‹ Le pretre et le ministere paroissialChapitre 5 sur 16 · I. La Messe et les Offices · texte numérisé non relu

I. La Messe et les Offices

Cette note de l'abbé Perreyve, pendant sa retraite d'ordination sacerdotale : « Je veux apprendre à regarderie saint sacrifice de la messe comme l'action fondamentale de ma vie, » est de celles que nous avons tous écrite, aux jours bénis de notre préparation sacerdotale. A travers la vie, nos convictions n'ont pas changé; mais, dans l'entraînement du ministère, avec la fièvre de certains jours très chargés, nous sommes exposés à traiter moins gravement que nous ne le devons cette action sainte. Il y a donc à nous arrêter, pour y réfléchir.

Nous n'avons pas à insister sur les motifs de la piété personnelle, puisque nous traitons de tout, ici, au point, de vue du

ministère paroissial, et donc du retentissement que nos actes peuvent avoir dans les âmes qui nous sont confiées. Or les fidèles qui viennent à la messe, avec une vraie piété, tiennent à ce que la piété extérieure du prêtre corresponde à la leur; quant à ceux qui apportent à l'église plus de légèreté ou de routine que de piété, ceux-là seront plus sévères encore.

Nous connaissons le mot qu'inspirait saint Vincent de Paul à ceux qui assistaient à sa messe : « Ah ! comme ce prêtre dit bien la messe ! » Il est désirable que, dans nos paroisses, tous les assistants aient, à chaque messe, la même impression. Au fend, nous la leur devons.

Dire bien la messe, c'est la dire sans rapidité excessive, sans gestes désordonnés, sans éclats de voix, avec un extérieur de conviction et de piété, toutes choses qui seraient faciles à sauvegarder, si Ton prenait soin de s'observer. Du temps de saintLiguori, et, dans son pays, certains prêtres disaient la messe si rapidement que les fidèles se plaignaient tout haut : « Ces prêtres nous feront perdre la foi, avec leurs messes ! »

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Leur tenue à l'autel, leur hâte de bâcler la messe, donnaient l'impression qu'ils regardaient le saint sacrifice, comme une cérémonie quelconque, et ce n'était pas pour augmenter la foi des fidèles.

Mettons-nous à leur place. Ils voient à l'autel un prêtre agité, qui se démène, qui arpente à grands pas le gradin supérieur, qui regarde à droite et à gauche, qui fait les génuflexions obliques d'un enfant de chœur pressé, qui mugit sa messe, qui trace, en guise de signes de croix, ce qu'on a appelé le circulas diaboli, parce que ces croix, tracées du même geste avec lequel on remuerait un mélange, prennent la forme de cercles bizarres, qui rappellent les incantations magiques.

En voyant cela, que peuvent penser les fidèles? Comment croire qu'on aidera ainsi à leur piété ? Par cette conduite, on est cause qu'ils évitent la messe de certains prêtres, prenant soin de n'y jamais mener leurs enfants, de peur que ce ne soit pour ces jeunes âmes un étonnement et un scandale. Si, avec cela, le prêtre donne la sainte communion d'une main massive et

d'un geste déplaisant, il finira par inspirer de la répulsion.

Il arrive que de bons prêtres tombent dans ces défauts, les uns par laisser-aller d'éducation, les autres par des habitudes prises inconsciemment, dont personne n'a osé leur signaler l'inconvenance et l'inconvénient. C'est dire combien, dans notre vie morale, comme dans toute notre vie, l'illusion nous guette, et que le P. Faber a eu grandement raison d'écrire un chapitre à méditer sans cesse sur les illusions de la conscience.

Il v a au moins certaines illusions, du genre de celles que je signale, dont on pourrait se préserver en s'observant, en évitant de commencer à glisser sur la pente du sans-gêne, puis en s'examinant sur la manière dont on accomplit cette grande action. Pendant notre retraite annuelle, quoi de plus simple que de reprendre les rubriques de la messe, afin de voir en détail où nous en sommes? Ce serait un exercice salutaire ; nous y ferions peut-être des découvertes utiles.

Le quod decet indispensable à la messe

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basse ne l'est pas moins dans les messes solennelles et dans les autres offices de l'Église. Tout d'abord, être exact, commencer à l'heure. C'est une habitude à prendre, une habitude morale, car elle est faite de mortification, puisqu'il faut se gêner, et de charité, car nous nous gênons pour l'utilité du prochain. L'inexactitude déplaît à nos fidèles, elle leur est d'un mauvais exemple : édifions-les donc au moins par notre ponctualité.

Il ne s'agit pas de porter dans les cérémonies une ostentation qui irait au rebours de ce que nous cherchons. D'autre part, tout le monde n'a pas le don d'être solennel — sans poser — ni d'accomplir les rites sacrés avec aisance et dignité à la fois. Quelques-uns s'excusent d'oublier les rubriques, avec d'autant plus de raison qu'ils ne les ont jamais sues. Ils diraient volontiers avec sainte Thérèse « qu'ils donneraient leur sang pour une rubrique. »

Heureusement, on ne leur demande pas à chacune de celles qu'ils omettent : la source serait vite épuisée.

Tout ce que nous avons à nous suggérer

à nous-mêmes sur ce sujet, se peut résumer en ce mot : « Soyons dignes. » Si nous haussions toujours nos pensées jusqu'à cette pensée, cela suffirait pour nous aider à faire l'unité entre la dignité des mystères que nous traitons, et notre dignité extérieure.

Soyons dignes également dans notre tenue au chœur. Les fidèles nous observent volontiers. Ils cherchent à lire la foi vraie, ou la tiédeur, dans la manière de se tenir de leurs prêtres. Donnons-leur l'exemple; prenons garde de jamais les scandaliser. Qu'ils voient transparaître toujours, par notre extérieur, les sentiments de nos cœurs.

Dans ses Souvenirs dy enfance et de jeunesse, Renan, parlant de son amitié avec Berthelot, s'exprime ainsi : Quand je cherche à me représenter l'unique paire d'amis que nous avons été, je me figure deux prêtres en surplis se donnant le bras. Ce costume ne les gêne pas pour causer des choses supérieures; mais l'idée ne leur viendrait pas, en tel habillement, de fumer un cigare ensemble, ou de tenir d'humbles

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propos, ou de reconnaître les plus légitimes exigences du corps. » Il y a là l'expression juste de ce que le public exige de nous : un surplis, une chasuble, ne se peuvent porter comme une blouse ou une jaquette. Ce sont habits de cérémonies sacrées : nous les disqualifions, et nous nous disqualifions nous-mêmes, en les portant avec un laisser-aller choquant.

C'est ce même laisser-aller, sous une autre forme, que Bourdoise, qui se préoccupait toujours de l'édification des fidèles et de la régularité du clergé, censurait, en racontant ceci aux prêtres de sa paroisse : « J'ai une fois en ma vie mis dehors et chassé d'une église cent treize causeurs en deux heures; j'en aurais mis dehors bien davantage si le cent quatorzième qui se présenta n'eût été un prêtre bénéficier de cette église... » Il trouva dans le nouveau venu une résistance qu'il n'avait pas trouvée chez les autres. N'avons-nous jamais été ce cent quatorzième qui résiste, qui étonne, qui scandalise?

Il se pourrait bien que celui qu'on a appelé le bon La Fontaine, et qui fut un

grand moqueur et un bon sceptique, eût été scandalisé par quelqu'un des nôtres, et qu'il s'en fût souvenu pour écrire les vers suivants :

Un mort s'en allait tristement S'emparer de son dernier gîte; Un curé s'en allait gaiement Enterrer ce mort au plus vite.

« Gaiement » paraît excessif; nous croirons sans peine que les exigences de la rime ont joué au fabuliste le mauvais tour de l'obliger à aller plus loin que sa pensée. Toutefois, il se peut qu'il ait vu l'indifférence professionnelle trop marquée, qu'il ait surpris un contraste pénible entre le grand deuil d'une famille et l'air dégagé du clergé qui apportait au mort ses prières et ses bénédictions. Gela étant, le bonhomme y est allé de son coup de griffe et il l'a donné cruellement.

Son épithète, qui a traversé deux siècles pour venir jusqu'à nous, doit être retenue quand même, et nous servir de leçon — une leçon qui nous préservera. Nous ne pouvons avoir l'émotion vive d'une famille en larmes, à qui un être cher vient d'être

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