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I. Les difficultés

Nos relations avec les personnes du monde. Sous ce terme générique, nous] comprenons les personnes qui ne sont pas d'Eglise, et puisque nous dégageons des principes, ce « monde » sera celui que nous rencontrons soit au village, soit à la ville.

S'il s'agit du cours ordinaire de la vie, il va de soi que le prêtre de paroisse, traitant avec ses paroissiens, doit avoir la pensée de les rapprocher de lui, pour les rapprocher de Dieu. Tout ce que nous avons dit précédemment: être à son poste, se dévouer à son ministère, etc., indique les moyens à prendre, car la bonne grâce des paroles sera peu de chose, si le prêtre n'a commencé par donner estime pour son carac-

tère, et confiance dans son zèle sacerdotal.

Ajoutons tout de suite que cette estime ne sera jamais entière si, dans les questions d'argent, on le sent avare et cupide.

Nous ne pouvons empêcher la malveillance de nous attribuer ces défauts; travaillons du moins à ne pas mériter qu'on murmure, en parlant de nous: « Homme d'argent; religion d'argent. »

Pour aller au plus pratique, nous prendrons ici ces relations avec le prochain sous deux formes très différentes, mais qui, l'une et l'autre, susciteront des réflexions utiles: relations avec ceux qui nous attirent par leurs invitations dans leur maison et à leur table ; relations avec ceux que la douleur étreint et que nous avons à consoler.

Le premier groupe était appelé, par un dîneur intrépide, « sa clientèle d'agrément », et il y attachait beaucoup d'importance. Il avait sans doute la pensée de pratiquer là ce qu'un évêque nomma, dans l'oraison funèbre d'un autre évèqne, « l'apostolat du canapé », apostolat de tout repos, auquel peuvent s'exercer les hommes aimables et de bon estomac: c'est en effet à ce double

signe que se reconnaît la vocation. Malheureusement — malgré l'attrait — la grâce du succès sérieux n'est pas accordée à tous.

Loin de moi la pensée de jeter quelque blâme sur ces relations d'amitié qui s'établissent entre un prêtre et des familles chrétiennes. 11 y en a qui ont été bienfaisantes à ces familles et consolantes pour celui qui était, à la fois, l'apôtre et l'ami de la maison. Mais à côté de celles-là, combien en est-il qui sont pleines de péril, sinon pour la vertu, du moins pour la considération et la dignité ?

D'abord, toutes ne sont pas des relations d'amitié vraie et profonde, mais de ces relations superficielles, où nous sommes plus surveillés, plus critiqués que nous ne le croyons, et que ne le serait un homme du monde. La raison est qu'on demande simplement à ces laïques d'être naturels et agréables, tandis qu'on nous demande à nous de ne rien dire, de ne rien faire, qui contraste avec notre caractère sacré. Or, l'expérience a dû nous apprendre quelle est, en ceci, la sévérité de beaucoup de

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gens, quelle différence d'appréciation peut exister parmi les membres d'une même famille, et commentée que les uns estimeront être tout naturel de notre part sera regardé par les autres comme une liberté scandaleuse. Il faut tenir compte de cet état d'esprit : nous serions imprudents de le braver.

Ainsi, parce qu'on est reçu avec quelques démonstrations de sympathie, on sera exposé à parler librement, à s'épancher, à se plaindre, à geindre, comme on eût fait jadis en famille, sans penser que ce n'est pas la même chose du tout, et que nos hôtes, tout en ayant de l'amitié, n'ont pas pour nous cependant le sens familial.

L'un se laisse aller à une vantardise qui eût amusé ses proches, quand il avait vingtcinq ans, mais qui là devient ridicule. C'est lui qui fait tout dans sa paroisse: il a l'œil, il a l'oreille, il a la parole, il a la confiance, quen'a-t-il pas! Et, derrière lui, on rit de cette naïve jactance. L'autre se lancera dans les paradoxes réformateurs. Quand il n'en coûte rien et que l'on sait qu'on ne scia pas obligé de réaliser ce qu'on dit, il n'est pas

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difficile de décréter toutes les réformes et tous les progrès, aussi simples que l'idée d'ensemencer les toits de Paris pour leur faire produire les légumes nécessaires à la consommation. Pourquoi pas? Entre la poire et le fromage, rien n'est impossible. Ils ne s'aperçoivent pas que certains malins, les voyant lancés, les excitent à grimper encore, leur tendent des pièges où ils trébuchent, et finissent par leur faire dire des énormités. Tous les supérieurs, du plus grand au plus petit, sont criblés de flèches acérées, toutes les institutions sont démolies — oratoirement ; trop heureux si l'intarissable bavard ne termine pas son monologue, en s'écriant: « Allez ! si j'avais quelques milliers de francs de rente, je ne resterais pas en paroisse... Oh ! non. » On m'accordera bien que l'effet d'un tel langage sera toujours déplorable, et que ce parleur, au verbe sonore et à l'estomac solide, se fera sûrement appliquer cet aimable vers :

Il mangeait en glouton et pensait sobrement.

On acquerra peut-être, auprès des gens indulgents, la réputation d'un « bon en-

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fant », d'un « brave homme », d'un « joyeux convive qui n'engendre pas la mélancolie ». Est-ce une réputation désirable? Sans doute, une gaieté de bon aloi n'est jamais déplacée, mais demande-t-on à un magistrat, à un professeur, à un médecin, le rire inextinguible du « farceur »? A plus forte raison, s*étonnera-t-on de le trouver en nous, et, avant de glisser sur la pente, dans un tournant dangereux, avant de caresser des illusions qui nous plaisent, nous ferons bien de méditer ce mot de sagesse : Aut forma gregis aut fabula. Si nous ne voulons pas être des modèles pour nos hôtes, prenons garde de devenir leur risée.

Du défaut de trop parler, de mal parler, dans « la chaleur communicative » d'un dîner, nous passons à Tautre extrême, qui serait de ne pas assez parler, pour consoler ceux que le malheur afflige. C'est l'un des bienfaits de notre ministère que de pouvoir donner, avec autorité, des consolations à ceux qui souffrent. Nous sommes, en effet, les représentants de Celui qui a les paroles de la vie éternelle, par conséquent nous

trouvons en Lui, pour les donner, les consolations d'En-Haut.

Il ne s'ensuit pas que ce soit facile : « Il est des choses qu'on ne voit comme il faut qu'avec des yeux qui ont pleuré. » Puis, lors même que nous sentons dans notre cœur toute l'étendue d'une douleur causée par un deuil cruel, par une catastrophe soudaine, comme il est difficile de verser sur ces plaies d'efficaces consolations !

La parole biblique reste toujours juste : Noluit consolari quia non sunt. De fait, dans le premier assaut de la douleur, quand le corps et l'âme sont broyés par ce deuil qui atteint les fibres les plus sensibles du cœur, que faire entendre à des âmes endolories, si ce n'est le fiât d'une résignation, consciente de l'écrasement et l'acceptant sans murmurer ?

Les anciens qui n'avaient pas, comme nous, la pensée du Christ et le bois divin de la croix à baiser, se trouvaient désarmés en face de la douleur du cœur. Les uns polissaient des phrases pour endormir dans les périodes de leur rhétorique banale le pauvre patient ; les autres niaient la dou-

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leur et devenaient ces onerosi consolatores du livre de Job, qui ne comprennent ni ne sentent, et irritent davantage la souffrance humaine. Ils sont de tous les temps, ces fâcheux de la consolation inepte. Sénèque disait que c'était une partie notable de nos souffrances que d'écouter les consolations; et lui-même, embarrassé, attendit trois ans pour faire entendre à une mère désolée les premières paroles consolatrices.

Ceux qui souffrent portent leur douleur, chacun à sa manière. Douleur muette chez les uns, qui ne veut rien entendre, rien comprendre : c'est l'idée fixe, le regard arrêtésur la pierre tombale, sur la dernière vision d'un visage aimé. Chez d'autres, c'est l'agitation, le besoin de mouvement, l'impossibilité de rester en face de soimême. Pauvres âmes, les unes et les autres sont bien à plaindre !

Ce qui complique le problème c'est le peu de profondeur de l'esprit chrétien, on rencontre tout de suite le roc impénétrable sur lequel rien ne prend. Ce sont les éternelles accusations contre la Providence : « Pourquoi moi? « A quoi l'on pourrait

répondre : « Pourquoi serait-ce votre voisin, et non pas vous? » Mais ce n'est pas le moment de raisonner. Que dire aussi à ceux qui pleurent un mort aimé, quand ils répondent, alors qu'on leur montre le ciel : « Non, il ne peut pas être heureux au ciel, dès lors que je n'y suis pas »? Tout cela indique un sens surnaturel affaibli, et une conception étroite et mesquine des choses de l'au-delà.

Pourtant, ne nous lassons pas, en pensant que consoler c'est élever, et que nous avons, dans ces heures de tristesse et de deuil, une occasion propice de tourner vers le ciel des cœurs désanchantés de la terre, Il est bien vrai que, pour un chrétien, se résigner, c'est mettre Dieu entre la douleur et soi : faisons donc appel à la grande idée de Dieu, du Dieu juste et du Dieu bon, montrons la croix rédemptrice. Dans cette fragilité des joies terrestres rendue plus facile encore par la mort, faisons luire la douce vision de l'avenir éternel. Spes est vigilia quœdam solemnitatis seternx.

Oui, c'est la grande consolation, que de vivre, l'espérance au cœur, en se disant

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qu'on traverse la vigile des solennités éternelles, et que, si longue d'ailleurs que soit la vie, ce n'est que la veille, rapidement passée, d'une fête qui ne finira pas.

Donnons ces consolations, tout en traitant avec délicatesse la plaie qui saigne ; ayons confiance qu'elles sont sérieuses, qu'elles ont grâce pour apaiser, et que nous ne saurions trouver mieux pour raffermir ceux qui souffrent et verser sur leurs blessures une goutte de baume.

A côté de ces consolations supérieures, que rend si pénétrantes la douce image du Christ consolateur, que sont les consolations humaines? La terre ne nous apporte rien, si ce n'est des banalités : « Le temps vous consolera, distrayez-vous; vous ne souffrez pas plus que d'autres », etc., paroles vides qui endolorissent au lieu de calmer, tandis que rien ne vaut ce clair rayon du ciel, qui descend sur une âme affligée, pour lui donner la consolante vision de Dieu et de l'éternité. Pendant qu'il brille, prions et faisons prier. La prière sera le salut, le soutien puissant de ces âmes qui sombrent dans leur douleur.

Si nous obtenons la prière ardente, confiante, résignée, d'une âme que nous cherchons à consoler, soyons assurés que nous lui aurons procuré le bien le plus précieux, dans ce contact intime avec le cœur de Dieu.

Nos relations avec nos confrères. — Ce serait déjà les bien comprendre que d'avoir ce qu'on appelle « l'esprit de corps. » Ne l'entendons pas dans sa forme rapetissée, comme un esprit de coterie.

L'esprit de corps, c'est l'esprit familial, c'est le sens de la famille sacerdotale. G est la sympathie innée, spontanée, pour tous ceux qui, comme nous, exercent l'apostolat paroissial, de telle sorte que, à quelque degré qu'ils soient, nous leur donnions la bienveillance de la parole et du cœur.

N'est-ce pas l'exercice même de la charité envers le prochain? N'est-ce pas la réalisation du Sint iinum sicut et nos, qui s'adresse plus encore à nous qu'aux autres chrétiens ?

La première application de ces principes se doit faire à ceux qui nous sont plus

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proches, avec qui nous travaillons chaque jour. Ayons la volonté bien arrêtée de faire, dans toute la mesure du possible, l'unité entre eux et nous.

Il y a sans doute des divergences qui nuisent à cette unité, divergences de tempérament, de sentiments, divergences de vues. Mais l'appel du Maître doit nous être présent pour nous ramener à ce point central, où nous voudrons faire l'unité pour poursuivre le but commun.

Ce ne sera peut-être pas sans quelques sacrifices. L'un est vif, l'autre est lent, celui-ci a de l'enthousiasme, celui-là est plutôt terre à terre. Du moment que le bien est voulu par chacun et que le but est poursuivi avec une égale sincérité, on peut toujours s'entendre et les sacrifices à faire se simplifient par le fait qu'il y a une volonté commune : faire le bien.

Parfois, l'obstacle vient de ce que certains d'entre nous attachent trop d'importance à leurs pensées, et ainsi ne trouvent bien que ce qu'ils font. Peu importe l'action des autres; ils ne se préoccupent que d'eux et ne se soucient aucunement de cette adap-

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tation nécessaire qui, dans une paroisse, dans un catéchisme, est indispensable pour arriver au but. Ils agissent comme ferait un lieutenant ou un sergent qui ne se préoccuperaient pas de l'ensemble militaire dont ils font partie, et commanderaient comme s'ils étaient seuls sur le terrain.

Il y a là une erreur évidente; si l'on en cherchait bien le fond, on s'apercevrait qu'elle tient à un développement excessif et naïf de notre personnalité, tant il est vrai que nous sommes capables, même en prêchant les autres, de nous faire de grosses illusions. Tel ce vieux théologien à qui l'on demandait quel était Je meilleur manuel de théologie, et qui répondit sans hésiter: «Monsieur, c'est le mien... » Il ajoutait, en voyant son interlocuteur étonné : «. Mais je n'aurais pas composé cet ouvrage, si je n'avais cru faire mieux que les autres. » Voilà la candeur unie au plus naïf sentiment de sa personnalité. On corrigera cet excès, par un peu d'humilité, un peu de défiance de soi-même, avec la pensée que l'on peut arriver au but par deux che-

mins différents, et que si une voie est tracée, dans une paroisse, par la coutume ou par l'autorité, il est plus juste de la suivre.

Ce serait couper court à bien des difficultés que d'être modeste et de se mettre dans cette disposition par une opération intellectuelle qui, toute de bon sens, nous ferait voir les choses avec justesse et largeur d'esprit.

Cela ne suffit pas cependant à écarter tous les nuages : il faut compter encore avec les caractères. On doit remercier Dieu, quand ils ont une bonne moyenne de sociabilité qui rend la vie facile. La vertu aidera à réaliser cet idéal. Mais, d'autres fois, ce sont de multiples épines semées sur la route par ces caractères anguleux ou malheureux avec lesquels il y a toujours quelque affaire.

L'un est sans cesse sur la défensive; il craint qu'on n'abuse de son zèle, de sa bonne volonté; il veut bien faire son devoir, dit-il, mais il ne veut pas faire plus que les autres. Sur ce, il grogne et l'on dirait que cet exercice est prévu par son

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règlement particulier, car il est de tous les jours.

Gela rappelle ces enfants qui, à table, regardent avec de grands yeux si leur petit frère n'a pas une part plus grosse de gâteau et se fâchent, dès qu'ils se croient lésés. A leur exemple, le front de nos grognons se plisse, le visage devient renfrogné, les paroles amères s'échappent, indiquant la mauvaise disposition de l'esprit. « Ce qui rend l'esprit aigre, c'est qu'on répand sur les autres le venin et l'amertume qu'on a en soi-même », disait Bossuet. Eux, ils appellent cela de la franchise, par un heureux euphémisme que Bossuet n'a pas su trouver.

Ces « anguleux» tombent, par suite d'habitudes vite établies, dans le caractère malheureux, qui voit de mauvais procédés ou des persécutions partout. Ils se figurent que tout le monde leur fait la guerre — une guerre invisible, sourde, mais une guerre acharnée. Ils attribuent les plus noirs desseins à des gens qui ne se sont jamais souciés d'eux ; sans le vouloir, ils ressemblent à Stendhal qui se croyait pour-

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suivi, traqué, par la police, alors que, vraiment, sa chétive personne ne provoquait pas tant d'émoi.

Dès qu'on se croit persécuté, on arrive à prendre tout en mal ; un regard qu'on vous jette devient un acte de malveillance ; si Ton ne nous regarde pas. ce sera une marque de mépris. La politesse sera de la froideur voulue; la bonne grâce deviendra une méprisante familiarité. C'est à ne savoir par quel bout les prendre. Pour peu que l'éducation laisse à désirer, ce sont conllits perpétuels qui peuvent tourner à la vivacité et même à la violence.

Ces anguleux, ces renfrognés, ces persécutés par auto-suggestion, sont souvent des confrères fort estimables ; tâchons de les supporter, de les apprivoiser, de les lénifier. Parfois, un bon procédé les déride, il est vrai que leur sourire ne dure pas très longtemps. Quoi qu'il en soit, c'est le cas de se rappeler le mot de l'abbé Perreyve : « Je tâcherai de m'entendre toujours avec un bon prêtre. » Oui, il faut prendre tous les moyens d'arriver à cette entente.

L'une des causes de désunion, c'est la

jalousie, odieuse tendance, qui fait tant de victimes. Elle abaisse les âmes qui la nourrissent et elle fait souffrir les autres. On est jaloux de tout, des hommes, des choses, et de là découle tout un flot impur de sentiments mauvais : méchanceté, diffamations, désir du mal, calomnies, et le reste. On est étonné parfois des excès de paroles et des méchants procédés auxquels la jalousie peut conduire. Par elle, on sème la division, on détruit des amitiés, on perd des réputations bien établies, on marche, on frappe, sans s'arrêter, sans réfléchir.

Que ne se replie-t-on un instant sur soimême pour se dire : « Mais ce que je fais là est abominable ! Ce sont les plus vils sentiments qui me conduisent, et ils me conduisent à taire les plus laides actions. — Si je ne vais pas plus loin, en somme, c'est que je n'ose pas !... » Cette réflexion ferait mesurer la profondeur de l'abîme et le danger. Avec elle, on s'arrêterait à temps pour se reprendre aux pieds du divin Maître et comprendre son devoir.

L'esprit de quelques-uns les tourne à la moquerie ; ils accablent de sarcasmes le

prochain absent, et parfois le prochain présent. Il en est dont on dit qu'ils sacrifieraient leur meilleur ami à un bon mot. Gela indique que leur cœur n'est pas très vivant ni très chaud. Du reste, quand la moquerie est de nature à faire de la peine, elle suffit à montrer que le cœur a bien peu de valeur.

Ou encore ce sera cette facilité de médire, de raconter, de « potiner », d'exagérer, d'envenimer, qui cause tant de mal, en troublant la paix. A ceux-là on devrait imposer Ja fréquentation de Nicole dans son traité sur a le moyen de conserver la paix avec les hommes », ce serait une utile lecture et rien que le titre leur fournirait une précieuse pensée : se préoccuper de conserver la paix — surtout avec nos frères dans le sacerdoce, et dans le désir de faire honneur aux souhaits de Notre-Seigneur : Pax vobis ; pacem meam do rotas.

Comment d'ailleurs pourrions-nous la répandre, en faire bénéficier nos fidèles, si nous ne travaillons à l'acquérir, à le faire régner autour de nous? Le poète disait à Dieu :

Versez en moi la paix pour que je la répande !

Formons souvent cette prière ; nous ne donnerons que ce que nous possédons, ou du moins ce que nous voulons posséder et à quoi nous attachons du prix.

De tout cet ensemble de difficultés, d'obstacles, de tentations, tirons cette conclusion qu'il faut dominer, par notre charité toujours en éveil, ces barrières que la nature humaine dresse sans cesse entre le prochain et nous.

Ce prochain, ce sont des âmes; comme nous, consacrées à Dieu; comme nous, marchant à la suite du Maître dans la voie de l'apostolat. S'il faut les supporter, supportons-les ; si nous pouvons leur faire du bisn, cherchons à leur en faire le plus possible. Disons-nous que, dans ces confrères à qui nous unissent tant de liens, il faut voir le divin Maître nous demandant de l'aimer en eux. Ne les prenons pas à rebours, ne les traitons pas à la légère, ayons le respect intime du caractère sacré qu'ils possèdent, puis cherchons dans l'homme les qualités qui peuvent nous attirer, pour joindre aussi la sympathie à la charité.

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Le découragement. — Le découragement, cette a mort de la virilité », comme l'appelait le Père Lacordaire, s'abat bien vite sur certaines âmes pour les réduire à l'impuissance. Pourtant, nul ne se décourage qui ne le veuille, et la fermeté d'un « je veux » suffirait à écarter le mal.

D'où vient le découragement ? Il découle trop souvent de nos déceptions et se mesurée leur étendue. On escomptait le succès et on a eu l'insuccès ; on avait des ambitions qui ne se sont pas réalisées, on souhaitait tel poste qu'on n'a pas obtenu. Après tous ces rêves évanouis, le découragement est venu : on tombe à plat. Mais aussi pourquoi tous ces rêves? Pourquoi ce besoin de briller, cette soif du succès? N'y a-t-il pas beaucoup de vanité dans tout cela? On se décourage, parce qu'on n'a pas produitassezd'effet, parce qu'on n'apaseuassez de louanges. Il en est qui ont besoin de cette fumée capiteuse des éloges ; ils les

quêtent et naturellement on les leur donne, quitte à sourire quand ils ne sont plus là, interrogateurs et quémandeurs. Pour peu que l'enthousiasme paraisse baisser, chez eux le découragement monte. Quel enfantillage ! Pouvons-nous croire qu'on s'intéresse avec tant d'admiration à tout ce que nous faisons?

Ce besoin de sympathie n'est-il pas une des formes les plus mesquines du besoin que nous avons qu'on s'occupe de nous ?

Ignorons-nous qu'il ne provoque trop souvent chez les autres que ce qu'on a si bien appelé « l'aumône d'un mensonge? » En observant un peu mieux, nous nous ferions bien vite une philosophie des choses et des gens qui nous mettrait à l'abri de ces recherches vaines de louanges et de sympathies flasques, et nous serions, par voie de conséquence, préservés d'un découragement qui n'aurait pas raison d'être. N'ayant pas d'illusions, nous n'aurions pas de déceptions ; et nous demeurerions dans une force d'âme que rien n'ébranle, parce qu'elle s'appuie sur Dieu.

Le découragement peut avoir une source

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plus noble. Ce n'est peut-être pas le succès personnel qu'on cherchait, mais le succès de l'apostolat. Or, l'apostolat dans la paroisse, ou dans telle œuvre de la paroisse, n'a rapporté que misères et désillusions, avec des défections lamentables et des ingratitudes innombrables. Oui, sans doute, il y a là de quoi blesser un cœur sacerdotal, mais n'y a-t-il pas tout de même un peu « d'hommerie #, comme disait Montaigne, dans ce découragement? Il va un mélange de sentiments : des petits, des grands, tout cela n'est pas très net. D'autre part, a-t-on fait tout ce qu'il fallait pour arriver au but? Mettons qu'on arien négligé; nous serons peines, il n'y a pas à nous décourager. Nous serons peines de voir la charrue se briser, sans que nous ayons pu creuser notre sillon tout entier, mais Dieu saura bien achever cette œuvre qui est la sienne. Il ne nous demande pas la victoire, il nous demande le combat : Labora sicut bonus miles Christi Jesu .

Nous avons toujours tort d'espérer tant de la vie; nous y voyons les plus belles causes essuyer de terribles défaites : com-

ment nous étonner qu'il en soit ainsi, pour nous, dans notre modeste sphère d'action? Hommes d'Église, prêtres de paroisse, nous savons comment l'Église est Y « éternelle recommenceuse » ; avec elle, nous recommencerons sans découragement. Nous recommencerons, nous disant que nous ne verrons pas la réalisation de nos efforts, que d'autres feront la moisson, l'important est qu'elle se fasse. Nous travaillons pour l'éternité.

Il ne s'agit pas comme dans les entreprises humaines, d'aboutir et de triompher; il s'agit d'apporter notre pierre à cette grande église des âmes qui se bâtit de siècle en siècle, pour n'être achevée qu'avec la fin des temps. Pensons donc à saint Paul écrivant aux Corinthiens :

« Voici la troisième fois que je m'apprête à venir chez vous... Pour moi, je sacrifierais tout et je me sacrifierais moi-même de grand cœur pour vos âmes, licet plus vos diligens, minus diligar » (II Cor., xu, 14-15). Ce ne sont pas des propos de découragé : il ne se rebute pas, il recommence et le dernier trait nous montre assez

que l'ingratitude envers les apôtres fut de tous les temps : « Je recommence, bien que, plus je vous aime, moins vous m'aimiez. » Ne nous décourageons pas d'être traités, comme l'admirable Apôtre.

La tristesse : autre épreuve. Toute tristesse n'est pas reprochable. 11 y a une tristesse qui est selon Dieu et une tristesse qui est selon le monde, cette dernière résultant d'appétits inassouvis (II Cor., vu, 10), et, tout au long des saintes Ecritures, nous la voyons affaiblissant et stérilisant l'effort, tandis que la première se peut concilier avec la vaillance de l'âme.

Elle vient de ce que la vie n'est pas uniquement tissée de joies : tristesse de ces deuils, dont la blessure ne se ferme jamais, qu'on porte à travers la vie, souffrant en silence, mais endolori toujouis; tristesse des difficultés, des entraves, des peines de chaque jour. Le divin Maître l'a annoncée cette tristesse qui fera contraste avec la gaieté bruyante du monde : mundus autem gaudébit; vos autem contristabimini (Joan., xvi, 20). Comment n'existerait-elle pas, cette tristesse sacrée, dans un cœur d'apô-

tre, quand il voit les ruines s'accumuler, les âmes sombrer, l'avenir menaçant pour la cause de Dieu? Il y a là de quoi entretenir cette continuus dolor cordi meo, dont saint Paul parlait (Rom., xi, 22). D'où qu'elle vienne, cette tristesse, dès lors que la source en est pure, acceptons-la, supportons-la : c'est une épreuve inhérente à notre condition terrestre, mais restons debout, sans nous décourager. Au contraire, puisqu'il est vrai que tout ce qui gêne l'homme le fortifie, utilisons cette gêne, cette oppression, pour nous détacher des choses terrestres, pour nous fortifier dans l'amour de Dieu et dans l'ardeur de notre apostolat.

Cette tristesse virilement portée nous fera mieux comprendre le cupio dissolvi et esse cum Christo. Nous ne risquerons plus d'étonner, nous qui prêchons les réalités éternelles, en montrant un attachement excessif à cette terre, en répétant, quand on nous parle du ciel et de l'éternité : « Le plus tard possible ! » Parole étrange, que la crainte des jugements de Dieu pourrait excuser, mais qui, dite d'une façon déga-

gée, donne à douter d'une foi qui a si peu le désir de se transformer en possession définitive.

Tristesse bénie des hommes de Dieu, puisse-t-elle nous aider à dominer les choses terrestres pour vivre, le cœur et l'esprit en haut, nous disant chaque jour : Non est longum quod aliquando fini tu r ! Souffrances, déboires, épreuves, tout cela finira et cette fin sera un commencement qui, lui, se poursuivra jusqu'à la plénitude du bonheur et de la vie.

Les souffrances physiques. — La croix sous toutes ses formes est toujours douloureuse ; la croix de la souffrance physique a un poids particulier. Il ne s'agit pas ici des grandes maladies qu'il faut bien sanctifier, en chrétien et en prêtre ; mais nous pensons à ces souffrances de tous les jours avec lesquelles il faut cheminer, ici-bas, faisant notre devoir quand même et parfois nous traînant péniblement, dans un organisme qui est un obstacle, et non plus le soutien de nos efforts . c La croix n'est jamais sans Jésus, disait une sainte àme, ni Jésus sans la croix. » Réfléchissons à

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cela pour voir le Maître auprès de nous, nous demandant de l'aider à porter sa croix, en l'appuyant sur nos épaules. Et cette croix, portons-la fermement, portons-la silencieusement. La souffrance silencieuse est le don que nous faisons à Dieu de notre résignation, de notre mortification. Elle est, pour lui seul, acceptée, offerte, voulue. Déflorer ce don sacré par des plaintes inutiles, c'est retirer quelque chose de notre offrande.

Pourquoi du reste faire porter aux autres notre fardeau? Pourquoi les encombrer de nos gémissements? Sainte Thérèse, qui fut un des plus admirables modèles de la souffrance continue, unie à la vaillance et à l'égalité de l'humeur, sainte Thérèse plaisantait ces religieuses qui ont toujours aux lèvres une plainte sur leur santé; saint Charles Borromée disait qu'un confesseur ne doit abandonner son ministère qu'au troisième accès de fièvre. Les uns et les autres, parmi les saints, nous redisent, dans leurs exemples : Sustine, et que ce support ferme et silencieux ressemble à celui du divin Maître : résignation et si-

lence. A propos d'une de ces misères de chaque jour que nous connaissons tous, saint François de Sales disait à quelqu'un : « La prière que vous faites pour le mal de tête n'est pas défendue ; mais, mon Dieu, non, je n'aurais pas le courage de prier Notre-Seigneur pour cela, i

Sans doute, il n'y a pas à tomber dans l'excès des imprudents. Prendre des précautions, des soins, est un devoir. Dès lors que nous avons consacré à Dieu toute notre personne, nous devons faire en sorte qu'elle lui soit un instrument utile. Mais, cette prudence étant admise, soyons vaillants.

Voyons donc autour de nous combien d'hommes vont au travail, malgré la fatigue et la souffrance, combien de pères de famille dominent la maladie pour gagner le pain de leurs enfants. Ne soyons pas plus délicats envers nous-mêmes qu'ils ne le sont, et l'énergie qu'ils montrent à sauvegarder des intérêts humains, montrons-la pour sauvegarder les intérêts de Dieu.

Les souffrances momie*. — Les souffrances physiques ne sont pas les seules ;

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il y a, pour nous éprouver, les souffrances morales. Elles sont multiformes : il semblerait que, dans certaines vies, ce fut comme un concert de ces souffrances pour déchirer jusqu'au vif celui qu'elles atteignent. On sera en butte à l'antipathie, à la haine même de certaines personnes, et elles manifesteront leurs sentiments en toute occasion, cherchant à faire du mal, à en dire, à abaisser, à diminuer, et trop souvent ce sera sans raison. Pourquoi cette antipathie ? Pour des motifs tout extérieurs, des riens, dont nous ne sommes pas responsables. Pourquoi cette haine? Pour des faits où nous avons été fidèles au devoir; alors nous avons contrarié, blessé, et Ton ne nous pardonne pas de n'avoir pas cédé à la volonté égoïste qui voulait s'imposer à nous.

Le disciple n'est pas plus grand que le Maître. Ce sont des épreuves que Notre- Seigneur a connues. A son exemple, supportons-les. Elles mêlent l'amertume à toute notre vie, cette vie n'en sera que plus sanctifiée, si nous acceptons ces antipathies, ces peines, ces injustices, pour Dieu.

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Puis, de la part de nos frères dans le sacerdoce parfois, de la part des gens du monde plus souvent, ce sera une malveillance aggravée dans ses manifestations par la tournure vile de certaines âmes. Nous reconnaîtrons, trop bien dépeint dans ces paroles d'un moraliste ce que nous avons vu souvent : « On prend pour un travers d'esprit, ce qui n'est qu'un travers d'opinion — pour un défaut de caractère ce qui n'est qu'un défaut d'humeur — on juge un homme d'après un propos, une vie d'après un fait, une àme d'après un mouvement. » Que de mal on commet! Que d'injustices, par ces procédés usuels de la malignité ou de la haine ! Epreuve pénible qui fut de tous les temps, à laquelle il est difficile d'échapper. C'est le cas de nous redire : Vince in hono mnlum. A force de faire bien, je neutraliserai le mal, j'assainirai ce ruisseau bourbeux.

Mais il y a pire encore, et dans quelle vie d'homme public, de prêtre de paroisse, peut-on espérer de se mettre à l'abri de certaines délations, de certaines calomnies. d'infamies inventées, colportées comptai

samment par des lèvres en qui nous devrons avoir pleine confiance? Ce seront plus d'une fois des récits invraisemblables, qui trouvent créance dans les milieux dévots, malgré leur absurdité, des inductions malhonnêtes, des rapprochements perfides, à propos de certains actes innocents ou tout au plus maladroits. La calomnie fait son chemin.

Ecoutez cette description. Voyez comme elle représente bien ce que nous avons vu, ce dont nous avons souffert peut-être ; qui sait s'il n'y a pas là tout un processus auquel nous avons parfois participé contre d'autres ! « La calomnie ! J'ai vu les plus honnêtes gens près d'en être accablés : croyez qu'il n'y a pas de plate méchanceté, pas d'horreur, pas de conte absurde, qu'on ne fasse adopter... D'abord, un bruit léger, rasant le sol, comme une hirondelle avant forage... telle bouche le recueille, et piano, piano, vous le glisse à l'oreille adroitement; le mal est fait, il germe, il rampe, il chemine, et rinforzando de bouche en bouche, il va le diable; puis tout à coup, je ne sais comment, vous voyez la calomnie se dres-

ser, siffler, s'enfler, grandir à vue d'oeil, elle s'élance, étend son vol, tourbillonne, enveloppe, arrache, entraîne, éclate et tonne, et devient un cri général, un crescendo public. »

Parmi les épreuves, celle-là qui atteint l'honneur est des plus déchirantes. Qui ne dirait avec le divin Maître : « Que ce calice s'éloigne de moi » ! Du moins soyons forts pour faire tête à l'orage, en comptant sur Dieu et sur notre innocence, sur ce Jésus calomnié qu'on représentait comme un a: buveur de vin, un homme qui a des fréquentations mauvaises. » Demandons-lui d'aider à arracher le voile qui cache la vérité. Atteint par une calomnie grave, qui alla jusqu'aux tribunaux, saint François de Sales se contenta de dire : « Sur tout cela, la Providence sait la mesure de réputation qui m'est nécessaire pour bien faire le service auquel elle veut m'employer, et je n'en veux ni plus ni moins. »

Si nous voulons diminuer ces épreuves déjà assez cuisantes, ne cherchons pas curieusement à savoir ce qu'on dit de nous, dans les conversations; rappelons-nous en

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effet qu'on dit là souvent du mal, et beaucoup plus qu'on n'en croit; combien de domestiques ont accoutumé de dire sur leurs maîtres, sur leurs maîtresses des énormités dont ils ne croiront plus un mot, quand ils réfléchiront !

D'autres, et dans tous les milieux, feront la caricature de ce que nous sommes et se figureront peu à peu qu'ils ont trouvé le vrai document sur nous. C'est ainsi partout, c'est ainsi toujours, n'allons pas nous donner d'inutiles souffrances dans des recherches ou dans des rapports superflus, contentons-nous de « faire bien et laisser dire » : c'est un adage de sagesse, en même temps qu'une maxime chrétienne, car elle nous rappelle que le vrai Juge c'est Dieu, et que, en agissant bien sous son regard, nous pouvons mépriser les méchancetés humaines. Mais aussi que ce nous soit une leçon de prudence pour ne pas faire aux autres, dans l'entraînement d'une conversation, ce que nous trouvons douloureux qu'on fasse contre nous.

La grande consolation de ces diverses épreuves se trouve dans la pensée du Christ

rédempteur « qui a souffert pour entrer dans la gloire ■ et qui nous appelle à le suivre, par la même voie, pour entrer dans la même gloire.

Que conclure de toutes ces considérations? La conclusion pratique à tirer pour le prêtre, dans son ministère paroissial, c'est de s'efforcer de faire Lien ce qu'il fait, à l'exemple de Notre-Seigneur : Bene omnia fecit.

Laissons les plans merveilleux qui vont tout rénover : faisons bien ce que nous avons à faire.

Ne distinguons pas : faisons bien tout ce que nous avons à faire.

Voilà qui parait simple et presque trop petit. Non, ce n'est pas si simple — puisque nous n'y arrivons pas. Ce n'est pas si petit, car tous ces devoirs remplis en perfection formeraient un ensemble admirable, et auraient une puissance de pénétration considérable.

Pensons-y donc : si partout, dans toutes les paroisses, chacun s'efforçait de faire

bien chacun des actes de son apostolat paroissial, il y aurait de quoi renouveler le monde et sûrement nous obtiendrions des succès que nous souhaitons en vain.

Saint Grégoire le Grand termine son De cura pastorali, par ces humbles et touchantes paroles : Ecce, bone mr, dum monstrare qualis esse debeat pastor invigilo, pulchrum depinœi hominem, pictor fœdus, aliosque ad perfectionis litus dirigo, qui adhuc in delictorum fluctibus versor.

Ce qui était humilité pour ce grand saint n'est pour moi que vérité ; et, plus que lui, je dois m'excuser. Mais, avec lui, j'ajoute: In hujus, quœso, vitœ naufragio, orationis tuœ me tabula sustine, ut quia pondus proprium deprimit, tui meriti manus me levet. Qu'ils fassent pour moi, qui en ai besoin, mes frères du ministère paroissial, ce que réclamait le grand saint qui, lui, n'en a plus besoin.

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