêcher de tomber ou à relever quand le faux pas a été fait, et, si peu de reconnaissance qu'on nous témoigne, nous serons suffisamment payés, si nous avons pu empêcher de braves gens de se décourager et de maudire la vie. Ecoutons notre cœur, ne lésinons pas, puisons dans notre caisse. Ne soyons pas de ces avares qui aiment le prochain avec leur cœur peut-être, mais jamais avec leur bourse.

Pouvons-nous être assurés qu'on ne nous trompera jamais? Non, ceux-là seuls qui ne s'occupent pas des souffrances humaines, ou qui s'en occupent accidentellement, peuvent se flatter de n'être jamais « attrapés ». Il n'en sera pas ainsi de nous, dont la volonté constante est de chercher le bien à faire. Tâchons du moins que ce

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soit le moins possible. Dans nos villes, à Paris surtout, l'ingéniosité de ceux qui veulent nous voler par persuasion est remarquable, et ils doivent s'amuser prodigieusement des succès de leurs stratagèmes. Il est des trucs fort bien agencés : histoires d'une vraisemblance absolue, lettres fort joliment tournées d'académiciens, de protecteurs importants, avec l'écriture reproduite à s'y méprendre ; puis c'est le monsieur décoré qui a perdu son porte-monnaie, la femme du monde qui poursuit un procès et a tout donné à son avoué, sans s'en apercevoir, de sorte qu'elle sollicite un prêt momentané pour reprendre le train ; l'ouvrier sans travail qui demande de quoi envoyer une dépèche à sa famille, et l'officier en bourgeois — qui a besoin de cinq cents francs pour payer une dette de jeu, etc., etc.

Si nous nous laissons prendre par l'un de ces professionnels de la mendicité, ce ne sera pas une raison pour nous fermer ensuite le cœur. Soyons prudents, regardons de près ; ne croyons pas facilement le monsieur, la darne qui prétendent mourir tle

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faim et n'ont pas de domicile à nous indiquer, mais sont toujours porteurs de liasses de papiers jaunis pour authentiquer la vérité de leurs sollicitations. Demeurons prêts quand même à venir au secours du malheureux. C'est pour Dieu que nous agissons; c'est la charité divine que nous voulons reproduire dans nos actions. Écoutons les doléances, faisons nos enquêtes, ne laissons jamais échapper une occasion de faire du bien moralement, matériellement, à ces pauvres, en qui le Christ s'incarne pour nous dire que, les secourant, c'est luimême que nous secourons.

A cause décela, ces pauvres, traitons-les avec respect. N'ayons pas le dédain, la hauteur des égoïstes, la froideur des gens sans cœur. La manière de donner ajoute au bienfait. Plus d'une fois, nous pouvons réchauffer l'âme en nourrissant le corps ; ce sera double profit.

Il faut que, nous, prêtres de paroisse, nous comprenions le devoir de justice et de charité plus et mieux que les gens du monde. Nous avons toujours des pauvres à soulager. Ne nous désintéressons jamais de

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